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Requiem pour un juriste

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116 pages
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Le héros, Erasmus Szabó, qui doit son prénom au culte que sa mère vouait au grand humaniste de Rotterdam, ne peut que quitter un pays qu'il juge trop étriqué. En attendant de réaliser son projet, il observe d'un œil goguenard la réalité environnante dont il ne manque pas de dénoncer les absurdités dans un style souvent acerbe, reflet de son amère lucidité. Notre héros, grand consommateur d'aphorismes désabusés, finit par passer à l'Ouest, sans pour autant y trouver le bonheur.

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Ajouté le 01 novembre 2013
Nombre de lectures 8
EAN13 9782336330020
Langue Français
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Péter Hendi Requ em pour un juriste Roman
Requiem pour un juristeRoman
Péter Hendi
Requiem pour un juristeRoman
Traduit du hongrois par Georges Kassai et Gilles Bellamy
Du même auteur Changement à Zurich.Nouvelles,L’Harmattan, coll. « Écritures », 2011.
Titre original :Rekviem egy jogászért, Hét Krajcár Kiadó, Budapest, 2000.
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02010-5 EAN : 9782343020105
Introduction Parmi les atteintes que les régimes totalitaires ont portées aux droits de l’homme, les restrictions à la libre circulation des personnes figurent en bonne place. Ainsi, entre 1949 et 1989, les citoyens de l’Union soviétique et des démocraties dites populaires eurent de grandes difficultés à voyager en dehors et, parfois même à l’intérieur, de leurs pays respectifs. Toutefois, dans ce domaine, à une époque marquée par une extrême rigueur succéda une période de fluctuations au gré des vicissitudes de la politique nationale et internationale. Après 1953, année de la mort de Staline et surtout, après e février 1956, date du XXcongrès du parti communiste de l’Union soviétique et du rapport de Nikita Krouchtchev dénonçant les crimes du dictateur, un certain dégel se manifesta dans les rapports entre l’Est et l’Ouest. Les divisions à l’intérieur du bloc soviétique (brouille avec la Chine de Mao Tsé Toung, révolution hongroise de 1956, printemps de Prague de 1968, etc.) amenèrent les dirigeants à nuancer leur politique intérieure et à accorder quelques concessions à l’opinion publique. Des passeports furent alors délivrés aux citoyens des pays de la zone soviétique, d’abord au compte-gouttes, puis de plus en plus libérale-ment, notamment à la faveur de voyages organisés à destination des pays capitalistes. Surnommée « la baraque la plus gaie du camp socialiste », la Hongrie menait, à cet égard, une politique ambiguë. Sans jamais mettre en cause leur appartenance à la sphère soviétique, les dirigeants hongrois prirent manifestement leurs distances par rapport à la doctrine officielle, et ce, notamment, dans le domaine culturel : quelques productions du néoréalisme italien et de la nouvelle vague française
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étaient projetées dans les cinémas, Butor, Duras, Moravia, Buzzati étaient traduits et publiés, la supériorité économique des pays occidentaux, les progrès de la société de consommation engendrèrent un véritable mythe d’un Occident d’avec lequel, de par sa situation géographique et la présence d’une importante diaspora hongroise dans les pays occidentaux, la Hongrie n’avait jamais été entièrement coupée. Les discours officiels, de plus en plus modérés et de caractère souvent défensif, étaient émaillés de formules concessives exprimant réserves et hésitations des orateurs. Ce rappel historique nous a paru nécessaire pour reconstituer la toile de fond deRequiem pour un juristede Péter Hendi, écrivain hongrois né en 1943. Fonctionnaire international à Genève dix ans après avoir émigré en Suède, auteur de nouvelles publiées notamment par L’Harmattan et laNouvelle Revue française, juriste devenu informaticien, écri-vain à ses heures,joueur passionné d’échecs et de tennis, Hendi possède une mobilité d’esprit peu compatible avec la rigidité des régimes dictatoriaux: son roman, partiellement autobiographique, en témoigne. Son héros, Erasmus Szabó, qui doit son prénom au culte que sa mère vouait au grand humaniste de Rotterdam, ne peut que quitter un pays qu’il juge trop étriqué. En attendant de réaliser son projet, il observe d’un œil goguenard la réalité environnante dont il ne manque pas de dénoncer les absurdités dans un style souvent acerbe, reflet de son amère lucidité. Absurdités particulière-ment criantes en ce qui concerne les déplacements à l’étranger : le passeport, un peu plus accessible que quelques années auparavant, est valable pour deux ans, mais le visa de sortie expire au bout d’un mois. A quel saint se vouer? se demande le titulaire. L’exportation des devises étrangères est limitée, mais le marché noir est florissant, Erasmus n’hésite pas à y recourir pour compléter son maigre pécule. Vendus à prix d’or par l’Etat, les voyages en groupe à destination des pays occidentaux sont autorisés, mais avant de laisser les
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voyageurs monter dans le train, l’agent des chemins de fer les interroge sur leurs intentions : n’entendent-ils pas profiter de cette occasion pour «dissider »,c’est-à-dire rester à l’Ouest, crime passible de graves sanctions, même si, dans la pratique, les autorités semblent se résigner devant la vague des désertions ?
L’absurdité imprègne aussi bien la vie quotidienne du héros que les circonstances historiques qui y président: orphelin d’un père tué au cours de la deuxième guerre mondiale et d’une mère violée, puis abattue, par un soldat soviétique pendant la «libération »de la capitale hongroise, Erasmus est élevé par son oncle, bon vivant veule et un brin cynique, et sa tante, femme aussi sensible que lucide, qu’il appelle respectivement «papa »et «maman ».Etudiant en droit, écrivain en herbe, amoureux transi, «incarnation de flagrantes contradictions» selon l’expression d’un de ses professeurs, notre héros, grand consommateur d’aphorismes désabusés, finit par passer à l’Ouest, sans pour autant y trouver son bonheur : le chapitre qui ouvre le roman en dit long sur ses expériences suédoises et son séjour dans la capitale autrichienne est riche de péripéties cocasses, mais souvent douloureuses.
Requiem pour un juriste constitue un témoignage précieux d’une époque aujourd’hui révolue, mais dont les germes – l’arbitraire, mais aussi l’attitude contestataire, les compromissions, les ruses avec le pouvoir – sont toujours vivants, en particulier, cet antisémitisme, diffus à l’époque du récit, mais qui, de nos jours, atteint – en Hongrie et ailleurs – des proportions alarmantes.
Un des personnages du roman déplore de ne pas pouvoir reconstituer, à l’intention de son interlocuteur étranger, l’atmosphère qui régnait dans la capitale quelques années seulement avant le temps du récit. Tel n’est pas le cas de l’auteur, qui réussit, grâce à ses notations d’ambiance, à évoquer l’esprit d’une époque, disons le mot,schizophrénique.
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Préface de l’éditeur Erasmus Szabó a passé les dix dernières années de sa vie en Suède où il a fait paraître neuf nouvelles dans différents journaux et revues : sept d’entre elles ont été traduites en suédois par son épouse Krisztina. A notre connaissance, Erasmus attachait moins d’importance à ces écrits qu’à sa pièce de théâtre, un monologue éminemment cérébral, lequel, publié en librairie, a, selon l’expression de l’auteur, manqué quarante fois la scène. Un auteur dramatique peut-il avoir raison contre quarante théâtres? Question incongrue à laquelle la présente préface n’a pas vocation à répondre. Si nous parlons aujourd’hui d’Erasmus, ce n’est pas à cause de cette pièce de théâtre. Aurait-elle dû être acceptée ne serait-ce que par un des quarante théâtres ? non, décidément, il ne nous appartient pas de trancher dans ce débat… C’est une autre tragédie qui est le point de départ de ce livre, un accident dont Erasmus Szabó fut la septième victime. Notre récit s’appuie sur cette liasse de six cents pages qu’un jeune metteur en scène a retrouvée sur un poêle de faïence dans l’appartement d’Erasmus. Invité à se prononcer sur l’intérêt de ce document, l’Institut cinématogra-phique de Suède a accordé à son découvreur une bourse qui devait lui permettre de poursuivre ses investigations. Le jeune homme a pu ainsi faire traduire la correspondance d’Erasmus avec ses partenaires hongrois, et enregistrer trente heures d’interviews avec des personnes ayant connu et apprécié cet immigré. Notre chercheur n’a pas hésité à se rendre à New York dans l’espoir de s’y entretenir avec Krisztina, la veuve d’Erasmus, mais celle-ci est restée introuvable aussi bien à l’adresse qu’elle avait laissée à la poste centrale de Göteborg qu’au Studio54, une discothèque en vogue que, grâce à la renommée du cinéma suédois, le jeune metteur en scène a pu fréquenter librement pendant une quinzaine de jours. Les autorités américaines étant incapables de fournir le moindre renseignement sur la jeune veuve, notre chercheur a
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