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Bianca de Médicis

De
151 pages
Premiers jours d'octobre 1587. François de Médicis et son épouse Blanche profitent des douceurs de l'automne. Le 8, on le dit fiévreux, ainsi que la grande duchesse. Francesco meurt le 19 octobre. Bianca, le 20. Le 21 octobre, les Florentins peuvent défiler dans l'église de San Lorenzo pour voir la dépouille du premier grand duc de Toscane. De celle qui partagea sa vie, aucune nouvelle. Disparue. Au fil des années, puis des siècles, le silence se fera rumeur, thèse officielle, vérité historique : l'exécrable Bianca, la putain vénitienne. Mais qui était Bianca de Médicis ?
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Roger Baillet
Bianca de Médicis Roger Baillet Grande duchesse de Toscane Biographie romancée
Grande duchesse de Toscane Bi ca d Médi is
collection Amarante
Bianca de Médicis
Amarante Cette collection est consacrée aux textes de création littéraire contemporaine francophone. Elle accueille les œuvres de fiction (romans et recueils de nouvelles) ainsi que des essais littéraires et quelques récits intimistes.
La liste des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Roger Baillet Bianca de Médicis Grande duchesse de Toscane Biographie romancée
Du même auteur Michel-Ange ou la sculpture de l'être, roman, Harmattan, coll. « Amarante », 2013.
Vivaldi ou l'évanescence « Amarante », 2013.
de
l'être,
roman,
Harmattan,
coll.
La petite comédie, roman, Harmattan, coll. « Amarante », 2013. De Gaulle et Machiavel, essai, Harmattan, coll. « Questions contemporaines », 2014.
Le mythe de Don Juan ou le miroir italien, Harmattan, 2016.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-12544-2 EAN : 9782343125442
Prélude Le mystère de la Villa de Poggio a Caiano Premiers jours d'octobre 1587. François de Médicis et son épouse Blanche profitent des douceurs de l'automne toscan dans la villa de Poggio a Caiano, où ils viennent souvent. Cette villa médicéenne à dimension humaine, merveille d'un art de vivre où la nature est une architecture vivante. Les derniers feux de la civilisation italienne de la Renaissance. Le 6 octobre, à l'aube, le grand duc est parti chasser le daim ; puis il est allé participer à l'abattage de quelques arbres pour dessiner une allée nouvelle vers un petit lac artificiel. Tout va bien. Le 8, on le dit fiévreux. Il se couche épuisé. Les médecins décident de lui tirer vingt onces de sang. Deux jours plus tard, les rumeurs de la cour signalent que la grande duchesse souffre du même mal que son mari. Par sympathie, dit-on. À l'inquiétude manifestée par l'envoyé de la cour de Mantoue, le cardinal Ferdinand de Médicis, qui est lui aussi à Poggio a Caiano, fait savoir, le 17 octobre, que l'état de son frère et de sa belle-sœur ne cesse de s'améliorer. Mais on se plaint, dans les diverses chancelleries, du barrage que semble faire le frère du grand duc à toutes les visites.
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Francesco meurt le 19 octobre. Bianca, le 20. Quelques témoignages troublants la disaient complètement rétablie deux jours auparavant. Le 21 octobre, tous les Florentins peuvent défiler dans l'église de San Lorenzo pour voir la dépouille de celui qui fut le premier grand duc de Toscane du nom de François. er François 1 de Médicis, couché sous un dais de velours noir, vêtu de ses habits princiers. De celle qui partagea vingt-deux ans de sa vie, aucune nouvelle. Disparue. Demander "Où est le corps de Bianca ?" est une question politiquement incorrecte. Et tous les courtisans le savent. Les funérailles officielles du grand duc auront lieu à la fin décembre, en présence de tous les représentants des grandes cours européennes. C'est l'Italie baroque qui aura inventé ce qu'on appelle désormais les pompes funèbres. Le siècle qui va commencer sera marqué par la splendeur des fêtes destinées à exalter la majesté du Prince. La scénographie des funérailles de François de Médicis sera un modèle du genre. Les superlatifs surabondent dans les comptes rendus de l'époque. Le silence envers la grande absente n'en est que plus écrasant. Au fil des jours, des années, puis des siècles, ce silence se fera rumeur, thèse officielle, vérité historique :la pessima Bianca-l'exécrable Bianca. La putain vénitienne. Pendant ce temps, Philippe II, du fond de l'Escurial, rêve l'ordre catholique du monde. Il vient de s'emparer du Portugal, écrase la révolte aux Pays-Bas, apporte son appui en France aux maîtres de la Ligue, et médite de balayer en Angleterre les forces antipapistes avec l'Invincible Armada. Il règne depuis trente-et-un ans. La réponse cinglante qui lui sera donnée de Londres, l'année suivante a pour prélude en ce début d'année 87, la décapitation de la très catholique Marie Stuart. Elisabeth la Grande règne depuis vingt-neuf ans.
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En France, les trois Henri ont entamé depuis deux ans la huitième guerre de religion. Les historiens les comptent, allez savoir pourquoi, quand la guerre civile dure depuis quinze ans. Catherine de Médicis s'épuise à essayer de concilier les deux partis. Son fils Henri III fera assassiner Henri de Guise l'année suivante. Il mourra peu après poignardé par un dominicain, laissant la succession à Henri de Navarre. Avec la paix civile retrouvée, la France redeviendra cette puissance qui rivalisait avec l'Espagne du er temps de François I . Cet échiquier des grandes monarchies, qui a tant fasciné Machiavel, et où s'inscrit le destin de l'Europe. Les grands de ce monde. Et l'Italie, en cette fin de siècle ? Pour la culture, nul ne l'égale et tout le monde s'abreuve à ses sources, comme à une corne d'abondance. En politique, tous s'accordent à dire qu'elle ne joue plus dans la cour des grands depuis le sac de Rome en 1527. Divisée en petites cours sans force militaire. Sous contrôle espagnol de Naples à Milan. Sauf Venise, peut-être, qui résiste tant bien que mal aux assauts ottomans. Alors, ces princes qui se meurent dans leur maison de campagne, peut-être de poison, chronique policière ? Simple affaire privée, loin des remous de l'Histoire ? Pas si sûr, pas si sûr... Qui sauve de ses banqueroutes colossales le puissant roi d'Espagne Philippe II, sinon la banque du grand duc de Toscane ? Et cette petite fille de cinq ans, qui pleure du chagrin d'avoir perdu sa mère sur les genoux de Bianca, qui la berce tout doucement, et prononce son nom avec l'accent chantant du parler vénitien, comment s'appelle-t-elle, déjà ? Marie... Ah ? Marie de Médicis, l'épouse d'Henri IV, la mère er de Louis XIII ? Oui, oui : François I de Médicis est le grand père de Louis XIII.  Il fait partie des très grands de ce monde. Et son épouse aussi. Et pourtant, non...
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