La vierge et le bandit

La vierge et le bandit

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259 pages
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Description

L'action se déroule en Martinique en 1943, une époque durant laquelle les travailleurs de la canne étaient soumis à la domination outrancière des grands propriétaires terriens et d'un pouvoir colonial omnipotent. rené beauregard, éeconome d'habitation sucrière, homme intègre et ouvrier modèle, se retrouvera au coeur d'un drame sentimental sans précédent qui fera basculer sa vie. Roman sulfureux de l'amour et de la passion dévorante, ce roman incarne aussi la révolte d'un homme assoiffé de justice dans un pays où les ressentiments des fils d'esclaves ont une valeur symbolique forte et jouent comme un détonateur...

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Ajouté le 01 décembre 2011
Nombre de lectures 165
EAN13 9782296476226
Langue Français
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La vierge et le bandit
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56675-0 EAN : 9782296566750
Jean-Pierre Octavius
La vierge et le bandit
L’Harmattan
Mes remerciements à :  - mes cousins : - Serge DOMI,  et  - Léonard BOLIVARD.  et :  - Edouard MARAN.
I L’habitation La Mauny rieuse et avenante dans la torpeur du jour, déployait sous le visage émacié du Morne Escarpe, sa longue traine de mariée embaumée de volutes de tafia anisé. Elle campait au cœur du quartier tranquille de Concorde. Sa robeblanche de fleuris-noël drapait de son étoupe duveteux l’alignement somptueux des plantations vert-sombre. Sous l’effet d’un doux alizé de novembre, ces dernières lui faisaient la révérence. L’air était lourd comme ces matins d’hivernage peuplés de merles ivres, grisollant dans la chevelure des cocotiers. Une touffe de yenyens hagards zigzaguait et faisaitsiwawa (s’agitait) dans la géométrie tourmentée du morne qui escaladait le ciel bas. Dans l’étau du raidillon de mort, la paume du ciel découvrait les cumulus d’où pleuvaient de fines lamelles sanguinolentes. C’étaient des nuages lourds accouchant désespérément d’une pluie malodorante de vesou ranci. Là-haut, à l’oblique, le massif altier d’arbres à pain jouait de l’accordéon dans les falaises granitiques de Morne Perrine. Le glouglou de la rivière s’évaporait dans la fente des roches villeuses. Un banc de zabitans dans un bassin de racines chiffonna l’eau claire de notre conscience. L’esprit, qui errait par terre dans les veinules des prunes-moubins,ambrait l’humeur maussade des amarreuses prêtes pour l’épreuve des ti-banns. Sur une jument gravide le géreur l’air grave, le front barré de cinq plis coupés à la serpe interrogeait anxieusement la griffade de la plaine. Làbas, non loin, Morne Honoré et ses dégras en étages exsudaient une joie désinvolte comme un défi.  Comme un trésor patrimonial serti au creux de la vallée bordée de roches volcaniques, la distillerie continuait à raffiner son bon vieux rhum séculaire que l’histoire des hommes n’avait pas réussi à faire oublier. Même si ce rhum est tacheté de sang, même si ce rhum est chargé de tueries, même si ce rhum est chargé de révoltes, ces hommes continuaient 9
à en vivre. A en mourir aussi… Un des propriétaires de ces lieux a été violemment tué, brûlé vif, puis émasculé en septembre 1870. Il s’appelait Codé; un royaliste de bon aloi. Ses testicules couperosés, balancèrent pendant longtemps du haut d’un grand bakoua, tintinnabulant comme deux grelots de vache.Mais… en dépit de la générosité des idées patriotiques qui anima cette population dans le temps, le rhum est toujours resté le même. Son goût n’a jamais été altéré par le sang des hommes.L’or vert des cannes qui fléchaient en ce moment avait broyé la conscience de ce petit peuple dans la mécanique des grandes roues hydrauliques inexorablement actionnées par la distillerie. L’habitation baignait dans une seule fraîcheur. Au bord de l’eau. Loin des regards indiscrets. Un calme serein l’habitait. Son doux air accueillait le chant des ramiers qui égaillait en surabondance le faîtage des manguiers.  Un carré de bois blanc tranchait derrière les haies de flamboyants, annonçant la limite du gazon, que des palefreniers s’évertuaient de tondre avec un attachement empreint de solennité. Une grosse jarre de terre cuite, recouverte d’un émail jaune citron, trônait sinistrement à droite des marches qui menaient à l’appartement du maître. De pur style colonial avec des accents de classicisme victorien, la maison du maître respirait la quiétude des grands gens de la terre. Ces grands gens laborieux, généreux dans l’effort vis-à-vis de la terre, que seul troublait le cours du sucre ou la richesse saccharine des cannes.  Un toit de tuiles ocre de forme évasée, avec des contours carrés aux bords rectilignes, surplombait cette demeure coloniale, qui suscitait pour nombre de visiteurs de passage respect et une vague déférence à l’égard de sa beauté architecturale. Des escaliers en courbaril couleur de cachiman imposaient par leur aspect mastoc de bois poli. C’était de grosses pièces de bois brillantes qui sentaient bon la cire d’en France. Elles étaient sculptées au milieu en forme de ballon et se terminaient en grosses boules lustrées. Des marbres de Toscane d’un bleu gris profond occupaient tout l’espace du living. La rusticité quasi spartiate du décor intérieur allait de pair avec la rugosité caractérielle de ces gens de la terre. La pièce austère était ornée de vieux bibelots antiques, de morceaux de métal astiqué, de carafons en cuivre, de pignons édentés, de roues de charrettes propres… Seuls une pendule londonienne, dont le coucou sortait au gré de sa fantaisie une mangouste empaillée grimaçant 10