Kengba, fils du Centrafrique

Kengba, fils du Centrafrique

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Français
164 pages

Description

Dans un pays comme la République centrafricaine, miné par des guerres civiles depuis déjà une vingtaine d'années, c'est la population qui souffre. Maisons, églises, cultures vivrières et écoles sont détruites et des mercenaires sèment la terreur. C'est dans cette ambiance de violence et d'injustice que Kengba, jeune garçon, qui ne demande qu'à poursuivre ses études pour se préparer un avenir, voit brusquement sa vie basculer dans des situations dont il a du mal à comprendre le sens.

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Date de parution 18 mai 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140149733
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Kengba, fils du Centrafrique
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains. Dernières parutions Anthony KAMANZI,Histoires des temps anciens et présents, 2020. Marcelle WINGOD,Rêves de combattantes, 2020. Gertrude DALLOT-BEFIO,Wali likoundou, la fille sorcière. Conte centrafricain, 2020. Liss KIHINDOU et Frédéric GANGA,Dis à la nuit qu’elle cache son visage. Anthologie de poésie multilingue français – langues du Congo, 2020. Ibrahima II BARRY,La souffrance de Rouyibata, 2019. Gaston M’BEMBA-NDOUMBA,Les mouettes et les albatros du Bongo, 2019. Samuel GANSA NDOMBASI,Au pays du libanga, 2019. Christiane RAY,Yombé, un ouvrier du Mali postcolonial, 2018. Brice Ernest OUINSOU,Les jeunes et la nature humaine : l’esprit de la méthode, 2018. Fatoumata NGOM,Le silence du totem, 2018. Richard OSSOMA-LESMOIS,Et si on modernisait la fonction publique congolaise ?, 2018. Issa Yeresso SANGARE,La télévision ivoirienne (RTI) de 1963 à 2011, Média de développement ou instrument du pouvoir ?, 2017. Babacar dit KHALIFA NDIAYE,Les babouches du rat, 2017. Boubacar BA,Un périple pour l’amour d’une mère, La valeur de la parole donnée, 2017. Vincent ROBIN-GAZSITY,Enfermé à Libreville, Sept jours en Chinafrique, 2017. Yannick DUPAGNE,Deux mois à Bumba, Récit d’un enseignant bénévole en République démocratique du Congo, 2017.
Gertrude Dallot-Befio
Kengba, fils du Centrafrique
Roman
De la même auteure
L’Africaine blanche au cœur de la Centrafrique, L’Harmattan, 2016.
Retour à mes racines noires, Edilivre, 2018.
Zwarte Erfenis, Boek-Scout, 2018.
Wali likoundou, la fille sorcière, L’Harmattan, 2020.
© L’Harmattan, 2020 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-20287-7 EAN : 9782343202877
PROLOGUE L’ancien Oubangui-Chari fut l’une des anciennes colonies sous domination française. En 1960 ces pays colonisés obtiennent un semblant d’indépendance et disposent désormais d’un gouvernement, d’un drapeau et d’un hymne national. Mais ils demeurent soumis à la politique économique française. Les présidents africains, choisis par la France, doivent être soumis au gouvernement français et œuvrer pour ses intérêts, même si cela va à l’encontre de ceux de leur pays. Dans un premier temps la France assiste ses anciennes colonies dans la gestion de leurs nouvelles fonctions par le biais de l’assistance technique auprès des ministères et des universités. Elle a également procédé à l’attribution de bourses d’études aux jeunes afin de les préparer à de hautes fonctions. Mais force est de constater que cette assistance va en diminuant, tandis que les entreprises françaises ont libre accès aux richesses dont regorge ce pays. Ces entreprises exploitent librement le diamant, l’or, l’uranium, le cobalt, le coton, le café et tout ce qui peut faire de l’argent sans obligation d’en faire profiter le pays exploité. Une autre conséquence de la mauvaise gouvernance de la République centrafricaine est l’obtention facile d’une autorisation, par des étrangers, leur permettant d’exploiter les richesses du pays. Tel est le cas de certaines entreprises chinoises qui, sous réserve d’un contrat qui définit les modalités de l’exploitation, peuvent librement exploiter la zone de Bozoum avec son fleuve l’Ouham pour y extraire de l’or. Mais ces compagnies ne respectent pas le contrat et sont à l’origine de la dégradation des environs. Ils ont détourné le fleuve de son cours et empoisonné les eaux par le mercure. Jusqu’à présent aucune sanction n’a été prise contre eux.
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L’Oubangui-Chari se nomme, depuis 1960 la République Centrafricaine ou, en plus bref, le Centrafrique. Ce pays, tout comme d’autres pays de l’Afrique Centrale, traverse une période sanglante où des mercenaires, appelés Séléka et majoritairement de religion musulmane, pénètrent le Centrafrique par des frontières non gardées, donc perméables. Ils sont à leur tour combattus par des non-musulmans qui cherchent à défendre leur pays. Ce sont les Anti-balaka (les intouchables par les balles kalachnikov). On dit aussi que balaka veut dire machette. Les anti-balaka, affrontant violemment les envahisseurs, tuent tout ce qui est musulman. Alors, on dit que c’est une guerre religieuse. Non ! Chrétiens et musulmans ont toujours vécu ensemble en paix. Il faut plutôt chercher l’origine de cette guerre du côté de la provenance des armes. Mais ces pays néo-colonisés commencent à se révolter. Ils demandent la liberté de gérer leurs propres affaires, leur propre argent, le choix de leurs propres dirigeants. Craignant pour leurs bénéfices et soutenues par leur gouvernement, les entreprises cherchent par la force à maintenir leur suprématie. La France laisse sciemment sombrer le Centrafrique dans le chaos pour mieux régner. La tactique habituelle est de dresser les Africains les uns contre les autres sous de faux prétextes. C’est dans ce cadre que se déroule la vie du jeune Kengba, victime des désordres politiques imposés par l’extérieur, comme tant de pauvres populations civiles les subissent avec lui.
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Carte géographique du Centrafrique, fournie par le Père Aurélio Gazzera de la mission catholique de Bozoum. (République centrafricaine).
I. LE PÉRIL JAUNE C’était dimanche. Un dimanche comme il y en a toutes les semaines, sous le soleil brûlant des tropiques qui attire les jeunes vers le fleuve Ouham chercher un peu de fraîcheur et de distraction. La distraction pour Kengba était surtout de partager la compagnie des jeunes. Parfois ils pratiquaient du foot sur le sable, mais plus souvent c’était leurs conversations à bâtons rompus qui les intéressaient, dont invariablement les sujets étaient les filles ou bien le travail. Ils étaient tous pauvres. Kengba, lui, était né dans un village à quelque distance de la ville de Bozoum où les occasions de trouver du travail étaient aussi rares que les dents dans la bouche de sa grand-mère. Dans chaque famille ils étaient nombreux et les femmes avaient du mal à nourrir toutes ces bouches. Petit à petit les aînés disparaissaient pour chercher fortune ailleurs. Ce dimanche-là Kengba et ses copains étaient assis au bord de l’eau dont les vagues venaient leur chatouiller les pieds et rivalisaient pour voir laquelle irait le plus loin. La conversation tombait inévitablement sur leur situation de jeunes qui cherchent leur avenir. Comment faire pour terminer les études et trouver du travail ? Kengba reconnaissait qu’il n’avait pas beaucoup avancé dans la vie. Il était né avec un frère jumeau qui n’avait pas voulu le suivre et avait préféré quitter le monde peu après sa venue. Mais Kengba lui-même n’était pas en très bonne forme. Sa mère avait eu du mal à le soigner et on peut dire qu’il avait survécu de justesse. Les parents avaient fait sculpter une statuette en bois à l’effigie de Yakoro, le frère jumeau disparu, pour qu’il demeure toujours auprès de sa famille. Quelques années plus tard, son père trouva la mort dans un accident de travail.
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En grandissant la possibilité pour Kengba de fréquenter l’école primaire était mince. Il fallait aller dans un autre village où il y avait une école et où vivait l’un de ses oncles maternels qui devait d’abord accepter de le prendre en charge. Mais Kengba sentait bien qu’en réalité il serait de trop dans cette famille déjà assez nombreuse. La mère insista pourtant pour que son frère le prenne chez lui pour lui permettre de suivre les enseignements, pour qu’il apprenne au moins à lire et à écrire. L’oncle accepta mais il arrivait souvent à Kengba d’aller dormir le ventre vide.
Quelques années plus tard il a fallu que Kengba se rende à Bozoum pour suivre l’enseignement secondaire, mais il a dû passer d’un oncle à un autre pour se maintenir en vie et avancer péniblement jusqu’en classe de troisième. C’était déjà un grand pas de fait, un certificat scolaire dans cette vie si précaire. Il voulait continuer, aller à l’université… il aimait bien s’instruire.
Ce dimanche donc, ils étaient au bord du fleuve et un de ses amis avait trouvé une excellente idée pour sortir de leur pauvreté. Il révéla avoir trouvé un moyen quasi infaillible pour améliorer leur situation. Il déclarait :
– Rester ici au pays sans que tu sois issu d’une famille fortunée est un rêve pieux que très peu d’entre nous réalisent.
Oui, Kengba était bien d’accord. Cela devait pourtant être possible et il pensait à son cousin Jacob qui avait réussi à créer un bar qui marchait bien et lui avait même permis d’en créer un autre. Comment a-t-il fait ? Kengba se posait bien cette question mais il ne voyait pas la réponse. Ce sont des questions qu’on ne pose pas.
Donc, poursuivit le copain, ce qu’il faut faire c’est aller en France car là tu peux trouver du travail et te forger un avenir. Pour y aller, c’est très simple. Tu vas sur internet et tu cherches sur un site de rencontres une nana, une
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