Passion triste
52 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Passion triste

-

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Description

Anna a 35 ans, elle est professeur de français au lycée international de Saint-Germain-en-Laye et sa vie sentimentale est un échec. En couple avec un écrivain brillant qui se désin-téresse peu à peu d'elle, elle se rebelle lorsqu'elle fait la rencontre d'un de ses admirateurs. Plusieurs événements : une entrevue avec la mère d'une de ses élèves, puis un déjeuner en famille, lui donnent l'occasion de se remettre en question. Elle se raconte alors sa propre histoire sous un jour nouveau.

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Informations

Publié par
Date de parution 05 février 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782336893082
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Déjà parus
Rue des Écoles
La collection « Rue des Écoles » est dédiée à l’édition de travaux personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique, politique, etc. Elle accueille également des œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques.
Déjà parus
Cohen (Olivia-Jeanne) & Pierre (Christophe), Musique et littérature, dialogue intemporel , 2020
Lohner (K.J.), La fugue des mots, 2020
Rey (Michel), Le Dossier jaune , 2020.
Bastien (Philippe), Marcel, la vie contraire , 2020
Laroque (Muriel), Erreurs de jugement , 2020.
Audouin (Jean), Churchill m’a tué. Une enquête à travers l’indicible histoire grecque contemporaine , 2020.
Quenin (François), L’école catholique , 2019.
Côté (Réjean), Dans les bras des ambivalences , 2019.
Renault (Anne), Si loin est l’horizon , 2019.
Le Milon (Jean-Renaud), Le révolte des animaux sauvages , 2019.
Vervaet (Chantal), Rideau , 2019.
Khim-Tit (Hélène), La Route de la joie ou La création d’une école en Inde , 2019.
Hochman (Natacha), Et qu’en pense le chien ?, 2019.
Mohtashami (Charles), Châteaux de sable , 2019.

Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.editions-harmattan.fr
Copyright


















© L’Harmattan, 2020
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-336-89308-2
Titre

Irène Lurçat





P ASSION TRISTE

Roman
Du même auteur
D U MÊME AUTEUR
Paris Gourmandises , éditions Parigramme, 1999, nouvelle édition février 2020.
Comment devenir une vraie Parisienne , éditions Parigramme, 2001.
T RADUCTION
Retours : journal de Budapest de Susan Rubin Suleiman, traduit de l’anglais, éditions Bleu autour, 1999.
Dédicace

À Dominique
C HAPITRE I
Smooth runs the river when the brook is deep
Plus tard, je devais repenser à ce moment précis où j’avais vu Viviane pour la première fois. Rien ne laissait croire que cette rencontre présageait d’autres changements ; qu’en somme, après avoir été mêlée à son existence pendant quelques semaines, je deviendrais une personne différente, qui cesserait d’avoir peur ou de se mettre en colère inutilement. Et qui saurait s’épargner les souffrances inutiles.
En repensant à cette conversation modeste, mais décisive, j’ai su que parfois certaines personnes jouent le rôle d’un messager, comme pour vous montrer quelque chose qui est à votre portée, mais que nous n’auriez simplement pas remarqué sans eux ; elle m’avait incitée à attarder mon regard sur sa fille Laura ; à partir du jour où Laura était devenue un des centres de mes interrogations, ma vie s’était mystérieusement et insensiblement transformée. Elle m’avait montré du doigt une vérité que je n’aurais pas vue toute seule, et cette vérité avait apporté un éclairage différent sur tous les événements de mon existence.
Mais voici le début de l’histoire. On frappe à la porte, je réponds « Entrez ! » Elle s’avance vers moi, menue dans une robe informe, le visage encadré de cheveux blonds délavés. Elle doit avoir cinq ans de plus que moi, près de quarante ans. Elle s’assied et pose son sac au pied de la chaise, tout près d’elle. Je ne sais quoi dans son geste évoque l’effroi. Je m’apprêtais à lui lancer une remarque acerbe, mais elle ne m’en laisse pas le temps.
« Je suis désolée, je vous prie de m’excuser pour ce retard. »
Sa voix est minuscule.
« Je suis tellement contrariée en ce moment… »
« Vous vouliez me voir au sujet de votre fille ? »
« Oui, c’est bien ça. »
Elle se ressaisit, me regarde dans les yeux.
Une impression fulgurante, « Elle a connu le désespoir. Elle pense, comme tous les désespérés, que n’importe quelle personne rencontrée peut porter en elle, comme par miracle, la moelle précieuse des sentiments humains, la bonté, la compassion et l’envie de soutenir son prochain. Elle rêve d’être sauvée. »
Elle m’avait envoyé un mail pour solliciter un rendez-vous. La mère de Laura Lambert ! Bien que je m’interdise tout intérêt superflu envers mes élèves, comme si c’était un péché mortel, je n’avais pu me défendre d’un mouvement de curiosité. C’est que justement, j’avais de la sympathie pour Laura. Ni effacée, ni « fayotte », comme certaines de ses camarades qui m’assommaient de citations et de critique littéraire. Je la trouvais originale. Et honnête. Avant ce rendez-vous, j’avais réussi à retrouver sa fiche bristol au milieu d’une pile de papiers qui s’amoncelaient sous mon bureau, en attente d’un improbable rangement.
Père : homme d’affaires
Mère : artiste peintre
Qu’attendez-vous de ce cours ? :
« Je voudrais apprendre à rédiger des dissertations en trois parties, elles-mêmes divisées en trois sous-parties de taille égale. Il serait utile pour moi d’en savoir un peu plus sur la technique du commentaire composé. Evidemment, si nous avons le temps de lire un roman, ou même un chapitre, je serai plus que satisfaite. »
J’avais souri en lisant cette fiche pour la première fois, souri de nouveau à la relecture, devant sa prose gentiment ironique. Sur la photomaton, Laura avait un visage ouvert. De jolis yeux bruns. Je m’étais aussi demandé à quoi pouvait bien ressembler sa mère. « Artiste peintre, mon cul », avais-je ajouté in petto , en guise de commentaire.
A Saint-Germain en Laye, une « artiste peintre » n’est pas une étudiante des Beaux-Arts qui démarche les galeristes et se nourrit de quaker oats ; non, c’est une femme oisive qui, après avoir consacré son temps à sa progéniture, décide soudain de se trouver une occupation. Et elle choisit la peinture, comme par hasard. Aussi devait-elle être grande, mince et sophistiquée, le visage figé par des crèmes au Botox et des nuits de sommeil insouciant.
Voilà ce que j’avais imaginé. Or Viviane Lambert, assise en face de moi, a un petit visage sensible et tourmenté. De larges cernes sous les yeux. Et rien de la belle assurance qui semble caractériser sa fille.
« Avant tout, je voulais vous dire que Laura apprécie beaucoup vos cours et m’a parlé plusieurs fois de vous, c’est pourquoi je me suis permis de faire appel à vous. Vous n’avez rien remarqué récemment, aucun changement chez elle ? »
Je réfléchis.
« Je n’y avais pas pensé. Mais puisque vous me posez la question… Au début de l’année, Laura était très passionnée, prête à s’impliquer dans tous les cours, à s’enflammer dès qu’un élève prenait la parole… cela fait quelques semaines que je ne l’entends plus. Elle s’est repliée sur elle-même. »
Tout en lui répondant, je me demande comment j’ai bien pu ne pas le remarquer plus tôt.
« J’ai pensé que c’était une saute d’humeur, je suis habituée aux tourments des ados. Mais vous vouliez m’en dire plus ? »
« Il s’est passé quelque chose de grave dans la vie de Laura, récemment, et elle ne manifeste rien, elle refuse de nous parler… je l’ai emmenée voir un psychiatre, elle l’a découragé par son mutisme. Elle a perdu tout contact avec son père et avec moi. Je sais qu’elle est très malheureuse. »
« Et quelque chose vous laisse croire qu’elle pourrait me parler, à moi qui suis sa professeur ? »
A-t-elle perçu l’agressivité dans ma voix ? J’ai failli lui dire, « laissez-moi tranquille. Je ne suis pas là pour aider qui que ce soit. Je suis là pour faire passer le bac français à une trentaine de jeunes plutôt ignorants. Avec moi, ils finissent toujours par obtenir de bonnes notes. En échange, je leur demande seulement de ne pas m’emmerder. »
Elle hésite, une ombre passe sur son visage.
« Vous connaissez Sophie, la meilleure amie de Laura ? »
Une image me revient, une jeune fille se précipite dans la salle de classe, les joues rouges, l’air si troublé et déterminé que je la suis des yeux ; elle s’arrête devant la table de Laura.
« Je crois que je vois de qui vous voulez parler. »
« Elle a eu un accident, il y a deux semaines. Elle a été renversée par une voiture. Elle est à l’hôpital, dans le coma. C’est depuis ce moment que Laura va mal. Je crois qu’elle se sent… coupable. »
« Comment pourrait-elle être coupable d’un accident ? »
« Je ne sais pas. Je n’y comprends rien. Laura se comporte exactement comme si c’était le cas. Pourtant, elle n’était pas avec elle au moment où ça s’est passé. »
Elle est assise en face de moi, la tête enfoncée dans les épaules, elle semble attendre que je prononce un mot magique. Et devant son mutisme et son chagrin de petite fille, quelque chose cède en moi soudain.
« Ecoutez, je veux bien essayer de faire quelque chose, dans la mesure du possible. Je vais tenter de nouer un dialogue avec elle en tout cas. Et je vous tiendrai au courant. »
Je rassemble mes affaires, enfile mon manteau, m’apprête à prendre congé.
« Je suis en voiture, je peux vous déposer quelque part ? »
Le claquement de ses talons résonne dans les couloirs vides, sa démarche guillerette contraste étrangement avec les propos qu’elle m’a tenus et je pense qu’il y a une heure, j’ignorais encore tout d’elle. C’est la première fois, en cinq ans, qu’un parent d’élève fait appel à moi.
Elle me fait monter dans sa Polo. En fermant ma ceinture de sécurité, je jette un coup d’œil rapide sur son visage, de profil et l’envie de la questionner me revient.
« Pourquoi est-ce que Laura aurait confiance en moi, plus qu’en sa propre mère ? »
Elle n’attendait que cet encouragement.
« C’est que je l’ai déçue récemment. Son père aussi d’ailleurs. Je ne sais pas si je dois vous raconter cela. Peut-être que c’est nécessaire, pour vous faire comprendre Laura.

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