L'Ange, Commissaire Germain B.

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Le commissaire Germain Bardier découvre le cadavre d’un jeune homme, sur le bas-côté de la route. Qui est-il et que fait-il au pied de cette falaise ? Bien des questions se posent au commissaire. Une enquête menée rondement dans un milieu social inhabituel.

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Date de parution 08 octobre 2018
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EAN13 9782312063003
Langue Français

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L’Ange, Commissaire Germain B.
Jacques Donatien Moreau
L’Ange, Commissaire Germain B.
1967
LES ÉDITIONS DU NET 126, rue du Landy 93400 St Ouen
Du même auteur
Trois+six = deux Commissaire Germain B. 1973 Les éditions du net
La gloire au fusil (théâtre) Les éditions du net
Le Sorcier de Terre Infinie tome 1 Le Clan tome 2 Gremnaa chez edilivre. com
La Maison de Bambou chez monpetitediteur. com
© Les Éditions du Net, 2018 ISBN : 978-2-312-06300-3
Avant-propos
« Mon maître pèse bien dans les cent kilos. Kilos assez bien répartis sur un mètre quatre-vingt-douze de chair ferme partielleme nt musclée. C’est son ventre qui, à mon sens, laisse un peu à désirer car il retombe, délicatement dois-je avouer, sous sa ceinture pelvienne telle un e poire mûre, protégeant un entrejambe qu’il était, jusqu’à il y a peu, le seul à connaître intimement depuis de nombreuses années. En cinquante-cinq ans d’existenc e, seules trois femmes avait été invitées à découvrir son intimité. Sa mèr e quand il était poupon. Une amie le soir de ses quinze ans. Karine, quand il eu t vingt ans. Mais cette union ne dura qu’une année. Jour pour jour. Puis Germain a retrouvé sa vie de célibataire, jusq u’à ce qu’il rencontre Prétigna de Ségonzague (et qu’il perde quelques kilos) il y a de cela six mois. Il est devenu Commissaire de police à quarante-deux ans, dans la ville de Bréganier, à trente kilomètres de Prémasson où il habite. Au sud de la France. Il a pris sa retraite à cinquante ans. Depuis, l’ex-commissaire Bardier se consacre à ses passions : l’art c ulinaire, Maryanne Canosier et son potager, les ex positions de Mikael Demaure, les enquêtes de son remplaçant et ami Fred on Mérigny, moi bien sûr et, surtout, depuis décembre dernier, Prétigna sa tendre compagne. Moi, je suis une magnifique siamoise Seal Point me prénommant Délicate s-m. Pour en savoir plus sur mon nom et sur mon existence, je vous conseille de lire le premier tome de nos aventures, intitulé “Tr ois plus six égale deux” aux mêmes éditions. Tout un programme. »
Les noms et prénoms des personnages, ainsi que les n oms des localités, ont, à part quelques rares exceptions, été inventés afin de préserver l’anonymat des protagonistes et de ne pas confondre fiction et réalité. Car cette histoire est peut-être véridique.
Chapitre 1
Dimanche 5 mai 1974 Ste Judith Prémasson 15 h 20
De à ce qui se passaitélicate s-m se prélassait dans l’herbe, indifférent autour d’elle. Le soleil était agréable et le vent avait cessé toute activité délirante, comme il aimait le faire par moment. Cela convenait parfaitement à la chatte. Elle redressa la tête, sortit sa langue râp euse et se lécha le poil avec application, tandis que Germain, Prétigna et leurs invités discouraient tranquillement autour de la table de jardin. Sabine et Fredon Mérigny étaient arrivés dès onze h eures, les bras chargés, ayant tenu à apporter les apéritifs, le de ssert et de quoi faire le café. Prétigna et Germain s’étaient occupés de l’entrée, du plat principal et du vin. Ils avaient invité les Mérigny, pour le plaisir de partager un moment d’amitié. C’était Fredon qui avait remplacé Germain à la tête du commissariat central de Bréganier, au 18 de la rue Léonard de Vinci voilà déjà six ans. Sabine, quant à elle, était directrice du collège Saint-Exupéry d e la même ville. Tous deux habitaient un agréable appartement donnant sur le jardin public du quartier. Ce qui ne les empêchait pas d’aimer venir passer un mo ment chez Germain et Prétigna. Le jardin était au calme et se révélait ê tre, à cette époque de l’année, baigné de couleurs et de parfums variés. Tous quatre avaient déjeuné tranquillement en discu tant de tout et de rien, heureux d’être ensemble. Les cigales chantaient et le grand tilleul apportait l’ombre nécessaire à ce jour ensoleillé. Au fond du jardin la maison de Maryanne paraissait endormie. Prétigna l’avait égal ement invitée, cependant leur voisine, centenaire, avait gentiment décliné l’invitation quand bien même sa sympathie pour Sabine et Fredon. – Je viendrai au goûter, vers seize heures, avait-e lle confié. Je n’ai guère faim par ce temps et j’ai envie de me reposer aujourd’hui. Maryanne ne savait pas ce qu’elle perdait. Un plat de fraise, aux trois quarts vide maintenant, trônait au centre de la table. Cha cun avait déjà abondamment pioché dedans, se rassasiant de ce tendre fruit, av ant de prendre le café. Comme à l’accoutumé, Germain y alla de son speech. – Je reste convaincu que Sabine devrait être décoré de l’ordre du café, déclara-t-il en remplissant les tasses. Vraiment ch ère amie, vous avez la main noire, si je puis dire. – Vous me le dites à chaque fois, Germain. Je vais finir par le croire, s’exclama Sabine en rosissant. – C’est, simplement, que vous tenez la barre haute. Votre café est mémorable, remarquable, divin.
3Vous savez bien que cela vient de la qualité des grains achetés, répliqua-t-elle amusée. – Et de votre art de le moudre, insista Germain. Ils éclatèrent tous les quatre de rire. Ce petit ri tuel accompagnait chaque café préparé par Sabine. Germain disait vrai. La femme de Fredon Mérigny ava it réellement un don. Même si elle le niait du bout des lèvres, l’ex-comm issaire Bardier savait qu’au fond d’elle, Sabine était fière et heureuse de ses commentaires. Car, quel que soit le nombre de personne à déguster ce café, Germain y allait de son laïus. – Personnellement, précisa Fredon, j’ai aimé ton mi lle-feuilles aux aubergines accompagné des petits légumes rissolés d ans l’huile d’olive. C’est toi qui a fait la pâte feuilletée ? Il paraît que c’est difficile. – Difficile ? Je ne sais pas… J’ai une recette rapi de qui fonctionne bien. Deux cent cinquante grammes de farine pour deux cen t grammes de beurre, un verre d’eau, du sel. Cela me prend un trentaine de minutes, repos de la pâte compris, répondit Germain. J’avoue que je prends plaisir à la faire. – Moi, s’exclama Sabine, j’ai adoré la salade verte avec les radis, les raisins secs et les germes de soja. – C’est l’œuvre de Prétigna, fit remarquer Germain en caressant la main de sa compagne. – Soyons modeste, cette salade était tout de même s imple à réaliser, répondit celle-ci. Ce qui compte, chers amis, c’est le dessert. Ce repas se termine en beauté. Les fraises sont excellentes. Qu el parfum et quel goût, ajouta-t-elle en plongeant de nouveau sa main dans le plat. Elle en mis quelques-unes dans son assiette à desse rt et invita ses amis à en faire autant. Personne ne se fit prier. Il y eut un long silence lié à l’intérêt gustatif qu’ils éprouvaient pour ce fruit si délicat. Un bonheur ! C’est Fredon qui rompit cette paisible ambiance. – Dis-moi, Germain, déclara-t-il, je suis tombé, l’autre jour, au commissariat, sur un dossier datant de 1967. Une histoire se pass ant pas loin d’ici, entre Bréganier et Prémasson, au mois de mai si je ne me trompe. – Oui, une histoire triste, sur une petite route qu e j’aime tout particulièrement, confirma Germain. Je me souviens très bien de cette enquête. Rondement menée par notre équipe, d’ailleurs. – Dites-nous en plus, implora Sabine. – Je ne sais si je dois, rétorqua Germain, car c’es t une enquête douloureuse pour les protagonistes de cette histoire. – J’avoue être aussi curieuse que Sabine, déclara Prétigna. Nous avons le temps devant nous, Mon chéri, allez-y. Racontez-nous. – Qu’en penses-tu, Fredon ? C’est toi qui gouvernes le commissariat maintenant. C’est donc à toi de décider. Je raconte ou non ? – J’ai feuilleté le dossier, répondit le commissaire, mais je suis aussi curieux que nos dames.
3Bon, si vous y tenez, concéda Germain, mais pas à table. Venez donc au salon d’été, comme dit Maryanne en parlant des faut euils que nous avons installé sous la tonnelle. Je vous raconte cette en quête avec un digestif. Prétigna, mon amour, pouvez-vous aller chercher cog nac, armagnac et autres alcools, que nous choisissions chacun notre digestif préféré. – J’y cours mon tendre aimé. Mais surtout, vous attendez mon retour pour commencer votre histoire. J’y tiens ! – Bien sûr, ma douce. Fredon contemplait ses amis avec grand plaisir. Ces deux là avait mis du temps à se rencontrer, mai s il ne doutait pas un instant qu’ils étaient vraiment faits pour s’entend re. C’était tout bonheur de les voir ainsi.
Chapitre2
Lundi 8 mai 1967 Fête de la Victoire 1945 7 h 20
La départementale D 12 reliant Bréganier à Prémasson était la route préférée de Germain. Le commissaire passait par là, quand il n’était pas trop pressé. Cela prenait un bon quart d’heure de plus, car la route était sinueuse et traversait Vréménisse, petit village aux rues étroi tes. Cependant la départementale longeait la Voudrèze sur plusieurs k ilomètres. Et c’était là tout le plaisir du promeneur. La rivière coulait à quelque cinquante mètres de la voie routière, en contrebas, longeant une étendue de pra iries humides parsemées de bouquets de roseaux dominés, de-ci de-là, de magnifiques platanes. Sur la berge opposée poussait une forêt peuplée sur tout de chênes, d’aulnes et de frênes, formant un écran d’un vert s ombre sur l’horizon. De l’autre côté de la route le passant pouvait admirer un relief, très différent, de roches bleutées et de terre d’ocre rouge et jaun e, évoquant de paisibles vagues inertes. Y poussaient, de-ci de-là, de rares arbustes accompagnés de fourrés de faibles hauteurs. En approchant de Vrémé nisse le relief prenait soudain de la hauteur, jusqu’à se transformer en un e falaise abrupte qui surplombait la Voudrèze et la route sur cinq, six k ilomètres. C’est là, au pied de cette falaise haute d’une tren taine de mètres, que Germain découvrit une forme humaine bizarrement allongée sur le bord de la route. Il se gara aussitôt, descendit de voiture et traversa la départementale, accompagné de Délicate s-m. Avant même de s’accroup ir le commissaire Bardier comprit ce qu’il allait découvrir. Le cadav re, aux longs cheveux blonds cachant son visage, devait être là depuis peu. Son corps était désarticulé. Germain leva les yeux en direction du sommet rocheu x. La mort ne pouvait être due qu’à une chute du haut de la falaise. Le commissaire souleva l’épaisse chevelure, délicat ement. Un visage juvénile apparut. Un léger duvet ombrait la lèvre s upérieure. Quel âge pouvait avoir ce garçon ? Dix-sept, dix-huit ans ? Guère plus. La chatte, quant à elle, tournait autour du cadavre , plissant les yeux, humant l’air, s’imprégnant d’odeurs et de vibrations méconnues de son maître. Ils en étaient là de leurs réflexions, quand ils en tendirent le bruit caractéristique d’un moteur de 2 CV. Germain se red ressa aussitôt et se mit en travers de la route pour arrêter l’automobiliste. La voiture stoppa à quelques mètres de lui. La porte s’ouvrit et une femme d’une cinquantaine d’année bondit du véhicule en criant. – Vous êtes complètement dingue. J’aurais pu vous tuer. – Je ne le pense pas, déclara Germain en la saluant d’un geste large, mais
je sais que vous allez m’aider. Je me présente, Commissaire Bardier. – Commissaire ! Vous aider ! reprit la dame perplex e. Qui me dit que vous êtes vraiment commissaire ? Germain lui tendit ses papiers, en lui expliquant l es raisons de son intervention. La dame pâlit. – Une chute ! Mon dieu, mais il est mort, alors… – Oui ! Et voici le numéro de téléphone où il vous faut impérativement appeler sitôt arrivé à Vréménisse. Expliquez-leur c e que je vous ai dit. Précisez bien que c’est le commissaire Bardier qui vous a de mandé de téléphoner. J’attends ici. Qu’ils viennent sans tarder. Faites vite madame… – Madame Vergedier. J’habite au village. Il y a une cabine téléphonique sur la place. Je vais tout de suite téléphoner. Comptez sur moi, ajouta-t-elle en remontant dans sa 2 CV. Le moteur toussota deux fois et se mit à tourner. Madame Vergedier releva la vitre de sa portière et salua Germain avant de d émarrer. Le commissaire la regarda filer sur la petite route, puis disparaître après le tournant qui précédait l’entrée du village. S’il avait eu la voiture de service, il aurait gagné du temps en appelant directement du véhicule, par radio, mais s a DS personnelle n’en possédait pas. Il était à vingt minutes de Bréganier. Le temps que la brave dame téléphone au commissariat et que les gars réagissen t, il en avait bien pour trente-cinq à quarante minutes de patience. Germain se tourna vers le garçon. Son corps cassé n e risquait rien, là où il se trouvait, en retrait de la départementale. Il hé sita une minute puis traversa la route, ouvrit la porte conducteur de sa voiture et s’assit à l’intérieur, Délicate s-m venant s’allonger sur ses genoux. Il mit la radio. La trompette de Louis Armstrong envahit l’espace. Germain laissa son espr it dériver un moment dans le monde de ce musicien de jazz. Puis il se reconne cta à la réalité. La chute de ce garçon était-elle accidentelle ou provoquée ? Par qui ? Pourquoi ? Le commissaire Bardier décida qu’il s’occuperait lu i-même de cet adolescent qui gisait là, sur le bord de la route. L’inspecteur Mornet était en vacances pour trois semaines et une partie de son é quipe travaillait sur les effractions et les vols à répétitions, chez le disq uaire de Prémasson. Bardier suspectait le fils du vendeur de disque d’être mêlé à ces actes de vandalisme. Cependant il n’avait rien pour étayer ses soupçons. La musique s’arrêta. Germain se rendit soudain compte qu’il commençait à faire chaud dans la voiture. La nuit dernière n’avait pas apporté la fr aîcheur désirée. Le thermomètre montait un peu trop haut depuis deux se maines. Ce mois de mai se prenait pour juillet. La radio coupée, il ouvrit en grand les vitres avan t et sortit se promener un peu le long de la départementale. Délicate s-m le s uivit tranquillement en marchant sur le bas côté de la route. Il était huit heures cinq. L’équipe ne devrait pas tarder. Ils revenaient à peine à la voiture, qu’ils entendirent les sirènes de police au