La geste des Exilés, 1

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292 pages
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Je suis flic, et à part une petite bizarrerie et un sérieux manque de sex-appeal dont je me passerais bien, ma vie est plutôt sympa. Mais un soir tout vole en éclat. Traquée par des types bizarres, je me retrouve baby-sittée par mon nouveau boss, un type beau à tomber aux instincts meurtriers peu rassurants, qui semble éprouver à mon égard une allergie aussi violente qu’inexplicable. Alors, telle Alice, je plonge dans le terrier du lapin blanc ; sauf que, dans mon cas, la curiosité n’y est pour rien : mon imbuvable garde du corps m’y a poussée. Bien décidée à retrouver ma vie et les miens, je rue dans les brancards, mais les échos d’une prophétie plus vieille que le monde pourraient bien finir par me rattraper et m’en empêcher. Je vais tout faire pour me sortir de ce guêpier, même si, je dois bien l’admettre, il y a quelques compensations : des beaux mecs comme s’il en pleuvait. Et dire que je me plaignais que mon carnet de bal était vide...



Pièce maîtresse d’une lutte de pouvoir immémoriale, entraînée au cœur d’un tourbillon de violence et de sang, Jana découvre peu à peu que tout ce qu’elle croyait savoir n’est qu’un leurre, et que la frontière entre les bons et les méchants n’est peut-être pas aussi tranchée que ce qu’en disent les traditions millénaires.


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EAN13 9791090627505
Langue Français

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Bettina Nordet PACTE OBSCUR
La geste des Exilés I Editions du Chat Noir
À mon prince, À ma princesse, La Belle au Bois Dormant s’est réveillée, et le res tera…
Prologue
“There is a crack in everything, that’s how the light gets in.” Leonard Cohen– Anthem Juste avant de disparaître, durant ce bref instant en équilibre sur le fil aiguisé qui sépare ce qui fut de ce qui sera, dans cette fracti on d’espace aussi longue que l’éternité, au moment où mon cœur se déchire et où mon âme se fragmente, je revois défiler ma vie, tous les évènements qui m’ont amené e à cet instant entre tous. À l’époque, il m’était impossible d’imaginer les bo uleversements à venir ; les signes avant-coureurs étaient si insignifiants… Si j’avais pu sentir, deviner, comprendre vers quels chemins furieux j’allais être entraînée, si j’avais su ce qui m’attendait, j’aurais peut-être sauté sous la rame de métro la plus proche. Peut-être. Je ne le saurai jamais. À présent, l’amour et le renoncement, la compassion et le sacrifice, ronces inextricablement mêlées, m’enserrent telle une vier ge de fer, me dépouillant de tout ce que je suis. Et pourtant, je n’éprouve aucune révolte. J’ai accepté ma destinée. Je l’ai choisie.
1.
Marseille, France, 15 avril Cette fois, elle s’était bien cachée. La petite fille gloussa, ravie du tour qu’elle joua it à sa mère ; c’était si drôle de la voir courir dans les rayons en criant son prénom. L ’enfant s’enfonça un peu plus entre les deux rangées de pantalons suspendus ; elle adorait jouer à cache-cache. Les appels s’éloignèrent progressivement, et elle é mergea à regret de son nid improvisé. Il était temps de mettre fin au jeu. Tou te souriante, elle se précipita dans l’allée centrale, certaine d’y retrouver sa mère, m ais fut profondément déçue. Après quelques pas hésitants, elle balaya du regard l’esp ace autour d’elle. Les adultes passaient sans lui prêter la moindre attention, pou ssant devant eux des chariots pleins de victuailles, monstres de fer qui risquaie nt à tout moment de la heurter. Affolée, la fillette battit en retraite. Elle retou rna dans le rayon qu’elle venait de quitter, les larmes aux yeux. — Maman… pleurnicha-t-elle, son petit menton trembl ant. Soudain, deux chaussures blanches surmontées de jam bes de pantalon en velours côtelé marron pénétrèrent dans son champ de vision. — Bonjour, petite. Tu es toute seule ? En reniflant, l’enfant leva la tête vers l’homme. I l avait les cheveux gris et portait des lunettes, comme son grand-père. Il devait être aussi vieux. — J’ai perdu ma maman… — Et ton papa ? — Il est au travail. L’homme lui sourit. — À l’entrée, j’ai croisé une dame qui cherchait sa fille. Je vais t’aider à retrouver ta maman, viens. Il lui tendit la main et elle y nicha sa petite pat te. Elle n’aima pas la sensation de moiteur autour de ses doigts. Pourtant, il était ge ntil ce monsieur, il la ramenait à sa mère. L’homme avançait vite, mais elle trottinait vaillam ment à ses côtés, toute guillerette. Le vigile de l’entrée les regarda fran chir le seuil du magasin avec l’air indifférent de celui qui préférerait être ailleurs. À l’extérieur, l’enfant chercha sa mère des yeux, mais ne la vit nulle part. — Elle est où ma maman ? geignit-elle. L’homme se frappa le front. — Ah, mais que je suis bête ! Elle m’a dit qu’elle t’attendrait plus loin. — Où ça ? La main tiède se resserra sur la sienne. — Je vais t’y conduire. Viens ! Rassérénée, la petite fille se laissa entraîner. Il s marchèrent longtemps. Peu à peu, alors qu’ils quittaient les abords immédiats d u centre, les passants se raréfièrent. De temps en temps, l’homme lui disait combien elle était jolie et combien elle avait l’air douce. Sa voix était bizarre, trem blante, et sa main de plus en plus moite. Enfin, il entra dans un immeuble. — Elle m’attend là, ma maman ? — Oui… oui, marmonna-t-il, fébrile. Viens. Vite !
Il sortit un trousseau de clefs d’une poche de son pantalon, et ouvrit une des deux portes qui se faisaient face au rez-de-chaussée. Il tira la petite fille à l’intérieur, avant de refermer très vite le battant derrière eux. Le v errou cliqueta tout de suite après. L’homme s’adossa lourdement contre le panneau et un soupir s’échappa de ses lèvres. — Et Maman ? Derrière ses lunettes, l’homme la fixait d’un regard trouble. — Elle… elle n’est pas encore arrivée. Elle a dit q u’il fallait l’attendre. Viens ! la pressa-t-il en la poussant dans le salon, vers un c anapé à haut dossier. — Maisquandelle arrive ? demanda-t-elle après s’être assise à côté de lui. Il se passa la main dans les cheveux, fébrile. — Bientôt… Bientôt. Quel âge as-tu ? — Quatre ans. Il eut comme un frisson et se passa la langue sur l es lèvres. — Tu sais… on peut jouer à un jeu… — Un jeu ? — Un super jeu, qui nous donnera beaucoup de plaisi r à tous les deux… La main de l’homme se posa sur les doux cheveux, ca ressante, et descendit jusqu’aux petites épaules, qu’il malaxa. La respira tion accélérée, il poursuivit : — Tu choisis un endroit de ton corps, et j’y fais u n bisou. Ensuite, c’est moi qui ferai pareil pour toi… — Après le jeu, Maman arrive ? — Oui, oui. Elle doit faire d’abord quelque chose, et puis elle vient, ne t’inquiète pas. C’est elle qui m’a dit de jouer avec toi en at tendant. Et après ce jeu-là, on pourra en faire d’autres encore plus intéressants. L’enfant ne savait pas pourquoi, mais le ton de cet homme ne lui plaisait pas. Elle se dandina, mal à l’aise. — Tu commences ? souffla-t-il. D’un doigt hésitant, la petite fille désigna sa jou e. L’homme se pencha et y déposa un baiser humide. — Là, tu vois… c’était bien, non ? — Oui… mais je veux que ma maman vienne… — Elle arrive, elle arrive… À toi, maintenant, murm ura-t-il, impatient, en désignant un endroit tout gonflé de son pantalon, juste sous son ventre. Subitement, l’air se mit à vibrer derrière l’homme, attirant l’attention de l’enfant. Cela ressemblait aux ondoiements de la surface de l ’eau dans la petite piscine que son père installait sur la terrasse, l’été. L’instant d’après, le monsieur aux lunettes se retr ouva debout, ou plutôt, soulevé de terre. Fascinée, l’enfant regarda ses chaussures blanches battre l’espace. Un individu gigantesque le tenait par la gorge. Si gra nd, qu’elle arrivait à peine à lever les yeux assez haut pour voir son visage. L’homme du magasin émit un gargouillis inintelligib le avant de devenir aussi mou et inerte qu’une poupée de chiffon. Le géant le lai ssa tomber derrière le canapé, hors de vue, et se pencha au-dessus de lui. La petite fi lle ne vit plus que sa chevelure sombre dépasser derrière le haut dossier, et une od eur bizarre vint lui chatouiller les narines. Ça sentait un peu comme lorsque sa mère fa isait griller du poulet ou des côtelettes. Après quelques instants, le colosse se redressa et se tourna vers elle. L’enfant perçut sa colère. Il émanait de lui comme un rayonn ement, une chaleur comparable à
celle émise par un radiateur à pleine puissance. Il poussa un soupir excédé avant de s’approcher, le s sourcils froncés. — Je te ramène chez toi, annonça-t-il sèchement. Sa voix était un grondement, profond et terrifiant. Pourtant, quand il l’enleva dans ses bras, elle se nicha sans hésiter contre sa larg e poitrine. Autant elle s’était sentie mal à l’aise au contact de la main moite du monsieu r à lunettes, autant elle était en confiance avec ce géant, comme une pièce de puzzle ayant enfin trouvé sa place. — Mais avant ça, étant donné que je n’ai pasdu toutenvie d’avoir à intervenir de nouveau… Il posa une paume brûlante sur son petit front d’en fant, et marmonna quelque chose qu’elle ne comprit pas. La sensation fut semb lable à celle de l’eau chaude de la douche que ses parents lui donnaient le soir. Sa uf qu’au lieu de seulement glisser sur son crâne, cette dernière semblait également en trer à l’intérieur de son corps, jusqu’à ses pieds – étrange, mais pas désagréable. Cela ne dura qu’un bref instant. Il fit descendre ensuite sa grande main jusqu’à ses ye ux et, immédiatement, elle sombra dans un sommeil profond et tranquille, comme lorsqu’elle se trouvait au creux de son petit lit, juste après le baiser aimant de s a mère… * * Journal « La Provence », Marseille, 18 avril : Hier, le corps sans vie de monsieur Georges Mariel, 57 ans, a été découvert à son domicile, dans le quartier Noailles. D’après les di res de ses voisins, cet homme sans histoire et plutôt discret vivait seul. Bien qu’auc une indication d’effraction ou de lutte n’ait été relevée, les services de police privilégi ent la piste du règlement de compte. En effet, le corps de la victime était totalement c alciné, alors que son appartement ne présentait aucune trace d’un quelconque incendie. L es enquêteurs pensent donc que le meurtre a eu lieu ailleurs. Le corps aurait ensu ite été transporté dans l’appartement et, bizarrerie de l’affaire, aurait été habillé – l a victime portait des vêtements totalement intacts (chaussettes et chaussures compr ises) quand elle a été découverte. Se trouve-t-on en présence d’un meurtri er excessivement soigneux, ou 1 bien face à un cas de combustion spontanée{ }Espérons que l’enquête en cours ? nous en apprendra plus très bientôt.
2.
Marseille, France, 12 juin, de nos jours C’est toujours pareil. Quand vous êtes limite questi on horaire, votre voiture vous laisse en plan. Mon frère avait raison, j’aurais dû amener cette satanée guimbarde chez le garagiste dès que ce bruit bizarre dans le moteur s’était mis à pousser la chansonnette. Je lançai un regard assassin au type assis en face de moi qui lorgnait mon décolleté sans vergogne, et m’enfonçai un peu plus dans mon siège de métro. Qu’est-ce qu’ils avaient tous, ces derniers temps ? D’habitude les mecs ne se retournaient pas sur mon passage ; je passais plutô t inaperçue. Mais depuis quelques semaines, ils semblaient me remarquer. J’a vais toujours souffert du manque d’intérêt que je suscitais, alors ce soudain changement d’attitude me faisait tout bizarre. Quand on y réfléchissait, c’était ass ez flatteur. Voilà pourquoi je renonçai à lui coller ma carte de police en travers de la fi gure, façon tarte à la crème. Et puis ça ne se faisait pas, code de déontologie oblige. Hey ! Tu veux que je t’aide, là ?mateur s’en prenait maintenant à mes Mon jambes ! D’accord, elles étaient longues, galbées e t ma jupe était outrageusement courte pour un trajet en transport en commun, mais j’avais une excuse : quand je m’étais habillée, je pensais que je voyagerais en v oiture.Alors, va donc un peu regarder ailleurs si j’y suis ! Je jetai un coup d’œil contrarié à ma montre et con statai que j’étais officiellement en retard. Décidément, je hais les voitures, je hais le métro, et je hais les lundis ! J’essayai de me calmer en songeant que ces derniers jours de repos m’avaient fait beaucoup de bien. J’avais eu le temps de digér er ma déconvenue quant à ma relation avec Michael. Cette soirée de mercredi, je l’avais espérée – avou ons-le – brûlante ; elle avait été… euh… gentille. Dîner dans un restaurant gastro nomique du port, balade le long de la Corniche, avec quelques stations baisers pass ionnés dans les coins sombres, et enfin, le dernier verre chez moi avec, en guise de conclusion logique et souhaitable, la visite guidée de ma chambre. Je soupirai. Comme toujours, ça avait été agréable, mais sans plus. Pourtant, avec Michael, je pensais que ce serait différent d’ avec tous mes autres amants (Notez bien que je n’en avais pas eu des tonnes non plus !). J’allais finir par croire que les livres ne racontaient que des âneries.Ils sont où les éclairs et le tonnerre censés se manifester quand on fait l’amour ? Et les cimes de la jouissance où l’on perd tout repère, elles sont où, hein ?Nico me disait souvent que je devrais consulter un sexologue. Jamais de la vie ! J’aurais bien trop honte. De toutes les façons, j’étais presque sûre que les choses incroyables que l’on co lportait sur l’amour n’étaient en fait qu’un complot ourdi pour me pourrir l’existenc e. (Bon d’accord, j’abusais un peu, mais on se console comme on peut.). Quand j’arrivai enfin au commissariat, il était 9 h eures. Je m’engouffrai dans l’ascenseur et, quelques secondes plus tard, manqua i heurter Nicolas en sortant. Il me sauta au cou pour m’embrasser sur la joue, at tirant sur nous l’attention amusée des deux gardiens de la paix qui attendaient l’arrivée de l’autre ascenseur, celui qui menait aux geôles. — Jana ! Ma chérie ! Comment vas-tu ? (Il se rappro cha à me toucher et
chuchota :) Oh ! là, là ! Si t’étais arrivée juste une demi-heure plus tôt, tu l’aurais vu… ! Je lui lançai un regard moqueur alors que les porte s coulissantes se refermaient sur nos collègues. 2 — Qui ça ? Le dernier mannequin en couverture deTêtu{ } ? Nicolas roula des yeux. — Et elle, non ! Tu crois que je serais là, à hante r les couloirs comme une âme en peine si c’était le cas ? Je serais dans les toilettes en train de le… — Stop ! dis-je, levant la main pour enclencher le brouilleur de fréquences interdites aux moins de dix-huit ans. Je ne veux pa s savoir ce que tu lui aurais fait, ni où. Dis-moi plutôt si Michael est arrivé. Un sourire matois étira les lèvres sensuelles de mo n ami. — Alors, ça y est ? Vous avez conclu ? Depuis le te mps que tu lui tournais autour à notre beau capitaine… ! (Son sourire s’élargit, c oquin.) C’est une affaire, dis ? Allez, crache le morceau ! — Ça ne te regarde pas, marmonnai-je, pincée. Le rire de Nicolas fusa. — C’est comme pour les autres, hein ? (Il m’entoura les épaules d’un bras, avec la mine compassée d’un docteur.) Ma chérie, faut vr aiment que tu consultes. C’est pas normal que tu prennes ton pied seulement avec d es… Je lui écrasai les orteils avec férocité. Il glapit d’une façon tout à fait satisfaisante. — Salope ! — P’tit pédé ! Nous nous regardâmes et éclatâmes de rire. Après ce s quelques instants d’hilarité, je repris mon sérieux. — À quoi faisais-tu allusion en disant que, si j’ét ais arrivée plus tôt, je « l’aurais vu » ? Les yeux noirs de Nicolas se mirent à briller. — Ta brigade a un nouveau commandant. — Hein ? Mais… et Jérôme ? — Retraite, il paraît. J’étais complètement abasourdie. Le commandant Jérô me Tellogue n’avait jamais évoqué son départ en retraite… Celui-ci n’aurait pa s dû intervenir avant plusieurs années. — C’est plutôt étrange, remarquai-je, songeuse. Nicolas haussa les épaules en ricanant : — Entre l’ancien et le nouveau, y a pas photo, ma p uce. Le second l’emporte. (Il joignit les mains et leva son visage fin vers le ci el.) Mon Dieu, faites qu’il soit gay ! (Puis avisant mon air sceptique et moqueur, il ajou ta, sournois :) Rigole, rigole ! Les mannequins des pubs Armani, ça te dit quelque chose ? Eh bien, ma belle, ce type semble tout droit sorti des pages d’un magazine des tiné aux femelles en chaleur… Tout à fait ce qu’il te faudrait ! Je plissai les yeux et lui fis une grimace. — C’est tout ce que tu avais à me dire ? Nicolas s’examina ostensiblement les ongles et lâch a, tout sucre : 3 — Ah, oui, la B.P.M.{ } a téléphoné il y a dix minutes. Ils réclament leu r mascotte. Ils t’attendent pour une audition. Un frisson me parcourut de la nuque aux reins.Ils en ont attrapé un. Je ne sais pas pourquoi, ça me fait toujours cet effet.