Le nom dit
259 pages
Français

Le nom dit

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Description

Paul est un homme désemparé mais foncièrement authentique. Au-delà de son désarroi, son existence est traversée par des évocations lumineuses. Elle bascule quand il apprend qu'il est contaminé par le VIH et qu'il découvre des photographies attestant de la participation de son grand-père aux exactions commises par des Waffen-SS. Cet événement alimente les épreuves et les péripéties psychiques qui répandent leur lot de souffrances. Mais Paul reste porté par le désir d'un absolu.

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Date de parution 02 novembre 2020
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EAN13 9782140162404
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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JeanLouis Meylan
Le nom dit Roman philosophique
Rue des Écoles / Littérature
LE NOM DITRoman philosophique
Rue des Écoles La collection « Rue des Écoles » est dédiée à l’édition de travaux personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique, politique, etc. Elle accueille également des œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques. Déjà parus
Praz (Narcisse),La revanche des animaux. Tragi-comédie animalière, 2020. Mothes (Patrick),Le long chemin de Pierre,Roman, 2020. Lagache (Sylvie),Respirer la vie, 2020. Petit (Jean),Dissonances, 2020. Gärtner (Martine),Bonjour Francfort, 2020. Piot (Cyrille) et Rapini (Jean-Louis),Les contes, nouvelles et portraits des cinquante-trois et un jours en attendant la fin du confinement,2020. Lardoux (Olivier),L’Autoroute ou la piste cyclable,Roman, 2020 Roger (Armance),Petits récits des fifties, 2020. Cauwet (Nouchka),La barca nostra. Le temps des larmes, 2020. Aulas (Perrine),Le loup de Favardy. Conte du Beaujolais, 2020. Aulas (Perrine),Nouvelles de l’après-midi, 2020. Tarride (Étienne),Un banc sur la falaise, 2020.Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.editions-harmattan.fr
Jean-Louis Meylan LE NOM DITRoman philosophique
DU MÊME AUTEURLa formation des artistes et ses enjeux. Le cas de Genève, de l’école de dessin à l’école supérieure d’art visuel, 1704-1980, éditions : Connaissances et Savoirs. © L’Harmattan, 2020 5-7, rue de l’École-Polytechnique ‒ 75005 Paris www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-21280-7 EAN : 9782343212807
Celui qui s’appelle «je suis» m’a envoyé vers vous… Exode 3.14
PROLOGUE
— C’est dur d’accepter ce vide. — Je comprends. Mais pourquoi parler de dureté à propos d’un vide ? — Quand il est question de l’absence et de l’abandon c’est la solitude. Vous n’avez plus personne avec qui parler. Alors vous mettez la télévision ou la radio pour faire office de présence. Mais cette présence est fictive. Le silence de Rose est de cet ordre. C’est le retrait absolu de l’autre. Il laisse un grand vide et vous vous heurtez à celui-ci. C’est ça qui est le plus difficile. Le vide est dur. — Impénétrable. — Un vide impénétrable. Oui, comme les trous noirs qui laissent les scientifiques perplexes. Un trou noir répéta Paul. Je l’assume. Il m’aide à comprendre que l’absolu n’est pas de ce monde. — Un vide qui vous permet de grandir. — Je suis comme tout le monde. Il me manque un bout d’être. Il faut que je m’y habitue. Mais je ne comprends toujours pas pourquoi Rose n’a pas eu le courage d’avouer qu’elle ne voulait plus me voir. — Chacun est libre. — Vous avez raison. Chacun est ce qu’il est. Je ne sais pas pourquoi je n’arrive toujours pas à accepter la liberté d’autrui.
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Je le sais. Les autres ont le droit de me détester, d’être indifférents ou de m’aimer. Il coupa court à l’échange et avec neutralité lança : — La prochaine fois, nous aurons notre dernière séance. Paul le fixa. Celui-ci lui serra la main fermement, un peu mécaniquement, sans expression, sans empathie. Il était 17 heures. Paul rentra chez lui. Il ouvrit son journal et se mit à écrire.
10 septembre 2020, 5hGrand-père est mort. Rose est partie. Je n’ai plus d’argent et mon voisin continue à faire du bruit. Il est cinq heures. Je n’ai pas fermé l’œil. Cette nuit blanche m’a permis d’éprouver le lancinant silence de l’attente. Je regarde mes mains. Je touche mon ventre. J’existe grâce à ce corps. Je ne suis pas ce sentiment de solitude. Je me rends compte que ce trou au cœur de mon existence m’a enchaîné et a entretenu une douleur. Je souffre, je veux, je cherche, je désire, je... Maître Eckhart disait à la fin de son vingt-huitième sermon : «Le mot “Je” n’appartient en propre à personne, sinon à Dieu seul dans son unité». «Je» serait une illusion à bannir ? J’admire ce mystique. Pourquoi les génies ont-ils été souvent rejetés de la e société ? Il est né au 13 siècle, celui de Giotto et de Botticelli. Tout cela me fait repenser à mon voyage à Padoue. J’avais 19 ans. J’étais resté deux heures à l’église de l’Arena devant les fresques de Giotto. Le Ciel s’était ouvert. Les personnages étaient devenus vivants. Ils ne bougeaient pas. Ils me parlaient. Ils m’avaient arraché au monde. Ce Christ désarticulé entouré par ces visages sereins m’avait heurté. On n’éprouvait pas de drame dans cette fresque, alors que pour moi, la mort du Christ a toujours été le symbole de l’injustice de ce monde, d’une tragédie universelle. Pas de drame, mais de grands
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