LEGACY

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Des Naa'shti, peuple vivant dans les forêts, aux civilisations humanoïdes vivant dans les grandes villes, le Reel est un monde imprégné de phénomènes magiques. L'invasion d'un peuple issu de l'inconnu divise les races du Reel et vise à exterminer ces derniers. Pour faire face aux envahisseurs, des enfants de différentes espèces aux grandes affinités avec la magie furent rassemblés. Représentent-ils un espoir pour l'équilibre du monde ou mèneront-ils les Reeliens à leur perte ?

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Date de parution 02 juin 2017
Nombre de lectures 5
EAN13 9782140038822
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0112€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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MEILDLIBLegacy
Des Naa’shti, peuple vivant dans les forêts, aux
civilisations humanoïdes vivant dans de grandes
villes, en passant par les petits êtres des montagnes
aux inventions extraordinaires, le Reel est un
monde imprégné de phénomènes magiques.
Soumis à des perturbations d’origine ancestrale, Legacy
le realm se trouve dans un état d’instabilité sans
précédent. L’invasion d’un peuple issu de l’inconnu Le commencement
divise les races du Reel et vise à exterminer ces
derniers. 
Pour faire face aux envahisseurs, des enfants de
diférentes espèces aux grandes ainités avec la
magie furent rassemblés. Suite à des événements
causés par un être étrange, ces jeunes prodiges
voient leur destin changer.
Représentent-ils un espoir pour l’équilibre du
monde ou mèneront-ils les Reeliens à leur perte ?
Actuellement étudiant en master de Physique à Lille,
Meidlib est né le 14 novembre 1993 à Dakar. Dans sa
tendre jeunesse, il a passé beaucoup de temps à lire. Il a
aussi pratiqué beaucoup de sport, tel que le tennis qui
l’a permis de voyager pour participer à des compétitions
internationales. Ainsi, de 10 à 16 ans, il a parcouru
plusieurs pays d’Afrique et ainsi appris que la valeur des
hommes se lit dans leur culture. Il a pour rêve de faire
découvrir au monde entier la beauté de la mixité de
cultures à travers son monde imaginaire.
Illustration de couverture :
© Zoonar RF - Thinkstock
ISBN : 978-2-343-12136-9
19,5 € 9 782343 121369
MEILDLIB
Legacy




LEGACY

Le commencement
MEÏSSA DIOUF




LEGACY

Le commencement













































© L’HARMATTAN-SÉNÉGAL, 2017
10 VDN, Sicap Amitié 3, Lotissement Cité Police, DAKAR

http://www.harmattansenegal.com
senharmattan@gmail.com
senlibrairie@gmail.com

ISBN : 978-2-343-12136-9
EAN : 9782343121369

GLOSSAIRE DES TERMES UTILISÉS
Realm : monde, terre.
Reel : monde où se passe le récit.
Sekaï : région du realm du Reel.
Reelien : habitant du Reel.
Unknown : monde inconnu à la magie étrange.
Unkist : terme donné aux envahisseurs du realm
inconnu.
Mana : capacité magique, à différencier avec essence
magique
Entital : néologisme tiré d’entité. Adjectif se rapportant
aux entités
Aerotheurgy : magie de l’air.
Geomancy : magie de terre.
Aerotheurgy : magie de l’air.
Pyrokinectic : magie du feu.
Hydrosophist : magie de l’eau.
Gnome : Reelien de petite taille. Les adultes ne
dépassent guère 1m40. Les femelles ressemblent à des
poupées tandis que les mâles sont plus costauds et carrés.
Ils sont connus pour leur invention liée à la magie.
Ningen : Reelien dont la taille adulte est d’1m70 en
moyenne. Leur couleur de peau varie du blanc au noir. Ce
sont les plus nombreux du Realm. Ils occupent le sekaï du
Midsoil et de Sindone.
Naa’shti : Reelien occupant le Sekaï du Nord. Leur
agilité et leur affinité à la magie font d’eux des êtres
7 puissants. Ils ont une très grande taille, environ 2m10 et
leur couleur de peau varie du bleu clair au violet.
Dantian supérieur : organe se situant dans le haut de
l’abdomen permettant de stocker le mana.
Dragneels : énormes reptiles dotés d’une grande
intelligence.
Taranis : univers parallèle.
TOR : gigantesque portail se trouvant dans le Shinsekaï,
reliquat de l’ancienne guerre.
Magister : titre honorifique donné au mage.
8

PROLOGUE

MYTHOLOGIE DE L’UNIVERS
Tout avait commencé avec ces trois Entités : Geos,
Hydra et Aeros. Elles étaient constituées de toutes les
particules de l’univers et représentaient tous les états que
pouvaient se trouver ces dernières. Geos, l’aînée était le
socle et symbolisait la stabilité. Aeros, quant à lui, était
volatile et pouvait se faufiler partout, il était la fluidité
ellemême. Hydra, la plus petite des sœurs assurait la liaison
entre les deux. Elle était assez stable, mais pouvait aussi
s’écouler, changer de forme, imiter sa grande sœur ou son
grand-frère ; devenir ferme comme Geos ou être libre
comme Aeros. Ils vivaient ainsi en toute tranquillité en
façonnant de multitudes realms. La synergie des trois créait
des mondes magnifiques, mais dépourvus de toute lumière.
Après une longue période de création, les trois Entités
commençaient à sentir la présence d’une autre. Les
particules instables s’élevaient en température et donnaient
naissance à l’Entité la plus destructrice des quatre, Pyros.
Les trois plus vieilles craignaient le pouvoir de Pyros. Il
était rebelle et n’en faisait qu’à sa tête. Mais grâce à ses
propriétés, il pouvait, en fusionnant avec les autres, créer la
vie. Les realms construits auparavant se dotèrent ainsi du
feu de la vie.
Rapidement, les mondes se peuplèrent et les Entités
décidèrent de se retirer de la création des mondes. Elles se
dispersèrent en essence partout dans l’univers pour assurer
sa stabilité. L’essence de ces dernières était principalement
présente dans la nature; cependant, certains êtres primaires
9 avaient la capacité de la ressentir. Des élites parmi eux
pouvaient même en prendre possession et la tordre selon
leur volonté. La magie naquit.
Malheureusement, les quatre Entités n’étaient pas les
seules à avoir pris forme. En effet, Pyros n’était pas né seul.
Les trois plus veilles, devant le pouvoir dévastateur de
celui-ci, n’avaient pas senti qu’Umbra grandissait à ses
côtés. L’ombre, l’obscurité, la lumière, le feu, ils allaient de
pair, mais les trois ne le savaient pas. Ils ne savaient pas que
l’essence d’Umbra s’était dispersée avec les leurs. Umbra
était calme et timide, elle ne se montrait jamais dès le début.
Cependant, son pouvoir de corruption était terrible.
Mélangée aux Entités initiales, elle donnait naissance à de
nouvelles magies.
À cause de ses propriétés, l’essence d’Umbra était la
plus difficile à discerner. Un peuple issu des realms
originaires avait été le premier à être atteint par l’Entité. Ils
vénéraient l’obscurité et le sang, leur conférant ainsi des
pouvoirs immenses. Au bout de nombreuses années de
vénération, Umbra se montra devant eux. Leur chef Murtek
fut épris sur le coup de la beauté obscure de l’Entité. Il lia
son peuple à cette dernière et lui jura une éternelle fidélité.
Il développa une magie méconnue de toute. Grâce à ses
rituels de sang, il devint immortel et aussi puissant qu’une
Entité. Son désir de pouvoir était sans rival, son obsession
pour Umbra ne cessait de s’accroître avec le temps.
Pour acquérir plus de pouvoir à travers ses rites, Murtek
avait besoin de beaucoup de sacrifices. Il ne pouvait plus
utiliser son peuple pour ses rituels et devait ainsi trouver
d’autres moyens. Pendant des centaines d’années de
pondérations, son fils Ragal finit par trouver le lien entre les
mondes. Et surtout, comment briser la distance qui les
reliait. Le peuple, surnommé Darkien, se mit dès lors à la
recherche de mondes à saigner ; de mondes habités d’êtres
ayant de fortes affinités avec les Entités. Pendant toutes ces
10 années d’attente, Murtek avait formé ses troupes et les avait
transformées en machine de guerre imparable.
Ils se mirent enfin en marche et dévastèrent tout ce qui
se trouvait sur leur chemin. Les espèces des autres realms
ne faisaient pas le poids face à la légion assoiffée de sang.
Les capacités de Murtek et de ses hommes ne cessaient de
croître avec le nombre de mondes dévastés.
Devant ce carnage, les Entités ne pouvaient que se
réveiller. Elles sentaient la destruction de leur équilibre
advenir. Mais en se dispersant dans l’univers, elles avaient
perdu beaucoup de pouvoir et ne pouvaient intervenir
directement. Lors de ces errances multiples, Aeros avait
découvert un peuple capable de rivaliser physiquement avec
les Darkiens. De plus, ils avaient une affinité avec l’essence
universelle. Ils se nommaient les Dragneels et étaient de
féroces guerriers. Les quatre Entités chargèrent ainsi leur
chef, Sintara, de faire reculer la légion de Murtek. Les
Dragneels n’avaient d’autre choix que de les aider, car ils
savaient que Murtek ne s’arrêterait pas. Après de multiples
confrontations dans différents mondes, les forces de Murtek
ne furent guère freinées. Les Dragneels ne pouvaient se
mesurer aux Darkiens.
Murtek et sa légion finirent par atteindre un realm dont
la concentration en essence magique était extrêmement
élevée. Les êtres peuplant ce monde vivaient en harmonie
avec l’essence des Entités et savaient bien l’utiliser.
Cependant, c’étaient des êtres fondamentale-ment paisibles
et point taillés pour la guerre. En apercevant le potentiel
qu’offrait ce peuple, les quatre Entités et les Dragneels
firent tout leur possible pour transporter les survivants dans
un autre monde. Murtek, quant à lui, le prit comme un
affront personnel. Ses proies avaient réussi à s’enfuir. Elles
représentaient une source de pouvoir immense. Il jura de les
retrouver où qu’elles soient et de les exterminer. Aveuglé
11 par sa soif, il fit s’effondre des milliers de realms sans
trouver leur trace.
Au bout de milliers d’années, l’équilibre entre les Entités
risquait de se briser d’un moment à un autre. Umbra
réapparut à nouveau devant Murtek pour lui indiquer le
realm où se trouvaient ces fameux rescapés. Murtek, avec
toute son armada, se tourna vers ce dernier. Cependant, ce
qu’il ne savait pas, c’était qu’Umbra s’était alliée avec les
Entités pour arrêter les dessins du seigneur de guerre.
L’équilibre devrait être préservé avant tout. Une armée
constituée des peuples autochtones et des rescapés
attendaient la légion. Pendant ce temps, Sintara avait mené
ses Dragneels vers le bastion où se trouvait Murtek.
Après une lutte sanglante sur les deux fronts, Murtek,
qui était devenu désespéré devant la trahison de sa
bienaimée, avait été acculé. Néanmoins, le chef des Darkiens
étant immortel, il ne pouvait être vaincu facilement. Les
cinq Entités se fusionnèrent ainsi dans le corps de Sintara.
Cette dernière, en un ultime sacrifice, emprisonna Murtek
dans une dimension parallèle, le Taranis. La nouvelle
dimension devint dès lors un chaînon essentiel dans
l’équilibre de l’univers.
Ragal, ayant appris la défaite de son père, se retira dans
son propre monde et une trêve se mit en place.
Des centaines d’années plus tard, l’équilibre était proche
de se rompre à nouveau.
12

CHAPITRE 1
La forêt verdoyante s’ouvrait devant lui. D’immenses
troncs partaient du sol pour se perdre dans les cieux. Les
cimes des arbres étaient à peine visibles. D’innombrables
branches s’emmêlaient entre elles et formaient une muraille
verte. Le vent tiède de fin d’après-midi faisait bruire les
feuilles et dispersait l’odeur fraîche de la nature.
Il agrippa une branche et se propulsa dans les airs. Avant
de retomber, il tapa du pied le tronc d’un arbre et se mit à
passer de branche en branche. Tout ceci avec une simplicité
et une agilité digne de ses semblables. Soudain, il entendit
des bruits de pas derrière lui. Sans se retourner, il lança :
« Dépêche-toi ! » Son poursuivant grogna et essaya tant
bien que mal de le suivre. Celui-ci fléchit et sans regarder
en haut, bondit. Il attrapa une branche qui passait par là et
entreprit de rejoindre son compagnon. Ce dernier s’arrêta
au bout d’un instant sur une branche énorme à une dizaine
de mètres de hauteur. En s’approchant, il lui souffla : « On
ne devrait pas être là, la forêt est interdite aux enfants ».
Sans prendre le temps de lui répondre, le premier garçon
lui indiqua un endroit : « Regarde, c’est un cerf ». Il brandit
le long arc rouge qu’il tenait au-dessus de l’épaule, prit une
des flèches de son carquois qu’il tenait en bandoulière et
arma. Il observait l’animal en train de brouter paisiblement.
Les lieux étaient assez sombres, les lumières du soleil
traversaient difficilement le plafond de la forêt. Sur le sol,
des feuilles brunes pouvaient être observées. Dans certains
endroits, il y en avait tellement qu’elles cachaient les
racines de ces piliers naturels. Le jeune archer inspira deux
fois, le cerf n’avait toujours pas bougé. La bête devait
mesurer facilement trois mètres de longueur et deux mètres
13 de hauteur. Elle avait le pelage brun et ses magnifiques
cornes beiges d’une forme irrégulière lui donnaient un air
majestueux. La concentration du jeune homme était
extrême au point qu’il avait oublié qu’il n’était pas seul.
« Non Qwail, ne fais pas ça ! »
Qwail sursauta et lâcha la corde. La flèche siffla et se
ficha dans le tronc qui se trouvait à un mètre de l’animal. Le
cerf leva la tête ; on pouvait lire la terreur dans ses yeux. En
moins d’une seconde et sans laisser le temps au garçon de
réarmer, la créature disparut dans les bois.
« Ne refais plus jamais ça, Kilam !
— Mais… »
Furieux, Qwail sauta de son perchoir et alla récupérer sa
précieuse flèche.
« T’allais quand même pas tuer ce cerf ?
— J’en ai toujours l’intention. Suivons-le et ne
m’interromps pas. »
Désemparé, Kilam le suivit dans les bois sans dire un
mot. Au fond de lui, il savait que Qwail avait raté exprès. Il
ne lui était jamais arrivé d’échouer avec son arc en main et
il était impossible de lui faire rater une cible aussi facile que
ce cerf. Aussi le suivit-il, se disant qu’il était impossible de
rattraper l’animal.
Soudain, ils arrivèrent au niveau d’une falaise. Au bas de
celle-ci, les arbres s’étendaient à perte de vue. C’était une
vision de rêve. Le soleil couchant dardait ses rayons rouges
sur un océan de verdure. Il y avait un contraste de trois
couleurs : le ciel était bleu, une partie était rouge sang et le
vert prédominant, s’étendait devant les yeux. Cet incroyable
spectacle ne pouvait qu’apaiser un cœur. En effet, nul être
doté d’une quelconque sensibilité ne pouvait rester de
marbre devant cette image. Kilam, risqua un coup d’œil
vers Qwail.
14 « Je suis désolé pour ton cerf, mais…
— Il est tard, on rentre, coupa Qwail. Les préparatifs
doivent avoir commencé.
— En effet, » acquiesça Kilam et il se retourna tout en
regrettant de quitter cet observatoire et cette vision
extraordinaire.
Ainsi, ils reprirent leur marche en sens inverse. Ils ne
croisèrent nul être pendant le retour. À l’approche du
village, ils crurent entendre de la musique et le rythme des
tam-tams s’échapper de la place.

* * *

Le village était composé d’une centaine de maisons
organisées en une sorte de spirale et ayant pour centre le
baobab sacré. Les maisons n’étaient pas très grandes et seul
l’hôtel de ville comptait deux étages. Elles étaient toutes
faites en bois, mais ne se ressemblaient pas toutes. Les
architectures étaient différentes pour la plupart, certaines
étaient faites avec d’autres matériaux en plus. Les toits, par
contre, étaient tous faits de chaume ; ce qui en quelque sorte
uniformisait le village.
Le couple d’amis entra dans le village quand les
premiers rayons de soleil commençaient à disparaître. Il y
avait deux soldats postés devant l’entrée, ils les saluèrent en
passant devant eux. Les gardes sourirent et répondirent en
chœur. La caserne n’était pas très loin de l’entrée, mais elle
était présentement vide. La rue était animée, des gens
montaient des worgs, d’autres les utilisaient comme moyen
de traction. Un worg jaillit brutalement et faillit renverser
Kilam, celui-ci poussa un juron en esquivant. La bête
n’était pas différente des autres de son espèce. Elle avait la
carrure d’un cheval ningen, mais elle avait une tête de tigre
15 et ses quatre pattes se terminaient par des griffes
incroyablement grandes et acérées.
En passant devant la caserne, Kilam reconnut une voix
les interpellant :
« Où étiez-vous passés ? »
Une petite fille se tenait devant la porte. Elle était un peu
plus petite que les garçons et arborait un sourire suspicieux
qui contrastait magnifiquement avec son visage d’un bleu
ciel éclatant. Ses cheveux d’un noir d’encre tombaient sur
son dos et elle portait une robe blanche qui lui arrivait aux
genoux.
« De quoi je me mêle ? rétorqua Kilam d’un air grognon.
— Peu importe. M’man te cherche, il paraît qu’il y a des
visiteurs importants dans le village.
— Ah bon ? C’est qui ? »
La fillette haussa les épaules.
« Qu’est-ce que j’en sais moi ? Elle m’a juste dit que si
je te voyais, je devais te dire de rentrer à la maison. »
Elle les observa un moment, puis reprit :
« Oh, mais vous êtes incroyablement sales, m’man va te
tuer ! »
Kilam regarda son reflet sur une fenêtre voisine et put
constater les dégâts de leur partie de chasse. Ses cheveux,
plus courts que ceux de sa sœur, lui venaient à l’épaule. Ils
étaient décoiffés et remplis de feuilles mortes. Il regarda ses
mains ; elles étaient noires de crasse, impossible de les
comparer à ses mains habituelles d’une couleur semblable à
celle de sa sœur. D’un geste, il fit tomber toutes les feuilles.
Heureusement que ses habits n’avaient pas trop souffert. Sa
chemise marron était en parfait état, son pantalon kaki
portait quelques tâches mais n’était pas déchiré. Il tourna
son regard vers Qwail.
16 Ce dernier était en plus piteux état. Certes, ses cheveux
étant coupés court ne permettaient pas aux feuilles de
s’accrocher à sa tête. Par contre, son ensemble rouge de la
même couleur que ses yeux ressemblait presque à des
haillons. Sa couleur de peau d’un bleu proche du violet était
encore plus foncée. Il était en train de scruter la sœur de
Kilam avec un sourire sarcastique, puis se retourna,
s’apprêtant à partir. Il s’adressa à cette dernière.
« Hello, Latika, t’as bonne mine ». Puis il lança : « J’y
vais Kilam, on se voit plus tard. »
Et sans laisser le temps au frère ou à la sœur de
répondre, il s’élança sur la route en pavé en direction de sa
maison.
Latika regarda son frère d’un air de reproche.
« Pourquoi traînes-tu avec lui ?
— Pourquoi pas ?
— Il est effronté et ne respecte rien. En plus, il regarde
tout le monde de haut.
— Personnellement, je ne le vois pas comme ça. C’est
vrai qu’il n’est pas très social, mais il est sympa. Allez,
rentrons. »
Ils prirent ainsi la direction de leur maison. Il redoutait
de voir sa mère en rentrant, car il savait qu’elle lui tirerait
les oreilles. Étant donné que leur grand-mère était chef du
village, la maison se situait proche de la place du village où
se trouvait le baobab sacré. La place était bruyante et
bondée, des gens s’affairaient à préparer la fête à venir.
C’était la première pleine lune de l’été. Des motifs
différents de lune décoraient le grand arbre. Tout en haut de
celui-ci, on pouvait lire les lettres « Moonkaï ».
La fête de la lune était l’une des plus grandes fêtes de
l’année. Toutes les personnes des alentours se rassemblaient
et il y avait plein de divertissements. Une bande de
17 musiciens était postée à côté du baobab et répétait pour le
spectacle à venir. On pouvait voir des stands partout.
Certains vendaient de la nourriture, d’autres vendaient des
objets en relation avec la fête. On pouvait aussi apercevoir
des stands de distraction. Les stands de tir étaient très
populaires, un grand concours s’y préparait ; la récompense
pour le gagnant était conséquente. La magie était
strictement interdite pour les jeux d’adresse.
Kilam pensa alors que Qwail allait sûrement se présenter
pour le concours de tir.
« Je suis sûre que ton narcissique d’ami va concourir. »
Sa sœur qui le suivait dit tout haut ce qu’il pensait. Ces
deux-là n’ont jamais pu s’entendre. Kilam ne comprenait
vraiment pas pourquoi il y avait tant d’animosité, étant
donné qu’ils se connaissaient depuis toujours. En effet,
leurs parents étaient des amis et la mère de Qwail travaillait
dans le même conseil que son père. Il n’arrivait pas à se
rappeler une fois où ils se sont bien entendus.
Dernièrement, leurs dissensions portaient sur l’école. Qwail
avait des notes incroyables et était le meilleur de sa classe
en tout sauf en magie. Et bien sûr la meilleure en cette
dernière n’était personne d’autre que Latika qui était la
seconde dans les autres disciplines. Comme la magie est
très importante chez les Naa’shtis, Latika était la major. Ce
qui ne plaisait guère à Qwail, même si ce dernier ne l’avait
jamais admis. Certaines personnes disaient que Qwail était
beaucoup plus doué que la jeune fille, d’autres admettaient
l’inverse. Bref, tous ces problèmes faisaient tourner la tête à
ce pauvre Kilam. « Pourquoi ne peuvent-ils juste pas
s’entendre ? » pensait-il.
Des enfants accompagnés d’un chien jouaient à côté de
la fontaine, ils faisaient un bruit effroyable. L’hôtel de ville
pouvait s’apercevoir faisant face au grand arbre. Ces deux
étages avaient l’air en ébullition avec tout le monde présent.
De délicieuses odeurs de fumet se propageaient. Kilam en
18 saliva sur le coup, il n’avait pas mangé depuis le déjeuner et
sa partie de chasse l’avait affamé. Ils se remirent en route.
En sortant de la place, il aperçut Shriek. Il portait un
pantalon noir, des souliers noirs, une chemise blanche et
une veste noire. Ses cheveux étaient coiffés en queue de
cheval. Le jeune homme était en train d’aider à décharger
les caisses d’une charrette quand il les aperçut à son tour. Il
fit un geste et tout en souriant s’approcha d’eux.
« Hello les petits Sylbant ! C’est bizarre, vous n’êtes pas
avec mon frère ?
— Salut, Shriek, répondit Kilam, nous venons tout juste
de nous séparer.
— Bonsoir, dit timidement Latika.
— Eh ben, t’es pas très bavarde ce soir ma petite jolie.
Désolé, je dois vous laisser, je dois aider pour les
préparatifs. On se voit plus tard. » Il s’éloigna vers la
charrette d’une démarche rapide. Il s’arrêta au bout de
quelques pas et se retourna. « Si vous voyez mon frangin,
dites-lui de ne pas être en retard comme d’habitude. » Il
tourna les talons et partit vaquer à ses occupations.
Le jeune homme fit un signe et se retourna pour observer
sa sœur. Celle-ci avait les joues violettes et ses yeux
pétillaient. Kilam soupira et se remit à marcher en direction
de la maison. Il ne comprenait juste pas. Sa sœur détestait
Qwail, mais admirait énormément Shriek. En ce sens, il
savait qu’elle était extrêmement ravie du compliment de
Shriek. Il aimait aussi beaucoup Shriek, il était comme un
grand frère pour lui. Le jeune homme s’était souvent
occupé du trio quand ils étaient plus jeunes et les aidait
souvent dans les situations difficiles. Il était brillant, amical,
jovial, tout le village l’appréciait ; en somme, un caractère
opposé à celui de son frère cadet.
Kilam se mit à repenser à la fois où les trois étaient
rentrés dans la chambre sacrée. Qwail et Latika se
19 disputaient sur le fait de toucher ou pas le totem sacré.
Quelques secondes plus tard, le totem s’était retrouvé au
sol, brisé. Kilam était pétrifié, Latika avait les joues
complètement violettes et même le hautain Qwail avait le
visage décomposé. Et c’est là que Shriek apparut et répara
ce dernier avec la magie ne laissant aucune trace de fêlure.
Tout en ayant ces pensées sur tous les ennuis que ses
deux compères lui posaient, Kilam et Latika arrivèrent chez
eux.

* * *

Très loin de cette vie paisible, au-delà du portail, le
chaos, les ténèbres, le sang se rassemblaient. Après un long
sommeil, l’impitoyable et effroyable Ragal s’était réveillé.
« SBIRES, REVEILLEZ-VOUS, CE REALM SERA à
NOUS !!!! »
20