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Entre II Mondes - Livre 1 : Réminiscences

De
163 pages
À Hidden Hills, petite ville de la province d’Alberta dans les Rocheuses canadiennes, Moïra mène une vie sans histoires aux côtés de ses grands-parents adoptifs. Mais très vite, la jeune femme découvre que sous les aspects d’une vie tranquille et ordinaire peuvent se cacher bien des secrets. C’est au travers de ses rêves et de sa relation naissante avec un jeune homme nommé Tristan, qu’elle se sent troublée.
Elle prend véritablement conscience de sa différence lors de l’apparition d’étranges phénomènes liés à ses nouvelles capacités, qu’elle doit apprendre à maîtriser rapidement. Mais ses dons l’éloignent malgré elle de ceux qu’elle aime. Ils font également de Moïra la proie d’êtres mal intentionnés, des créatures œuvrant pour le compte de leur puissant maître resté dans l’ombre, et venues d’un monde ancien et oublié par les Hommes.
Heureusement, la providence mettra sur son chemin un allié aussi précieux que redoutable appartenant à l’Ordre Sacré des Gardiens du Temple. Envoyé sur Terre, il aura pour mission de retrouver les traces d’une activité anormale dans le monde humain.
Car la saison sombre approche et avec elle la fête de Samain, ouvrant le passage entre les deux mondes...
« Réminiscences » est le premier volume de la trilogie « Entre II Mondes », dont les livres 2 et 3 sont à paraître en décembre 2013 et courant 2014.
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ENTRE II MONDES
Livre 1 : Réminiscences D.Lygg
© Éditions Hélène Jacob, 2013. CollectionFantastique. Tous droits réservés. ISBN : 979-10-91325-65-3
À ma fille et mon mari pour leur amour et leur soutien À ma famille et mes amis pour leurs encouragements Ainsi qu’à tous ceux qui ont choisi d’embarquer dans cette extraordinaire aventure…
« Depuis ma plus tendre enfance, j’ai souvent rêvé que j’étais quelqu’un d’autre. Nous n’imaginons pas à quel point la frontière qui existe entre le rêve et la réalité peut-être ténue. J’en suis la preuve… »
Prologue
Quelque part, ailleurs, au milieu d’une forêt luxuriante se tenait une femme. Celle-ci était grande, la silhouette gracile et le port de tête majestueux. Elle marchait d’un pas léger en direction d’une énorme bâtisse encadrée par quatre impressionnantes et belles tourelles, faites de lourds blocs de pierre d’un blanc pur et scintillant. La jeune femme traversa ensuite une petite cour intérieure qui menait jusqu’à un bassin ; celui-ci était surplombé par une immense et majestueuse fontaine, d’où coulait une eau cristalline. Elle s’y arrêta un instant, contemplant le magnifique spectacle offert à ses yeux couleur miel. Soudain, des petites particules lumineuses se mirent à graviter autour d’elle, tandis qu’elle baissait la tête afin de s’assurer qu’elle tenait toujours entre ses mains son précieux présent. Quelques mèches de sa longue chevelure ondulée retombèrent sur son visage, sans qu’elle y prêtât la moindre attention. Ses magnifiques cheveux cuivrés offraient un éblouissant contraste avec la longue robe immaculée qui tombait à ses pieds. Sur ses mains, de splendides arabesques dorées conféraient un peu de couleur à une peau diaphane. Leurs jolies formes prenaient naissance à partir de la courbe gracieuse des poignets, pour terminer leur course le long des doigts fins et délicats. Les mains semblaient emprisonner jalousement une forme lumineuse de couleur argentée, qui perçait çà et là dans les fentes des doigts qui la retenaient captive. Une larme roula lentement le long de la joue de la jeune femme et vint se jeter dans la lumière, devenue éblouissante. Ce fut alors que les mains de la geôlière lui offrirent, lentement et non sans peine, sa liberté. — Va, va et vis… dit-elle à l’attention de la lumière fuyante. Celle-ci disparut en un instant et le ciel, qui jusque-là était d’une belle couleur azur, s’assombrit. La femme aux cheveux de cuivre laissa alors éclater toute sa détresse, toute la tristesse due à son geste. Elle poussa un cri presque bestial, d’une extrême intensité. Désormais, elle se retrouvait seule au milieu de nulle part, seule avec sa douleur pour unique compagne, jusqu’à ce qu’elle disparaisse à son tour, comme happée par la luminosité de plus en plus forte de ce lieu mystérieux.
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Chapitre 1 –Présentation
J’avais comme des flashes, je me regardais dans un miroir et y voyais mon visage, à ceci près que ce n’était pas exactement le mien. J’éprouvais cette sensation étrange propre à l’univers du rêve, où l’on voit des personnes que l’on sait familières sans que leur visage soit véritablement le leur. Cette fille dans ce miroir ressemblait à celle de cet autre rêve, puis encore à celles des nuits précédentes. Elles étaient toutes moi sans l’être à la fois, différentes mais tellement ressemblantes. L’instant d’après, je me retrouvai tout à coup à voler au-dessus d’une forêt de conifères, puis je passai au-dessus d’une montagne, où l’envie me prit d’en caresser le crâne enneigé témoignant de la rudesse de l’hiver passé. Je connaissais parfaitement ces paysages pour avoir été ceux de mon enfance ; j’étais chez moi. Je redescendis enfin pour me retrouver face à un lac aux eaux magnifiques, dont la couleur changeait en fonction des rayons du soleil s’y reflétant. Je me sentais bien, jusqu’à ce qu’une sensation inexplicable me submerge. Le sentiment de plénitude qui était le mien s’envola et le ciel s’assombrit. Le soleil avait disparu, emportant avec lui la beauté et le cadre enchanteur des lieux. Un bourdonnement atroce se fit entendre, je regardai tout autour de moi, ce fut alors que je vis une silhouette noire s’avancer. Les battements de mon cœur, qui avaient jusque-là la régularité d’un métronome, commencèrent à s’accélérer dangereusement. Cette ombre se rapprochait tel le spectre de la mort prêt à faucher sa victime. J’étais dans l’incapacité de fuir, une force inconnue mais
extrêmement puissante m’en empêchait. Mon sang se glaça dans mes veines lorsque je sentis son étreinte. Cette chose était froide et m’oppressait la poitrine, à tel point que je ne parvenais à respirer que très péniblement. Je m’étais résolue au pire, surprise de constater quel courage était le mien en pareil instant. Je fermai les yeux en pensant à l’étrangeté de ce qu’il m’arrivait, mais la vie était ainsi faite. L’instant d’avant, je me sentais libre et en sécurité dans un endroit qui m’était familier et, celui d’après, je me retrouvais au milieu d’un sombre paysage, attendant que l’on m’emporte loin de ceux que j’aime. L’étau se resserrait, m’étouffant complètement. Je m’apprêtais à recevoir l’ultime et amer baiser de la mort, comme les héroïnes courageuses de roman. Mais j’étais au beau milieu d’un rêve, mon rêve, et alors que je ne m’y attendais pas une lumière aveuglante filtra aux travers de mes paupières. Je pensais être morte, mais la chaleur qui accompagnait cette lumière me réchauffait la peau. L’ombre avait brusquement relâché son emprise. J’ouvris les yeux et contemplai ce visage aux traits fins et réguliers appartenant à une femme. Il était de loin le plus magnifique qu’il m’ait été donné de voir,
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mais il était lumineux, bien trop pour mes pauvres yeux qui peinaient à s’habituer à une telle clarté. L’espace d’un très court instant, il me parut étrangement familier. Ce visage était entouré par un halo de lumière qui ne me permettait pas d’en voir plus. J’aurais voulu pouvoir l’approcher, le toucher, mais j’étais toujours prisonnière de cette ombre. Je refermai les yeux sans plus d’espoir de lui échapper, mais alors que je ne m’y attendais plus, je sentis l’étau tout autour de moi se desserrer. L’ombre n’était plus là, l’aura de la chaude lumière l’avait fait fuir. J’étais libre de mes mouvements, je me sentais mieux. Le soleil de retour avait repris son jeu de lumière sur le lac. Hélas, toute chose avait une fin et mon rêve connut la sienne, car un bruit au loin me fit sursauter. Il s’agissait d’une sonnerie, pour être exacte ; je l’aurais reconnue entre toutes, pour l’avoir entendue chaque matin depuis des années… Dring… — Aïe ! Je m’éveillai dans la douleur ; ma tête avait heurté un objet dur, un peu comme une météorite tombée du ciel. C’était en réalité beaucoup moins extraordinaire : mon réveil avait chuté depuis ma table de chevet à force de sonner. Mais ce fut une tout autre douleur qui me contraignit à me rallonger. Un bourdonnement, comme celui de mon rêve, me broyait la cervelle. J’avais beau me pétrir la tête comme ma grand-mère le faisait avec sa pâte à tarte, rien ne me soulageait. Je redoutais que cela ne dure trop longtemps, car je ne me sentais pas la force d’endurer pareille douleur bien longtemps. Mais celle-ci redoubla d’intensité, je me retins alors de pousser un hurlement pour ne pas alerter Joseph et Rose-Mary. Ce bruit à l’intérieur de ma tête était tout simplement insupportable. J’avais l’impression qu’une centaine de ruches d’abeilles avaient élu domicile dans ma chambre. Je pressai fortement mes mains contre mes oreilles pour ne plus les entendre. Mais ce fut peine perdue car elles avaient déjà toutes pénétré dans ma tête. J’étais sur le point d’entrer dans un état de torpeur et ne tardai pas à ressentir cette vague impression de flottement… Mais mon supplice prit fin soudainement. Il me laissa toute pantelante et dégoulinante de sueur. Je regardai autour de moi, d’un air hagard, comme quelqu’un se réveillant après une soirée trop arrosée. C’est terminé, le bruit est parti, me dis-je intérieurement. Je touchai machinalement mon crâne comme si j’avais voulu vérifier que tout était en place. Je reprenais peu à peu possession de moi-même après un réveil si brutal. Le souvenir de mon rêve s’effaçait progressivement de ma mémoire laissant la place à une vague impression de rêve étrange, le genre de rêve qui laissait un goût amer. Je me redressai pour constater que plus personne n’était dans ma chambre mis à part Ozbow, mon gorille en peluche, et moi. Tout était en ordre, autant que la chambre d’une adolescente pouvait l’être. L’idée que certaines choses ne changeaient jamais était rassurante et réconfortante, ma
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chambre représentait tout cela. C’était la chambre d’une jeune fille de dix-huit ans, avec sa décoration à mi-chemin entre l’enfant que j’avais cessé d’être et la jeune femme que j’étais devenue. Deux grandes fenêtres laissaient passer les rayons du soleil qui commençaient déjà à réchauffer ma chambre. L’atmosphère se dégageant de cette pièce était douillette et reposante ; la couleur saumon des murs devait y contribuer. Les photos de ma famille et de mes amis, ainsi que la plupart de mes croquis, étaient accrochés çà et là sur les murs. Toutes mes peluches étaient entassées sur le fauteuil blanc aux coussins violets à l’angle du mur, et une seule avait le privilège de dormir avec moi. Après avoir passé ma chambre en revue, je remarquai que la porte n’avait pas été correctement refermée. J’entendis à cet instant Rose-Mary, ma grand-mère, m’informer que le petit-déjeuner était prêt. Je me levai afin de me préparer pour le lycée comme chaque jour. Tout en me lavant, je repensai à la façon dont je m’étais éveillée, à ce bourdonnement affreux. Mais ce qui m’inquiétait le plus, c’était la récurrence avec laquelle cela m’arrivait. J’étais tellement absorbée par mon flot de pensées que je ne me rendis pas compte que j’étais quasiment prête. Je trouvais cela formidable la faculté que possède l’être humain de continuer à faire certaines choses, comme se brosser les dents, tout en ayant l’esprit ailleurs. Bref, j’étais prête à partir. Je m’arrangeai les cheveux, qui étaient une des rares choses que j’aimais chez moi. Ils étaient longs, bouclés, avec une très jolie teinte cuivrée. Ma grand-mère disait que leur couleur était semblable aux feuilles jonchant le sol en automne ; c’était très délicat et poétique, tout comme elle. Mon grand-père, Jo, également grand poète à ses heures, leur trouvait une ressemblance avec la rouille. Il était mécanicien et possédait un garage en ville, ce qui pouvait expliquer un tel parallèle. Je descendis les escaliers ; des photos de ma famille y étaient accrochées tout le long du mur au papier peint fleuri et vieillissant. Il y avait mes parents adoptifs, décédés quelques années plus tôt, mes grands-parents et surtout moi à différents âges. On pouvait me voir à mon entrée à la petite école, à la pêche avec Jo, à la patinoire avec mes amis, jusqu’à l’année dernière au Midsummer Festival de la ville. Je pensai qu’il faudrait bientôt faire un peu de tri afin d’y mettre celles des années à venir, le mur de l’escalier n’étant pas assez long. Je m’arrêtai sur la dernière marche pour humer l’air, car une délicieuse odeur de café et de brioche faite maison était venue me titiller les narines. J’aimais ce petit rituel matinal et toute la symbolique du petit-déjeuner en famille, où chacun avait ses habitudes. C’était d’ailleurs à ce moment précis de la journée que j’ouvrais mon cahier de doléances. Je préférais attaquer mes grands-parents dès le matin sur les sujets sensibles, avant qu’ils n’aient les idées claires. Ma tactique en valait bien une autre et avait déjà fait ses preuves par le passé. J’arrivai dans la cuisine où se trouvaient mes grands-parents. Rosy, comme de coutume,
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portait son tablier blanc aux flocons de neige rouges ; elle symbolisait l’image même de la mère de famille aimante, un peu comme celles des publicités à la télévision. Elle et Joseph étaient mariés depuis quarante-sept ans. Jo était, quant à lui, assis à table devant son café bien noir sans sucre, avec comme toujours le journal local dans une main et dans l’autre un beignet plein de sucre, qui en contenait bien assez pour le café. Ils étaient tous les deux ma seule famille, rassurante et agréable, aimante et protectrice. — Bonjour tout le monde, dis-je en allant embrasser tour à tour Rosy et Jo. — Oh, tu as une petite mine ce matin ma chérie ! dit ma grand-mère. — Ah ! La marmotte daigne enfin se montrer, fit Jo tout en fourrant un énorme morceau de beignet dans sa bouche. Je passe te prendre après les cours ou Eleanor s’en charge ? Nel était ma meilleure amie depuis l’enfance ; je réfléchis un instant avant de répondre : — Non c’est gentil de ta part, mais c’est bientôt la fin des cours donc après on en profite pour tous se retrouver. Je pris place à leurs côtés sur une des chaises en bois à la belle patine faite par le temps. — Se voir tous ! reprit Jo d’un air exaspéré. Vous passez déjà vos journées ensemble, vos vacances à faire du camping et autres, mais vous voulez passer encore plus de temps ensemble… Ah ces jeunes ! Je l’attendais, cette réplique sur les jeunes, qu’est-ce que j’avais pu l’entendre ! Je m’apprêtais à protester, quand Rosy vint à mon secours. — Joseph, fiche la paix à cette enfant. Elle est jeune et belle, laisse-la en profiter. J’en ferai autant si j’étais à sa place, cela passe si vite… Rappelle-toi, nous l’avons même été… il y a si longtemps maintenant. Les yeux de Rosy se perdirent dans le vague, lorsqu’elle eut terminé sa phrase. Je nous voyais déjà partir pour une séquence nostalgie. — Mais non ma chérie, s’exclama Jo, tu n’as pas pris une ride depuis ce temps-là, tu es toujours la plus merveilleuse pour moi ! Mon grand-père se leva pour embrasser ma grand-mère, et lui dire qu’elle était magnifique et inchangée depuis ses vingt ans, lorsqu’un klaxon de voiture se fit soudain entendre. Blablabla… sauvée par le gong ou plutôt par Nel !pensai-je. Je lui en étais reconnaissante, car elle m’avait évité d’assister à une scène chargée en intimité et dont je n’avais aucune envie d’être un témoin encombrant. Je me levai de table comme si une aiguille venait de me transpercer le derrière et récupérai mon petit cahier, que j’emportais presque toujours avec moi. Le dessin était mon passe-temps favori. Réflexion faite, j’en avais bien un autre, mais il était beaucoup moins honorable. — Je me sauve ! Nel ne me raccompagnera pas trop tard. Bisous les jeunes ! criai-je en
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prenant la poudre d’escampette. Ils me firent un signe de la main en guise de bonne journée, tandis que je me dépêchais de rejoindre Nel dans sa nouvelle berline, fredonnant une des chansons de son groupe préféré en tapotant sur le volant. — Salut ! Prête, on peut y aller ? — Ouais, c’est bon. Tu peux rouler, répondis-je. — T’avais l’air bien pressée en quittant la maison, un problème avec Rosy et Jo ? — Non pas du tout, juste l’impression d’être de trop à certains moments. — Mais t’es sûre que ça va, je trouve que tu as une mine affreuse ! — Merci Nel, comment dire… tu es toujours si diplomate. — M’en veux pas, je me fais simplement du souci pour toi ces derniers temps. Tu fais toujours ces drôles de rêves, ceux qui te donnent des migraines. Nel me dévisagea d’une étrange façon. Je fus soudain prise de panique en m’apercevant que nous avions failli percuter une voiture qui arrivait en sens inverse. — Ça te dérangerait de regarder la route au lieu de me dévisager comme tu le fais en ce moment ! Ne t’en fais pas pour moi, je vais très bien, j’t’assure Nel. Regarde, il fait beau, le soleil brille, on est bien ! — Bon, bon ok, je te laisse en paix ! — Et toi, rien à me dire ?
— Rien de spécial, on s’est vues hier ! — Je ne prenais pas de tes nouvelles ! Ton rapport « œil de lynx »… qu’est-ce qu’il a fait hier en rentrant ? m’impatientai-je. — Ah ça ! Rien d’important à vrai dire. Je finissais ma séance de tai-chi habituelle, quand il est rentré chez lui. Il a passé le reste de sa soirée au tel avec quelqu’un. J’espère pour toi que c’était avec Steeve, sinon ça voudra dire que tu te seras décidée trop tard ma belle ! Ça ne te dérange pas si je mets un peu de musique ? Je poussai un profond soupir !
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