Rémanence
260 pages
Français

Rémanence

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260 pages
Français

Description

Adam vit dans une petite cabane en bois au milieu du désert. Il a ses habitudes et tente de survivre dans cet environnement hostile. Mais Adam est seul. Il le sait, le monde est désormais dépeuplé. Certains matins pourtant, une silhouette apparaît à l'ouest, au sommet des falaises. Adam a déjà tenté de l'approcher mais celle-ci disparaît à chaque fois. Intrigué par ce mirage persistant, il quitte tout et marche vers l'ouest, convaincu qu'il trouvera au bout de sa route les réponses à toutes ses questions.
Un long voyage ponctué de découvertes et de rencontres mais qui ne sera pas sans conséquences : de mystérieuses entités, les ombres rampantes, sont désormais sur ses traces…

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Informations

Publié par
Date de parution 27 novembre 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782140136337
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

RÉMANENCE Bernard JOSEPH
Adam vit dans une petite cabane en bois au milieu du désert.
Il a ses habitudes et tente de survivre dans cet environnement
hostile. Mais Adam est seul. Il le sait, le monde est désormais
dépeuplé. Certains matins pourtant, une silhouette apparaît à
l’ouest, au sommet des falaises. Adam a déjà tenté de
l’approcher mais celle-ci disparaît à chaque fois. Intrigué par ce
mirage persistant, il quitte tout et marche vers l’ouest, convaincu
qu’il trouvera au bout de sa route les réponses à toutes ses RÉMANENCE
questions.
Un long voyage ponctué de découvertes et de rencontres Roman
mais qui ne sera pas sans conséquences : de mystérieuses
entités, les ombres rampantes, sont désormais sur ses traces…
Bernard JOSEPH est né à Paris. Diplômé en archéologie orientale, féru de
sciences et de littérature, il signe avec Rémanence son premier roman.
Photo de couverture : © Andreas Fink - 123rf.com
SCIENCE-FICTION
ISBN : 978-2-343-18362-6
23 €
Bernard JOSEPH
RÉMANENCE











Rémanence





Miroirs du réel
Collection fondée et dirigée
par Benoît MACQUART


La collection « Miroirs du réel » vous offre un concentré
d’imaginaire comme vous n’en avez jamais vu. Loin d’un
fantasme de divertissement dans lequel nous pourrions nous
réfugier pour fuir les réalités du monde, elle nous montre au
contraire, à travers ses textes, que l’imaginaire doit être perçu
comme une extension du réel à des horizons plus vastes que
ce à quoi le quotidien nous habitue.

Des mondes féeriques de la fantasy jusqu’aux confins des
univers de science-fiction, des atmosphères inquiétantes de
récits fantastiques aux imaginaires exotiques venus de
l’étranger, jusqu’aux récits de jeux de rôles, « Miroirs du réel »
propose à travers les multiples reflets de ses séries un univers
démultiplié et foisonnant d’imagination.

Dernières parutions

Kwamé MAHERPA, Éthiopiales, nouvelles, 2019.
Sandrine GARBUGLIA (texte et adaptation), Histoires tombées d’un
éventail, Contres traditionnels humoristiques japonais, répertoire du
rakugo, 2019.
J.-D. BOURGOIN-JAL, Le finaliste, roman, 2019.
Cyril SCHE SULKEN, Fatalis, Tome 1 : Temps de malheur, roman,
2019.
Thierry CLADART, Les hasards de la célérité, roman, 2019.
J.-H. ROSNY AÎNÉ, Les navigateurs de l’infini, roman, 2019.

Bernard Joseph














Rémanence

roman




















































































































































































































© L’Harmattan, 2019
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-18362-6
EAN : 9782343183626
« À la mémoire de Paul Fauberger :
Pour qu’à chaque nouvel horizon
se découvrent de nouvelles interrogations » PROLOGUE
Dans une pièce exiguë aux murs blancs, un homme se tenait assis face à un
autre homme. La lumière vive d’une ampoule irradiait la pièce d’un éclat aveuglant.
Le premier homme était jeune : ses mains étaient posées à plat sur la table, ses
poignets maintenus par des sangles. Le regard vague, sa tête tombait en avant.
Le deuxième homme était âgé : une longue barbe grise se confondait avec sa
chevelure dense. Ses yeux étaient d’un bleu clair et profond. Il observait l’homme
jeune. Il le salua. Sa voix était douce et grave.
Patient no7
J’ai encore fait ce rêve.
Le Vieil Homme
Était-il plaisant ?
Patient no7
Non, un cauchemar.
Le Vieil Homme
T’en souviens-tu ?
Patient no7
Pas vraiment. Je sais seulement que c’est le même cauchemar.
Encore et encore.
Qui êtes-vous au juste ?
Le Vieil Homme
Parle-moi de ce rêve. Essaye, je te prie.
Patient no7
J’en suis incapable.
Qui êtes-vous ? Quel est cet endroit ? Le Vieil Homme
Fouille ta mémoire. Des détails devraient te revenir.
Patient no7
J’ai essayé…
Ce cauchemar est une malédiction. Lorsque je crois saisir un
événement, il se dissipe. Ce n’est plus lui. Peut-être un autre. Je ne sais
plus. Un détail revient, se transforme. La réalité me rattrape. L’angoisse
me gagne. Un nouveau détail, puis un nouveau encore, pour former
un monceau de songes et tout disparaît.
L’angoisse. Il ne me reste que l’angoisse.
S’il vous plaît, qui êtes-vous ? Répondez-moi…
Le Vieil Homme
Quelles sont ces angoisses ? Que ressens-tu ?
Patient no7
Je me sens seul.
Le Vieil Homme
Tu n’es pas seul.
Patient no7
Parce que vous êtes assis en face de moi ?
Existez-vous vraiment ?
10

UNE PETITE CABANE EN BOIS
*

Le ciel était d’un bleu azur ce matin-là. Un bleu profond, obscur et
lumineux, de ce bleu singulier qui enveloppait le monde et qui à
l’horizon s’habillait d’une pureté transparente.
Nulle trace d’un nuage égaré.
Un ciel bleu que rien ne troublait.
Lisse, infini, brûlant.
À son zénith, le soleil éclaboussait un paysage de rocailles, de dunes
et de sable qui s’écoulait en cascades depuis les falaises de grès
rougeoyantes ; ces fantastiques falaises sculptées par le temps et les
mers évaporées. Ces falaises qui faisaient rempart autour de ma petite
cabane en bois.

*

Un détail me revint :
Un mur de sable fondait sur moi.
Tétanisé autant que fasciné par ce spectacle dévastateur,
qu’auraisje pu faire ? Qu’aurais-je dû faire ? Pas un endroit où me réfugier, pas
même un abri où me protéger de la tempête qui allait s’abattre sur mon
pays.
Elle était vaste. De la terre desséchée jusqu’aux cieux, d’un bout à
l’autre de la courbure du monde, rien ne freinait sa course folle. Un
monstre gargantuesque marchant dans ma direction et qui ne
m’épargnerait pas. J’étais poussière et redeviendrais un grain parmi les
grains, oublié de ses entrailles rugissantes.
Le mur de sable me frappa. Mes bras ne suffirent pas à me protéger.
Le sable me balafra le visage et mon corps se couvrit de plaies, soumis
à la puissance destructrice qui balayait mon désert.
Je me souvenais de certains instants de ma vie. Ceux qui avaient
compté. Ce n’était pas, comme au dernier soupir, le soulagement d’une
épreuve qui s’achevait enfin. Seulement une angoisse, une de celles qui
se nourrissaient de vos regrets, de tout ce qui était demeuré inaccompli.
11 Je m’écroulai, inconscient.
*
Quel était mon nom ?
Je pensais me nommer Adam.
D’où je venais ? Je l’ignorais.
Je me nommais Adam.
C’était le nom que l’on m’avait donné.
Je vivais là, dans ma petite cabane en bois.
Ma petite cabane que j’avais bâtie de mes propres mains avec le bois
mort et séché abandonné au désert. Je l’avais bâtie près d’un
insignifiant étang salé.
L’eau était impropre, saumâtre et nauséabonde.
Les algues qui y survivaient, indigestes.
Une source jaillissait pourtant près d’un gros rocher. Un fin filet
s’écoulait jusqu’à l’étang et étanchait ma soif, quand à midi le soleil se
faisait impitoyable.
Le soleil brûlait ma peau.
Elle était rêche et parcourue de crevasses. Elle pelait, tombait en
lambeaux puis était emportée au loin par les bourrasques.
Étais-je seul ?
Seul à contempler ce paysage depuis ma cabane en bois ?
J’avais construit un ponton qui s’avançait gauchement sur les eaux
plates de l’étang. Les falaises m’entouraient. Les dunes entouraient les
falaises et le sable s’étendait à perte de vue.
J’étais seul.
Or il y avait des matins où, dans la fraîcheur paisible de l’aurore
naissante, je discernais une silhouette. Elle se tenait droite, un peu
vaporeuse. Elle m’observait du haut des falaises pour disparaître
ensuite comme un mirage que l’on aurait approché de trop près.
Je ne m’en approchais jamais. Je la regardais uniquement car elle
finissait toujours par disparaître.
12
Cette silhouette était belle. Il s’agissait d’une femme.
Pourquoi une femme ?
Je ne connaissais pas de femme.

Je ne voulais pas qu’elle disparaisse.
Sa présence m’apaisait. Elle me soulageait, me réconfortait.
Je devinais une robe blanche jouant avec la brise matinale, comme
un linge étendu sur un fil entre deux peupliers. Ses cheveux avaient la
couleur du blé, sa peau était très pâle et ses mains jointes sur sa robe
me semblaient d’une douceur exquise.
Son regard se dissipa dans un éclat de lumière.
La silhouette avait disparu.
Je la reverrais le lendemain matin dès l’aube.
Peut-être.

Il n’y avait pas beaucoup d’activités dans le désert. Les après-midis
arrosés d’un soleil harassant interdisaient toute sortie.
Le matin et la nuit, je m’adonnais à mes principales occupations.
Lorsque le soleil achevait sa course, plongeant mon pays dans un
crépuscule orangé, la vie qui le jour faisait tant défaut au désert
renaissait. Elle n’était pas visible. Bien trop discrète. Bien trop
précieuse. Celui qui savait écouter entendrait un cri lointain, un
bruissement d’aile ou un appel. Le vent chassait aussi le sable en
suspension dans l’air pour livrer sa plus belle fresque : un ciel étoilé. Il
captait mon regard et je m’en abreuvais. Invariablement le même,
quoique jamais tout à fait identique.

J’avais marché une heure durant à travers les ravines et les canyons.
La lune était ma lanterne. Elle projetait mon ombre sur les parois
encore chaudes, évitant les crevasses et la caillasse tranchante ainsi que
je le faisais moi-même. Mon ombre m’accompagnait, me suivait, était
semblable à un bon camarade, acolyte silencieux et fidèle. Avec moi,
elle posait les pièges que je venais vérifier le lendemain.
Il était tard. Avant de m’en retourner vers ma petite cabane en bois,
je ramassai une pierre et je traçai des formes sur une paroi rocheuse.
Je racontai ma vie.
Je racontai aussi celle du monde.
13 Celle que Paul m’avait racontée. Il m’avait confié un jour que le
monde avait connu, il y a longtemps, un roi. Il gouvernait au sommet
d’une tour. Elle n’avait pas été érigée par lui car ce roi à l’origine était
un bouvier. Une année, la famine avait frappé le monde plus durement
que les années précédentes. Il avait suffi d’un grain en moins dans les
silos, d’un épi sans semence, pour que des hommes affamés se
rassemblent et jettent l’opprobre à leur roi.
Cette tour n’était pas celle du bouvier.
La pierre fermement ancrée dans ma paume, je traçai la silhouette
de cet homme au pied d’un monolithe. Je gravai à ses côtés les lignes
d’un auroch. Le bouvier bienveillant le guiderait à l’aide de son bâton
de berger. Il chasserait les prédateurs, le ferait paître dans les champs
et le raccompagnerait le soir dans son enclos. Il était son unique bien.
Je me demandais si le bouvier aurait pu voir les ombres rampantes
qui hantaient mon monde. Aujourd’hui, elles se tenaient à l’écart. Mais
elles reviendraient me visiter, je le savais.
Il y avait un lit de terre rouge au sol. J’en collectai une poignée, puis
j’ôtai la gourde remplie d’eau à ma ceinture et la mélangeai à cette terre
rouge. La terre et l’eau formèrent une bouillie dense que j’aspirai. Je ne
l’avalai pas. Je plaquai ma main sur la roche et crachai la mixture dessus.
Je retirai ma main et je vis ses contours. La chaleur du désert les
conserverait.
Je reproduisis le soleil, un astre ou une étoile. Il y avait aussi les
vautours. Le désert en était rempli. Ils étaient le peuple funeste de ce
monde aride. Je ne les appréciais que très peu mais lorsque je les
observais voler, déclinant des cercles dans le ciel, je me sentais moins
seul.
Avant de partir, je tentai de dessiner l’étrange femme qui me rendait
visite le matin. Cette femme m’obsédait. J’aurais aimé pouvoir saisir un
trait de son visage. Un infime détail aurait nourri mon imagination. Je
n’y parvins pas. Cela m’attrista.
Je laissai donc mon histoire derrière moi et m’en retournai vers ma
petite cabane en bois. Sur la route, je cueillis les fruits d’un opuntia. Je
n’aurai pas faim cette nuit.
14
La lune se reflétait sur les eaux troubles de l’étang salé. J’avais posé
une chaise au bout du ponton et je regardais à présent vers l’Est. Il y
avait au loin un défilé d’abruptes falaises. Le canyon était suffisamment
large pour y déceler la lueur timorée des étoiles. Ainsi je contemplai
Orion, la constellation caressant l’horizon.

*

L’épaule gauche d’Orion était plus lumineuse ces dernières
semaines, détectable même en plein jour. La nuit, elle éclipsait ses
voisines proches. Ce phénomène avait pour beaucoup pris une
tournure tragique. Pour les rares initiés, sa luminosité était devenue un
spectacle extraordinaire. Tous les regards s’étaient braqués vers
l’Orient et l’on attendait.
Qu’attendait-on ?
Que cela cesse ou bien que cela lasse.
Paul n’était pas du genre à s’inquiéter, ni d’ailleurs à s’y intéresser
plus que la majorité. Il l’observait, parce qu’elle offrait une alternative
au soleil. Elle brisait la monotonie du ciel diurne, autant qu’elle
soulevait une vague de fascination ; un entre-deux défini par quelque
chose ayant été et quelque chose n’étant plus.
— Alors dis-moi, petit futé, me demanda Paul en m’assénant un
coup de coude dans les côtes, tu ne l’avais pas prévue, celle-là ?
Assis tous deux sur l’aplomb d’une falaise, nos pieds se balançaient
dans le vide. Nous avions vue sur l’immensité de la vallée, qui s’effaçait
lentement dans la nuit. Ce n’était pourtant pas elle qui captait notre
attention. Les yeux rivés à l’Est, nous avions attendu que le soleil se
couchât pour pouvoir contempler l’étoile mourante dans toute sa
splendeur destructrice.
— Détrompe-toi, dis-je. Les astronomes avaient déjà constaté il y a
longtemps que son diamètre avait diminué sans que l’on puisse à
l’époque en expliquer la raison. Il était en train de se passer un
événement incroyable. Si…
— Tu parles de Bételgeuse ? me coupa-t-il fièrement.
— Oui, Bételgeuse. C’est une super géante rouge mille fois plus
grosse que le Soleil et près de cent mille fois plus lumineuse. Ce que
nous voyons en ce moment s’est passé il y a près de six siècles. Elle
15 finira par se réduire en un astre d’une vingtaine de kilomètres de
diamètre : une étoile à neutron !
— T’as bien révisé tes fiches.
— Plus que toi, c’est sûr.
— C’est marrant…
— Quoi donc ?
— Cette fois-ci, c’est peut-être moi qui vais t’apprendre quelque
chose. Savais-tu que bethel en hébreu signifie Maison du Dieu ?
— Non. Mais je ne crois pas qu’il y ait de rapport. Les Arabes y
voyaient avant tout la main d’un géant.
— Peu importe, c’est du verbiage ! Un géant peut être considéré
comme un dieu en comparaison des hommes, non ?
— Probablement… Dieu ou géant, bientôt nous l’aurons oublié.
— Si tu veux mon avis, dit-il circonspect, il est préférable de mourir
plutôt que de sombrer dans l’oubli.
Je haussai les épaules, lui concédant la pertinence de sa remarque.
Bien incapable de défaire mon regard de la voûte céleste, c’était pour
une fois aussi le cas de Paul. Il affichait une expression placide, presque
grognonne et terne, dont il ne se défaisait à vrai dire qu’en de rares
occasions. C’était une attitude de façade. Paul préférait dissimuler ses
sentiments.
De mémoire, je ne l’avais vu montrer sa joie qu’en trois occasions.
La première avait été lors de l’ascension d’une excroissance rocheuse
réputée très dangereuse au beau milieu des plaines : son premier
véritable défi. Lorsqu’il avait atteint le sommet, la manière qu’il avait
eue de lever les bras en signe de victoire avait témoigné de son
immense bonheur. Le bonheur d’avoir défié la mort. C’était sa façon
d’être et en cela je lui vouais une admiration sans faille, car je n’aurais
jamais eu le courage de faire ce qu’il accomplissait.
Paul extirpa de sa poche une petite boîte en métal cabossée. Il
l’ouvrit avec précaution. Ses mains étaient parcourues d’ampoules et je
le vis grimacer de douleur lorsqu’il en tira une cigarette qu’il avait pris
soin de rouler sur la route. Il s’agissait chez lui d’un rituel, une sorte de
récompense qu’il s’octroyait suite à un exploit. Cette nuit, il n’y avait
rien à célébrer, sinon ce moment plaisant que nous partagions
ensemble.
— De l’herbe ?
16
— Oui, répondit Paul en me tendant le joint. Ce n’est pas tous les
jours qu’on peut fumer devant un tel spectacle. D’accord ou pas ?
— Je ne sais pas…
— Allons, fumes-en un peu. Si ça ne répond pas à tes questions, au
moins tu te poseras les bonnes.
J’acceptai, même si je n’appréciais pas spécialement l’effet que les
joints produisaient chez moi. L’herbe faisait partie des petits caprices
de Paul, une habitude devenue avec le temps indispensable. Nous
fumâmes ainsi et pour être franc, ce bougre avait la main verte. Je me
laissais emporter par les effets narcotiques de la plante et il ne resta
plus que Bételgeuse irradiant la nuit de sa lumière rouge. Je voyageai
loin, jusqu’aux confins de la Voie lactée, pour devenir le spectateur
privilégié des événements qui s’orchestraient en un lieu isolé de la toile
cosmique.

*

Les rayons obliques du soleil traversaient les fentes de ma petite
cabane en bois et éclaboussaient mon visage. Je les sentais déjà tiédir
l’air, malgré la fraîcheur matinale.
Mes yeux s’ouvrirent et je me levai pour aller voir dehors. La
silhouette n’était pas là. Son absence fut une déchirure. Un manque
terrible noua mes entrailles. Je n’eus plus soif, je n’eus plus faim, je
n’eus plus envie de rien.
Pourquoi n’es-tu pas là ce matin ? M’as-tu abandonné ?
Non, pas toi. Tu ne peux pas. Tu n’as pas le droit !

Je restais assis de longues minutes, prostré par cette absence.
Je me rappelais cependant que la silhouette n’était pas toujours là.
Je la verrais un autre matin. Ce serait une aube nouvelle que j’attendrais
avec appréhension, désir et incertitude.

Je devais partir.

Je devais retourner aux endroits où j’avais placé mes pièges avant
que la chaleur devienne intenable.
17 Je n’oubliai pas ma besace en chanvre, ni mon bâton de marcheur.
Avec ma barbe, mes cheveux gras et longs me protégeaient du soleil.
Je quittai ma petite cabane en bois et je m’enfonçai dans le désert.
Paul m’accompagnait.
Il m’avait dit qu’il s’appelait Paul. Il ne me rendait pas visite tous les
jours. Le hasard avait fait qu’il s’était décidé à passer près de l’étang.
Sans doute s’ennuyait-il autant que moi.
Paul était bavard aussi. Beaucoup trop.
Moi, je n’avais pas envie de parler.
— T’en as pas assez de chasser du menu gibier ? me dit-il
sarcastique ; ce ton moqueur qu’il affectionnait et qu’il aimait employer
pour me taquiner.
Je ne lui répondis pas. À quoi bon ? Il raillait la plupart de mes
occupations quotidiennes. À se demander pourquoi il venait me voir.
— Et après ? persista-t-il. Tu vas ramasser un goundis ou je ne sais
quel autre misérable rongeur. Au mieux un lièvre.
— La ferme !
Je traçais mon chemin et j’escaladai une saillie. Un sentier passait
plus loin sous une arche qu’un fleuve avait creusé des millénaires
auparavant. Les strates donnaient sur les falaises verticales la mesure
d’un passé immémorial. Se déployaient devant moi les cicatrices que le
temps infligeait à la Terre. Un temps quantifiable qui pourtant
demeurait si abstrait.
Qui suis-je, moi, dans tout cela ?
Un homme paumé dans le désert, gravant des formes sur le plat
d’une falaise ? Je n’étais rien. Je chassais du menu gibier.
Qui se souviendrait de moi ?
J’arrivais à hauteur d’un des pièges disposés la veille.
Rien. La bête était parvenue à s’échapper.
Déçu, je replaçai le bout de ficelle et enfonçai une tige séchée dans
le sol afin de faire tenir l’ensemble. Un autre piège se trouvait à
proximité, dissimulé dans un arbuste à fleurs blanches.
Toujours rien.
— T’espérais vraiment attraper quelque chose ? ironisa Paul.
— J’ai dit : la ferme !
— C’est du tifri. Cette plante n’est pas comestible.
Il ne voulait pas se taire. Grand bien lui fasse, il parlerait seul.
18
— Prends-en quand même, ajouta-t-il. Elle a des propriétés
hallucinogènes… Et antiseptiques, je crois.
Paul avait raison. J’en cueillis un peu et l’enveloppai dans un chiffon
que je rangeai dans ma besace. La plupart du temps je répartissais une
dizaine de pièges dans un rayon de deux kilomètres. L’expérience
m’avait appris à privilégier les zones d’ombre, à l’abri d’un rocher, dans
un buisson ou un arbuste, au pied d’une falaise et parfois même dans
les grottes qui les bordaient. Le désert en abondait. Des milliers de
grottes plus ou moins profondes pouvant offrir un point de chute le
jour. Avec de la chance, une source d’eau douce s’en échappait. Mais
souvent l’eau était gorgée de sel. Il était aussi préférable de les éviter la
nuit tombée. Le ronflement d’un fauve l’estomac vide dissuadait toute
tentation d’aventure intempestive.
Un peu plus loin, de grosses pierres formaient un éboulis
permettant d’atteindre le fond d’une ravine. Je bondis d’un bloc à
l’autre. Paul me suivit.
— Ce n’est pas une vie, reconnais-le, marmonna-t-il.
— T’ai-je demandé de m’accompagner ?
— Est-ce que j’ai le choix ?
Mes pieds soulevèrent un fin nuage de poussière, lorsque je sautai
sur le plancher sablonneux. Ma vue s’adapta à la pénombre tandis que
j’avançai prudemment dans l’étroit boyau. Mes doigts glissaient sur les
parois. Elles étaient lisses et fraîches. J’aimais la sensation qu’elles
procuraient, faisant naître en moi un frisson remontant de la paume
jusqu’au cou. Puis elles s’écartèrent et cédèrent la place à une cavité
plus large. Une cathédrale minérale d’où au sommet chutait une
colonne de lumière, laissant se mouvoir à travers elle les paillettes
dorées du désert. Cette colonne était droite, posée là au milieu d’une
salle extraordinairement silencieuse.
Tranquillité rompue par Paul :
— Il sera midi d’ici peu. Tu devrais te dépêcher.
Le piège avait été installé dans un buisson. Je délaissais ma
contemplation pour des choses plus prosaïques. En m’approchant du
piège, un mouvement discret fit tressaillir le buisson.
— Voilà, tu ne reviendras pas bredouille ! s’exclama Paul. Une
souris ou un gros rat, je ne sais pas.
19 J’écartai de la main les tiges griffantes de l’arbrisseau et découvris
un goundis. Sa respiration rapide agitait un fin museau. Il voulut s’enfuir.
L’effort fut vain. La ficelle avait emprisonné une de ses pattes arrière.
Paul ramassa une pierre et me la tendit :
— Achève-le !
— Pas avec ça…
Et je brisai d’un mouvement sec le cou de l’animal. Je sentis dans
ma main le petit corps chaud du rongeur, un battement de cœur, un
autre et un dernier. Il était mort.
— Rentrons maintenant, me dit Paul en partant. Il va faire trop
chaud pour pouvoir faire quoi que ce soit.
Je m’attardai un instant en ce lieu et respirai sa quiétude, quand
j’aperçus au centre de la colonne de lumière une fleur rouge.
Comment avais-je pu ne pas la voir ?
Elle n’était pas très grande, plutôt petite même. Tortueuse, les tiges
rondes et d’un rouge éclatant, se divisant en une multitude de
ramifications. Ce n’était pas une fleur. Non. Je me baissai pour la
ramasser. Elle craqua. Ce n’était pas une fleur mais du corail. Je le
rangeai avec précaution dans ma besace, entre le goundis et le tifri, puis
je m’en allai.
L’air était devenu suffocant. La transpiration suintait de mon front.
De grosses gouttes perlaient, aspirant et collant mes cheveux au visage.
La chaleur me dictait de quitter les lieux et de revenir vers ma petite
cabane en bois.
Tant pis, ce n’est que partie remise !
Tous les pièges n’avaient pas été inspectés mais j’avais de quoi
manger pour la journée et il me restait des figues de barbarie pour au
moins deux ou trois jours. J’escaladai les gros blocs de pierre et me
retrouvai dehors, dans la fournaise étouffante du désert. Paul me fit
signe d’accélérer. Il me devança et disparut derrière une falaise. Il avait
l’habitude de disparaître ainsi.
Il s’invitera pour dîner, je le connais bien…
Un feu crépitait près de l’étang salé, à l’écart de ma petite cabane en
bois. Il repoussait les ombres rampantes qui aimaient m’assiéger la nuit.
Une bourrasque de vent et un éternuement de braises s’envolaient
dans le ciel pour aller se diluer dans une myriade de constellations.
— Encore un repas en tête-à-tête.
20
— Avec qui ? Avec moi ?
Paul planta ses dents dans la chair tendre du goundis. Il dévorait le
rongeur sans prendre le temps de le savourer. J’avais souvent
l’habitude de dormir le ventre vide et lorsqu’un bon repas — copieux
en ces terres serait le terme juste — se présentait dans votre assiette,
autant le déguster comme un mets de choix.
Ce qui n’empêcha nullement Paul d’être acerbe :
— Cache ta joie, marmonna-t-il.
— Je cache ma joie. Ça ne se voit pas ?
— Si. Alors ?
— Alors tu pourrais te montrer plus accueillant.
— Parce que je ne le suis pas ? Tu manges à ma table. D’ailleurs, tu
ne m’as jamais convié à ta table, toi.
— Qu’est-ce que ça change ? C’est pareil.
— C’est une question de principe.
— De principe ? Allons donc. Je mange à ta table, tu manges à ma
table, nous mangeons la même nourriture. C’est pareil.
— Passe-moi donc un peu d’eau, plutôt que de raconter des bêtises,
le priai-je.
Paul n’en fit rien et je dus me servir moi-même.
— Il ne te viendrait pas à l’esprit de faire preuve d’éducation ?
— Pourquoi ? Qu’est-ce que ça change ?
Qu’est-ce que ça change ? Il n’avait que cette expression à la bouche ou
se moquait-il de moi ?
— Je ne vois vraiment pas ce que ça change ? répéta-t-il. En quoi
l’éducation m’est-elle utile ici ?
— À toi de me le dire.
— Il n’y a que nous dans ce foutu désert. L’éducation me serait utile
s’il y avait d’autres gens. Or il n’y a personne d’autre. Donc je ne vois
pas à quoi ça me servirait d’avoir de l’éducation.
— Si tout le monde pensait comme toi…
— Où vois-tu du monde, toi ?
— Ne joue pas sur les mots.
— Je ne joue pas sur les mots.
— Bon… et bien sur notre situation, si tu préfères.
Paul éclata de rire. Je cherchais de mon côté une réponse à ses
sarcasmes. Je cherchais…
21 En réalité, pas vraiment.
Paul avait toujours été taquin. L’habitude faisant, j’en minorais la
portée et parvenais un beau jour à saisir le fil de sa pensée. Parfois dans
l’instant, parfois le lendemain, le plus souvent quelques jours après.
Mais je finissais par comprendre.
Paul était doué pour vous faire croire qu’une chose était vraie. Il
possédait l’art de convaincre. Don, je le reconnais, inestimable. Étant
mon seul interlocuteur dans les environs, difficile de trouver un avis
qui fût différent du sien. Si nous, les hommes, étions en accord avec
nous-mêmes, nous ne chercherions pas le contact d’autrui. Paul était
malheureusement un non-sens avec lequel j’étais contraint de disserter
sur tous les sujets qui lui passaient par la tête. Mon avis ne comptait
guère. Le sien seul importait.
Nous étions deux. S’il m’avait convaincu, cela suffisait.
— C’est bon…
Il léchait les os, suçant la moindre parcelle de viande qui aurait pu
lui échapper. Il n’avait fait qu’une bouchée de son plat.
— Tant mieux, lui dis-je.
— C’est bon, rectifia-t-il en jetant la carcasse luisante du rongeur
dans l’étang, mais j’en ai assez de manger la même cochonnerie. Et tu
devrais en avoir assez aussi.
— Je mange ce qu’on me donne.
— Ce que la nature te donne ?
— Si tu veux, la nature.
— Dans ce cas, la nature est une sacrée crevarde. Tu bouffes du rat
et du cactée tous les soirs. Quelle satisfaction en tires-tu ? Toujours à
faire la même chose. Toujours la même routine.
— Parce que tu as une meilleure idée ? Que fais-tu de plus que moi
qui te sorte de ta routine ?
— Rien, justement ! Tu sais ce qu’il manque ? De la musique !
— De la musique ? Et pourquoi pas des danseuses de cabaret ?
— Tu peux ? Non, tu ne peux pas. Oui, de la musique ! Est-ce que
tu te souviens de la dernière fois que t’en as écoutée ? De l’effet que ça
fait ?
— Plus vraiment. Ça fait du bien, n’est-ce pas ?
— Exact, souffla Paul.
— Alors écoute les bruits qui nous entourent. Le souffle tiède du
désert, le bruissement d’un buisson, le chant du renard.
22
— Ce n’est pas de cette musique-là dont je te parle, s’énerva-t-il. Je
te parle de quelque chose qui t’enveloppe et t’apaise. Elle résonne en
toi. Et tu l’aspires, parce que rien au monde n’est plus imprégnant
qu’un air de musique qui t’émeut. C’est un onguent passé sur une peau
meurtrie. Elle te fait hérisser les poils. Tu en redemandes, tu en veux
encore car insatiable. Elle est rythmée, s’accorde avec les battements
de ton cœur, devient une émotion, deviendra un souvenir que tu
préserveras. Elle te rappellera le temps qui passe, les moments heureux
avec la même hardiesse que les heures malheureuses. Comme une
rivière, régulière ou impétueuse. Elle déborde et une larme coulera.
Puis elle débordera encore. À chaque crue, les souvenirs t’envahiront,
rappelant à ta mémoire toutes les choses de ta vie que tu auras jugées
insignifiantes, aussi insignifiantes que la première pierre posée sur les
bornes du sanctuaire que tu t’es bâti. Elle sera un acte privilégié et
intime entre un instant volé à la vie et une vie à se souvenir de cet
instant volé.
— Depuis quand connais-tu ce genre de chose ?
— Va savoir ! Je n’en ai aucune idée. Il y a un air dans ma tête. Une
berceuse… Enfin je crois. C’est trop vieux. Il s’agit de quelques notes
confuses. Je sais seulement que la musique est une belle chose. Et c’est
une chose qui me manque.
— Comme une femme ?
— J’imagine. Après tout, elles suscitent les mêmes émotions. Parce que maintenant tu vas me faire croire que tu t’y connais
en femme ?
— Et toi ?
— Au moins autant que toi.
Je me levai et me rapprochai de l’étang. Le visage de Paul se refléta
bientôt sur les eaux troubles à côté du mien. Je le distinguais mal. Il me
ressemblait quoiqu’à bien des égards, différent : le sien était plus beau,
sans toutes ces imperfections qui recouvraient le mien. Sans cette saleté
qui me collait à la peau, sans cette barbe qui m’irritait, ni cette crinière
qui tombait sur ma nuque.
— Tu sais, murmurai-je, il y a une femme.
— Ah ?
— Oui. C’est une très belle femme.
— Qui est-ce ?
23 — Je ne la connais pas, répondis-je sur la défensive. Elle apparaît
certains matins.
Je ne lui en avais jamais parlé. Pourquoi maintenant ? Le sentiment
de lui avouer quelque chose d’inavouable fit éclore et croître en moi la
honte. Je lui indiquai les falaises qui dominaient ma petite cabane en
bois. Je les vis comme au matin, baignant dans la lueur diffuse de
l’aurore.
— Qui est-ce ?
— Je t’ai dit que je ne le savais pas.
— Bien sûr que tu le sais.
— Sincèrement, je l’ignore. Ce matin, je ne l’ai pas vue, c’est vrai.
Mais je t’assure qu’elle vient souvent le matin. Elle regarde dans ma
direction. Au début, je me cachais à l’intérieur de ma petite cabane en
bois. Une femme ? Ici ? Improbable. Comment cela aurait-il pu même
être possible ? J’étais effrayé. Maintenant, je sors. Je m’avance sur le
ponton et je l’observe plusieurs minutes durant.
— Et ?
— Et elle disparaît.
— Elle disparaît ? Comme ça ? dit-il en claquant des doigts.
Reconnais que ton histoire est absurde.
Absurde ? C’était le mot. La curiosité l’avait néanmoins emporté sur
le sarcasme pour que Paul daignât s’attarder sur le sujet.
— Tu ne vas pas vers elle ?
— Bien sûr que non !
— Pourquoi ?
— Parce que si je m’en approche, elle disparaît.
— Si elle disparaît, c’est que cette femme est dans ta tête.
— Je me suis dit exactement la même chose. Sauf qu’elle revient. Je
ne peux pas te dire quand. Elle sera peut-être là demain matin.
Peutêtre le lendemain ou un autre jour. Je ne peux pas le prévoir. Mais je la
reverrai. Et cette persistance me fait penser qu’elle est réelle. Ce n’est
pas mon imagination.
— Décris-la-moi.
— Je ne peux pas. Elle est juste belle.
— C’est dans ta tête.
— Tu n’écoutes pas ce que je te dis. Elle est réelle. Aussi réelle que
cet étang, ce désert, cette petite cabane en bois. Aussi réelle que toi et
moi en train de parler.
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— Pauvre ! Tu veux que je te dise : coupe-toi les cheveux, rase-toi
la barbe et pars. Pars loin d’ici. Pars à la recherche de ta belle inconnue.
Je n’aurais jamais dû lui raconter tout cela. Paul ressentit ma
vexation. Ses yeux se plissèrent, aux coins desquels des rides se
révélèrent.
— Sérieusement, pars, dit-il.
— C’est impossible.
— Écoute-moi : il se peut que toute cette histoire soit vraie, à moins
que tout ceci ne soit qu’une grossière erreur. Il te faudra bien savoir.
— Je ne peux pas, c’est impossible.
Quel spectacle pathétique je lui donnais à voir ! Encore un
apitoiement et je lui offrais le bâton pour me faire battre.
— En vertu de quoi cela t’est-il impossible ?
— Et j’abandonnerais ma maison ? Pour partir où ? Il n’y a plus rien
ici, plus de vie, plus personne à rencontrer.
— Il y a moi.
— Toi ? Comme cela, nous sommes deux. J’aimerais juste que cette
femme vienne à ma rencontre.
— Elle n’en fera rien.
Paul s’était exprimé avec aplomb. Il ne désirait laisser aucun doute.
Il avait affirmé une vérité.
— Comment peux-tu en être certain ?
— Parce que c’est ainsi. Réfléchis : si quand tu l’approches, elle
disparaît, c’est qu’elle ne viendra pas vers toi. En partant du postulat
que les opposés s’attirent, cette femme n’est donc pas attirée par toi.
— Encore un de tes raisonnements infaillibles.
— Je n’ai pas terminé, me réprimanda-t-il. Si donc elle n’est pas
attirée par toi, c’est toi qui es attiré par elle.
— Alors pourquoi me rend-elle visite régulièrement ?
— Parce qu’elle veut t’attirer, justement.
— Est-ce qu’il t’arrive de comprendre ce que tu dis ? Tes phrases
n’ont aucun sens.
Je me confiais à Paul et il me récitait des sornettes dont lui seul
percevait la signification. S’il y en avait une…
Pur fantasme !
L’évocation de cette femme creusa davantage ce manque qui me
rongeait. Son absence à ce moment précis de ma vie, me sembla être
un verre vide de l’affection qui me faisait défaut. La colère monta. Je
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