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Les contes de fées ne sont pas des livres comme les autres. Pour chacun d’entre eux, il existe quelque part un exemplaire particulier, un livre-portail, qui permet au lecteur de pénétrer dans l’univers du conte. Mais attention aux conséquences ! Une mésaventure est vite arrivée et tout changement dans le conte affecte aussi le monde réel.


Livre I : La Larme du Saule


Lorsqu’au lieu d’effectuer une punition, Roland, quinze ans, décide de relire La larme du saule, un conte de fées étudié en sixième, il bascule dans une réalité parallèle, peuplée de princesses, de dragons et de fées, mais qu’il risque à tout moment d’écraser. Les ennuis commencent. L’aventure aussi...


Livre 2 : La Sorcière des Plaines


Ariane rêve toutes les nuits de Roland, le prince de ce conte de fées, La Larme du Saule, qu’elle a volé au CDI de son collège. Lorsqu’un étrange personnage tente de récupérer son livre-portail, elle décide de ne pas se laisser faire, persuadée que Roland a besoin de son aide. L’aventure recommence. Les ennuis aussi...



Dans cette version intégrale, Sophie Moulay nous offre les aventures complètes d’Ariane et Roland, dans l’univers sombre et cruel des contes de fées.



Les lecteurs en parlent :


« Un magnifique roman pour une histoire merveilleuse très ancrée dans le présent, mais qui renoue avec la tradition des contes cruels de notre enfance » Takisys


« Coup de cœur pour ce roman (...) accessible à tous et très surprenant » Nemo



« Sophie Moulay a un talent certain pour raconter des histoires dans lesquelles on plonge sans retenue et avec délectation. » Miss Huakinthos


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Publié par
Nombre de visites sur la page 5
EAN13 9782374535845
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Présentation
Les contes de fées ne sont pas des livres comme les autres. Pour chacun d’entre eux, il existe quelque part un exemplaire particulier, un livre-po rtail, qui permet au lecteur de pénétrer dans l’univers du conte. Mais attention aux conséquences ! Une mésaventure est vite arrivée et tout changement dans le conte affecte aussi le monde réel. Livre 1 : La Larme du Saule Lorsqu’au lieu d’effectuer une punition, Roland, qu inze ans, décide de relire La larme du saule, un conte de fées étudié en sixième, il bascule dans une réalité parallèle, peuplée de princesses, de dragons et de fées, mais qu’il risque à tout moment d’écraser. Les ennuis commencent. L’aventure aussi… Livre 2 : La Sorcière des Plaines Ariane rêve toutes les nuits de Roland, le prince de ce conte de fées, La Larme du Saule, qu’elle a volé au CDI de son collège. Lorsqu’un étrange personnage tente de récupérer son livre-portail, elle décide de ne pas se laisser faire, persuadée que Roland a besoin de son aide. L’aventure recommence. Les ennuis aussi… Dans cette version intégrale, Sophie Moulay nous of fre les aventures complètes d’Ariane et Roland, dans l’univers sombre et cruel des contes de fées.
LES VOYAGEURS DU LIVRE PORTAIL
L'Intégrale
Sophie Moulay
COLLECTION DU FOU
Livre 1 La larme du saule
Chapitre 1
Son compas tenu comme une plume médiévale, Roland g ravait son nom sur la table d’un mouvement appliqué du poignet. — Roland ! s’écria Mme Magnan, horrifiée. La bouche de la prof de maths dessinait un O presqu e aussi parfait que celui que l’artiste improvisé venait d’achever. Sur le tableau derrière elle, des systèmes d’équations alignaient leurs inconnues et bataillaient à coups dex et dey. Dans cette guerre sans merci, Roland trompait l’ennui avec les armes dont il disposait. Quatre ans que les fractions et les cosinus ricochaient sur son échine imperméable aux mathématiques ! Mme Magnan, sa prof de troisième, avait fait de lui sa croisade personnelle : elle vérifiait qu’il nota it chaque mot, surgissait dans son dos pour s’assurer qu’il travaillait à la résolution de ses exercices ou l’interrogeait à tout va. Cette année davantage que les précédentes, Roland vivait les co urs de maths comme un véritable calvaire. Inscrire son nom à coups de compas bien nets consti tuait à ses yeux un exutoire autant qu’une vengeance. — Roland Fournier ! répéta Mme Magnan, une octave plus haut. Que fais-tu à cette table ? Il aurait pu lui répondre que cela crevait les yeux mais, d’expérience, il préféra garder le silence. Toutes les preuves étaient contre lui et l’exclusion de cours, inévitable. La sentence tomba : — Quand Mme Moreau en aura fini avec toi, tu te pencheras sur la page 117 de ton livre de maths. Roland rangea ses affaires sous l’œil mi-admiratif, mi-méprisant de ses camarades de classe. — Même si elle ne t’avait pas vu en train de graver la table, elle aurait forcément su que c’était toi, dit Solenn, la déléguée qui accompagnait Roland chez la conseillère principale d’orientation. Tuécrivaiston nom ! Il haussa les épaules. Fut un temps où il aurait bu les paroles de Solenn, les jambes tremblantes sous le poids de son regard gris-bleu, mais elle l’intéressait beaucoup moins depuis qu’elle avait adopté l’épaisse frange et le slim, inévitable unif orme des filles du collège Jacques Brel. D’ailleurs, depuis l’année dernière, Roland avait l’impression que la gent féminine formait une espèce à part, toute en regards charbonneux et chuchotis. Un silence gêné s’installa. Solenn pressa le pas, impatiente de se débarrasser au plus vite de son encombrant colis. Cinq minutes plus tard, dûment sermonné par Mme Mor eau puis refoulé d’une salle de permanence pleine, Roland fut prié de se rendre au CDI afin d’y exécuter sa punition. Il s’attela sans enthousiasme à la tâche, crucifia unxsur son cahier, rajouta deux petites cornes à uny solitaire et s’arrêta là, vaincu. M. Damien, le documentaliste, l’avait placé de façon à pouvoir le surveiller depuis son bureau. Derrière lui, une étagère croulait sous les romans étudiés en cours de français, ici unOliver Twist,l àLes contes du chat perché. À gauche comme à droite, des rayonnages se perdaient dans les tréfonds du CDI. Roland était cerné. Encore vingt-trois minutes avant la sonnerie. M. Damien quitta son poste, sollicité par un élève de quatrième. Roland en profita pour attraper un livre au titre familier :La larme du saule.Il se souvenait avoir travaillé sur ce conte en sixième. Mme Ducros l’avait choisi car il était atypique,
loin des « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » habituels. L’héroïne, une belle princesse, partait à la recherche du seul remède capable de sauver son père malade et n’y parvenait qu’en se sacrifiant. Elle se transformait alors en saule pleureur et ses larmes d’or guérissaient le roi. À la première lecture, Roland en avait jugé le dénouement naïf : qui pouvait croire que les saules pleureurs étaient nés ainsi ? Puis, à mesure que la classe avançait dans l’étude du texte, il avait compris que l’histoire recelait une profondeur inso upçonnée et laissait la part belle à la réflexion. Mme Ducros s’était refusée à leur donner la réponse à la devinette posée par la barque avant la fin de la séquence. Par contre, elle avait encouragé les conjectures quant à la nature de la fameuse formule magique que la princesse prononçait pour se métamorphoser en arbre. Les yeux sur la couverture usagée, Roland esquissa un sourire. À la réflexion, il gardait de bons souvenirs de ce conte. Il ouvrit le livre au hasard. … en réalité d’un loup qui avait volé des vêtements d’homme et s’était rasé les joues afin de parfaire la ressemblance. Roland réprima un soupir agacé. Il avait oublié le passage du loup, cet animal ridicule qui se grimait en homme. Même si l’héroïne était aussi idi ote que ses consœurs de contes de fées, comment avait-elle pu se laisser prendre à une mascarade aussi grotesque ? Il poursuivit sa lecture quelques instants encore puis referma le livre. Un nouveau coup d’œil à sa montre confirma ses pires craintes : dix-huit longues minutes le séparaient de la fin de l’heure. Désœuvré, Roland articula sa formule magique personnelle : — Abracadabra, sésame, ouvre-toi ! Il plissa les yeux : le visage féminin à demi dissimulé dans l’arbre de la couverture brillait-il ? Roland s’approcha : le doute n’était plus permis, l e livre luisait, pulsait, de plus en plus fort. Affolé, il chercha du regard M. Damien, mais celui-ci avait disparu dans les rayonnages. À cette heure, le CDI était calme et les rares élèves, occupés sur les ordinateurs du fond. Pof ! Hagard, Roland se retourna vers le livre à l’origin e de cette onomatopée. Une créature vaporeuse d’un mètre de haut flottait dans les airs. Dans un cri étranglé, il renversa sa chaise. — Roland ! cria M. Damien à l’autre bout de la pièce. Moins de bruit ! Il ne fallait espérer aucune aide de ce côté-là. Si la femme ailée s’en prenait à lui, Roland atteindrait peut-être la porte avant elle. Mais, po ur l’instant, elle se contentait de pencher la tête avec bienveillance et le scrutait de ses yeux paill etés d’or. Vêtue d’une robe verte, très prude, ornée d’un col de dentelle sur lequel coulaient en cascade ses cheveux d’un rouge profond, elle n’aurait pas démérité parmi les mannequins qui déco raient les pages des magazines de toutes les salles d’attente du monde… si elle avait été plus grande d’un petit mètre. — Bonjour, mon enfant, dit la femme avec un sourire apaisant. Roland regarda à droite et à gauche pour vérifier qu’un de ses camarades ne lui jouait pas un mauvais tour. Personne ! Mais où étaient-ils donc tous passés ? Il se mordit l’intérieur de la joue ; il ne rêvait pas ! — Euh, bonjour ? risqua-t-il à son tour. D’où cette femme pouvait-elle bien sortir ? De ses ailes tombait une pluie d’étincelles qui s’évanouissaient sitôt le sol touché. Elle rejeta sa chevelure flamboyante par-dessus son épaule en une vague brillante et la lumière des néons s’empou rpra devant la beauté irréelle de cette créature magique. Unefée ?n ridicule. Toute crainteUne fée myope, alors, qui plissait les yeux de faço évanouie, Roland s’autorisa un ricanement.
— Pourquoi sanglotes-tu, mon enfant ? demanda la fée. Les sourcils de Roland s’envolèrent vers la racine de ses cheveux, dérangeant quelques boutons au passage. Lui, sangloter ? Cette fée n’y voyait rien et dégringolait dans son estime de seconde en seconde ! — Tu as l’air si triste, insistait-elle. Te plairait-il que j’égaye ta journée à l’aide d’un vœu ? Je suis la fée Coquelicot et dispense ma magie à qui en a besoin. Formule donc ton souhait ! — La magie, ça n’existe pas ! affirma-t-il en parfait rejeton d’un monde saturé de téléphones portables et d’écrans plats. La fée émit un claquement de langue que Mme Magnan n’aurait pas renié, celui destiné à l’élève qui s’obstinait à ne pas comprendre après de copieuses explications. — Contesterais-tu ma condition de fée ? — Non, bien sûr que non ! C’est juste que… Les fées n’étaient pas censées exister, voilà ! Où était M. Damien, d’habitude si soucieux de la quiétude de son CDI ? — Vous n’êtes pas la fée des larmes ? demanda-t-il, méfiant. — Non, ses occupations ne lui laissent guère de temps. Je la seconde. En fait, je lui suis même indispensable. Sans fausse modestie, j’excelle dans la rédaction des mémentos administratifs et sublime comme personne le jargon botanique nécessai re aux livres d’enchantements. Mais ne t’inquiète pas, la magie n’a aucun secret pour moi ! Alors, as-tu un vœu à formuler ? La tristesse ne sied point à ton joli minois, il me plairait de le voir plus joyeux. — Joli minois ? s’étrangla Roland. — Un nez noble et droit, des pommettes distinguées, une bouche parfaite, tous les ingrédients de la beauté sont réunis. L’ovale de ton visage juvénile me rappelle celui d’un elfe, hélas perdu de vue depuis longtemps… Roland s’empourpra. Lui, trouvait sa figure très ba nale : un nez, une bouche, deux yeux noisette assortis à ses cheveux. De plus, ces temps-ci, il n’aimait guère croiser le chemin d’un miroir. Lorsqu’il avait fini de se coiffer, il déto urnait vite le regard de son reflet, défiguré par l’acné qui colonisait ses joues. Certaines filles cachaient leurs boutons sous une frange ou une épaisse couche de fond de teint. Lui avait choisi de recourir à la tactique de l’évitement. Roland hésitait. Coquelicot se fit tentatrice : — Que risques-tu à formuler un souhait ? S’il ne se réalise point, tu seras un peu déçu. Alors que s’il est exaucé… Il faillit céder. Coquelicot était peut-être une fée, mais cette histoire de vœu ne disait rien qui vaille à Roland. Il avait lu assez de contes dans l esquels les souhaits se retournaient contre le héros. Il s’apprêtait à répliquer vertement, puis se souvint qu’il avait eu une mauvaise journée : il décida de s’amuser aux dépens de son interlocutrice. Elle aimait les contes de fées ? Elle allait être servie ! — Je n’ai jamais compris pourquoi dans votre histoire, la princesse ne voyait pas qu’elle avait affaire à un loup. Je veux dire, c’est comme le pet it Chaperon rouge, elle aurait dû voir que sa grand-mère n’était qu’un loup en pyjama. Des poils de cette taille, ça ne pousse pas en une nuit. Et même si celui-là s’est rasé le museau, comment peut-on confondre une truffe et un nez humain ? C’est du grand n’importe quoi ! Moi, à sa place, je lui aurais mis un bon coup de pied au derrière et il serait parti en couinant comme un chiot. Remarquez, les petits chevreaux n’étaient pas bien futés non plus pour croire qu’un loup aux pattes pleines de farine pouvait être leur mère. Et… Noyée sous ce flot soudain de paroles, Coquelicot avait l’air un peu perdue. La malheureuse se raccrocha à une bribe de phrase glanée au hasard.
— Botter l’arrière-train de l’homme-loup, voilà ton vœu ? avança-t-elle d’un ton hésitant. — Ouais, s’oublia Roland. — Qu’il en soit ainsi ! psalmodia la fée. Le sourire moqueur de Roland se figea : un vortex de lumière pétillante surgissait des pages du livre et se ruait à sa rencontre avec avidité. En u n instant, des dizaines de particules aveuglantes, l’entourèrent, s’insinuèrent sous sa peau, l’illuminèrent de l’intérieur. Pof ! Restée seule, la fée Coquelicot se tapota les cheveux avec le sentiment du devoir accompli puis disparut à son tour. Pof !
Chapitre2
Roland atterrit sur quelque chose d’anguleux et poi lu qui glapit de douleur. Au moment de l’impact, ses mâchoires s’entrechoquèrent et un cou inement étouffé lui échappa. Il roula sur le côté, le nez dans la terre aux riches senteurs d’hu mus, avant de se redresser, à demi sonné. En fin de compte, la fée Coquelicot avait menti. Il n’avai t pas botté les fesses du loup mais lui était tombé dessus ! Pendant que l’animal reprenait ses esprits, Roland découvrait les alentours : un petit îlot de lumière entouré par une forêt menaçante où il hésitait à s’engouffrer pour fuir l’appétit du loup. Ce dernier se remit debout tant bien que mal en se frictionnant le dos. Roland le dévisagea avec une stupeur qui le cloua sur place. L’animal s’était rasé les poils de la figure pour ne garder qu’un filet de barbe pommadée et parfumée. Ses grandes oreilles velues gâchaient quelque peu l’effet obtenu. Quant à ses vêtements, tout de soie et de v elours, ils auraient moins détonné sur un courtisan. Qu’on était loin du bûcheron décrit parLa larme du saule! Roland avait sous les yeux un Casanova craquant à défaut d’être croquant. Seule la minuscule hachette au manche ouvragé, par terre, permettait d’identifier l’animal comme bûcheron. Cependant, il ne s’était pas trompé sur un point : impossible de le confondre avec un humain, à moins d’être idiot. — J’ai une de ces migraines, marmonna l’homme-loup. Il y avait dans cette bouche bien trop de dents acérées pour la tranquillité de Roland. Il fit la première chose qui lui passa à l’esprit : il balança son pied dans l’entrejambe de l’animal juché sur ses pattes arrière. Avec un hurlement à glacer les sangs, le loup se plia en deux. Roland lui tournait autour, prêt à frapper de nouveau, lorsqu’il avisa une branche morte. Il s’en empara, l’abattit de toutes ses forces sur l’arrière-train gainé de velo urs. Le loup s’écroula. Déjà, Roland levait son arme improvisée. — Pitié messire, l’implora l’homme-loup. Je me rends ! — Alors va-t’en ! Ou sinon, je te réduis en chair à pâtée ! L’échine courbée, le derrière endolori, l’animal s’éloigna en clopinant sur ses souliers satinés. Il disparut entre deux arbres et l’azur de son habit jeta un dernier reflet dans la clairière avant de s’éteindre. Le silence enveloppa Roland. Seul le sang rugissait encore à ses oreilles. Il avait vaincu un loup ! Jamais même dans ses rêves les plus fous, il ne l’aurait cru possible. Sur le moment, cela s’était imposé comme une évidence. Les battements d ésordonnés de son cœur ralentirent, l’adrénaline le déserta. Roland prit alors conscien ce qu’il se trouvait au cœur d’une forêt inconnue. Seul. La fée Coquelicot, qui l’avait précipité dans ce pétrin, brillait par son absence. Les arbres se pressaient à l’orée du bois, prêts à bondir sur le voyageur égaré. Les chênes avaient-ils d’ordinaire cet aspect torturé, comme des suppliciés à l’agonie ? La gorge de Roland se serra de peur. Quelle folie l’avait donc poussé à f ormuler un vœu aussi stupide ? Son attitude bravache s’était évanouie et il regrettait la quiétude du CDI. Dire qu’il s’était cru malin en noyant la fée sous tous les loups de conte de fées qui lui passaient par la tête ! — Coquelicot ? Vous êtes là ? Le vent dans les feuilles souffla son absence.
— S’il vous plaît, Coquelicot, sortez-moi de là ! J e suis désolé de m’être moqué de vous ! Ohé ? Cela commençait à sentir le roussi. Roland fit trois pas hésitants : devait-il attendre dans la clairière que Coquelicot daigne se montrer ou bien se glisser entre les arbres et se perdre à jamais ? Puis la raison reprit ses droits. Allons, une fée ! Il rêvait forcément toute cette aventure, par trop invraisemblable. S’il rêvait… comment retourner au CDI ? Comment s’éveiller ? Les yeux fermés jusqu’à en avoir mal, Roland tendit l’oreille, guettant un indice, n’importe lequel, qui lui prouverait qu’il se trouvait toujou rs au collège, assoupi sur un livre. Rien, sinon un corbeau lointain. Il se résigna à ouvrir les yeux. La clairière s’était assombrie, se parait d’une aura sinistre. Tout à coup, rester rima avec mauvaise idée. Roland se décida à quitter l’endroit. Deux sentiers mal dégrossis s’offraient à lui. Il écarta celui de droite, trop proche de la direction empruntée par l’homme-loup, et se dirigea vers celui de gauche. Alors qu’il n’avait pas encore atteint le rideau d’arbres, quelque chose craqua dans son dos. Son adversaire revenait-il ? Le cœur battant, Roland fit volte-face. Il n’y avait rien à voir, se persuada-t-il, sinon l’obscurité qui s’étalait un peu plus s ur le sol. Luttant contre une inquiétude grandissante, il se remit en route. Bientôt, il courait. Il s’engagea sur l’ébauche de sentier, trébucha sur le sol inégal mais se rattrapa à un tronc rugue ux. Le chemin décrivait ensuite une courbe abrupte. Roland la négocia au pas de charge, trop vite pour éviter la jeune fille qui contournait un chêne à cet instant précis. Les deux silhouettes heurtèrent le sol dur dans un enchevêtrement de bras et de jambes. Les grands yeux gris en amande de la jeune fille, écarquillés sous l’effet de la surprise, lui retournaient son regard scrutateur. L’estomac de Roland dégringola de quelques étages dans son ventre. Cette coiffe désuète, maintenue par un bandeau d’or, sentait la princesse à plein nez. Après l’homme-loup deLa larme du saule, voilà qu’il rencontrait la princesse ! Soudain, le souffle lui manqua. S’il s’agissait d’un rêve, la violence du choc aurait dû le réveiller. Où se trouvait-il donc ? — Auriez-vous l’extrême obligeance de me permettre de respirer ? demanda l’apparition d’une voix étouffée. Les inflexions aristocratiques de la jeune fille et la proximité de ses lèvres ramenèrent Roland à sa gaucherie naturelle. Rouge de confusion, il bondit sur ses pieds. Emporté par son élan, il heurta un arbre. La princesse n’esquissa pas un sourire devant tant de maladresse. À présent qu’il avait mis entre eux un peu de distance, il constata qu’elle était vêtue d’une robe de laine rouge à la coupe médiévale, aux manches évasées malcommodes, maculée de terre par endroits. Son professeur d’histoire appelait cela u n bliaud. Une large ceinture brodée serrait le vêtement à la taille. La jeune fille semblait attendre quelque chose de R oland. Il finit par comprendre, après maints froncements de sourcils, qu’il devait l’aider à se relever. D’une main délicate, elle s’accrocha à celle qu’il lui tendit et se laissa hisser sur ses pieds. La mèche blond foncé qui s’échappa de la coiffe blanche posée sur sa chevelure vint effleurer une joue encore arrondie par l’enfance. Un léger sourire retroussa sa lèvre supérieure, conférant au visage un air espiègle qu’accentuait la minuscule fossette du menton. — Je vous remercie, Messire ! dit-elle en se fendant d’une courte révérence. Roland balbutia une réponse incohérente. Il remarqu a qu’elle regardait discrètement à droite et à gauche.