Une fête qui finit mal

-

Livres
55 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

À la suite d’un terrible concours de circonstances, le joaillier Auguste Salnave, pensant vendre à une cliente une parfaite réplique d’un magnifique collier de perles, se rend compte qu’en fait de copie, c’est de l’original qu’il s’est délesté.


L’acheteuse accepte, de bon cœur, de rapporter la parure directement à l’échoppe, mais, au moment de la restitution, le bijoutier constate avec effroi que les gemmes sont fausses.


Assuré de la bonne foi de la personne, Salnave consent à attendre quarante-huit heures avant de prévenir la police... et qu’un éventuel scandale éclate...


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 7
EAN13 9782373472981
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
UNE FÊTE QUI FINIT MAL
Roman policier
par Jacques BELLÊME
*1*
— Grimaud ! s'écria M. Salnave en appelant son empl oyé, qu'il savait être dans le magasin en train de disposer les écrins de bijoux et de pierres précieuses dans les vitrines.
Mais à cet appel de son patron, Grimaud ne sut répo ndre que par une série d'éternuements se suivant de près, en rapide succes sion.
Salnave, un peu surpris, se leva, quitta l'arrière- boutique qui lui servait de bureau et, du seuil de la porte, dit au commis :
— Mais qu'est-ce que vous avez, mon ami, à éternuer ainsi ? Seriez-vous souffrant ?
— Ma foi, monsieur, répondit Grimaud au joaillier, je ne sais pas ce qui m'a pris... C'est depuis hier soir que ça me tient... U n chaud et froid probablement. Je me sens tout chose...
— Faut soigner cela, mon ami... un rhume mal soigné peut dégénérer en une maladie beaucoup plus sérieuse...
— Oh ! un peu d'influenza, tout au plus !
— Oui... oui... un peu d'influenza... N'empêche que c'est fort désagréable... pour vous d'abord... et pour nous aussi... M. Thier ry est en congé jusqu'à mardi... Et si vous êtes obligé de rentrer chez vou s prendre le lit... voyez dans quel embarras cela me mettrait...
— Rassurez-vous, monsieur Salnave, intervint Grimau d. Ce soir, après avoir pris un bon grog bien chaud, je dormirai par là-des sus... Demain dimanche, je pourrai me reposer tout à mon aise et, lundi, il n'y paraîtra plus...
— Enfin, soignez cela, Grimaud, croyez-moi !
Comme Salnave achevait ces mots, un facteur pénétra it dans le magasin :
— Bonjour, tout le monde ! fit-il en tendant son ca rnet à récépissés.
Et, déposant une petite boîte cachetée de cire roug e sur la table, il dit encore en indiquant du doigt :
— Monsieur Salnave, il me faut votre signature... là...
— Parfaitement, mon brave, répondit le joaillier en mettant son paraphe.
Le facteur parti, Salnave passait derrière l'un deu x comptoirs, avec des ciseaux, coupa les ficelles qui retenaient le petit colis.
— Grimaud, appela-t-il.
L'employé, quittant les vitrines, vint aussitôt le rejoindre.
— Tenez, voici l'envoi de Faivre. Venez voir.
— Le fameux collier ?
— Oui... Et la réplique !... Nous allons pouvoir ju ger si l'imitation vaut l'original, car cette fois Faivre a promis de se su rpasser.
Prenant les deux bijoux entre ses doigts, égrenant les perles vraies ainsi que les fausses, Salnave ne put s'empêcher de dire :
— Elles sont étonnantes... Ah ! il n'y a pas à dire ... Cet animal de Faivre n'a pas son pareil pour imiter les perles... Mais regar dez-moi donc cela, Grimaud... C'est absolument fantastique, on jurerait que ce so nt de vraies perles... Quel orient elles ont !... Faivre est un véritable maître.
Sur le feutre de couleur noire qui recouvrait la ta ble du comptoir, les gemmes ressortaient de merveilleuse façon.
Et c'est en lapidaire, véritablement amoureux de so n art, que le joaillier caressait les perles aux teintes chatoyantes.
La maison Salnave depuis 1835 dans un magasin de la rue Saint-Honoré, tout proche l'église Saint-Roch, était demeurée là, n'affichant pas un luxe criard.
Tout gros, tout rond, le visage légèrement jovial, comme il convient à un commerçant qui sait attirer chez lui une riche clie ntèle, Salnave laissait ses concurrents faire d'énormes frais, se contentant, b ien simplement, de sa petite boutique de la rue Saint-Honoré...
Séparées par la porte vitrée qui en formait le mili eu, les deux devantures aux petits carreaux encadrés de bois dataient certa inement du temps du grand-père Salnave.
***
— Eh bien, Grimaud, s'écria encore le joaillier... Qu'en dites-vous ?
— Ah ! il n'y a pas à dire !... Faivre est le plus habile... Atchoum !...
— Allons, bon !... Voilà que cela vous reprend.
— Atchoum !...
— Ça y est !... Au moins treize fois !... J'ai conn u quelqu'un comme cela... Seulement il prisait... Heureusement que vous ne prisez pas, vous !...
— Atchoum !...
Cette fois, l'éternuement plus prolongé eut un effe t désastreux...
Grimaud tomba le nez sur le comptoir de drap noir e t, sous le choc, perles vraies et perles fausses, dont les fils de soie qui les reliaient s'étaient soudainement brisés, s'en furent descendre en casca de sur le tapis d'Orient qui recouvrait le sol du magasin.
— Grimaud !... Grimaud !... s'écria le joaillier en levant les bras au ciel... qu'avez-vous fait là ?
— Atchoum ! répondit l'employé, qui ne put en dire davantage...
— Ah ! vous n'allez pas recommencer ? s'écria Augus te Salnave, pris de colère...
Le pince-nez, qui d'habitude chevauchait sur le nez du joaillier, chut à terre, et, quelques instants, le brave homme tenta de le ramasser en tâtant légèrement des mains...
Il n'y put parvenir, mais il lui sembla que, sous s on talon de bottine, quelque chose venait de craquer en se brisant...
Salnave, bien qu'un peu fort, se baissa et recueill it son lorgnon vide d'un verre...
— Ça y est, Grimaud... Tenez, regardez... un verre de cassé... Ah ! nous voilà bien !... Moi qui ne peux pas y voir sans ça !... Comment vais-je retrouver mes perles vraies, et les reconnaître des fausses ? ...
Grimaud était au désespoir... Que faire ?
Il s'accroupit, comme Salnave, et les mains sur le tapis, les genoux aussi, tous deux ramassaient, une à une, les gemmes tombée s des colliers...
Bien soigneusement, le joaillier les examinait de s es yeux de myope et les remettait sur son comptoir, en disant :
— Surtout, Grimaud, faites bien attention.
Il eut un gros rire bon garçon et ajouta :
— Voyez-vous qu'on confonde les vraies avec les fau sses...
Bien que l'employé fût, au fond, très peiné de l'ac cident dont il avait été fort malencontreusement la cause, il ne put s'empêcher d e s'arrêter au beau milieu de sa pêche aux perles sur un tapis d'Orient, et, l es deux mains posées aux genoux, il contempla Salnave qui avait eu le même m ouvement.
Leurs identiques positions étaient, ma foi, si drôl es, que Grimaud ne put s'empêcher de partir d'un éclat de rire.
Puis, très troublé devant le regard sévère du patro n, il crut devoir avoir recours à un formidable : Atchoum ! qui fit bondir Salnave.
— Dites donc ! s'écria-t-il en se croisant les bras !... Je pense que vous
n'allez pas recommencer ?... Vous feriez bien mieux de prendre mon lorgnon pour y faire remettre un verre... C'est idiot... Sa ns ce pince-nez je ne vois rien... Hein, vous riez ?...
— Mais non, monsieur Salnave ! répliqua Grimaud...
Les deux hommes étaient debout maintenant et Grimau d, prenant des mains de son patron le pince-nez aux verres brisés, lui d it :
— Monsieur Salnave, je cours chez un lunetier... un opticien... il y en a un, pas bien loin d'ici, avenue de l'Opéra... Et je vou s rapporte votre lorgnon, d'ici une demi-heure !...
— C'est bien cela, mon ami !... Allez et faites vite.
Demeuré seul, Auguste Salnave remarqua que son accr oupissement – même sur un tapis d'Orient – avait légèrement taché de poussière les genoux de son pantalon.
Aussi, Grimaud parti, passa-t-il rapidement dans l' arrière-boutique qui lui servait de bureau, et commença-t-il à procéder à un indispensable coup de brosse.
Ceci fait, il se passa sur les mains un peu d'eau, et achevait même de les sécher avec son essuie-main, quand soudain tinta la sonnette électrique de la porte du magasin.
Sans se retourner, Salnave, croyant que c'était son employé qui revenait avec son lorgnon réparé, se borna à dire :
— C'est vous, Grimaud ?...
Mais une voix de femme lui répondit aussitôt :
— C'est bien ici, monsieur Salnave ?
Du coup, Auguste, que tous les événements de la mat inée avaient un peu troublé, se retourna, mû comme par un ressort, et d 'un sourire qu'il tenta de son mieux de rendre aimable, alla au-devant de la clien te.
C'était une jeune femme, blonde, fort élégamment vê tue, et que Salnave ne reconnaissait point pour l'avoir jamais vue dans so n magasin.
Fort poliment il lui présenta un siège devant son c omptoir, en lui...