Le pacte

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Au-delà du souvenir, il y a une réalité improbable, porteuse d’un souffle nouveau et menant vers un avenir jusque-là inespéré…
534 après J.-C.
Par une nuit de pleine lune, un enchanteur à la réputation légendaire unit une reine celte au meilleur chevalier de la Table Ronde. Mais rongée par la jalousie, une femme tapie dans l’ombre interfère à leur insu.
Juillet 2010.
Galaan, 29 ans, possède une vie bien remplie et trépidante à Lyon, en France. Gen, 30 ans, vit une existence paisible et ordonnée à Liège, en Belgique. Tout les sépare. Et pourtant…
Lors d’un été en Bretagne, leur destin va basculer et leurs chemins vont se croiser. Très rapidement, ils seront confrontés à un secret remontant à plusieurs siècles et les liant inexorablement l’un à l’autre.
Un pacte, scellé par Merlin. La promesse d’un amour éternel. Mais aussi un lieu sacré à découvrir avant que ne s’écoulent les 30 prochains jours. Car passé ce délai, l’éternité risquerait bien de se muer en enfer…
Plongez au cœur de la forêt de Brocéliande.
Voyagez au gré du temps.
Laissez-vous transporter par une histoire d’amour vieille de plus de mille cinq cents ans…

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Date de parution 01 octobre 2015
Nombre de visites sur la page 42
EAN13 9782960177510
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,006 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Stéphanie Moins

 

 

 

 

LE PACTE

 

I - Au-delà du souvenir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE PACTE – I – Au-delà du souvenir

Auto-publié par Stéphanie Moins, Belgique

Illustrations de Caroline Hardy

Couverture de Copy-Média (Bordeaux)

ISBN 978-2-9601775-0-3

ISBN (epub) 978-2-9601775-1-0

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Dépôt légal : octobre 2015

 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

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A Thierry et Thomas,

 

 

Ainsi qu’à tous ceux qui croient en l’éternité…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Table des matières

 

 

1 – Pour que dure l’éternité

2 – Confusion

3 – Propositions

4 – Triskell

5 – Visions

6 – Inné

7 – Fracture

8 – Ne pars pas

9 – Clair-obscur

10 – Concert

 

Juste une dernière chose…

 

 

 

 

 

 

 

1 – Pour que dure l’éternité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

534 après J-C,

Quelque part dans la forêt de Brocéliande, Armorique

 

Là, au pied de cet arbre que les anciens considéraient comme sacré, ils se tenaient debout devant lui.

Les paupières closes et quasiment en transe, il soufflait une litanie connue de lui seul. Ils s’échangèrent un long regard intense, serrant davantage leurs doigts déjà entremêlés, trahissant la ferveur de leurs espoirs placés en cet homme singulier.

Puis les incantations se turent.

Alors, lentement, il les invita à lui faire face pour, l’instant d’après, les considérer avec une expression indéchiffrable.

Silencieux.

Autour d’eux, la nuit imposait son épais manteau d’obscurité que seule troublait la lumière diaphane dispensée par l’astre rond. A leurs pieds, crépitait un feu noircissant les quelques pierres qui avaient été déposées là, pour ce soir uniquement.

Nulle trace ne pouvait subsister.

Nul ne pouvait deviner leur présence.

Levant les bras, mains tournées vers le ciel, il s’adressa aux étoiles qui peuplaient l’ombre, à l’univers, à l’infini. Il les intima à répéter des formules appartenant à un dialecte ancestral oublié de tous, aux vieux accents celtes qu’aucun, à part quelques druides et lui, se souvenait encore.

Ils devaient énoncer les mêmes mots, au même moment.

Répéter, encore et encore.

Pas un de plus, pas un de moins.

Ils n’avaient pas le droit à l’erreur. Il leur avait expliqué à maintes reprises. Ils ne pouvaient le réaliser que ce soir…

Ce soir uniquement, pour que dure l’éternité.

Les yeux rivés et ancrés dans ceux de l’autre, ils croyaient en lui.

Vint l’instant ultime où Merlin se pencha vers la flambée, saisit un objet flamboyant parmi les braises incandescentes qu’il déposa ensuite au creux de leur paume gauche, leur portant alors à tous deux, la marque de leur pacte.

 

Non loin de là, tapie dans l’obscurité, une femme rongée par la jalousie susurrait son propre enchantement destiné à déjouer leur promesse, déterminée à ce que l’éternité se détourne d’eux...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2  – Confusion

 

 

 

 

 

 

 

 

De nos jours,

Mercredi 30 juin

 

 

 

 

 

 

12h05,

Clinique du Val d’Ouest, Service pédiatrique, Lyon, France

 

- Séance de drainage réussie haut-la-main ! T’as craché comme un grand chef ! Donc, comme promis…

Galaan sortit deux Carambars de la poche de sa blouse blanche les brandit fièrement devant lui et se posa sur le lit de Maxime, 10 ans, atteint de la mucoviscidose.

- Fraise ou chocolat ?

- Fraise ! s’écria le gamin au regard pétillant qui attrapa le bonbon allongé et le déballa aussitôt.

- Ecoute celle-là, déclara le kiné mastiquant déjà la moitié de son caramel, le nez plongé dans la devinette contenue dans l’emballage. Comment appelle-t-on le père et la mère de l'homme invisible ?

Il leva son grand regard bleu vers le garçon qui pour toute réponse, haussa les épaules.

- Ses transparents.

Ils se considérèrent un court instant puis pouffèrent, complices.

- A moi, maintenant. Vous avez une fourmi rouge et une fourmi noire dans le dos. Laquelle va doubler ?

- A tout hasard, la rouge.

- Aucune, car on ne double pas sur un dos d'âne ! s’esclaffa Maxime, hilare.

- C’est ça, marre-toi, maugréa l’autre, c’est bon pour tes poumons.

- C’est l’heure du repas, les interrompit une petite voix provenant de la porte de la chambre.

Galaan ébouriffa la petite tête espiègle de son patient et se leva en direction de la porte.

- Allez champion, on se voit ce soir !

- T’auras d’autres caramels ?

- Evidemment ! Marceline, tu veux un Carambar ?

- Non merci, j’essaie d’arrêter, ironisa la cinquantenaire à l’embonpoint manifeste, venant déposer un plateau composé d’un repas sur la table de la chambre. Tu n’oublies pas la réunion dans le bureau du chef à 12h45 ?

- C’est à quel sujet ?

- Le projet de la classe pilote qui s’ouvrira mi-juillet dans le service.

- Ah ouais. OK. 12h45. C’est noté, fit-il en alliant la parole d’un index tapoté sur sa tempe.

- Ce qui signifie « dans vingt minutes », sourit Marceline amusée.

- J’y serai. Mais en attendant, je vais croquer un bout. J’ai une de ces dalles !

- Bon app’ ! lança-t-elle alors qu’il s’élançait déjà d’un pas pressé dans le couloir.

 

***

 

Au même moment,

CHR de la Citadelle, Service pédiatrique, Liège, Belgique

 

Gen balaya une fois encore l’entièreté du local d’une œillade avisée et en referma la porte. Ensuite, elle passa devant le bureau des infirmières vers lequel elle adressa un grand signe de la main et disparut du service. Une fois dehors, elle respira à plein poumon, s’emplissant au passage d’un intense sentiment de liberté. Une année scolaire venait tout juste de s’achever dans ce service pédiatrique au cœur duquel elle avait œuvré en tant qu’institutrice auprès d’enfants et d’adolescents hospitalisés. Désormais deux mois, synonymes de vacances, se profilaient à l’horizon.

Deux mois.

Ou presque…

Car elle n’avait malheureusement pas pu renoncer à dépanner une collègue dont elle était fort proche. Récemment opérée, cette dernière s’était vue contrainte d’abandonner son projet consistant en l’ouverture d’une classe-pilote, au sein d’une clinique de Lyon dans le courant du mois de juillet.

Ce n’était pas la tâche en elle-même qui la rebutait. D’ordinaire travailleuse acharnée, Gen consacrait la plupart de son temps à son métier dans lequel elle exultait. Ce qui la préoccupait le plus, c’était de s’exiler deux semaines à l’étranger, seule,  au cœur d’une vaste métropole dont elle ignorait tout…

Ou presque…

En effet, même si elle n’avait jamais mis les pieds à Lyon, cette même ville demeurait toutefois liée à bon nombre de souvenirs dans lesquels elle se serait bien passée de replonger.

Le choix s’était imposé et conclut la veille, ce qui l’avait empêchée d’en faire part à son petit copain avec lequel elle était censée séjourner à Florence. Elle jeta un regard furtif à sa montre et réalisa qu’elle était loin d’être à l’avance. Elle devait retrouver son amie à la place Cathédrale et celle-ci l’y attendait plus que probablement.

C’est au moment où elle s’apprêta à démarrer sa vieille Opel que son téléphone sonna.

- Allô ?

- Gen ?

- Bonjour Paul.

- Bonjour, ma puce. Je te dérange ?

- Non. Mais je n’ai pas beaucoup de temps car je suis supposée retrouver Julie à 12h15. On comptait se faire un sandwich sur une terrasse.

- Tu sais qu’il est déjà 12h25 ?

- Je viens de m’en apercevoir, répondit-elle gênée, singeant une série de grimaces amusantes.

- Bref, tu es à la bourre, s’amusa-t-il, un rire contenu dans la voix.

- On peut dire ça.

- Je ne serai pas long, rassure-toi. Tu as quelque chose de prévu ce soir ?

- Heu… Non.

- Très bien. Dans ce cas, retrouve-moi au Bruit qui Court, à 19h.

- Oh, un tête-à-tête avant Florence ?

- En réalité, j’ai… Une proposition à te soumettre.

- Une proposition ? Décente au moins, sourit-elle, le ton taquin.

- Dans un premier temps, extrêmement décente. La suite dépendra de toi, badina-t-il en retour.

- Et qu’as-tu de si particulier à m’annoncer ?

- Au Bruit qui Court. 19h tapantes !

- Ne me dis pas que tu vas me laisser mijoter jusqu’à ce soir ?

- Je t’embrasse, ma puce. Bye !

Et il raccrocha.

Elle considéra longuement l’écran de son portable et exhala un profond soupir.

- Moi aussi, j’ai une nouvelle à t’annoncer. Néanmoins, pas des plus réjouissantes…

 

***

 

12h26,

Cafétéria de la clinique du Val d’Ouest, Lyon, France

 

Son plateau en main, il fendit la foule et aperçut Valérie attablée seule, le regard perdu à travers la large baie vitrée. Il s’en approcha et croisa aussitôt ses prunelles ombrageuses.

- Salut Petite Blonde !

- T’as vu l’heure, Beau Brun ?

Il se baissa, l’embrassa sur les joues et s’installa en face d’elle.

- Ben quoi ? riposta-t-il avec ironie en consultant sa Rolex Explorer II, héritée quinze ans plus tôt de son père. 

- Difficile à croire qu’avec une telle montre, tu finisses toujours par arriver en retard. Faudra quand même que tu m’expliques.

- Une file de malades au buffet.

Galaan ôta le film alimentaire recouvrant son jambon-beurre dans lequel il mordit à pleines dents.

- De malades, hein ? Dans une cafétéria d’hôpital. C’est ta dernière blague Carambar ?

Sans prendre la peine de répondre, Galaan afficha un large sourire vainqueur et déposa son grand regard doux dans son brun noisette.

- Faut juste que je me magne parce que j’ai une réunion à 12h45.

- J’y crois pas ! Tu te pointes à 30’ et tu m’annonces que tu dois déjà t’arracher à 45’ ?

- 25. Tu exagères.

Elle l’observa sans ciller et bien malgré leurs quinze années de profonde amitié, le détailla une fois encore. Grand, l’allure athlétique, il avait les épaules larges, légèrement tombantes vers l’avant ainsi qu’une taille étroite. Son visage allongé aux traits fins et parsemés de points de beauté portait une barbe de plusieurs jours, des cheveux courts, châtain foncé aux ondulations légèrement décoiffées rebiquant sur un large front ainsi que d’immenses yeux bleu clair aux cils interminables. Etonnamment, l’incroyable douceur qui émanait de lui contrastait avec son allure sportive et dynamique.

- Je te hais, Galaan Rouxel, déclara-t-elle les bras refermés sur sa poitrine généreuse.

De petites pattes d’oie de malice se creusèrent au coin de ses yeux et trahirent son sourire espiègle qui se dessina lentement sur ses lèvres.

- Bon, et c’est pour quoi, ta réunion immanquable ?

Il mâcha longuement puis répartit :

- La classe pilote.

- Ah oui… Celle qui va s’ouvrir mi-juillet ?

La bouche à nouveau pleine, il se contenta d’hocher la tête.

- Tu as dégoté des ordis ?

- Oui. Ça y est. On devrait nous les livrer la semaine prochaine. Tu ne manges pas ta salade ?

- J’n’ai pas très faim. Ce doit être la chaleur.

- Tu permets que je te la termine ?

- Je t’en prie. Fais-toi plaisir, commenta-t-elle en la poussant vers lui… Je suis dégoûtée !

- Pourquoi ça ? demanda-t-il en soulevant le couvercle. Ça a l’air plutôt bon.

- Comment fais-tu pour rester aussi mince en mangeant autant ?

- Le sport, j’imagine.

Il planta sa fourchette en plastique dans le plat et s’enfourna une imposante bouchée.

- C’est aussi le sport qui te rend aussi beau qu’un dieu ?

- Qui sait ? Peut-être la salade, va savoir !

Elle s’accouda à la table et fit mine de se pencher vers lui, le dévisageant longuement d’un regard soutenu. Interdit, iI suspendit son geste et s’enquit :

- Quoi ?

- Ce que je ne comprends pas, c’est comment un mec comme toi peut-il rester indéfiniment célibataire ? Tu es beau, voire super sexy à en croire toutes les stagiaires qui te zieutent depuis que tu es arrivé… Intelligent. Incroyablement gentil et d’une attention démesurée envers les autres… Pourquoi es-tu encore seul, Galaan ?

Il ricana, planta le nez dans son plat en secouant la tête.

- C’est bien une question de gonzesses, ça !

- Franchement, sois sincère !

Il se contenta de relever un regard perplexe vers elle et, nerveux, mastiqua à grands coups de mâchoires.

- Ça fait quoi ? 4 mois que t’es plus sorti avec une fille ?

Pour toute réponse, il lui desservit un haussement d’épaules désinvolte.

- Allez… Dis-moi ! Depuis combien de temps que tu n’as plus tiré ton coup ?

Visiblement mal à l’aise par la question, il s’inclina vers elle tout en scrutant rapidement les environs.

- On est obligé d’avoir cette conversation maintenant ?

- 4 mois ?

- Lâche-moi.

- 5 ?

Il poussa un profond soupir au terme duquel il lâcha, laconique :

- 6.

- Quoi ? s’étrangla-t-elle ébahie, tu veux dire que depuis Karol, tu n’as pas copulé ?

Il se figea et la toisa sans ciller.

- Me prendrais-tu pour un lapin ?

- A voir la vitesse avec laquelle tu t’envoies cette salade, je m’interroge…

Elle le fixa puis hocha énergiquement du chef.

- Non… Impossible ! Les lapins le font bien plus souvent que ça !

Il saisit son gobelet d’eau et y plongea le nez.

- Sérieusement, Gall. Qu’est-ce qui t’empêche de t’impliquer dans une relation ? Je veux dire, une vraie ? Je m’inquiète, tu sais…

- Et bien tu ne devrais pas. J’ai tout ce qu’il me faut. Toi, la petite…

- Galaan, tu es son parrain et moi, je ne suis rien d’autre que ton amie !

- Il ne m’en faut pas plus. J’ai aussi ma mère, un nombre incalculable de potes, sans compter Gauvain chez qui je vais passer mes vacances et que je verrai dès demain… Non, je t’assure, je me sens très bien.

- Tu ne vas  pas me dire que tu n’as pas envie d’aimer quelqu’un, de lui donner tout ce que tu as… Pourquoi te contenter d’aventures sans lendemain ?

Il reposa son gobelet et s’accouda à la table.

- Parce que justement, comme tu viens si bien de le dire, elles sont sans lendemain. Quand une fille me plaît, je l’emballe, on passe un bon moment, voire plusieurs si affinités et ça s’arrête là. Je ne perds pas mon indépendance, je continue à rester sans attache.

Il s’étira et leva les bras vers le ciel.

- Libre comme l’air ! conclut-il, une lueur triomphante dans les yeux. Facile. Pas de prise de tête. Le pied, quoi !

Elle le regarda longuement, l’incrédulité se traduisant sur son visage rond creusé par deux fossettes. Etrangement, ces mots ne collaient pas avec le personnage.

- Val… C’est parce que je ne suis pas fait pour les histoires qui durent que je me rabats sur les histoires sans lendemain. Si ça n’a pas collé avec Karol, c’est précisément parce qu’elle voulait s’engager et que je ne m’en sentais pas capable. Une vie commune, un appart, des enfants… La vie de famille ne m’attire pas pour le moment.

- Alors pourquoi rester si longtemps avec elle ? Deux ans, ce n’est pas rien quand même !

- Mmh… Disons que la situation me convenait. Elle étudiait beaucoup, ce qui me laissait pas mal de temps libre pour la musique, le sport et surtout le boulot ! Bref, quand on se retrouvait, c’était surtout…

Il afficha un large sourire victorieux et déclara:

- Pour les bons moments !

- Tu parais le prendre à la légère alors qu’en réalité, tu te morfonds !

- Moi, je me morfonds ?

- Regarde la vérité en face ! Ça fait 6 mois que vous avez rompu et depuis, plus rien. Ta vie sentimentale se résume à un véritable désert affectif ! Tu nous fais quoi, là ? Tu testes tes aptitudes avant de rentrer dans les ordres ? Il n’y a pas que Karol sur terre. Des filles bien, susceptibles de te rendre heureux, il doit en exister plus d’une !

Etrangement, il baissa la tête et se mit à jouer avec une médaille circulaire argentée grossièrement taillée, mise en évidence par le col en v de sa blouse blanche et dont il ne se séparait jamais.

- Pourquoi tu n’avoues pas ?

Soudain solennel, il se redressa et enfonça son azur intense et résolu dans son brun noisette.

- Avouer quoi ?

- Qu’après quinze ans, tu n’as toujours pas fait ton deuil. Il est temps de passer à autre chose, tu ne crois pas ?

- Ça, c’est pas cool… se renfrogna-t-il subitement, triturant le restant de nourriture dans le petit plat en plastique, la clarté du regard assombrie par un épais voile de tristesse.

- T’es un mec génial et je ne supporte pas te voir te morfondre seul ! Tu mérites d’être heureux, Gall !

- Justement, répliqua-t-il durement, les mâchoires contractées, c’est en cessant de revenir là-dessus sans arrêt que je pourrais peut-être passer à autre chose !

Les coudes sur la table, la tête baissée, il se passa une main dans la nuque. Il détestait se montrer agressif avec elle. Au fond, ne souhaitait-elle pas son bonheur ? Et même s’ils avaient maintes fois entretenu la même conversation, il lui devait une explication claire.