Prisonnier

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297 pages
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Description

Entre l’athlétisme, ses amis et ses parents, Ren avait une vie parfaite et il ne l’aurait changée pour rien au monde. Pourtant, le destin va se jouer de lui et ébranler ses certitudes.

Arraché aux siens et vendu au mystérieux Maître des Jeux du Royaume d’Infeijin, Ren va découvrir un nouvel univers où le soleil n’existe pas, où les vampires règnent en maîtres, où les Lunes sont vénérées comme des dieux... et où être humain n’a rien d’une partie de plaisir.

Loin de se soumettre à sa nouvelle condition, Ren va se battre pour conserver sa dignité et regagner sa liberté. Mais pour cela, il devra se confronter à un obstacle d’envergure : le prince héritier du Trône de Ferin.

À la croisée des chemins, Ren devra pourtant faire un choix qui scellera à jamais le destin de ce monde.

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Publié par
Date de parution 10 septembre 2015
Nombre de visites sur la page 19
EAN13 9791092954760
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Faith Kean
Prisonnier Les chroniques de Ren – 1
MxM Bookmark
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Prisonnier
Sous la direction de :
CHRISTINE GAUZY-SVAHN
Relecture et adaptation par Danièle Mimbimi
MxM Bookmark © 2014, Tous droits résérvés
Illustration de couverture © Naty Sorokina
Mise en page © Mélody
* * * * *
Toute représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit est strictement interdite. Cela constituerait une violation de l'article 425 et suivants du Code pénal.
Carte du monde
1
Mon souffle était court, je n’en pouvais plus, les muscles tendus de mes cuisses demandaient un répit. Je voulais m’arrêter de courir, je voulais reprendre ma respiration. Mais si je m’arrêtais, la chose allait me rattraper. Je n’aurais su le dire avec précision, mais à un moment, je m’étais rendu compte que j’étais suivi. Je n’avais pas une imagination débordante, mais de nos jours, on avait tendance à se faire des films pour pas grand-chose. À présent, j’étais forcé de constater que mon imprudence m’avait mis dans une très fâcheuse position. La seule solution : continuer de courir, à en perdre haleine, sans réfléchir, sans essayer d’affronter cette chose qui me suivait inlassablement.
Je n’avais pourtant rien fait d’inhabituel, le train-train quotidien, la routine…
J’avais quitté le terrain un peu plus tôt avec quelques amis. J’étais dans l’équipe d’athlétisme depuis deux ans. J’étais l’un des meilleurs sprinters de mon groupe et nous étions arrivés deuxième aux compétitions de l’an dernier. Nous nous entraînions dur, jusqu’à tard le soir, pour gagner le titre cette année.
Dans l’équipe, on avait tous pris l’habitude de rentrer chez nous à pied. Une façon de détendre nos muscles durement éprouvés. Ainsi que le plaisir d’être entre potes, un peu plus longtemps. La course, c’était un sport individuel, mais notre coach avait toujours mis un point d’honneur à nous garder soudés. Pour les relais, la cohésion du groupe était toujours remarquable d’ailleurs. On ne s’en plaignait pas ; partager une passion avec une bande de gars doués, ça entretient la compétition, ça aide à s’améliorer aussi.
Pas de chance pour moi, cet entraînement venait justement de me mettre dans la panade ! Notre patelin n’était pas très grand et perdu au milieu d’une multitude de champs. J’avais grandi ici, et la plupart des parents de mes amis travaillaient dans des fermes ou travaillaient la terre. Pas tellement le cas de mes parents. Nous avions déménagé quand je n’étais encore qu’un bébé, quittant la grande ville que ma mère jugeait trop stressante pour élever un enfant. Mon père était comptable dans une grande entreprise de fournitures de bureau et ils avaient assez d’argent pour se trouver une belle maison perdue au milieu de… Eh bien, de rien en fait. Leur choix s’était porté sur une ancienne ferme, en bordure de la ville. Nous étions assez reculés pour être tranquilles tout en étant à proximité de l’école, de l’église et de petits commerces utiles. Voilà pourquoi je me retrouvais au beau milieu d’une route déserte, à un peu moins de vingt minutes à pied de la plus proche habitation, à courir comme un forcené dans l’espoir d’atteindre ma maison avant que la chose me rattrape. Elle m’avait cueilli quelques minutes après que j’eus quitté ma petite bande d’amis. J’aurais eu encore toutes les chances de m’en sortir à ce moment précis, mais j’avais vaguement cédé à une paranoïa stupide. Avant de m’en rendre compte, je m’étais fait avoir comme un bleu ! J’avais tout d’abord pressé le pas, par simple mesure de précaution, puis la panique m’avait peu à peu gagné. Plus que le sentiment d’être suivi, j’avais bien cru entendre des pas derrière moi. Alors je m’étais mis à courir, lentement dans un premier temps, juste de quoi me rassurer, puis de plus en plus vite, à mesure que devant moi ne s’étendaient plus que des champs à perte de vue et plus une seule maison. J’avais pensé faire machine arrière, retourner sur mes pas, mais je devais précisément m’éloigner de la personne qui trouvait un malin plaisir à me foutre les jetons. J’avais bien envoyé les répliques habituelles, celles qu’on entend dans les films d’horreurs : « Si c’est une blague, c’est pas drôle ! » Bon, c’était exagéré, mais à cet instant, je ne tournais plus vraiment rond. Puis j’avais vu cette ombre, sortie de nulle part telle une vague menaçante. Elle s’était brusquement jetée dans ma direction. J’avais eu le bon réflexe, celui de me mettre à courir à toutes jambes. Mais très vite, je m’étais rendu compte que je n’arrivais pas à la semer. Elle
parvenait à me suivre où que j’aille. Je n’avais pas d’autre choix que de courir en ligne droite, sur une route de campagne déserte à cette heure. Je n’étais sûr de rien, mais cette chose derrière moi était une menace. On ne surgit pas ainsi du trou du cul de rien du tout, juste pour dire bonsoir à un passant ! Donc oui, j’étais bel et bien en danger et, non, je ne devais pas m’arrêter pour en être certain ! De plus, l’ombre ne faisait aucun autre bruit que ceux de ses pas dans mon dos. Autrement dit, elle me poursuivait. Point à la ligne.
Je pouvais courir un long moment à un rythme soutenu, mais pas n’importe comment, or c’était précisément ce que j’étais en train de faire : courir n’importe comment ! J’étais à bout de souffle, conscient que je ne tiendrais plus très longtemps à ce rythme. Ma cage thoracique brûlait littéralement. Je finis par me résoudre à l’inévitable : je ne pouvais pas courir indéfiniment. Priant pour que les choses s’arrangent d’elles-mêmes, ou qu’une voiture déboule à toute vitesse pour me sauver la peau, je m’arrêtai au bord de la route.
Dès que je me fus arrêté, je me pliai en deux, les mains sur mes cuisses pour essayer de me reprendre. Je n’avais jamais été dans un tel état et ce même après une course. Je n’osai même pas me retourner, de peur de voir en face ce qui allait fatalement me tomber dessus.
— Ce petit jeu commence à m’agacer.
Je fis volte-face en sursautant, le cœur battant à tout rompre, et découvris la silhouette sombre de ce qui m’avait pourchassé sans relâche. C’était un homme, de grande taille, entièrement recouvert d’une cape et d’un capuchon qui cachait son visage. Je ne l’avais pas entendu arriver, il n’avait pas fait un bruit. J’étais pourtant sûr d’avoir mis une certaine distance entre lui et moi, mais… Il m’avait rattrapé sans que je l’entende venir. Je repris mon souffle à fond pour crier, mais il anticipa ma réaction et, en une seconde, il se retrouva devant moi, sa main plaquée sur ma bouche. D’un geste, il me ramena contre lui, mon dos contre son torse. Je me mis à me débattre, mais sa force était monstrueuse et il me maintenait sans mal alors que je donnais des coups de pied et des coups de coude, ruant en tous sens comme un animal sauvage.
— Vas-tu rester tranquille ?!
Ça, pas question ! Je levai le pied droit et l’abattis de toutes mes forces sur le sien, essayant d’écraser ses orteils plus sensibles que le pied lui-même. Ce qui eut pour seul effet de lui faire pousser un soupir ennuyé. Il me souleva d’un bras, entourant mes hanches pour ne plus que je touche le sol. Il serra davantage autour de ma taille et je manquai d’étouffer ; il me faisait mal et j’avais des difficultés à respirer. J’arrêtai de me débattre en espérant qu’il desserrerait sa prise, mais il se contenta de murmurer : — Oui. C’est bien, reste sage. Tu n’as aucune chance de m’échapper maintenant. Rien ne sert d’insister… Tu as perdu. Mais perdu quoi ?! Bon sang, qu’est-ce que ce malade me voulait ?! C’était peut-être un psychopathe, comme on en voyait à la télévision, ce genre de mec pervers et dérangé qui tuait à tour de bras après avoir joui de la peur de leur victime… J’étais sa victime ?! Je le sentis se pencher un peu. Que faisait-il ?! La panique me reprit de plus belle quand l’homme quitta le sol sans difficulté, me tenant toujours contre lui, s’élevant à plusieurs mètres au-dessus du champ qui longeait la route. Comme s’il volait, mais il n’avait que sauté, sauté très haut, trop haut ! C’était impossible ! Irréel ! Ce type était un monstre ! Je réagis au quart de tour cette fois et utilisai mon dernier recours. Je lui mordis la main de toutes mes forces, plongeant mes dents dans sa chair froide. — Tsss ! Il relâcha ma bouche au moment où nous touchâmes à nouveau la terre ferme et je me penchai en avant, recommençant à me débattre. — Au secours ! À l’aide ! Au secou…
En une seconde, la main fut de nouveau sur mes lèvres.
— Petit con ! Vas-tu te tenir tranquille ? Qui peut t’entendre ici ?
Je restai pétrifié par sa voix : elle avait changé, devenant plus sombre, caverneuse. Je ne pus réprimer un tremblement. Il me tira en arrière et m’assena un coup dans le ventre. Le souffle coupé, je m’effondrai presque au sol, cherchant à respirer sans vraiment y parvenir. Il en profita pour me reprendre en main et me soulever à nouveau.
Il n’attendit pas que je me remette et sauta à travers les blés. Il me tenait juste par le ventre, l’avant de mon corps et mes pieds suspendus dans le vide. Je crus que j’allais vomir à chaque saut dans les airs, mais la bile restait coincée dans ma gorge. À présent, même si l’envie de crier était irrésistible, j’en étais incapable. J’avais peur de me débattre, peur qu’il me lâche. Il sautait de plus en plus vite et avec plus de facilité, car maintenant je ne bougeais plus, je n’étais qu’un poids mort sous son bras. Comme un sac de patates qui n’aurait pas pesé plus lourd qu’une plume !
Il finit par nous mener bien loin de ce que je connaissais, loin des lumières et des habitations. Il cessa son jeu de Spiderman sans fils dans un coin encore plus paumé que ne l’était la route que nous avions quittée. Il y avait une voiture qui attendait sur le bas-côté d’un sentier en terre battue, phares allumés et moteur ronronnant. Il se dirigea vers celle-ci à grands pas rapides. Il ouvrit le coffre et me balança à l’intérieur sans autre forme de procès et sans que je puisse réagir, trop retourné par ma visite nocturne des champs en planant. Mais une fois dans le coffre, je me rebiffai, me redressant d’un bloc.
— Non ! Laissez-moi partir ! — T’as été sage jusque-là, reste le ! Il me plaqua sans mal au fond de l’habitacle et, cette fois, je n’eus pas le temps de me redresser. Le coffre se referma sans que je puisse l’en empêcher. — Laissez-moi sortir ! Ouvrez ! Pitié, laissez-moi partir ! Je m’étais mis à trembler sans pouvoir me contrôler : j’étais dans le coffre d’une voiture, je venais d’être enlevé par quelque chose de non-humain qui avait une force redoutable et qui sautait de champ en champ. Une chose pas humaine… Pas humaine ! La panique redoubla et je me mis à donner des coups partout autour de moi, frénétiquement et inutilement. Puis je cherchai à tâtons un quelconque objet, une clé à molette, des outils qu’on trouve généralement dans un coffre, n’importe quoi qui aurait pu me servir de protection. Mais il n’y avait rien. J’eus alors la sensation d’étouffer. Mon cœur battait si fort dans ma poitrine que je le sentais frapper contre ma cage thoracique. Je n’avais jamais eu aussi peur de toute ma vie. Je n’étais pas du genre à prendre peur facilement et pourtant je n’avais pas l’allure d’un bagarreur. J’étais de taille moyenne, plutôt svelte et élancé. Un corps parfait pour la course et la rapidité. J’avais beaucoup de caractère et je ne me laissais jamais marcher sur les pieds pour autant. C’est comme ça que j’avais gagné le respect de mes amis. J’avais davantage le physique d’un martyrisé – pour mon plus grand bonheur, ça n’avait jamais été le cas.
Mais maintenant, je me sentais comme un petit oiseau faible, aux prises d’une grosse bête dangereuse. J’étais pris au piège. La voiture roulait depuis un moment déjà, mais je ne commençai à le sentir vraiment que lorsque les à-coups de la route me firent me cogner plusieurs fois dans le coffre.
— Laissez-moi sortir !
J’entendis la voix de mon kidnappeur et je ne pus retenir un frisson.
— Crie autant que tu veux, ici personne ne t’entendra.
— Espèce de connard ! Laissez-moi sortir tout de suite !
Je n’eus aucune réponse et je cessai bien vite de hurler ; j’étais loin d’être claustrophobe, mais la panique aidant, je me sentais mal. Je restai donc sans bouger et sans faire de bruit durant le reste du trajet. Je me préparai quand même à la sortie. J’aurais peut-être une chance de m’échapper à ce moment-là.
Le voyage dura un certain temps, et plus le temps passait, plus je perdais contenance. Je m’éloignais de la ville et donc de mon chez moi. Ma mère et mon père devaient s’être aperçus que quelque chose n’allait pas. Ça faisait bien une demi-heure, peut-être plus, que j’aurais dû être à la maison. Ma mère avait sans doute posé le plat du jour dans le four. Si j’étais rentré à la maison, elle me l’aurait réchauffé et, à l’heure actuelle, je me serais trouvé attablé devant un bon repas. Mais voilà, je n’étais pas là-bas mais dans le coffre d’une voiture qui filait je ne savais trop où ! Bon, la situation aurait pu être pire… Ce taré aurait pu me blesser, me battre à mort, me tuer tout de suite, mais non, il avait pris soin de ne pas me faire mal. Oh joie de l’optimisme : voir le verre à moitié plein et non à moitié vide ! Je me retournai tant bien que mal dans la voiture de façon à me mettre à quatre pattes, j’avais tout juste assez de place pour ça. La tête vers la sortie, un genou sous mon ventre. La position pour un départ de course. Bien sûr, je n’avais pas la place pour qu’elle soit parfaite, mais dès que le mec ouvrirait le coffre, je lui tomberais dessus de tout mon élan. Il allait s’en prendre une méchante dans la gueule, ça c’était sûr ! Parce qu’il n’était pas question que je me laisse faire. Même si mes efforts se résumaient à presque rien, faire quelque chose valait toujours mieux que rien du tout. Je me pris plusieurs coups avant que la voiture ne finisse par s’arrêter. J’entendis les portières claquer deux fois, sans doute le conducteur et mon kidnappeur. Ils étaient donc deux. Tant pis, je ferais au mieux ou avec, tout dépendait du gabarit du conducteur. J’entendis leurs pas, ils discutaient. Entre eux ? Sans doute. Je n’entendais rien d’autre qu’eux et ça me foutait la trouille. Peut-être étais-je au milieu d’un bois loin de tout et allaient-ils me torturer et me tuer… Oh bon sang, pourquoi moi ? Je m’étais foutu dans une de ces merdes ! Les pas se rapprochèrent et je sentis une pression sur la voiture. Il allait ouvrir, je me tenais prêt. Je devais m’attendre à tout, un bois, un parking, un garage, ce pouvait être n’importe où… Le déclic se fit et, lentement, le coffre s’ouvrit. Je n’attendis pas qu’il se rende compte de ma position, je poussai sur mes jambes de toutes mes forces – et pour un coureur, la force dans les jambes, c’est le principal. Il était juste devant moi et mon épaule lui rentra dans le ventre si fort qu’il recula d’un pas.
Je profitai de son étonnement et de son manque de réaction pour me rétablir, puis me mis à courir. Je fis à peine deux pas que je m’arrêtai net. Tout autour de la voiture, ou plutôt tout autour de moi, d’autres hommes attendaient. Ils avaient tous le regard sur moi, mais ce qui m’avait pétrifié sur place, c’était leurs yeux : rouge vif et brillant légèrement dans l’obscurité.
Ils resserrèrent leur cercle pour m’empêcher de passer entre eux, je reculai jusqu’à ce que la voiture m’empêche d’aller plus loin. Qu’est-ce que c’était que ça ? Où étais-je tombé ! L’homme qui m’avait enlevé s’avança vers moi, et je décidai de tenter le tout pour le tout et de foncer dans le tas ; je n’avais rien à perdre. Je m’élançai à toute allure, mais dès que j’eus atteint la véritable barrière humaine, je m’aperçus qu’il n’y avait pas que leurs yeux d’étranges : ils avaient une force redoutable. J’essayai de passer entre deux d’entre eux, mais d’un bras, l’un m’arrêta net, me coupant le souffle en niveau du thorax, et un autre plaqua deux doigts sur ma gorge et je ne pus plus respirer. Je me sentis partir en arrière comme dans du coton. Quelqu’un m’attrapa par les épaules, celui qui m’avait frappé au thorax, et me fit atterrir en douceur sur le sol, ma tête sur sa cuisse.
Il passa une main sur mes cheveux, doucement, comme pour me calmer, et je ne m’aperçus qu’à ce moment-là que je geignais pitoyablement, apeuré, laissant mon regard aller de gauche à droite, complètement paniqué. Le visage de celui qui me tenait apparut devant moi. Il
continuait de me caresser les cheveux. — Allons, allons, du calme, tout va bien… Je poussai une nouvelle plainte : celui qui m’écrasait la gorge me faisait un mal de chien. J’arrivais à peine à respirer. — Tu vas rester tranquille maintenant ? Je clignai deux fois des yeux pour dire « oui », je n’avais pas le choix. J’avais raté ma chance, je ne pouvais rien faire d’autre. Il dut comprendre mon message, car d’un regard, il demanda à l’autre de me lâcher. Je me mis à tousser et l’autre m’aida à m’asseoir. J’avais l’impression de suffoquer. — Voilà, voilà… Nous sommes un petit garçon très sage et nous ne faisons pas de bêtises. Il se releva, me laissant à terre. Pourquoi se sentait-il obligé de me parler comme si j’étais un gosse ? — Hé, Roarsha, il est à toi ! L’homme s’éloigna et mon kidnappeur réapparut. Il s’accroupit devant moi et m’ébouriffa les cheveux. — Eh bien, eh bien, t’es un sacré numéro. — Laissez-moi… partir…
— Ça ne va pas être possible.
Il m’agrippa par les hanches et me bascula sur son épaule comme un vulgaire sac de patates. Je n’avais plus vraiment envie de résister – du moins, l’envie ne m’en manquait pas, mais le moyen… J’étais dans la merde. Je me contorsionnai pour regarder devant moi et je vis une immense maison ou plutôt un manoir, un bâtiment énorme dont les deux portes de devant étaient grandes ouvertes.
L’homme nous y fit pénétrer et de là, un autre vint vers moi – celui qui m’avait caressé les cheveux. Il me sourit, amusé. Il plaça un bandeau sur mes yeux et se mit à le nouer derrière ma tête. — Nous ne voudrions pas effrayer notre cher petit. Vas-y, Roarsha. L’autre se remit en marche, me portant comme un simple sac. Je ne savais pas où il m’emportait, mais j’étais sûr que nous passions plusieurs salles, car j’entendais successivement des discussions entrecoupées de silence brisé par l’écho des pas de mon kidnappeur. — Où est-ce que vous m’emmenez ? — Tais-toi !
— Espèce de connard ! Laissez-moi partir tout de suite !
— Ferme-la ou on te bâillonne !
Je me tus sur l’instant. Enerver son kidnappeur n’était pas la meilleure façon de rester en vie. Je me laissai ballotter, puis je sentis que l’homme descendit des escaliers. Je sentis aussi la température baisser, une odeur d’humidité vint me titiller les narines et je commençai à désespérer. J’entendis des bruits de chaînes que l’on bouge, des bruits de respiration aussi, des raclements de gorge. Le bruit de portes rouillées qu’on ouvre, et puis l’homme se pencha et me laissa tomber doucement au sol. Il prit mon poignet droit, referma un gros anneau froid autour de celui-ci et fit de même pour le gauche. Il me retira ensuite le bandeau. Il se tenait accroupi en face de moi.
— Maintenant, tu vas rester ici, mon petit. Bien sage…
— Allez vous faire foutre ! Je veux sortir d’ici !
— Tu sortiras bientôt, et tu le regretteras…
Il leva une main pour caresser mon visage, je fermai les yeux. J’avais eu peur qu’il me frappe, mais la main fut douce. — Pauvre petite chose. — Laissez-moi !
J’essayai de le mordre, à défaut de pouvoir le frapper ; il m’avait attaché les poignets à une chaîne et je ne pouvais même pas me lever. — Tu seras un lot de choix. Je ne cherchai pas à comprendre et le regardai s’éloigner de moi. Je m’aperçus alors qu’il sortait d’une cage dans laquelle je me trouvais. La porte fut refermée et l’homme qui m’avait bandé les yeux s’assura qu’elle était bien verrouillée. — Celui-là m’a donné du mal ! — Ils ne le peuvent pas vraiment… — Oui, mais pour un humain, il est rapide et il a plein d’idées pour s’échapper… Nous devrons le garder à l’œil. — Ne t’en fais pas, je suis là.
— Prends soin de lui…
Le kidnappeur repartit par où nous étions venus – du moins, je le supposai – alors que l’autre disparaissait dans l’ombre de la salle. J’avais du mal à savoir où je me trouvais. Tout était sombre, juste éclairé par quelques bougies. Je remarquai aussi que je n’étais pas le seul ici, du moins pas le seul humain. Il y avait d’autres cellules dans lesquelles je voyais bouger des formes qui, comme moi, étaient abattues au sol. Je tournai la tête, juste à côté, et vis un autre garçon, brun. Il me regardait aussi, mais il y avait chez lui une chose que je n’avais pas… quelque chose au fond du regard… de la désillusion.
Je me penchai vers lui et murmurai pour ne pas qu’on nous entende.
— Hé ! Tu sais où nous sommes ?
Il soupira et baissa les yeux.
— Non, je sais pas.
— Comment tu t’appelles ?
Il ne me répondit pas. Je me mordis la lèvre et essayai de m’avancer vers lui.
— Moi, je m’appelle Ren…
L’autre leva les yeux, prit une inspiration un peu tremblotante et me répondit. — Ethan. — Ah… Ethan, t’es là depuis longtemps ? — Je sais pas… quelques jours. J’ai été déplacé. — Déplacé ? — Oui, j’ai été enlevé… ailleurs. On m’a gardé dans une cave comme celle-ci un certain temps… puis on m’a mis dans un coffre de voiture et amené ici… il y a quelques jours… je pense. Je sais pas, on ne voit pas le temps passer ici. — Je vois… Qu’est-ce qu’ils veulent faire de nous ?
— J’en ai entendu un parler d’un marché… et estimer des prix. — Des prix ? Mais sur quoi ? — Sur nous. — Ils… ils vont nous vendre ?! — Chut !