Les Enfants de Pangée - 1 : Naissance

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Description

La Terre, de nos jours.
Un mal étrange se répand sur la planète.
Un mal qui s’empare des moins de 20 ans et modifie leur comportement.
Un mal contre lequel ils ne peuvent lutter et qui cherche à les utiliser.
Un mal qui bouleverse leur existence et les transforme en renégats.
La Terre aussi s’agite.
Mais l’Humanité n’y prête aucune attention.
Elle a tort…
Entre fantastique et anticipation, la trilogie « Les Enfants de Pangée », dont « Naissance » est le premier tome, sonne le glas d’une civilisation et place l’avenir du monde entre les mains de la jeune génération.
À l’heure du bouleversement climatique et des choix qui s’imposent, plongez dans une histoire fracassante où l’Humanité va devoir affronter sa planète et sa propre descendance.

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Informations

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Date de parution 06 février 2017
Nombre de lectures 709
EAN13 9782370115157
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Les Enfants de Pangée

Tome 1±Naissance

Stéphanie Aten

© Éditions Hélène Jacob, 2017. CollectionFantastique. Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-516-4

±1±


5LHQ Q¶pWDLW SOXV FRPPH DYDQW 7RXW DYDLW FKDQJp GHSXLV GpMj ORQJWHPSV /¶DLU pWDLW FKDUJp
G¶XQ QRXYHDXsouffle. Un souffle amer, qui envahissait leurs narines et leur laissait une saveur
DVWULQJHQWH GDQV OD ERXFKH /D IXPpH FUDFKpH SDU OHV FKHPLQpHV LQGXVWULHOOHV V¶HQYRODLW SRXUWDQW
ORLQ HPSRUWpH SDU OH YHQW PDLV O¶KDOHLQH GX FLHO pWDLW JRUJpH GH UHOHQWV. Ils la sentaient partout où
ils allaient.
Le bip du compte à rebours tinta. Dans six minutes, tout serait pulvérisé. LesRésis-terrese
UDVVHPEOqUHQW HQ IRUPDWLRQ VHUUpH HW V¶pODQFqUHQW GDQV OH FRXORLU SULQFLSDO /HXU PDVVH QRLUH VH
scinda en petits grouSHV HW VH UpSDUWLW j WUDYHUV OHV GLIIpUHQWV SRLQWV VWUDWpJLTXHV GX VLWH /¶XVLQH
« Towersª pWDLW O¶XQH GHV SOXV SROOXDQWHV GH OD UpJLRQ SHXW-être même du pays. Elle déversait
UpJXOLqUHPHQW TXDQWLWp GH SURGXLWV WR[LTXHV GDQV OH IOHXYH V¶pFRXODQW j SUR[LPLté et achetait la
FpFLWp GHV GLULJHDQWV SROLWLTXHV SDU XQ JUDQG QRPEUH G¶HPSORLV ,O IDOODLW TX¶HOOH DUUrWH 4X¶HOOH
cesse de sécréter ses fluides putrides. On les traiterait certainement de fous. On les qualifierait
sûrement de terroristes. Mais peu importait. Le temps des atermoiements, des « peut-rWUH TX¶LO
faudrait », des « on verra le moment venu », était révolu.
,OV SRVqUHQW OHXUV FKDUJHV H[SORVLYHV VXU XQH WUHQWDLQH GH SRLQWV VpOHFWLRQQpV SDU O¶LQJpQLHXU
qui avait rejoint leurs rangs. La sécurité, dans ces usines hautement nocives pour la planète, était
minime, comme si polluer était devenu naturel et ne craignait aucune remise en question. Les
pFODLUHXUV V¶pWDLHQW FKDUJpV GH SUHQGUH OHV HPSOR\pV HQ RWDJH HW GH OHV IDLUH VRUWLU GX EkWLPHQW
Aucun domPDJH FROODWpUDO QH VHUDLW WROpUp GDQV FHV RSpUDWLRQV V¶LOV YRXODLHQW rWUH VRXWHQXV SDU
O¶RSLQLRQ
Les files sombres desRésis-terre UHPRQWqUHQW OHV ER\DX[ GH O¶XVLQH j WRXWH YLWHVVH HW
rejoignirent la sortie, poussées par la pression du compte à rebours qui semblait hausser le ton
FKDTXH VHFRQGH ,OV MDLOOLUHQW KRUV GX EkWLPHQW LPELEpV G¶DGUpQDOLQH HW ULYqUHQW OHXU UHJDUG VXU
les vans qui les attendaient au loin, au-GHOj GHV JULOODJHV /H ELS OHXU KXUODLW G¶DFFpOpUHU WHO XQ
officier braillant sur ses soldats. Il fallait courir, courir vite, pour sortir du champ de déflagration.
'HERXW GHYDQW OH YpKLFXOH GH WrWH 0D[ OHV REVHUYDLW OH F°XU EDWWDQW OHV WLUDQW MXVTX¶j OXL SDU
des fils invisibles, scandant mentalement les secondes. Il les voyait fuir le temps et chercher à le
UDWWUDSHU ,O OHV YR\DLW WDUGHU HW VH UDSSURFKHU GX QpDQW ,O VHQWLW VD ERXFKH V¶DVVpFKHU
Ils avaient su, en acceptant cette mission, que les risques étaient grands. Ils les avaient pris

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consciemment. La conscience était devenue leur mode de fonctionnement. Pour certains, elle
V¶pWDLW SUpVHQWpH GH PDQLqUH IXOJXUDQWH WHOOH XQH LOOXPLQDWLRQ 3RXU G¶DXWUHV HOOH pWDLW OH UpVXOWDW
de plusieurs années de cheminement. Mais pour tous, elle fut le halo qui les entoura de ses bras
ORUVTXH O¶H[SORVLRQ OHV SXOYpULVD ,OV Q¶HXUHQW TXH OH WHPSV GH VHQWLU VRQ VRXIIOH DYDQW GH
disparaître dans son gouffre.
Les yeux de Max s¶embuèrent de larmes. LesRésis-terrevenaient officiellement de naître.
0DLV F¶pWDLW GDQV OD PRUW TX¶LOV IrWDLHQW OHXU EDSWrPH

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±2±


8QH IRXOH G¶DGROHVFHQWV MDLOOLW GHV SRUWHV HQ FULDQW HW GpIHUOD GDQV OD FRXU /j R VLOHQFH HW
brouillard régnaient encore en maîtres quelques secondes auparavant, chaos et brouhaha venaient
de prendre possession des lieux.
Le week-end avait toujours cet effet sur eux. Une grosse pince coupant des chaînes. Fête et
détente seraient invariablement au programme et leur feraient oublier tout ce qui avait, de près ou
GH ORLQ OD IRUPH G¶XQH UHVSRQVDELOLWp 3RXU &RUDLO DXVVL OH YHQGUHGL VRLU pWDLW XQH OLEération, mais
très partielle. Sa prison à elle, était intérieure et elle ignorait totalement comment en sortir.
Elle vissa les écouteurs de son lecteur MP3 sur ses oreilles, enfonça les mains dans ses poches
et traversa la cour sans lever le nez, en espérant passer inaperçue.
²Salut, « Snonn » ! Fais pas des folies de ton week-end, hein !
Raté.
Des rires narquois appuyèrent la boutade et lui firent accélérer le pas. Elle passa le porche et
disparut dans la rue.
La circulation était colossale à cette heure. La ville ressemblait à un amas de guirlandes
FOLJQRWDQWHV IORXWpHV SDU OHV YDSHXUV GHV SRWV G¶pFKDSSHPHQW /H IURLG pWDLW KXPLGH HW SpQpWUDLW
les vêtements, le ciel était noirci par une chape nuageuse qui semblait avoir durci comme du
béton et la cacophonie des klaxons rendait fou. Corail monta le son et riva son regard sur ses
pensées.
6D YLH DX O\FpH QH IDLVDLW TX¶HPSLUHU HW O¶DQQpH pWDLW HQFRUH ORLQ G¶rWUH WHUPLQpH 3DUWL FRPPH
F¶pWDLW DYHF GHV QRWHV TXL Q¶HQ ILQLVVDLHQW SOXV GH FKXWHU HW GHV FDSDFLWps de concentration en
EHUQH HOOH VHUDLW FRQWUDLQWH GH UHGRXEOHU 8Q DQ GH SOXV HQ HQIHU HW DXFXQH JDUDQWLH G¶XQ ©après »
SOXV URVH GH WRXWH PDQLqUH (OOH DYDLW SDUIRLV O¶LPSUHVVLRQ TXH VRQ H[LVWHQFH HQWLqUH DYDLW pWp
programmée pour être une galère. Elle ne se sentait à sa place nulle part, ramait dans tous les sens
VDQV WURXYHU VD YRLH OH WRXW GDQV OD VROLWXGH OD SOXV WRWDOH 3HUGXH DX PLOLHX GH O¶RFpDQ /D
GHUQLqUH IRLV TX¶HOOH DYDLW YX XQ SKDUH F¶pWDLW j O¶kJH GH ans.
Elle quitta le boulevard et le tumulte du centre-ville, pour se diriger vers les quartiers
UpVLGHQWLHOV R OHV PDLVRQV PRGHVWHV V¶DJJORPpUDLHQW HQ SHWLWV ORWLVVHPHQWV &¶pWDLW Oj TX¶HOOH
YLYDLW DYHF VHV SDUHQWV GHSXLV VHSW DQV /¶DPELDQFH \ pWDLW SOXV TXH FDOPH: terriblement morne en
FHWWH VDLVRQ 7RXV OHV DUEUHV DYDLHQW SHUGX OHXUV IHXLOOHV GHSXLV ORQJWHPSV HW SOXV XQ RLVHDX Q¶\

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chantait. Le vent faisait siffler les fils électriques et claquer les volets. Corail avait parfois
O¶LPSUHVVLRQ GH YLYUH GDQV XQH VRUWH GH FLPHWLqUH 2 OD YLH Q¶pWDLW TX¶DSSDUHQFH 2 OD VpUpQLWp
Q¶pWDLW TXH VLOHQFH 2 WRXW pWDLW ILJp (OOH UHWLUD VHV pFRXWHXUV HW V¶DUUrWD VXU OH WURWWRLU 'HYDQW
HOOH V¶pWLUDLW VD UXH VRPEUH HW LQHUWH 1LPEpH G¶XQ EURXLOODUG SXDQW ,O OXL pWDLW LPSRVVLEOH
G¶H[SOLTXHU FRPment, mais chaque jour qui passait lui donnait à voir le monde différemment.
&¶pWDLW FRPPH VL XQ ILOWUH WRPEDit lentement devant ses yeux ou, au contraire, se retirait.
(OOH VRXSLUD HW UHPLW VHV pFRXWHXUV (OOH Q¶DOODLW GpFLGpPHQW SDV ELHQ ,O IDOODLW TX¶HOOH UHPpGLH
j WRXW FHOD TX¶HOOH WURXYH XQ PR\HQ (OOH DFFpOpUD OH SDV HW OXL DMRXWD GH OD GpWHUPLQDWLRQ &HWWH
fois, elle aborderait le problème et obtiendrait satisfaction. Cette fois, elle se ferait entendre.
Elle arriva devant sa maison, poussa le portillon, qui couina son grand âge et lui fit grincer des
GHQWV (OOH UHPRQWD O¶DOOpH JUDYLOORQQpH OHV \HX[ ULYpV VXU OHV IHQrWUHV DOOXPpHV HW JUDYLW OHV
marches du perron deux par deux.
²Salut ! lança-t-elle en entrant.
Ses parents répondirent par réflexe, sa mère depuis la cuisine, son père depuis le salon. La
WpOpYLVLRQ UpVRQQDLW GX MRXUQDO GHV VSRUWV XQH RGHXU GH VRXSH DYDLW UHPSOL OD PDLVRQ« /H
ZHHNHQG VHUDLW ORQJ HW VRQ DYHQLU DX PRLQV DXWDQW ,O IDOODLW TX¶HOOH RVH PDLQWHQDQW! Elle ôta manteau,
bonnet et gants, traversa le salon, et vint éteindre le poste de télévision sans sommation.
²Eh ! râla son père. Ça va pas ou quoi ?
Elle resta stoïque, télécommande à la main, pour éviter toute opposition. Elle vit sa mère sortir
de la cuisine. C¶pWDLW OH PRPHQW RX MDPDLV
²Je veux voir un psy, lâcha-t-elle.
Ses parents restèrent muets. Ils ne trouvaient jamais rien à dire quand il le fallait.
²Je veux comprendre pourquoi je suis comme ça, je veux trouver une solution à mon état, je
veuxvoir un psy.
(OOH \ DYDLW UpIOpFKL WRXWH OD MRXUQpH HW WRXWHV FHOOHV G¶DYDQW, à vrai dire. Il fallait se rendre à
O¶pYLGHQFH HOOH DYDLW EHVRLQ G¶DLGH
² &¶HVW SDV XWLOH GX WRXW &RUDLO! infirma son père. Tu as dix-sept piges, tu passes par une
période de crise, comme tout le monde !
² 3DSD M¶DL WRXMRXUV pWp FRPPH oD! Je me suis toujours ennuyée avec ceux qui sont censés
rWUH PHV DPLV MH PH VXLV WRXMRXUV IRXWXH GH OHXUV MHX[ GpELOHV MH QH P¶LQWpUHVVH MDPDLV j OHXUV
conversations ni à aucune de leurs activités -H VXLV GLIIpUHQWH G¶HX[ HW MH YHX[ VDYRLU SRXUTXRL!
²Être un peu « différentª F¶HVW WUqV ELHQ &RU\ UHQFKpULW VRQ SqUH 7X DV WRXMRXUV pWp WUqV
PDWXUH 'DQV TXHOTXHV DQQpHV WRXW oD DXUD pWp JRPPp SDU O¶kJH DGXOWH IDLV-nous confiance.
² 0DLV M¶DL SDV HQYLH G¶DWWHQGUH -¶HQ SHX[ SOXV G¶DWWHQGUH 0rPH TXDQG M¶HVVDLH GH PH

6

faire des amis, je finis toujours par les faire fuir -¶DL MDPDLV HQYLH GH ULHQ MH SRUWH GHV MXJHPHQWV
sur tout, je suis insupportable pour eux -¶DL EHVRLQ G¶DLGH! Ils viennent de me baptiser
« Snonn » !
²« Snonn » ?
² &¶HVW OD FRQWUDFWLRQ GH ©snob » et de « nonne » !
²! assena-t-Tu vas très bienLO DYHF DXWRULWp 2Q D WRXV pWp DGRV RQ VDLW FH TXH F¶HVW
Maintenant tu rallumes la télé et tu montes faire tes devoirs !
CoUDLO OH PLWUDLOOD GX UHJDUG PDLV LO pWDLW ELHQ SOXV IRUW TX¶HOOH (OOH FKHUFKD O¶DSSXL GH VD
PqUH TXL EDLVVD OHV \HX[ (OOH MHWD OD WpOpFRPPDQGH j O¶DXWUH ERXW GX FDQDSp HW V¶HQIXLW YHUV
O¶pWDJH $SSDUHPPHQW FH Q¶pWDLW SDV FH VRLU TXH VRQ H[LVWHQFH FKDQgerait.

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±3±


/H URQURQQHPHQW GHV YpULQV K\GUDXOLTXHV DFFRPSDJQD O¶RXYHUWXUH GX SRUWDLO HQ IHU IRUJp HW
/LO\ OHYD OHV \HX[ VXU O¶DOOpH JRXGURQQpH TXH OHV ODPSDGDLUHV IDLVDLHQW VFLQWLOOHU /D KDXWH PDVXUH
se dressait dans la nuit, tel un géant, la toisaQW GH VHV JUDQGHV IHQrWUHV pWHLQWHV /¶DGROHVFHQWH DYDLW
largement la place de passer entre les deux battants du portail à présent, mais elle attendit encore,
rassemblant son courage.
$XWRXU G¶HOOH O¶LPPHQVH MDUGLQ GH OD SURSULpWp IRUPDLW XQH PDVVH VRPEUH, qui frémissait et
JpPLVVDLW (OOH DYDQoD HW XQH IRLV OH VHXLO IUDQFKL UDSSX\D VXU OH ELS TX¶HOOH WHQDLW GDQV VD PDLQ
Le ronronnement reprit.
&H Q¶pWDLW SDV OD SHXU GHV FDPEULROHXUV RX GHV DJUHVVLRQV TXL IUHLQDLW OH U\WKPH GH VHV SDV
&¶pWDLW FHOOH GXvide. Lily détestait rentrer dans cette grande maison. Chacun de ses mouvements
y résonnait en écho, tout y était démesuré et elle se perdait dedans. Il y avait suffisamment de
place pour y loger toute sa classe, mais elle y vivait seule la plupart du temps. Elle monta les
PDUFKHV HQ VRXSLUDQW OHV pSDXOHV EDVVHV HW OH SDV ORXUG 'LUH TX¶DX FROOqJH WRXV VHV DPLV
O¶HQYLDLHQW«
8Q VLOHQFH VpSXOFUDO O¶DFFXHLOOLW (OOH WDSD OH FRGH GH O¶DODUPH VXU OH ERvWLHU GH O¶HQWUpH HW ODQoD
un « BOUH ! » bien sonore, qui aOOD ULFRFKHU VXU WRXV OHV PXUV GH OD PDLVRQ /¶pFKR OXL DUUDFKD
une moue moqueuse.
²Salut à toi, la Caverne ! La journée a été bonne ? Pas trop de vie ?
Lily accrocha son manteau et reprit son sac à dos, avant de filer vers la cuisine.
² 0RL M¶DL H[SORVpma moyenne ! Je vais encore avoir droit à des cadeaux ce week-end !
(OOH HQWUD GDQV OD SLqFH TXL V¶LOOXPLQD DXVVLW{W 7RXW \ pWDLW PLQXWLHXVHPHQW UDQJp FDFKp GDQV
G¶LPPHQVHV SODFDUGV HQ PpWDO JULV (OOH RXYULW OH UpIULJpUDWHXU \ VDLVLW XQ \DRXUW j ERLUH et
repartit.
² /H SUREOqPH F¶HVW TXH MH VDLV SOXV GX WRXW TXRL GHPDQGHU« 9D IDOORLU LQQRYHU
(OOH JUDYLW OH JUDQG HVFDOLHU PHQDQW j O¶pWDJH HW V¶HQJDJHD GDQV OH FRXORLU
²Et tu sais quoi ? Je crois que je vais opter pour une maison de poupées. Si je tape dans les
SOXV JURVVHV M¶DUULYHUDL SHXW-rWUH j P¶\ FDVHU
Elle claqua la porte de sa chambre, laissant la demeure retrouver son silence infini et sa fixité
totale.

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6XU VD WDEOH GH FKHYHW VRQ UpSRQGHXU FOLJQRWDLW (OOH O¶REVHUYD SOXVLHXUV VHFRQGHV VDQV Eouger,
VDFKDQW GpMj FH TX¶HOOH HQWHQGUDLW 3XLV HOOH YLQW SUHVVHU OH ERXWRQ HQ UXPLQDQW
²Coucou, chérie, résonna la voix doucereuse de sa mère. Ton père et moi devons absolument
nous rendre à un dîner ce soir. Tu trouveras des plats surgelés que tu adores dans le congel ! Ne
nous attends pas ma puce. Promis, on se rattrape demain avec notre journée shopping ! Bisous !
/LO\ UHVWD XQ LQVWDQW LPPRELOH FOLJQDQW GHV \HX[ &HOD IDLVDLW GHX[ DQV PDLQWHQDQW TX¶HOOH QH
supportait plus la nourriture industrielle : elle était allergique à ses additifs. Elle balança son sac à
GRV VXU XQ IDXWHXLO {WD VHV FKDXVVXUHV HW V¶DVVLW VXU VRQ OLW IDFH j XQ pFUDQ JpDQW IL[p DX PXU (OOH
O¶DOOXPD HW VH PLW j ]DSSHU HQ VLURWDQW VRQ \DRXUW
&¶pWDLW YUDLPHQW ULGLFXOH FRPPH YLH (OOH DYDLW WRXW HW ULHQ HQ PrPH WHPSV (OOH V¶DUUrWD VXU
quelques programmes pour adolescents, mais se lassa vite et finit par mettre la chaîne des
LQIRUPDWLRQV (OOH EDLVVD OH VRQ SRXU TXH OH PRQGH O¶DFFRPSDJQH HQ EUXLW GH IRQG HW V¶DOORQJHD
sur le côté, la tête tournée vers la fenêtre. Derrière la vitre, les branches noueuses des arbres nus
UHPXDLHQW DYHF YLJXHXU 8QH QXLW G¶HQFUH DYDLW SULV SRVVHVVLRQ GX GHKRUV HW VHPEODLW YRXORLU
conquérir la maison. Lily appuya sur un bouton situé près de son lit et le store électrique
descendit. Soulagée, elle se recroquevilla sous un plaid de velours et se perdit dans ses pensées.
'HV SHQVpHV TXL QH WRXUQDLHQW TX¶DXWRXU GH 5LYH
3RXUTXRL Q¶DSSHODLW-il pas ? Que faisait-il en ce moment ? Où était-il et avec qui ? Il ne se
PDQLIHVWDLW MDPDLV F¶pWDLW WRXMRXUV HOOH TXL SUHQDLW GHV QRXYHOOHV 7RXMRXUV HOOH TXL OXL UHQGDLW
visite. Toujours elle qui avançait vers lui et entretenait la relation. Rive était inaccessible et faisait
tout pour le rester. Il jouait les indifférents et les insensibles, ne concédant jamais de geste ou de
UHJDUG TX¶HOOH DXUDLW SX PDO LQWHUSUpWHU 3RXUWDQW FKDTXH IRLV TX¶LOV VH YR\DLHQW HOOH SHUFHYDLW
FODLUHPHQW WRXW OH ELHQ TXH FHOD OXL IDLVDLW ,O DLPDLW rWUH DYHF HOOH F¶pWDLW XQH FHUWLWXGH 0DLV Ll
UHIXVDLW GH OkFKHU SULVH HW HOOH QH SDUYHQDLW SDV j O¶\ SRXVVHU
² /¶DWWDTXH GHVRésis-terre Q¶DXUD GRQF IDLW GH YLFWLPHV TXH GDQV OHXUV UDQJV WXDQW XQH
dizaine de militants. Le gouvernement se dit scandalisé par ces actes hautement répréhensibles
TX¶LOqualifie de « terroristes ». Il promet des poursuites.
Lily ferma les yeux. Le monde lui inspirait une angoisse sans nom. Plus les jours passaient et
SOXV O¶DQ[LpWp V¶LPSODQWDLW ,O OXL DUULYDLW G¶HQGXUHU GHV ERXIIpHV GH VWUHVV HQ SOHLQH FODVVH HW VDQV
explications. Ses nuits se ponctuaient de cauchemars, de plus en plus souvent, et elle avait
FRQWLQXHOOHPHQW XQ Q°XG DX YHQWUH FRPPH VL TXHOTXH FKRVH GH GUDPDWLTXH pWDLW VXU OH SRLQW
G¶DUULYHU (OOH Q¶HQ DYDLW SDV HQFRUH SDUOp j VHV SDUHQWV,SXLVTX¶LOV pWDLent toujours absents ! Et de
WRXWH IDoRQ LOV DYDLHQW WHUULEOHPHQW FKDQJp GHSXLV TX¶LOV JDJQDLHQW EHDXFRXS G¶DUJHQW /D SHXU HW
OHV TXHVWLRQV Q¶DYDLHQW SOXV GH SODFH GDQV OHXU YRFDEXODLUH OHXU FKDPS OH[LFDO WRXUQDLW

9

exclusivement autour de deux mots: «réussite et rendement». Lily avait répondu à cette
évolution par des notes excellentes, mais, en guise de récompense, elle ne recevait que des
cadeaux.
Le seul à être au courant de son mal-rWUH F¶pWDLW 5LYH ,O Q¶\ DYDLW TX¶j OXL TX¶HOOH HQ DYDLW
parlé, pDUFH TX¶LO Q¶\ DYDLW TX¶DYHF OXL TX¶HOOH VH VHQWDLW UDVVXUpH (OOH UHIRXOD XQH HQYLH
IXOJXUDQWH GH O¶DSSHOHU HW VRXSLUD MXVTX¶j YLGHU O¶DLU GH VHV SRXPRQV (OOH V¶HPPLWRXIOD GDQV VRQ
plaid et pria pour réussir à rêver.

10

±4±


Les maths avaient toujours éWp VRQ IRUW 'HSXLV O¶pFROH SULPDLUH 0rPH GXUDQW VHV SLUHV DQQpHV
GH FDQFUH PrPH DYHF GHV SURIHVVHXUV PpGLRFUHV LO Q¶pWDLW MDPDLV GHVFHQGX SUqV GH OD PR\HQQH
'¶DLOOHXUV LO O¶DYDLW DPSOHPHQW GpPRQWUp j WUDYHUV VHV SHWLWV WUDILFV GH GpOLQTXDQW: calculer et
résoudre était dans sa nature. Les maths étaient la seule matière scolaire qui ressemblait plus ou
moins à de «O¶DFWLRQ ª HW F¶pWDLW SRXU FHWWH UDLVRQ TX¶LO OHV DLPDLW WDQW ,O OH GpFURFKHUDLW FH EDF
SUR HQ pOHFWURQLTXH /LO\ DYDLW UpXVVL j O¶HQ FRQvaincre.
Assis au vieux bureau de sa chambre, balafré de jurons à la pointe de couteau, Rive terminait
FRQVFLHQFLHXVHPHQW VHV GHYRLUV KLVWRLUH G¶DYRLU O¶HVSULW WUDQTXLOOH SRXU OH ZHHN-end. Les fêtes se
VXFFpGHUDLHQW FRPPH G¶KDELWXGH HW LO pWDLW KRUV GHquestion de voir ses notes chuter après les
HIIRUWV VXUKXPDLQV TX¶LO DYDLW IRXUQLV SRXU SDVVHU HQ WHUPLQDOH ,O PDUTXD OH SRLQW ILQDO j OD VpULH
G¶H[HUFLFHV G¶XQ FRXS VHF UHERXFKD VRQ VW\OR HW REVHUYD VRQ FDKLHU DYHF« ILHUWp 8Q VHQWLPHQW
TX¶LO FRPPHQoDLWdoucement à retrouver.
,O UHJDUGD O¶KHXUH HW VH PLW j UDQJHU VHV DIIDLUHV DYHF SUpFLSLWDWLRQ ,O pWDLW WDUG LO IDOODLW IDLUH
YLWH ,O GpSRVD VRQ VDF GH FRXUV GDQV VRQ DUPRLUH TX¶LO YHUURXLOOD HW GRQW LO HPSRFKD OD FOHI 6RQ
SqUH DYDLW EDODQFp O¶LQWpJUDOité de ses cahiers huit étages plus bas quelques jours plus tôt, il était
hors de question que cela se reproduise.
,O YpULILD TX¶LO OXL UHVWDLW DVVH] G¶DUJHQW 3DV GHV PDVVHV PDLV LO V¶HQ FRQWHQWHUDLW ,O VDLVLW VRQ
blouson et sortit de sa chambre. À lui la liberté et les copains. Il avait juré à Lily de ne plus flirter
avec la drogue, mais entendait bien passer le week-end hors de chez lui pour se changer les idées.
De toute façon, il lui était impossible de rester au milieu des bouteilles vides et de la menace
SHUSpWXHOOH G¶XQH QRXYHOOH UL[H ,O GpYHUURXLOOD OHV TXDWUH VHUUXUHV GH OD SRUWH G¶HQWUpH O¶RXYULW«
² %¶VRLU S¶WLW FRQ
,O JULPDoD pF°XUp SDU OHV UHOHQWV G¶DOFRRO TXL OXL HQYDKLUHQW OHV QDULQHV 6RQ SqUH OH UHSRXVVD j
O¶LQWpULHXU HW UHIHUPD OD SRUWH G¶XQ FRXS GH SLHG DYDQW GH VH SRVWHU MXVWH GHYDQW OXL
² Tu sors" 7X P¶DV IDLW j ERXIIHU? demanda-t-LO G¶XQH YRL[ WHUULILDQWH
² Je suis pas ta bonne, lâcha Rive en voulant forcer le passage.
0DLV VRQ SqUH OH UHSRXVVD EUXWDOHPHQW HW O¶DGROHVFHQW VH UHWURXYD VFRWFKp DX PXU /¶KRPPH
approcha avec des yeux de tueur.
² 3DSD FRPPHQFH SDV 9D FXYHU F¶HVW FH TXH W¶DV GH PLHX[ j IDLUH

11

² 'HEXLV JDQG ]¶HVW OHV JDPLQV TXL GRQQHQW GHV RUGHV j OHXUV EDUHQWV?
² 3XWDLQ«
Rive rongeait son frein. Coincé entre le mur et son père qui lui soufflait son haleine
pestilentielle au visage, il luttait pour ne pas réagir avec violence.
² Arrête, dit-il en serrant les dents. Recule.
² Zinon quoi" 7X YHX[ J¶RQ YpULILH TXL ]¶HVW O¶KRPPH? Hein ? Tu veux ?
Tentant. Vraiment tentant. À 17 ans, Rive atteignait maintenant le mètre quatre-vingts et sa
VWDWXUH HQ LPSRVDLW ,O VDYDLW TXH ORUVTX¶LO HQWUDLW GDQV FH MHX DYHF VRQ SqUH OHV FKRVHV DOODLHQW WUqV
YLWH WUqV ORLQ«
² -H VXLV VXSHU HQ FROqUH HQ FH PRPHQW SDSD (W F¶HVW OD Veule chose que je contrôle pas,
alors me provoque pas.
² 2XK OD ODDDDD M¶DL SHXXXXXXU UDLOOD O¶KRPPH HQ SUHQDQW XQ WRQ ULGLFXOH
3XLV LO FKDQJHD G¶H[SUHVVLRQ HW GHYLQW VRPEUH FRPPH O¶pEqQH DYDQW G¶HQYR\HU XQH GURLWH
magistrale dans la mâchoire de son fils. Rive chancela, mais, à la surprise de son père, resta
debout. Ce dernier revint à la charge et le prit au col pour le plaquer contre le mur. Rive le regarda
GDQV OHV \HX[ SXLV G¶XQ JHVWH VHF OXL IUDSSD OHV RUHLOOHV DYHF VHV SDXPHV /HV \HX[ GH VRQ Sère se
PLUHQW j FOLJQHU HW LO V¶HIIRQGUD GH WRXW VRQ ORQJ GDQV OH FRXORLU
² 7¶DV SOXV G¶RUHLOOH LQWHUQH oD YD GXUHU SOXVLHXUV PLQXWHV HVVDLH SDV GH WH UHOHYHU %RQQH
cuve.
,O O¶HQMDPED HW VRUWLW GH O¶DSSDUWHPHQW VDQV VH UHWRXUQHU
(Q EDV GH O¶LPPHXEOH XQH EDQGH G¶DGROHVFHQWV V¶pWDLW UHJURXSpH HW GLVFXWDLW DYHF DQLPDWLRQ
surexcitée par la soirée qui se profilait. Garçons et filles se chamaillaient, se houspillaient,
DIIHFWLRQQDQW OD SURYRFDWLRQ 5LYH OHV UHMRLJQLW DYHF FDOPH FRPPH V¶LO QH V¶pWDLW ULHQpassé.
²Et voilà le boss O¶DFFXHLOOLW EUX\DPPHQW 0DOHN HQ OXL WHQGDQW OD PDLQ
² 7X YDV DUUrWHU GH P¶DSSHOHU FRPPH oD?
²Eh non, frère ! Je garde la foi ! Tu reprendras la place qui te revient un de ces quatre !
²Même pas en rêve, mec.
Une jeune fille vint se coller contre Rive, en adoptant un ton énamouré.
² 3RXUTXRL WX P¶DV SDV UDSSHOpH " -H SHQVDLV SRXUWDQW W¶DYRLU IDLW GH O¶HIIHW OH ZHHN-end
GHUQLHU«
² &¶HVW OH FDV PDLV M¶DL pWp VXSHU RFFXSp

²Alors je peux compter sur toi ce soir ? répondit-elleG¶XQ DLU PXWLQ
²Je verrai.
,O V¶pORLJQD DXVVLW{W ODLVVDQW O¶DGROHVFHQWH GDQV O¶H[SHFWDWLYH (OOH pFKDQJHD XQ UHJDUG HQWHQGX

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DYHF 0DOHN HW OH JURXSH SULW OD GLUHFWLRQ GH O¶DUUrW GH EXV VH WURXYDQW HQ ERUGXUH GH FLWp
²Dis voir, bonhomme, demanda MalekHQ UHMRLJQDQW 5LYH VL MH WH GLVDLV TXH M¶DL XQ FRXS
pQRUPH TXL VH SURILOH GDQV OHV MRXUV j YHQLU HW TXH MH SRXUUDLV W¶HQ IDLUH SURILWHU WX UpSRQGUDLV
quoi ?
²Que je surfe plus cette vague-là, et tu le sais déjà.
²Rive, arrête de jouer les élèves modèles ! On sait tous ici comment ça va se finir ! Même si
WX O¶DV WRQ SXWDLQ GH GLSO{PH WX YDV IDLUH TXRL DSUqV? Ça sera jamais suffisant pour décrocher un
taf ! Tu vas les payer comment tes « études supérieures » ?
²Laisse-moi frire mes oignons et occupe-toi des tiens.
0DOHN VRXSLUD DJDFp HW VH UHWRXUQD EULqYHPHQW YHUV OD MHXQH ILOOH TXL O¶HQFRXUDJHD G¶XQ VLJQH
de tête.
²Écoute, mec, renchérit-il à voix plus basse, avec ce deal, je peux te jurer que tu peux te faire
XQ SDTXHW GH EOp dD SRXUUDLW PrPH W¶DLGHU j W¶HQYROHU SXLVTXH W¶\ WLHQV DEVROXPHQW!
² -¶DL GLW QRQ
0DOHN OXL VDLVLW OH EUDV SRXU OH VWRSSHU HW ODLVVD OH UHVWH GX JURXSH V¶pORLJQHU
Rive durcit le ton.
² 0H JRQIOH SDV 0DOHN -H WH MXUH TX¶HQ FH PRPHQW MH VXLV SDV EDLVDQW
² -XVWHPHQW F¶HVW G¶XQ PHF FRPPH WRL TX¶RQ D EHVRLQ 8Q PHF TX¶HQ LPSRVH TXL VDLW IDLUH
peur et qui connaît bien le business. Sans toi, ce coup, on pourra pas le faire. Tu peux pas nous
laisser tomber comme ça, ça se fait pas.
²Je suis dans le collimateur de la juge.(OOH P¶D GRQQp XQH VHFRQGH FKDQFH LO HVW KRUV GH
question que je la gâche. Dans six mois je suis majeur, ils me laisseront plus rien passer. Alors
arrête de me chercher et démerde-WRL &¶HVW FODLU?
Malek secoua la tête.
² 7¶HV YUDLPHQW WURS FRQ 7X UrYHV VL W¶LPDJLQHV TXH WX W¶HQ VRUWLUDV PLHX[ TXH QRXV
²Je tiens le pari.
Et il tourna les talons pour rejoindre le reste du groupe.

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Les yeux cernés, encore embourbée dans un sommeil agité et peu reposant, Corail descendit
l¶escalier en bâillant, pour aller se faire du café. Elle entra dans la cuisine en traînant des pieds et
prépara lentement le précieux breuvage, seul capable de la ramener dans la réalité. Du salon
monta le son de la télévision. Elle tourna le dos à la porte.
²Salut.
Son père venait de la rejoindre. Elle ne répondit pas, se focalisant sur le café. Il prit une tasse
GDQV OH SODFDUG HW V¶DSSX\D FRQWUH OD WDEOH SRXU SDWLHQWHU
²Vous avez réfléchi à ce que je vous ai demandé ? l¶interrogea Corail sans se retourner.
Elle ne le voyait pas, mais elle pouvait sentir son regard posé sur elle. Un regard perçant.
² 7X Q¶DV SDV EHVRLQ GH SV\ &RU\ 6RUV-toi cette idée de la tête.
Pourquoi ses parents niaient-ils avec autant de force que leur fille avait un problème ? Elle
Q¶DYDLW ULHQ G¶XQ JpQLH ULHQ G¶XQH VFKL]RSKUqQH PDLV HOOH DYDLW LQFRQWHVWDEOHPHQW GHV VRXFLV
G¶DGDSWDWLRQ GH FRQVWUXFWLRQ VRFLDOH TX¶LO OXL IDOODLW GpILQLU (OOH VH UHWRXUQD HW LO OD WRLVD DYHF
autorité.
²Vous ne vous êtes jamais intéressés à moi de toute façon, lâcha-t-elle.
²Je te demande pardon ?
²Ben non. Est-FH TXH WX P¶DV MDPDLV SRVp XQH VHXOH TXHVWLRQ VXU PD YLH DX O\FpH? Ou sur la
IDoRQ GRQW M¶HQYLVDJH PRQ DYHQLU? Est-FH TXH WX P¶DV MDPDLV SRVp XQH VHXOH TXHVWLRQ VXU PHV
amis ou sur un petit copain ? Même quandM¶pWDLV JDPLQH LO IDOODLW TXH MH SDUOH GH PRL SRXU TX¶RQ
aborde le sujet. Le problème vient peut-être de là, finalement.
6RQ SqUH O¶REVHUYD DYHF XQ UHJDUG LQGpFKLIIUDEOH ,O UHVWD VDQV UpDFWLRQ SOXVLHXUV VHFRQGHV SXLV
inspira profondément avant de répondre :
² 7X DV WRXMRXUV pWp WUqV HQ DYDQFH 3RXU WRXW 2Q Q¶D MDPDLV WURS VX FRPPHQW QRXV \ SUHQGUH
DYHF WRL &¶HVW SDV SOXV FRPSOLTXp TXH oD 0DLV MH SHX[ W¶DVVXUHU TXH WX Q¶DV SDV EHVRLQ G¶XQ SV\
et je te conseille vivement de rester loin de ces gens-là.
²Pourquoi ?
² 3DUFH TXH OHXU ERXORW F¶HVW SDV GH UpJOHU WHV SUREOqPHV F¶HVW GH W¶HQ WURXYHU G¶DXWUHV )DLV
des efforts pour ressembler à tout le monde et ça passera tout seul.
&¶pWDLW VDQV GRXWH G DX PDQTXH GH VRPPHLO HW j XQ UpYHLO GLIILFLOH PDLV HOOe perçut une part

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G¶RPEUH HQ VRQ SqUH 4XHOTXH FKRVH TX¶LO SHQVDLW PDLV QH GLVDLW SDV /D FDIHWLqUH FUDFKRWD OHV
GHUQLqUHV JRXWWHV GH FDIp &RUDLO V¶HPSUHVVD GH UHPSOLU VD WDVVH HW GH VH GLULJHU YHUV OD VRUWLH (OOH
se retourna discrètement avant de quitter la pièce et croisa à nouveau le regard de son père, qui ne
OD OkFKDLW SDV GHV \HX[ (OOH IURQoD OHV VRXUFLOV LQFRPPRGpH HW V¶pFKDSSD YHUV OH VDORQ
(OOH SDVVD GHYDQW OD WpOpYLVLRQ HW DSHUoXW OH EXOOHWLQ G¶LQIRUPDWLRQV ,O IDLVDLW pWDW G¶XQ
accroissement des groupuscules deRésis-terre, PDOJUp OHV SRXUVXLWHV HQ FRXUV (OOH V¶DUUrWD XQ
instant, interpellée. Le mot « terroriste » revenait sans cesse, comme martelé. Entendant son père
sortir de la cuisine, elle fuit vers l¶HVFDOLHU HW PRQWD V¶HQIHUPHU GDQVsa chambre.
8Q GHYRLU O¶DWWHQGDLW TX¶HOOH GHYDLW LPSpUDWLYHPHQW UHQGUH OXQGL 8Q GHYRLU RX SOXW{Wune
torture : « Imaginez-vous dans cinq ansª /¶H[HUFLFH FDWDVWURSKH SDU H[FHOOHQFH (OOH SRVD VD
WDVVH GH FDIp SUqV GH VRQ RUGLQDWHXU HW V¶pFURXOD VXU VD FKDLVH 1RQ VHXOHPHQW HOOH Q¶DYDLW DXFXQH
UpSRQVH j FHWWH TXHVWLRQ PDLV VHV SDUHQWV UHIXVDLHQW GH O¶DLGHU j OD WURXYHU ,O IDXGUDLW TX¶HOOH
LQYHQWH 4X¶HOOH pFULYH XQH MROLH SHWLWH KLVWRLUH TXL QH VHUDLW MDPDLV OD VLHQQH, où elle aurait une
jolie petite vie modèle, avec de jolies aspirations et de grandes réalisations. Un conte à part
HQWLqUH FRPSOqWHPHQW DQFUp GDQV OD ILFWLRQ (OOH DOOXPD O¶pFUDQ HW VH SUpSDUD j MRXHU OHV
romancières.
Tous ses camarades avaient des projets. Ou au moins des ambitions. ElleQ¶HQ DYDLW DXFXQH
Absolument rien ne lui faisait envie. Aucun métier, aucune activité, pas même fonder sa propre
IDPLOOH (Q IDLW ORUVTX¶HOOH SHQVDLW j O¶DYHQLU HOOH QH OH YLVXDOLVDLW SDV /H IXWXU UHVVHPEODLW j XQ
bord de monde chutant dans le néant. Et souvent, la nuit, elle se voyait y tomber.
Elle se mit à taper sur son clavier. Il lui faudrait bien rendre ce devoir de toute façon. Elle se
lança dans de vastes élucubrations, tentant de faire marcher son imagination, mais au bout de
quelques phrases, un bruit étrange la stoppa. Un grattement. En provenance du plafond. Un
grattement suivi de sons légers et rapprochés. Elle leva les yeux, intriguée, écouta encore.
Grattements à nouveau ! Elle sortit dans le couloir.
Un escalier dépliant permettait d¶accéder au grenier. Il suffisait de tirer sur le système pour le
GpSOR\HU PDLV HOOH QH O¶DYDLW HQFRUH MDPDLV XWLOLVp (Q IDLW HOOH Q¶pWDLW SDV PRQWpH Oj-haut depuis
TX¶LOV DYDLHQW HPPpQDJp ¬ OHXU DUULYpH VRQ SqUH OXL HQ DYDLW LQWHUGLW O¶DFFqV ©pour sa sécurité ».
0DLV HOOH Q¶pWDLW SOXV XQH SHWLWH ILOOH, à présent.
ElleV¶HPSDUD GH OD SHUFKH TXL SHUPHWWDLW G¶DWWUDSHU O¶HQFRFKH HW WLUD DYHF IRUFH /¶HVFDOLHU VH
déplia devant elle en grinçant, et une odeur de poussière déferla dans le couloir. Elle leva les yeux
YHUV OH WURX QRLU HW IXW VDLVLH G¶XQH VHQVDWLRQ EL]DUUH 7RXW XQ SDVVp UpYROX TX¶HOOH DYDLW
complètement occulté, dormait là-KDXW GHSXLV GHV DQQpHV ,O pWDLW pWUDQJH G¶HQ UHWURXYHU VRXGDLQ
OH FKHPLQ HW GH UHPRQWHU MXVTX¶j OXL (OOH SRVD XQ SLHG VXr la première marche et commença à

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