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Froideterre

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306 pages
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Novembre 1917, la Grande Guerre s'éternise de la Flandre à l'Alsace dans le vacarme des canons. Arraché aux riantes collines du Gers, François, instituteur, a laissé dans la belle Gascogne une fiancée tourmentée pour plonger dans l'enfer quotidien du Chemin des Dames et de Verdun. Il partage le destin d'autres poilus, parisiens, auvergnats, ardéchois. Entre les tranchées, un fantassin français peut-il, sans représailles, fraterniser avec un fantassin allemand ? Dans ce récit se révèle l'obstiné instinct de survie, qui, au-delà des sentiments et des idéaux, dispute à la mort la carcasse violentée de misérables petits hommes.

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Ajouté le 02 décembre 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9782140024160
Langue Français
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a laissé dans la belle Gascogne une Iancée tourmentée pour
Dans cet enfer, on croise le poète Apollinaire, le paciIste
René Gaspin
FROIDETERRE
Le roman d’un poilu
FROIDETERRE
Écritures Collection fondée par Maguy Albet Galluzzo (Rosine),Toutes les larmes de mon corps, 2016. Rouet (Alain),Les incivilités du trapèze volant, 2016. Tanguy Taddonio (Anne),Le mariage, 2016. Le Boiteux (François),Le rêve grec, 2016. Sabourin (Jean-François),Le long chemin de l’exode. L’histoire d’un homme libre, 2016. Payet (Sylvie),À fleur de peau, 2016. e Bensimon (Jean),Le Hors-venu. Contes brefs, 2 édition, 2016. Aubert-Colombani (Éliane),La Guerre à six ans ou De la rue Béranger à la rue Danton, 2016. Dulot (Alain),Que s’est-il passé, madame ?, 2016. Viellevoye (Josée),Josse et autres souvenirs détournés, 2016. Lévy (Odette),Les Derniers Feux du rayon vert, 2016. Vidal (Edgard),Arcanes dormants, 2016. Bodin (Véronique),La place des murmures, 2016. Lissorgues (Yvan),Manuelita, 2016. Hériche (Marie-Claire),Ferme la porte. Die Tür Zu, 2016. * ** Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
René GaspinFROIDETERRE Le roman d’un poilu
Du même auteur Sociétaire de l'Académie Rhodanienne des Lettres Vertiges d'Ardèche(poèmes avec Olivier de Serres), Privas, 1966. Rencontre avec le Dieu Mithra, Pont-St-Esprit, 1987. Les chemins de la Révolution(avec Jacky Beau et Jean-Louis Issartel), Privas, Fédération des Œuvres Laïques de l’Ardèche, 1988. Henri Codonel ou la Provence au cœur(Etude sur un peintre régional), Saint-Paul-Trois-Châteaux, 1989. Regards sur le Rhône(en collaboration) - Arts Ardèche Association. Les pierres géantes. Bourg Saint Andéol et les dolmens du Vivarais, Arts Ardèche Association. Marie Rivier ou La force de la foi, Aubenas, 1996. Au fil de l'histoire. Figures et personnages de Bourg Saint Andéol, Arts Ardèche Association, 1998. Bourg Saint Andéol. L'Art avec Passion (1971-2010) (en collaboration), Arts Ardèche Association, 2010. Les Princes du Rhône(ouvrage collectif de l’Académie Rhodanienne des Lettres), Lyon, Editions Jacques André, 2007 (tome 1) & 2013 (tome 2). Alexandre Mielnikoff. Peintre figuratif - Réaliste - Texte et poèmes, Montélimar, 2013. Cathares mes frères. Histoire et poèmes, Saint-Paul-Trois-Châteaux, 2014. Brochures après conférences de 2006 à 2015 :Ségalen-Templiers-Troubadours-Mistral-D'Artagnan-Catherine de Médicis-Jeanne d'Arc-Napoléon et les femmes-Histoire de Bourg Saint Andéol-George SandVictor Hugo-Jean Jaurès. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10458-4 EAN : 9782343104584
IQuand François sortit de la gare, l’air de Paris l’étourdit. Une brise de guerre prenait à la gorge dès l’industrieux faubourg Saint-Antoine où circulaient en direction de la Bastille des camions bondés de soldats. Au long des trottoirs des élégantes et des midinettes se pressaient, avidement pendues au bras de sous-officiers, de fantassins, de cavaliers, d’artilleurs. Carrefours bourdonnants, avenues tapageuses, saisis de fièvre obsidionale où bouillonnait le creuset des races et des couleurs. Pâles ou bronzés, noirs ou jaunes, légionnaires, tirailleurs sénégalais et algériens, « biffins » tonkinois et annamites, zouaves pittoresques et bariolés allaient et venaient, se croisaient et se bousculaient en un flot continuel persistant et désordonné. Le nouvel arrivant dépassa même un général à la poitrine bardée de médailles. Un ciel d’été anormalement dur bleuissait dans l’échancrure irrégulière des toits. Telle une lame de sabre tranchante et cruelle, la lumière décolorait les hautes façades des immeubles et fouillait, en s’infiltrant sous les porches, les tiédeurs secrètes des cours intérieures et des
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impasses douteux où œuvraient des menuisiers à tête de faux monnayeurs. Au centre d’une dizaine de saignées rectilignes, la colonne de Juillet jaillit, dominant la grande place qu’elle écrasait de sa massive présence. Après s’être renseigné, François, soûlé de bruits et de bousculades, remonta par Voltaire vers République. Marche longue et pénible, mais ce solide rejeton des collines d’Armagnac habitué aux larges espaces ouverts et aérés la préférait aux profondeurs humides et caveuses du métropolitain. Contrairement à d’Artagnan le compatriote célèbre ou à Rastignac l’ambitieux, le jeune Gascon ne débarquait pas à la conquête de la capitale et ne lui lançait aucun pompeux défi. Anonyme oiseau de passage, d’autres soucis proches l’attendaient et c’était elle, la ville, la gigantesque métropole qui l’engloutissait. Place de la République, le provincial égaré buta longtemps sur les plaques avant de découvrir enfin celle de la rue Meslay où il s’engagea. Parallèle au boulevard, cette artère paisible le rendit à lui-même et c’est rassuré qu’il s’arrêta au vingt-deux devant un portail lourd et clos. Comme il saisissait la sonnette, les battants s’écartèrent livrant passage à deux jeunes filles encombrées de sacs de voyage. - François ! - Régine ! - Quelle surprise ! Je n’aurais jamais imaginé te rencontrer un jour à Paris ! - Si j’en avais le loisir, chère cousine, c’est en effet un autre lieu que je choisirais pour te voir. Mais je suis mobilisé et lundi d’après les indications de ma feuille de route je dois rejoindre Châlons-sur-Marne d’où l’on me dirigera sur mon unité. Ta mère a procuré ton adresse à mes parents. J’ai eu du mal à trouver. Mais vous paraissez sur le départ et je crains de vous déranger.
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- Point du tout, bien que je m’apprête à passer quelques jours à Montpellier dans ma famille. Je te présente mon amie Myriam qui m’accompagnait à la gare. Je partage mon appartement avec elle. Myriam, voici François mon cousin, le fidèle compagnon de mon enfance. Je suis désolé de malheureusement m’absenter en un pareil jour. Les occasions de renouer les fils lointains et ténus d’autrefois, sont si rares, si précieuses. En compensation, tu ne vas pas errer dans les rues à la recherche d’un hôtel. Si Myriam le permet, ce soir et demain tu coucheras dans ma chambre. En attendant, dépose ta valise dans le couloir et viens avec nous jusqu’à la gare, mon train ne part que dans une heure, nous aurons le temps de bavarder.
Le métro les happa avec son odeur forte de recuit, ses poinçonneuses aux traits blanchâtres et fatigués, ses rames grouillantes de monde, rapides à vomir à chaque station des nuées galopantes de citadins au visage de fonctionnaires hagards et soucieux. Trajectoire tortueuse dans le dédale souterrain où la chenille pleine à craquer et jamais repue, s’enfonce en gémissant dans le ventre de Paris. Au sortir des bouches d’ombre, la lumière vive sur les quais embouteillés éblouit et aveugle. Entre République et la gare, le parcours ne laissa pas à François le loisir d’observer ses vis-à-vis parisiens. Régine, blonde, opulente, sportive, bavarde, Myriam, brune, élancée, sobre et muette.
Au buffet, sous la verrière surchauffée, ils avalèrent un repas froid et les cousins, tambour battant, entretinrent la conversation. A jets continus, Régine questionnait son parent sur son récent passé, sur son futur immédiat. Un soldat en partance pour la guerre ! Quelle aubaine pour une citoyenne patriote en mal d’héroïques aventures. Enfin savourer la possibilité de manger du boche par cousin
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