Les aventures occultes de Lady Bradsley

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Lady Bradsley est une jeune veuve douée de talents particuliers : elle parle aux morts, elle décrypte les souvenirs qui imprègnent les lieux qu’elle visite. Que ce soit au service de la Couronne britannique, du British Museum ou encore pour ses intérêts personnels, elle sillonne le monde du début du XXe siècle, en proie aux rivalités coloniales entre l’Angleterre, la Belgique et la France, pour résoudre les mystères occultes qui s’offrent à elle. Mais tandis que le spectre de la première guerre mondiale se profile, comment gérera-t-elle sa malédiction personnelle ? En effet, Lady Bradsley est elle-même hantée par Henry, le fantôme de son mari, dont l’amour est si fort qu’il transcende les frontières entre les mondes.


Quelque part entre Adèle Blanc-Sec et la nièce imaginaire d’Indiana Jones, nous vous invitons à prendre place à ses côtés dans cette intégrale qui rassemble 5 aventures qui la mèneront de Hong Kong à Londres, en passant par le Népal, Baghdad ou encore la colonie du Dahomey, en Afrique. Le monde et ses mystères occultes ne sont pas assez grands pour les talents médiumniques de Lady Bradsley !

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EAN13 9782374536736
Langue Français

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Lady Bradsley est une jeune veuve douée de talents particuliers : elle parle aux morts, elle décrypte les souvenirs qui imprègnent les lieux qu’ elle visite. Que ce soit au service de la Couronne britannique, du British Museum ou encore pour ses intérêts personnels, elle sillonne le monde du début du XXe siècle, en proie aux rivalités coloniales entre l’Angleterre, la Belgique et la France, pour résoudre les mystères occultes qui s’offrent à elle. Mais tandis que le spectre de la première guerre mondiale se profile, comment gérera-t-elle sa malédiction personnelle ? En effet, Lady Bradsley est elle-même hantée par Henry, le fantôme de son mari, dont l’amour est si fort qu’il transcende les frontières entre les mondes. Quelque part entre Adèle Blanc-Sec et la nièce imaginaire d’Indiana Jones, nous vous invitons à prendre place à ses côtés dans ces aventures qui la mèneront de Hong Kong à Londres, en passant par le Népal, Baghdad ou encore la colonie du Dahom ey, en Afrique. Le monde et ses mystères occultes ne sont pas assez grands pour les talents médiumniques de Lady Bradsley !
Passionné de science-fiction, de fantastique et de fantaisie, les univers imaginaires ont toujours attiré Olivier Saraja. Après avoir contribué à l’âge d’or du jeu de rôle (sur table) en France, il s’est
consacré à la découverte des logiciels libres au travers du système d’exploitation GNU/Linux. Son enthousiasme pour les images numériques (point à po int, vectoriel, synthèse) l’a conduit à écrire de nombreux articles de presse sur ces sujets, ainsi qu’un ouvrage de référence sur le principal logiciel libre d’animation et de création d’images de synthèse. Aujourd’hui, à travers ses écrits plus fictionnels, il essaie d’explorer la face sombre de l’humanité pour susciter réflexion, espoir, mais surtout divertissement. Bibliographie : Dino Hunter, Science-Fiction pulp, Les Editions du 38. Zombie Kebab, pulp horrifique et humoristique, Les Editions du 38. La 3D Libre avec Blender, ouvrage informatique, éditions Eyrolles. Spores !, nouvelle d’anticipation, auto-édition. Sanctum Corpus, court roman de science-fiction, auto-édition. L’appétit des Ombres, nouvelle d’anticipation, auto-édition. Plus qu'un souvenir, nouvelle romantique, auto-édition Suivre l'auteur sur le Web : Twitter : @oliviersaraja Facebook : facebook.com/olivier.saraja Site de l’auteur : http://oliviersaraja.wordpress.com
Les aventures occultes de Lady BRADSLEY
Olivier Saraja
COLLECTION DU FOU FANTASTIQUE
Pour Sylvie, qui m'a inspiré plus d'un aspect de Lady Bradsley, et a soutenu ce projet dès le début.
Pour toi, lecteur.
1 - La danse de Zhong Kui
Baie de Hong Kong, 1904
I
Après avoir jeté par-dessus bord le camée d’une femme assassinée il y a plusieurs années et dont le fantôme avait terrorisé les passagers du pa quebot tout au long de la croisière, Lady Bradsley soupira de soulagement. Le bandage autour de sa main témoignait du sang qu’elle avait sacrifié pour sceller l’âme errante dans un bijou, désormais sous la protection des eaux calmes de la Mer de Chine. Elle reprit son souffle en accrochant du regard les centaines de petites îles qui parsemaient la baie encore lointaine de Hong Kong. — Nous vous remercions encore une fois pour votre assistance, Milady, bredouilla le capitaine de marine d’une voix blanche, toujours vibrante de terreur, à l’attention de la spirite. La Compagnie ne voudra pas croire à mon rapport, mais l’équipage et moi-même n’oublierons jamais le service que vous nous avez rendu en nous débarrassant de cet esprit. — Le plaisir de cette croisière à vos côtés était pour moi, Commandant, sourit l’aristocrate britannique qui exécuta une brève révérence. L’homme essaya de se recomposer une apparence de dignité et, en compagnie de son second, rejoignit le pont supérieur pour préparer leur arrivée prochaine dans les eaux profondes du port Victoria, entre l’île de Hong Kong et la péninsule de Kowloon. Lady Bradsley se sentait lasse, mais, en secret, plutôt satisfaite de cette mésaventure occulte qui avait su la distraire de son vague à l’âme. Elle avait passé des semaines innombrables, émaillées d’escales ennuyeuses, bien qu’exotiques, à naviguer sur le paquebot Hope, pour rallier les Nouveaux Territoires en Chine. Jeune veuve courtisée par l’aristocratie londonienne en raison de l’influence politique de son mari plutôt que pour sa personne, elle était pourtant une belle femme, élégante et cultivée. Afin de se protéger des prétendants hypocrites ou avides de ses richesses, et entreprendre le deuil de son époux, Lady Bradsley avait confié la gérance de son patrimoine aux avocats d’affaires Bentley & Bentley. Elle se consacra, dès lors, à sa passion : l’occultisme. Elle avait développé cet engouement dès l’adolescence, grâce à sa faculté à retrouver les objets égarés et à entrer en contact avec les esprits des défunts. La presse associa même son nom, plus tard, à l’énigme des Disparues de Woolwich. Son heureuse conclusion lui valut d’être décorée par la Reine Victoria et la publicité qui s’ensuivit l’incita à ouvrir un cabinet de consultation. Dès lors, ses talents médiumniques lui permirent de dénouer les plus obscures tragédies au sein d’une Londres tout entière éprise de spiritisme et d’extraordinaire. — Bien joué, déclama une voix à ses côtés. Quel coup de génie, ce camée ! — Merci, répondit-elle au revenant qui s’était matérialisé. Henry. Son mari. L’illustration parfaite de l’adage qui prétendait que toute médaille avait son revers. En effet, Lady Bradsley recevait régulièrement les visites fantomatiques de son époux – et de bien d’autres défunts –, transformant son don en une malédiction très personnelle qui se mettait
en travers de son deuil. Depuis près de quatre ans, Henry allait et venait entre les mondes, jamais bien loin de la jeune veuve. Si, par facilité, elle se réjouissait de la compagnie de son bien-aimé à ses côtés, cette relation impossible accentuait sa souffrance jusqu’à la mélancolie et l’empêchait de se reconstruire. L’ambiance délétère de Londres, les aventures horri fiques qu’elle y avait vécues et l’omniprésence de Henry lui pesaient. L’invitation de son frère John H. Lawford à le rejoindre lui et ses fils dans la légation britannique de Hong Ko ng lui parut donc une véritable bouffée d’oxygène. Le Consul était lui-même veuf, son épouse étant morte en couche après avoir mis au monde leurs jumeaux, les turbulents Tommy et Harry, qui le suivirent plus tard dans ses déambulations au service de la Couronne britannique, aux quatre coins de l’Empire. Ils avaient toutefois grandi et se vouaient désormais, à presqu e dix ans, à retourner à Londres avec leur tante, pour y intégrer une prestigieuse école. * Le soleil déclinait avec lenteur en direction de l’ horizon. Hong Kong se révélait enfin et l’effervescence gagna les passagers comme les membres d’équipage lorsque les sifflets retentirent pour annoncer la nouvelle. Un officier de pont aver tit la capitainerie de l’arrivée prochaine du Hope par radiotélégramme, et l’animation sur les qu ais démontrait l’attente que le géant à vapeur suscitait. Lady Bradsley se tenait sur une coursive, appuyée à la rambarde métallique, observant les interminables manœuvres d’approche. Au-dessus des i mmenses cheminées du paquebot qui crachait ses fumerolles, les mouettes accompagnaient l’accostage d’une joyeuse danse aérienne et de cris enthousiastes, sous la surveillance bienveillante du Pic Victoria qui dominait la baie et les collines verdoyantes des Nouveaux Territoires. — Comment te sens-tu, ma chérie ? Pas trop fatiguée ? — Cela ira, Henry, je te remercie, répondit la spirite au fantôme qui se tenait à ses côtés, tout en humant l’air iodé qui commençait à se charger des odeurs agressives de la ville. — Tu sembles soucieuse… — Je ne peux apparemment rien te cacher… reconnut-elle. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas vu John, et j’avoue redouter cet instant… — Ou plutôt crains-tu le moment des retrouvailles avec tes neveux ? La jeune femme grimaça d’accablement. — Tu as raison, Henry… Comme toujours, ajouta-t-ell e en ignorant une voyageuse qui la dévisageait tandis qu’elle parlait seule. Je me sui s tellement attachée à eux, à la mort de leur mère… J’ai… Elle laissa s’écouler ses larmes. — Je suis si malheureuse de ne pas avoir eu d’enfants avec toi, Henry… * Les innombrables passagers furent enfin débarqués, des débardeurs et des ouvriers portuaires en tenues colorées se chargeant des tonnes de bagages. Un fourmillement incroyable de chaises à porteurs et de pousse-pousse se mit en branle pour digérer cet afflux de voyageurs. — Jennifer ! Jennifer ! appela un homme de grande s tature et vêtu d’un luxueux uniforme consulaire. Il avait les yeux clairs, une barbe à la Souvarov et une chevelure taillée court, piquées
de gris. Un sabre pendait à son côté, et toute une escouade de soldats britanniques l’accompagnait, ainsi que plusieurs domestiques chinois coiffés de couvre-chefs coniques en paille. — John ! s’exclama à son tour Lady Bradsley en se jetant au cou du dignitaire qui la souleva et la fit virevolter. Une fois libérée de l’étreinte du Consul, la Britannique rajusta son inconfortable robe ainsi que son chapeau et, les joues rosées, se tourna vers les enfants qui se tenaient en léger retrait. — Et qui sont ces deux beaux jeunes hommes qui vous accompagnent, mon frère ? feignit-elle de demander avec une excitation mal contenue. Mais ce sont mes neveux Tommy et Harry ! sanglota-t-elle en serrant dans ses bras les deux garçons un peu sur la défensive. Cela fait si longtemps que je ne vous ai vus ! Vous n’avez pas oublié votre tantine, j’espère ! Les embrassades s’avérèrent timides, car les enfants se réfugièrent derrière leur père. Ils ne souhaitèrent la bienvenue à leur tante que du bout des lèvres, décontenancés par tant d’effusions. Le cœur de la jeune femme se pinça, mais le Consul la prit par l’épaule. — Soyez patiente, ma sœur, lui souffla-t-il avec co mpassion. Ils n’ont pour tout souvenir de vous que les quelques photographies et lettres que vous leur avez envoyées. Ils ont besoin d’un peu de temps… Comme pour évacuer cette première rencontre assez peu satisfaisante, John H. Lawford se tourna vers ses employés, frappa dans ses mains et aboya un ordre. Les jumeaux embarquèrent sur une chaise à porteurs en compagnie d’un Chinois, ta ndis que Lady Bradsley et son frère s’installaient dans un pousse-pousse. Le reste de leur entourage progressa à pied, les domestiques s’occupant des bagages de la voyageuse. Leur escorte leur fraya un chemin au travers des rues encombrées du quartier populaire, rythmé par le bro uhaha des ouvriers, les odeurs de poisson des détaillants, ou les déchets abandonnés au cours de la journée au terme d’une activité portuaire intense. — Qui est cet homme qui accompagne les enfants ? re leva Lady Bradsley, en indiquant l’individu qui avait rejoint les jumeaux dans leur chaise à porteurs. — Oh, je ne vous l’ai pas encore présenté, mais il s’agit de leur précepteur. Xiao est issu d’une prestigieuse école britannique : je l’ai recruté no n seulement pour veiller sur l’instruction de mes fils, mais aussi pour les initier à la culture chinoise et au cantonais, l’un des multiples dialectes parlés en Chine. — C’est un homme de confiance, j’imagine ? interrogea-t-elle, curieuse du niveau d’éducation auquel les deux gamins pouvaient être confrontés, au plus loin des institutions distinguées de Londres. Comment avez-vous fait sa connaissance ? — J’ai tout simplement croisé son oncle à la Cour britannique. Le vieillard a bâti sa richesse sur l’import du thé. J’ai eu l’occasion de faire qu elques affaires avec lui, et ainsi de rencontrer son neveu. Lady Bradsley opina du chef tout en observant le Chinois d’un œil critique. La proximité des jumeaux et de leur précepteur révélait un subtil mé lange de complicité et de retenue, qui la rassura. Peut-être un peu jalouse, elle sourit avant de remplir d’air frais ses poumons. — Hong Kong semble être une ville formidable ! s’exclama-t-elle alors qu’ils se frayaient un chemin dans les venelles étroites. Où allons-nous ? — Nous nous rendons chez moi, bien sûr ! J’occupe u ne résidence consulaire à l’occidentale, bâtie dans New Kowloon, sur le continent. C’est un district passé il y a peu sous contrôle britannique, en même temps que les Nouveaux Territo ires. Nous y serons assez vite, malgré les rues sinueuses de cette fichue ville ! Elle s’apprêtait à répondre, mais la voix fantomatique de son mari retentit.
— Baisse-toi ! Lady Bradsley se recroquevilla et évita de justesse une lame qui siffla entre elle et le Consul. — Là, derrière cet étal ! s’écria le géant à l’atte ntion de son escorte, tandis que lui-même bondissait hors du pousse-pousse, sabre au clair. Trois Chinois en habits bruns, un bandeau noir ceignant leur front et un symbole rouge sur la poitrine, avaient surgi pour affronter les soldats. Deux arboraient encore des couteaux, similaires à celui qui avait manqué de peu Lady Bradsley, tandis que le dernier faisait crânement face, les mains nues. Les fusils anglais crachèrent. Un projectile perdu fendit une poutre du magasin et l’un des agresseurs, touché à l’épaule, tituba en arrière. Les soldats rechargèrent, mais les malandrins mirent à profit ce bref instant de répit pour s’enfuir, emmenant leur comparse blessé. — John ! s’inquiéta Lady Bradsley après que leurs assaillants se furent sauvés. Vous n’avez rien ? — Non, répondit le Consul qui rengaina son sabre, l’air farouche. Au premier coup de feu, la foule avait déserté la rue, laissant les Britanniques vulnérables au milieu de chapeaux tombés à terre. Lady Bradsley s’ assura que ses neveux n’étaient pas trop secoués, mais ils semblaient au contraire surexcités, leur précepteur Xiao interposé entre eux et les larrons en fuite. — Wôw, tu as vu ça, Tommy ? s’enflamma l’un des jumeaux ! — Remettons-nous en route, ordonna le Consul, toujo urs aux aguets. — Qui étaient ces hommes ? s’inquiéta Lady Bradsley. Que voulaient-ils ? — Des terroristes, répondit son frère, en fronçant ses épais sourcils, tandis qu’ils reprenaient leur chemin. Les rues de Hong Kong sont malheureusement assez peu sûres depuis la Révolte des Boxers. À Pékin et alentours, ce sont de nombreux m issionnaires occidentaux et des milliers de Chinois chrétiens que ces enragés ont massacrés. Nous avons eu le plus grand mal à les museler, et il en reste bien trop à mon goût, à s’être fondus dans la population locale et à couver une haine sourde envers l’Empire britannique et ses alliés. La spirite s’efforça d’ignorer les fantômes décapités de Chinois émaciés qui s’imposèrent à la périphérie de son champ de vision, et qu’elle seule voyait. Ils confirmaient la brutalité avec laquelle les Occidentaux avaient maté les Boxers : en guise de punition, les occupants leur avaient infligé les mêmes sévices que les activistes avaien t fait subir à leurs propres victimes. L’exploratrice de l’Occulte frissonna en ressentant la malveillance que ces morts-vivants déversaient sur eux, par-delà le trépas, bien que sans pouvoir les atteindre. — Mais pourquoi avoir attaqué maintenant ? Ils n’étaient que trois contre toute une escouade, et n’avaient aucune chance face à vos fusils ! — Pas forcément, Jennifer, car il leur suffisait d’un seul couteau bien placé. Ils sont beaucoup plus redoutables que vous ne le pensez, et ne connaissent pas la peur : ils pratiquent leKung Fu, une sorte de boxe chinoise qu’ils croient capable de les rendre invulnérables à nos balles. C’est bien sûr absurde, mais cela leur donne une extraordinaire hardiesse et je dois reconnaître qu’ils ont joué de mauvaise fortune lors de cette embuscade. Ils auraient pu blesser quelqu’un avant de fuir ! — John ! s’emporta Lady Bradsley, choquée. Si vous en êtes autant convaincu, comment avez-vous pu emmener vos fils dans des rues aussi dangereuses ? — Ne soyez pas si prompte à juger, ma sœur, répliqu a avec fermeté le Consul. Je suis un personnage important, et les menaces de ce type fon t malheureusement partie de mes soucis quotidiens. C’est pour cela que je suis escorté par des soldats.
— Je l’admets, mais vos enfants ? Était-il indispensable de les exposer ainsi ? Je n’imaginais pas cette ville si dangereuse. Le front de John H. Lawford se plissa. — Je ne suis pas persuadé que Londres soit beaucoup plus sûre, Jennifer, avec ses récents pogroms, ses épidémies à répétition, ou sa criminalité galopante. À Hong Kong comme dans toute cité importante, il convient d’éviter certains quartiers, et cette agglomération ne déroge pas à la règle. C’est désolant, mais il vaut peut-être mieux sortir incognito lorsque l’on est occidental : mon statut m’interdit ce luxe. Le Consul se renfrogna, tandis que leur pousse-pousse continuait de cheminer dans les allées étroites. Il enveloppa de son bras l’épaule de sa sœur. — Je ne souhaitais pas vous mettre en danger, pas plus que mes enfants, renchérit-il. Je pensais vous faire plaisir en les amenant à votre rencontre. — Je comprends, John, murmura la jeune femme qui lança des regards inquiets en direction des rues encombrées. Elles ressemblaient désormais à des coupe-gorge, avec leurs porches et leurs impasses mal éclairées. Les lampes à gaz n’étaient, depuis l’incident, plus assez nombreuses à son goût. À mesure que la clarté du ciel décroissait et qu’ils s’enfonçaient dans les quartiers populaires, elles disparaissaient pour céder leur place à quelques ra res lampes à huile, ou aux lueurs qui s’échappaient des fenêtres des demeures chinoises. Puis elle remarqua des lanternes suspendues au bout de longues hampes de bambou, qui éclairaient les façades d’une chaude lumière orangée. Elle grelotta. L’importante activité spirite de la ville ne cessait de se confirmer et de s’imposer à elle, alors qu’elle restait d’habitude maîtresse de son don. Elle se laissa submerger et un autre monde, plus sombre et désespéré, se superposa à sa vue, lu i révélant de nombreux fantômes hagards, attirés par les veilleuses comme des phalènes, qui avançaient en file indienne dans une direction commune. — C’est l’éclairage hongkongais traditionnel ? hasarda-t-elle, soupçonnant un lien entre les luminaires et les âmes errantes. John leva les yeux et haussa les épaules, semblant remarquer les lanternes pour la première fois. Depuis le pousse-pousse voisin, Xiao s’éclaircit alors la gorge. — C’est une illumination éphémère qui relève de nos coutumes locales, Milady, expliqua le Chinois. Donner au précepteur un âge s’avérait difficile, avec ses traits sérieux et ses courts cheveux noir de jais. Ses vêtements de soie – une tunique très classique, à col croisé, qui tombait jusqu’aux genoux, avec un pantalon porté sous celle-ci – étaient rehaussés de fils d’or, et il s’exprimait avec un accent britannique parfait. Il ajusta la position de son couvre-chef noir avant de poursuivre. — Pour les Occidentaux, nous sommes en août, mais selon le calendrier chinois, nous sommes au septième mois lunaire. C’est également, dans nos traditions, le mois des Fantômes, ajouta-t-il en s’excusant aussitôt auprès du Consul : le peuple de Chine est très croyant et particulièrement superstitieux… John se rembrunit, mais ne répondit pas. — Ce mois est baptisé ainsi, poursuivit le précepteur, car il est de coutume d’organiser des banquets et des cérémonies pour les esprits des déf unts condamnés aux Enfers, afin de les réconforter et obtenir leur délivrance par la prière. Despudus sont aménagés en ce sens durant toute cette période, dans toute la ville. — Une bien singulière croyance, souligna Lady Bradsley qui s’étonnait de découvrir en Xiao une personne plutôt ouverte au monde occulte. J’en déduis que lespudusdes sortes de sont