Celui-là

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170 pages
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Description

Ce texte est le fruit d'un exercice de style littéraire ayant pris forme de récit. Il est né tant d'une nécessité que d'un désir de traiter l'indicible du deuil. Le parcours des personnages dans l'écriture est pris par chaque mot, chaque ponctuation. Pour ce texte, la langue de Duras était la plus juste : pas de nom, pas de lieu, pas de temps. Ainsi, l'auteure rend hommage tant à cette grande écrivaine qu'à lui, dans le souvenir de qui cette langue se love.

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Ajouté le 02 octobre 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9782140047596
Langue Français
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Au Il des pages se tisse ce qui va lui permettre de sortir du
précarité, elle reprend ici l’écriture pour un récit aux conIns du réel.
Estelle Berger
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Collection « Vivre et l’écrire » fondée par Pierre de Givenchyvoir la liste des titres de la collection en fin d’ouvrage
Estelle Berger
Celui-là
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12986-0 EAN : 9782343129860
L’envie que l’autre a de soi inventa un règne dont la disparition l’emplit de douleur.
Pascal Quignard
I
Un cri : « Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui se passe ? »… Silence… Puis il y a eu l’instant où la cose est arrivée. Il est là, au sol, une voile étalée, éclatée autour de lui. C’est comme ça, il va certainement en mourir, mais l’instant, c’est comme ça, quand il est passé, on ne peut pas revenir dessus. Maintenant, quoi qu’il se passe, il faudra faire avec.
Ailleurs, loin, très loin, il y a Léo Ferré qui l’accompagne, elle. « C’est extra », cante-t-il. Allongée sur le pont d’un bateau,au-dessusdellelavoielactée,elleesteureuse.Ellevabientôt le retrouver. Le monde est si petit qu’il est ainsi, il y a place pour le meilleuretpourlepiredansunmêmeinstant.Elleestloin,elle est partie longtemps, il le lui avait d’ailleurs dit, que ça serait long. Pas besoin de penser à lui pour qu’il soit là. D’ail-leurs, ça n’était pas forcément avec lui qu’elle envisageait sa vie à son retour. Mais il était là, quelque part, tout simplement. Sauf qu’à son retour, elle ne l’a pas retrouvé. À son retour, quand il n’a pas répondu au télépone, elle ne s’est pas inquié-tée : quand il était occupé, il ne répondait pas, c’est tout. Alors elle ne s’est pas doutée. Pas un instant elle n’a imaginé que ce soit arrivé. C’est son amie N. qui le lui a dit : « Il faut que je te dise quelque cose. Il y a eu un drame. Il a eu un accident, il y a uit jours. C’est très grave. Je ne sais pas si à l’eure qu’il est, il est encore vivant ou s’il est mort. » Ces mots-là, c’est le ravage. Elle se rappelle s’être demandé s’il voudrait la revoir. Elle se rappelle s’être dit que s’il avait besoin d’aide pour mourir, elle ferait ça pour lui. Elle l’aimait de cet amour qui permet ça, aider l’autre à mourir.
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