Archibald le marin
202 pages
Français

Archibald le marin

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Description

Archibald est sans doute le plus attachant des personnages créés par Hergé. Depuis 1940 et sa rencontre avec un petit reporter à bord d'un vieux cargo, on sait tout de la vie aventureuse que ce marin a menée à ses côtés, mais sur sa vie antérieure, c'est le black-out complet ! Une longue et minutieuse enquête a permis de révéler que la mer et les bateaux ont toujours eu une importance capitale pour ce capitaine désormais célèbre dans le monde entier. On apprendra aussi pourquoi les amateurs de BD l'ont découvert sous les traits d'un véritable ivrogne, capitaine d'opérette d'un bateau utilisé à son insu pour le trafic de drogue.

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Date de parution 27 août 2020
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EAN13 9782140156441
Langue Français
Poids de l'ouvrage 72 Mo

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ISBN : 979-10-334-0176-6 ISBN : 979-10-334-0176-6
20 €20 €Archibald
le marin© Sépia, 2020
ISBN : 979-10-334-0176-6
EAN : 9791033401766Archibald
le marin
par
Yvon Talamersommaire
__________
Prologu ...................................................................................e 7
Première partie
La jeunesse d’Archibald : 1894-1 ...........913 11
Remarques préalables du Capitaine Ha ........................ddock 13
1894-1909 : la petite enfan ......................................................ce 14
1910-1913 : mes premiers embarquem e.............................nts 20
Deuxième partie
La guerre d’Archibald : 1914-1919 ...............41
Les souvenirs du capitaine Ch ...........................................ester 86
Troisième partie
Une étonnante reconversion : 192 ...0-911933
Les burlocks d’Arc ..................................................................hie 92
Quatrième partie
Les rois des rum-runners : 1924 -.......1931112Cinquième partie
En route pour de nouvelles aventures… :
1933-1934 .......................................................135
Sixième partie
Changement de cap : 1935-19 ................40 143
Septième partie
Les ancêtres du capita .............................ine 153
Jules Rouget se souvient du capitaine Ha ..............ddock…154
Haddock & C ........................................................° ....................158
Où l’on découvre les origines anglaises
de la famille Haddoc ................................................................k 159
Pleins feux sur les parents de François de H ...........adoq 17ue0
Les jeunes années du petit Fra ........................................nçois 178
La carrière sur mer de François de H .......................adoque 184
Une famille tournée vers la m ............................................er… 193Nos remerciements s’adressent avant tout au capitaine Haddock
qui m’a fait l’honneur d’être sensible à ma démarche et qui m’a
autorisé à publier en avant-première les textes consacrés au début
de son autobiographie. Je tiens à associer à ces remerciements ceux
que je dois aussi au capitaine Chester et au journaliste Jules
Rouget, sans oublier Hergé, le biographe des aventures de Tintin, qui
m’ont tous beaucoup aidé à la rédaction de cet ouvrage.

Yvon TalamerPrologue | 7
____
Prologue
e capitaine Haddock a rejoint depuis longtemps Lla célébrité de Tintin dont il n’est pourt-ant deve
nu le compagnon que onze ans et huit albums après
qu’Hergé ait créé ce jeune héros. Sa forte personnalité
a vite rendu sa présence indispensable dans toutes les
aventures du petit reporter publiées à partir de 1940,
depuis la première d’entre elles à ses c Lôe ctréasb, e aux
pinces d’or.
La séquence de la première rencontre des deux
hommes à bord du cargKo araboudjan le 9 janvier
1941 est devenue mythique. On y découvre un c- api
taine Haddock âgé d’environ 45 ans, alcoolique au
dernier degré. L’amitié qu’il va nouer avec Tintin
réduira sensiblement cette addiction au fl de leurs
aventures, sans pourtant qu’il n’y renonce jamais
complètement. Les autres défauts de ce personnage,
sa propension à émailler ses paroles des jurons les
plus étonnants, sa truculence, vont lui conférer une
épaisseur, une humanité qui le rendront par-ticuliè
rement sympathique. C’est son fchu caractère, ses
emportements, même ses erreurs, qui feront de lui un
personnage indispensable dont les lecteurs n- e vou
dront plus se passer.
Hergé n’a utilisé que son comportement et s- a per
sonnalité pour le rendre si attachant, sans chercher
à s’appuyer sur son passé dont on ignore quasiment 8 | Archibald le marin
tout. Les seules informations précises dont on dispose
sur lui sont en efet d’une étonnante rareté.
– Dans Le Crabe aux pinces d’or, il est fait mention
de sa mère pour laquelle il professe une gran-de dévo
tion fliale.
– Dans L’Etoile mystérieuse Haddock fait état d’une
amitié de vingt ans avec le capitaine Chester, avec qui
il a longtemps navigué.
– Dans le premier deEs ntretiens du capitaine
Haddock publié en 1946 dans le journ Tal intin, on
apprend que son grand-père était marin, et dans le
dernier de ces entretiens, publié en 1949, que son père
était ofcier de marine.
– Dans Les 7 boules de cristal, il évoque le souvenir
d’un typhon qu’il a subi sur son bateau quand i -l navi
guait dans les Antilles.
– Dans Tintin et les Picaro, os n apprend pour la
première fois son préno : Am rchibald.
Et c’est to u! t
C’est bien mince pour un homme qui occupe la
fonction de capitaine au long cours, et qui l’exerce de
plus sur un navire utilisé pour le trafc de drogue…
On imagine qu’un vécu particulièrement rich-e a pré
cédé cette dernière situation. Et on a évidemment
très envie de le connaître. C’est le but de cet ouvrage.
Il est le fruit de longues recherches et de nombreux
témoignages qui ont permis, petit à petit, de r -assem
bler, puis de reconstituer, les pièces d’un étonnant
puzzle révélant pour la première fois ce que fut la vie
du capitaine avant sa rencontre avec Tintin.Première
partie
____
La jeunesse
d’Archibald :
1894-1913I. La jeunesse d’Archibald : 1894-1913 | 13
____
Remarques préalables
du capitaine Haddock
uasi retraité depuis 1976, je fnissais par beaucoup Qn’ennuyer, même dans un cadre aussi agréable que
celui du château de Moulinsart. Pour vous donner une
idée de la morosité dans laquelle je m’enfonçais, j’en
étais alors réduit à essayer de m’intéresser à u-n impro
bable épluche pomme de terre bricolé par Tryphon
Tournesol…
Ça ne pouvait plus du r: ierl fallait que je réagisse.
J’ai donc entrepris de mettre par écrit mes souvenirs
d’une carrière maritime bien remplie. Cette nouvelle
occupation m’a été salutaire et a redonné du goût à
ma vie. Je me suis beaucoup appliqué à restituer le
plus précisément possible l’essentiel de ma carrière de
marin. J’en ai profté pour ressortir de vieux albums
de photos, ce qui m’a permis d’illustrer certains
textes. Aucun éditeur n’ayant été informé de ce projet
personnel (et qui le restera peut-être), j’ai pris - et je
prends encore - tout mon temps pour le rédiger, ne
m’y attaquant que lorsque l’envie m’en vient. A ce
jour, cette grande fresque n’est pas encore achevée
puisqu’elle ne traite à ce stade que de la période 1894
– 1919, mon premier quart de siècle… 14 | Archibald le marin
____
1894-1909 :
la petite enfance
Les textes qui suivent sont ceux des mémoires du capitaine
Haddock qu’il a commencé à écrire et dont il a autorisé - pour
la première fois - la publication dans le cadre de cet ouvrage.
J’ai eu beaucoup de mal à le convaincre d’accepter ceci et je
n’y serais sans doute pas parvenu sans l’aide des ses amis
proches, en particulier Tintin et le capitaine Chester, qui ont
beaucoup insisté pour que ces souvenirs de jeunesse si
intéressants soient rendus publics.
Yvon Thalamer
e suis né en Belgique, à Anvers, le 29 mars 1894. JMon père était famand et il avait rang d’ofcier de
la marine marchande sur un paquebot de la c - ompa
gnie Red Star Line. J’ai très peu de souvenirs de lui car
il n’était pas si souvent présent dans la petite maison
que nous habitions alors à Anvers.
Ma mère était wallo n: enelle était originaire de
Ransart, à côté de Charleroi où ses parents (que je
n’ai jamais connus) ont toujours résidé dans une petite
maison que maman a vendu après leur mort. Elle est
devenue veuve très jeune, en 1908 - j’avais alors quatre
ans - quand mon père est mort accidentelleme-nt, ren
versé par un tram dans une avenue d’Anvers, et elle
n’a jamais eu d’autres enfants que moi. Ma mère m’a
raconté que mon prénom, Archibald, avait été choisi
par défaut car celui qu’elle voulait me donne-r ne plai
sait pas du tout à son mari, pas plus qu’elle-même ne
voulait entendre parler de celui qu’il lui proposait. Ils I. La jeunesse d’Archibald : 1894-1913 | 15
ont transigé en se rabattant sur le saint que l’on fêtait
le 29 mar s: Archibald. Je n’ai appris que bien plus
tard que ce saint homme était un chrétien originaire
d’Afrique du nord, qui avait été martyrisé pendant la
persécution de Genséric, roi des Vandales, au milieu
du Ve siècle. Cette origine m’a toujours laissé assez
indiférent car je n’attache guère d’importance aux
références religie u: dseu ms onde de la chrétienté, il
n’y a guère que sa morale qui me convienne. J’a-i plu
tôt tendance à rejeter tout le reste, tellement j’ai été
choqué par les terribles exactions commises au nom
du catholicisme au cours de l’histoire (les croisades,
l’Inquisition, j’en passe et des pires…), sans oublier
les cérémoniaux hyper théâtralisés qu’elle continue
de pratique : lr es messes, les grandes cérémonies et le
baptême, surtout le bapt ê! Emest-ce honnête d’-im
poser à un nourrisson qui n’en a même pas conscience
sur l’instant et qui ne réclame rien de tel, de devoir
respecter toute sa vie les préceptes d’une religion dont
il ignore to u? Tt out ça pour dire que j’ai été moi aussi
baptisé, à l’insu de mon plein gré comme on dirait
maintenant, ce qui était, je le suppose, une c -onven
tion parfaitement arbitraire mais qui se devait d’être
respectée à cette époque.
Maman ne s’est jamais remariée et elle est très vite
venue habiter chez ses beaux-parents avec qui e -lle s’en
tendait très bien. Ils étaient propriétaires d’une
maison sufsamment grande pour cela
dans un quartier d’Anvers proche du
port et c’est là que se situe la plus
grande partie de mes souvenirs
d’enfant. Ma grand-mère p-ater
nelle, Léonie, m’adorait, tout
comme son mari, Maxence,
que j’ai toujours appelé Papy
Max. Il faut dire que j’étais
leur seul petit-fls. Ce
grandpère avait un frère jumeau,
Le dessin qui servait d’enseigne à la boutique
de Shipchandler de mon oncle Anatole.16 | Archibald le marin
Anatole, qui tenait une boutique de shipchandler sur
un quai du port d’Anvers. C’était un très vieil - établis
sement qui datait de 1695 à en croire ce qui ap-parais
sait sur son enseigne. Il avait toujours été propriété de
la famille Haddock depuis sa création et je crois savoir
que Papy Max en avait hérité avec son frère Anatole
à la mort de leurs parents, c’est-à-dire mes arrières
grands-parents paternels. Papy Max avait préféré faire
une carrière dans la marine, mais sur mer et non à
terre, et il avait vendu sa part de l’afaire à son frère.
Je crois bien qu’il s’était un peu fait rouler dans cette
transaction, si j’en crois certains papiers de famille
découverts très tardivement…
Papy Max a fait toute sa carrière dans la marine
marchande. Né en 1846, il s’est embarqué sur un
navire de la Red Star Line dès 1872, année de la
création de cette compagnie. Je suppose que mon
père avait voulu suivre la même trace professionnelle
que lui. J’ai toujours précieusement conservé une
J’ai toujours soigneusement gardé cette
carte postale ancienne du port d’Anvers
où fgure mon grand-père paternel.I. La jeunesse d’Archibald : 1894-1913 | 17
carte postale du port d’Anvers que Papy Max m’avait
donnée car il apparaissait sur la photo. Il aimait bien
se promener sur les quais du port où il rencontrait
d’anciens collègues ou de vieux copains et c’est dans
cette circonstance, alors qu’il était assis sur une bitte
d’amarrage, que le photographe d’un éditeur de cartes
postales l’a immortalisé.
C’est avec Papy Max que j’ai eu la plus grande peur
de ma vie en bateau. Assez régulièrement, les jours où
je n’avais pas école et où la météo était bonne, i- l m’em
menait avec lui pour une sortie en mer sur la barque de
Célestin, un de ses vieux copains, pêcheur retraité. Ce
jour-là, il faisait beau, il y avait un bon petit vent et nous
trainions trois lignes derrière nous. Nous étion-s au por
tant, la voile était bien gonfée et nous flions facilement
5 ou 6 nœuds. Nous sommes soudain entrés dans une
épaisse nappe de brouillard. On n’y voyait plus rien à
dix mètre s! Nous avons continué notre route, au même
cap, pendant presque un quart d’heure et juste avant
que nous ne sortions de cette purée
de poix, j’ai deviné la silhouette d’un
grand voilier nous faisant face et qui
se dirigeait droit sur nous… Sa proue
m’a semblé énorm ! Je ’ai été env-a
hi par une immense peur, presque
une panique car j’imaginais déjà un
éperonnage que je pressentais i- né
luctable. Papy Max a eu alors le bon
réfexe : il a saisi la corne de brume du
bord et s’est mis à soufer dedans le
plus fort possible pour nous signaler.
A la dernière minute le navire a
pu dévier sufsamment sa trajectoire
pour nous éviter de justesse et du
coup, en passant à ras de notre bord,
sa vague d’étrave à fait violemment
danser notre barque.
Ma mère n’avait que de très petits
revenus et j’ai vite pris conscience qu’il
lui serait bien difcile fnancièrement 18 | Archibald le marin
de me faire faire de longues études, ce qui semblait
pourtant être sa volonté. Ce serait pour elle une charge
difcilement supportable. J’adorais ma mère, j’essayais
toujours de lui faire plaisir et lui donner satisfaction
mais je ne voulais pas lui imposer des sacrifces qu’elle ne
méritait pas. D’autant que je n’étais pas un fou d’école,
loin s’en faut… Je n’étais pas vraiment un mauvais élève
mais les études ne m’attiraient pas spécialement. Je ne
rêvais que de bateaux, de grands voyages voire d-e décou
verts de terres inconnues. Rien q u! J e ça’ai vite trouvé
la solution au probl è: jme ne ’aurais qu’à m’embarquer
comme mousse sur un navire marchand. Les possibilités
ne manquaient pas à Anvers. Je savais que je pourrais
le faire dès que j’aurais seize ans. Quand j’ai parlé de ce
projet à ma mère, elle s’y est carrément o p: epolslée
me trouvait bien trop jeune, j’avais quatorze ans, et elle
n’acceptait surtout pas d’être si tôt séparée de moi. Le
dialogue se bloquait, la situation devenait tendue et c’est
Papy Max qui a su la dénouer en proposant une solution
de bon sens.
– Ce garçon n’a pas du tout envie de faire des études,
il aime la mer par-dessus tout et il veut y faire carrière.
J’ai connu ça et, connaissant son caractère, je crois qu’on
ne pourra pas le faire changer d’avis. Mais je suis
d’acLes armoiries de la famille du
capitaine Haddock.I. La jeunesse d’Archibald : 1894-1913 | 19
cord qu’il est bien trop jeune encore pour cela. Je pense
qu’une solution d’attente serait de demander à mon frère
Anatole de le prendre comme apprenti dans sa boutique
de shipchanler. Il pourra se familiariser avec le monde des
marins et nous aviserons plus tard, dans deux ans, de la
meilleure conduire à tenir…
Ma mère se rangea à la suggestion de Papy Max
et c’est en 1908 que j’ai commencé à travailler chez
l’oncle Anatole. Il avait un sale caractère, à l’opposé
de celui de son frère, et me faisait travailler dur, sans
aucune complaisance pour le petit neveu que j’étais
pour lui. Je le trouvais plutôt radin, âpre au gain, prêt
à tout pour grappiller quatre sous. Il était capable de
raconter des boniments insensés pour convaincre un
client. Combien de fois ne l’ai-je pas entendu s - e réfé
rer à un lointain cousin britannique, amiral de son
état, qui avait été à l’origine de la bonne réputation
de la boutique, une tradition qu’il avait, lui, à cœur
de perpétuer… Ça me semblait très gros comme
argument mais ça ne semblait pas choquer les clients.
Dur, dur, l’oncle Anatole. Jamais il ne m’a fait le
moindre cadeau ni eu le moindre geste d’attention
envers moi. Boulot, boulot, rien que le boulot…
Je dois reconnaitre que chez l’oncle Anatole, j’ai
appris beaucoup de choses sur l’univers maritime, à
commencer par son vocabulaire. Au bout de quelques
mois, je savais faire la diférence entre une poulie à
talon, coupée, à croc ou à fouet et je ne posais pas de
question si on me demandait d’aller chercher dans
la réserve une poulie à itague. Dans la boutique de
l’oncle, il y a avait un vieux commis qui m’aimait bien.
Il avait été bosco quand il était jeune et il m’a appris
a peu près tous les nœuds marins qui puissent exister.
Quand il n’y avait pas de client dans la boutique et que
l’oncle Anatole était occupé nous nous lancions dans
du matelotage de haut niveau. J’adorais ça. Et il parait
que j’apprenais rapideme : tntrès vite, les yeux fermés,
j’ai su faire un nœud de chaise, de laguis, d’étalingure
ou de tisserand. Je réussissais même de superbes boules
de touline, mais pas en aveugle quand même.