Ombres

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230 pages
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Description

Dix-neuf textes, dix-neuf personnalités.


Dix-neuf voies issues de la nouvelle génération d'auteurs SFFF (Science-Fiction, Fantastique, Fantasy) qui se font le reflet de l'âme humaine. Chaque histoire révèle une facette de ce qui se tapit en chacun de nous, de beau, de terrible, de sordide ou simplement de banal.


Oserez-vous affronter votre alter ego ? Laissez tomber les artifices et plongez votre regard dans ce miroir tendu.


Qu'y verrez-vous ?...


Qui verrez-vous ?

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EAN13 9782960223439
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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OMBRES
Anthologie dirigée par Florence Barrier - Catherine Robert Bob Walraet
Cette anthologie est dédiée
aux auteurs qui la composent
et qui nous ont accordé leur confiance.
TABLEDESMATIÈRES
Ombres Dédicace Préface MONSTRES ET CIE SEPT HEURES A DISPARU AQUARIOPHILIE CLAUSTROPHOBIA TUER LA MÈRE CORPUS CHRISTI LES MASQUES DE CARMINA VO(I)LAGE PIRATAGES ALICE EST MORTE WHO OWNS THE NIGHT ? L’ARACHNIDE DE TIXCHIHUETZOTL LA MORT À MES PIEDS 30 CENTIMES L’ÉCRIVAIN TROU DE VER LE CORBILLARD ROSE TRANCHES DE VIE LE VIEUX ROGER Présentation des auteurs Présentation de Ludovic PAÏNI-KAFFIN Présentation de SILENCE Présentation de Catherine ROBERT Présentation de Lester L. GORE Présentation de ZAROFF Présentation de Marie LATOUR Présentation de Philippe BLÄHM Présentation de Henri BÉ Présentation de Françoise GRENIER-DROESCH Présentation de CANCEREUGÈNE Présentation de Murphy MYERS Présentation de Dola ROSSELET Présentation de Addirittura KHELGAČBO Présentation de Sarah BUSCHMANN Présentation de Steve MARTINS Présentation de KY’ Présentation de Renaud BERNARD Présentation de Jean-Marc MOUILLER Présentation de Édith PERRO Présentation de Florence BARRIER Mentions légales Résumé
PRÉFACE
Bien le bonjour ! Vous aussi, l’Ombre a su vous attirer, vous avez ad miré le miroir et vous voilà à présent de l’autre côté ; là où les apparences se rompent, où le paraître laisse sa place à un alter ego étrange et sanglant. Saviez-vous que l’Ombre signifie en ancien français le reflet ? Ce n’est donc pas un hasard si, en contemplant le m iroir, vous vous apprêtez à retirer le voile de l’existence pour découvrir son reflet ténébreux, celui qui se loge derrière la vie de nos protagonistes. Il suffit par fois d’un rien pour que la situation dégénère : un achat de cigarettes qui tourne mal pa r manque de monnaie, le temps qui semble s’écouler trop vite, revenir sur les lieux d e son enfance et se souvenir du passé, ou dévorer des yeux une délicieuse créature qui s’exhibe innocemment. Les exemples sont nombreux et, au cours de ces dix- neuf histoires qui suivent, vous découvrirez que le quotidien peut basculer dan s le surnaturel d’un claquement de doigts. Qu’on soit une adolescente un peu délurée, une fillette angélique ou un petit vieux exécrable, nul n’est épargné quand la fatalit é s’abat et déchire l’apparence bien propre de nos petites vies. L’exercice de sa profession peut aussi être la sour ce du mal : comment ces deux assassins sans scrupule auraient-ils pu anticiper l ’aboutissement de leur interrogatoire ? Et cet assureur pouvait-il imagine r où le mènerait l’étrange passion de son collègue de bureau ? Je songe également à cet a rchéologue particulièrement dévoué à une plante, ou encore à ce commissaire obl igé de sacrifier ses croyances pour le bien de tous… Tant d’individus dont le quotidien bascule, alors q u’ils se sentaient protégés dans leur routine de tous les jours. Parfois, c’est la famille qui est le centre du chan gement, on adopte un monstre, et ce dernier s’avère bien familier ; on tente de comp rendre la folie de son mari ; on peut aussi essayer de se libérer du carcan encombrant de sa mère, qui revient inlassablement vous pourrir la vie ! Dans le cas contraire, son absence laisse inconsola ble… la quête de réconfort, le manque d’amour, la santé vacillante incitent à se r approcher d’elle, de façon inimaginable. L’amour peut mener à tout, même à ven dre ses organes pour ses enfants… et parfois, l’on offre en lecture un livre pas si innocent à sa fille ou son garçon, et le drame survient. Il suffit d’un rien pour que les masques de la réal ité se fissurent et transforment les existences, montrant le vrai visage de l’humanité. C’est ce périple, ce monde, reflet si semblable et éloigné du nôtre, que les dix-neuf auteurs de cette anthologie – à l’image de cet écri vain tentant de satisfaire sa muse – vous proposent de découvrir dans autant de récits. Avant de tourner cette page, je vous préviens une d ernière fois : attendez-vous à tout ! Je vous souhaite également une agréable lect ure avec ce premier ouvrage des Ombres d’Élyranthe. Bon voyage ! Ludovic Païni-Kaffin
Le mot de l’auteur :« Je vous propose une histoire où il est question d ’une famille, d’un monstre et de bâches en plastique. C’est un pe tit texte très court, vous verrez. Il devrait donc passer comme une lettre à la poste un jour de tempête et vous laisser un petit-goût de reviens-y. Alors mettez-vous dans de bonnes conditions. Installez-vous confortablement, détendez-vous, prenez un verre. Vo us pouvez même mettre les pieds sur la table si cela vous chante… De toute façon, q u’est-ce que vous risquez ? Et puis si cette histoire ne vous plaît pas, tant pis. Des pépites, vous en trouverez partout dans cette anthologie ! »
IE MONSTRES ET C
SILENCE
® Quand papa a dit qu’on irait acheter le Monstre aujourd’hui, j’ai compris qu’on ne reverrait plus maman. Je l’ai su parce qu’il y a la réclame à la télé : e lle passe en boucle sur notre vieux ® posteFull HD Readyou commere , ; comme si tout le monde pouvait s’offrir un Monst si on n’avait que ça à faire dans la vie ! — Tu crois qu’on aura assez de sous ? j’ai demandé. — T’inquiète pas, ma chérie. Papa nous a enlacés, Joël et moi, et il nous a fait un tas de bisous : des qui claquent, des qui bavent, et des qui pètent. Puis i l a dit : « On le mettra dans le salon ! Moi, je vais chercher les outils, et vous, vous déc orez la maison ! Après tout, c’est un peu comme une fête, pas vrai ? ». Joël a fait oui d e la tête, et papa a fixé les chaînes sur le mur à côté de la cheminée. ® C’est tout le problème avec les Monstres , il leur faut toujours des chaînes, on ne peut pas leur faire confiance ! * * * Le salon est vraiment joli maintenant. Même avec l es bâches sur le canapé, il est joli. Il faut dire qu’on s’est beaucoup dépensé, Jo ël et moi. On a changé la disposition des meubles, et puis on a mis toutes nos photos de maman sur les murs, et on a encore rajouté des ballons de plein de couleurs dif férentes. Papa a sifflé quand il a découvert tout ça, comme les gens dans les films qu and ils voient une jolie fille, sauf que là, c’était notre salon la jolie fille. « Ils l e livreront dans la soirée », a dit papa. Joël était tout excité : « Est-ce qu’il a des poils bleu s ? Est-ce qu’il a des poils bleus ? », qu’il arrêtait pas de répéter. Papa lui a ébouriffé les cheveux en m’adressant un clin d’œil : « J’ai aussi appelé papi Rémi et mamie Line , comme ça on sera tous ensemble ! ». Là, Joël a carrément levé les bras en l’air comme s’il avait marqué un but en finale de coupe du monde de foot, et il s’est mi s à danser dans le salon en criant « Ouais, ouais, zuper ! zuper ! ». Et nous, je veux dire papa et moi, on a bien rigolé parce que c’était trop comique de le voir s’agiter dans son pyjama au milieu du salon, comme si maman était encore là.
* * * Papi Rémi et Mamie Line sont très beaux. Ils ont m is leurs habits du dimanche, et ils ont apporté du gâteau, des boissons, des assiet tes en carton, et des gobelets en plastique rouge pour pas que papa fasse la vaissell e. Alors, on s’est pris dans les bras, et on a tout disposé sur la table basse du salon. P apa est allé dans la cuisine pour prendre un couteau, et on a attendu sur le canapé. Sauf Joël qui n’arrêtait pas d’aller à la fenêtre : « Quand c’est qui z’arrivent ? Quand c ’est qui z’arrivent ? ». Papa a failli devenir dingue ! Surtout qu’on était mal assis, et que les bâches n’arrêtaient pas de glisser et de faire des bruits bizarres au moindre de nos mouvements. C’était long ! À la fin, on tenait plus, et le gâteau de mamie Line était presque tout mangé. Et puis, on a entendu un grand : « Ça y est. Le voilà ! ». Ils lui avaient mis une sorte de muselière de cuir qui lui recouvrait toute la gueule, de sorte que papa a dû attendre pour voir si c’étai t bien celui qu’il avait commandé. ® Quand le monsieur a retiré le masque du Monstre , papa a dit OK, et on nous a donné la facture et une petite enveloppe avec le texte à lire. Joël, lui, bloqué tout derrière moi, piaffait d’imp atience parce qu’il avait assez attendu comme ça, et qu’il voulait tant le voir lui aussi. Il a été très déçu parce que le ® Monstre , il n’avait ni corne, ni queue, ni poils bleus, ni rien du tout. Et c’est là qu’il a dit tout dépité : ® — Mais… Pourquoi, c’est tonton René, le Monstre ? Papa lui a dit d’aller s’asseoir. Il a allumé la ca méra « pour garder un souvenir », a attaché tonton René au bout de sa chaîne, sur les b âches, et il a lu la lettre, très vite, Parce-Que-C’est-Pas-Très-Important-Mais-Qu’il-Faut-Quand-Même-Le-Faire-Alors-Bon…  … René ol et de violences ayantLemière, vous avez été reconnu coupable de vi entraîné la mort sur la personne de votre sœur Dian e Cardoze-Lemière. En conséquence de quoi, la Cour d’Assises vous condamn e à la peine capitale. Vous serez dès lors remis à la Société Monster corp., dé légataire du Ministère de la Justice, afin qu’il soit procédé à votre exécution, soit par les membres de la famille de la victime, soit, si celle-ci ne possède pas les resso urces nécessaires ou n’est pas, pour une raison quelconque, en état d’y pourvoir par ses propres moyens, par la Société Monster corp. elle-même, passée une période d’un mo is après le prononcé de ladite sentence… Et il l’a égorgé avec le couteau. C’était très du r, car tonton il faisait rien pour arranger les choses. Du coup, papa a été obligé de s’y reprendre plein de fois. Il y avait du sang partout, c’était horrible, il y en a même q ui a coulé à côté de la bâche. Mamie voulait chercher la serpillère, « parce que franche ment… », mais Papa a refusé : « Comme ça votre fille sera toujours avec nous… » q u’il a dit, avant d’ajouter : — Au fait, il reste du gâteau ? » Mais papi, le bougre, avait tout mangé !
Le mot de l’autrice :«Sept heures a disparuest né de rien, de son titre. Et comment cette phrase m’est venue, impossible de me le rappeler, juste qu’elle m’a plu, j’ai laissé faire l’histoire comme ça m’arrive souv ent. Il s’agit d’un récit un poil absurde dans son concept avec un protagoniste comme j’aime en mettre en scène, un gars lambda, banal, sans compétences ou connaissances pa rticulières qui ne peut que constater et subir, absolument pas un héros donc. C e texte, se rapportant au fantastique (au contraire de mon roman Gretaaux Editions TRASH et mon recueil Thanatérossemble d’histoiresÉditions Rivière blanche), fait partie d’un en  aux explorant un peu le même thème, mais ce thème je va is vous le laisser découvrir. »
SEPT HEURES A DISPARU
Catherine Robert
Gary se redressa en sursaut dans son lit. Un œil gl issé vers le réveille-matin, il s’aperçut qu’il était huit heures pile. Il n’avait pas entendu la sonnerie, ou l’appareil n’avait pas fonctionné, le résultat revenait au mêm e. D’habitude, il se levait à sept heures, pour pointer au boulot à huit heures, l’ins tant exact où il venait de sortir du sommeil. Il était en retard ! Ce retard signifiait l’impasse sur la douche et le petit déjeuner, sans parler des reproches de son chef. "Une belle j ournée en perspective", grogna le jeune homme en s’habillant. Vingt minutes plus tard, il glissait la tête sous u n premier capot, avec le regard réprobateur de son patron dans le dos. L’estomac da ns les talons, une légère migraine de stress, Gary s’appliqua à travailler plus vite p our rattraper le temps perdu. La matinée fila sans qu’il s’en rende vraiment comp te. La pause de midi occupée par son casse-croûte fit reculer le mal de crâne et rendit à Gary un regain d’énergie pour entamer l’après-midi. Finalement, il ne s’en s ortait pas si mal. L’hiver approchant, le nombre de voitures en révisi on avait augmenté. Vidanges, vérifications des freins ou de l’antigel, et autres changements de pneus se succédèrent à un rythme soutenu, et l’ouvrier se retrouva avec surprise à dix-huit heures. — Tu peux y aller. Demain, j’espère que tu seras un peu plus efficace. Gary ne comprit pas trop la remarque. Il avait boss é comme un dingue, avait même pris un peu d’avance, pourquoi cette critique ? San s relever, il quitta le garage, pressé de rentrer. La migraine réapparaissait et la fatigu e lui tenait compagnie. * * * Le matin suivant, Gary se réveilla de nouveau en su rsaut. "Quelle heure est-il ?" Comme la veille, il se retrouvait avec une heure de retard. Pourtant, il s’était couché tôt, il avait vérifié le réveil – qui fonctionnait parfaitement – et il avait très bien dormi. Aucune raison d’émerger de la nuit aussi tard. La journée se calqua sur la précédente : course con tre la montre, reproches, et surcharge de travail pour arriver en fin d’après-mi di avec le sentiment du devoir accompli. Mais, là aussi, la déconvenue se révéla p areille.
— Je ne sais pas ce que tu as, mais va falloir que ç a change. Tu arrives en retard, et la dernière heure, tu fous rien. — Mais j’ai pas arrêté ! — Te perds pas en excuses. T’as intérêt à profiter d u week-end pour te reposer. Et lundi, sois à l’heure. Avec l’impression que la remarque signifiait : "tu ferais mieux d’arrêter de faire la fête", Gary repartit, vexé tout autant que perplexe . Charles cherchait-il une raison pour le virer ? Mais il n’y avait pas vraiment de motifs . Deux petits retards, ce n’était pas suffisant. Le jeune homme se savait efficace, et ja mais il n’avait rencontré le moindre souci avec son chef. Pourquoi, tout d’un coup, se v oyait-il reprocher un manque de motivation ? Peut-être ralentissait-il en fin de jo urnée sans même s’en apercevoir ? Gary se promit de remédier au problème. * * * Le samedi commença par une grasse matinée, puis un petit-déjeuner copieux, suivi d’une longue douche. Ces petites choses que le méca nicien avait dû zapper les jours précédents, il les savoura plus longtemps que prévu . Peu habituel de sa part, mais rien ne pressait : il se trouvait en congé après tout. A près quelques courses à la supérette, il s’installa devant un DVD et, détendu, profita de son film, les pépins récents disparus de son esprit. Les heures défilèrent sur un autre long métrage, pu is Gary se prépara pour sa sortie. Des amis l’attendaient à dix-sept heures po ur un verre chez Léon, le bistrot du coin, leur quartier général, même si lui s’y rendai t moins souvent depuis plusieurs mois. Mais aujourd’hui, encore un peu agacé de ses retards, Gary avait envie de s’amuser. Prêt à l’avance, il songea descendre la rue et arri ver avant tout le monde, mais renonça vite à son idée. Il n’aimait pas se trouver seul au bar, et devoir attendre ses potes ne l’enchantait pas. Non, il partirait pour s e pointer juste après l’heure, comme d’habitude. Seize heures cinquante-cinq : il avait le temps de grignoter un morceau. Lorsqu’il sortit de la cuisine, il jeta un œil à l’ horloge. Dix-huit heures passées d’une minute. Gary sursauta. Impossible ! Elle devait être détraquée. Prendre un morceau de chocolat dans l’armoire, se servir un café et le bo ire, ne pouvait avoir demandé plus d’une heure, tout au plus, le jeune homme était res té occupé dix minutes. Mais sa montre, son mobile, le réveille-matin, tous indiqua ient la même heure. Il avait dû mal lire l’horloge, et la bande allait se foutre de sa gueule, il n’y échapperait pas. Perspective si peu amusante que, l es yeux fixés sur la vieille pendule, il pensa un instant rester chez lui. Soudain, le cœur de Gary manqua un battement. Avait -il bien vu ? Peu avant, l’aiguille des minutes pointait le six, maintenant, elle se trouvait sur le huit. Mais le jeune homme n’en était pas sûr. Il pouvait avoir dé rivé dans ses pensées un moment. Ennuyé par les quolibets à venir, il avait rêvassé, c’était aussi simple que cela. Finalement, un scotch ou deux ne lui feraient pas d e tort. Déterminé, il rejoignit ses amis, fit le dos rond f ace aux sarcasmes, et engloutit d’une traite son premier verre. Au fond, c’était un e bonne idée : encore quelques rasades, et il se décontracterait, au taquet pour l a suite, un bowling avant de finir en boîte de nuit. — Oh ! Tu viens, mec ? On va pas passer la soirée ic i.