Shaktis

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131 pages
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Description

Pierre Longpré mène une existence heureuse avec sa femme Mylène, sur les bords du Richelieu. Mais à l’institut Jalbert où il travaille en tant que psychologue, l’influent psychiatre Eagle, en faveur d’un traitement exclusivement pharmacologique des maladies mentales, l’attaque et cherche à l’isoler, lui reprochant des tendances spiritualistes.
Dans ce contexte tendu, le Dr Mathieu, directeur de l’institut, propose à Longpré de prendre en charge le traitement de Charles Martineau, un cas singulier. Durant sa jeunesse à Chicago, celui-ci a fait la rencontre cruciale d’une prêtresse indienne, la Shakti Ariel, et celle de sa fille Kalyani, dont il est tombé amoureux. Grand maître ès arts martiaux, Ariel enseigne l’aïkido au talentueux jeune homme. Fasciné par la science et en conflit intérieur avec un Dieu chrétien jugé insensible à la misère humaine, Charles Martineau se montre alors peu perméable au message spirituel de la Shakti. Présumant de ses forces dans un moment de crise, il engage le combat avec des voyous. Ariel et Kalyani, venues à sa rescousse, parviennent à le sauver au péril de leur vie. Une rupture s’ensuit avec les Shaktis et commence la longue errance de Martineau.
Longpré est fasciné par son patient, se reconnaissant dans sa quête de sens et d’absolu. Leurs destins se croisent au moment propice pour s’accorder à celui des Shaktis par la puissance de l’intuition et la magie du tango..

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Date de parution 26 janvier 2012
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EAN13 9782923447742
Langue Français

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Version ePub réalisée par :
MARC FLEURY
Roman
Couverture une idée originale de Raymond Gallant
Révision Jean-Louis Boudreau Nicolas Gallant
Mise en Dages Pyxis
Catalogage avant Dublication de Bibliothèque et Arc hives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Fleury, Marc, 1949-
Shaktis
ISBN 978-2-923447-72-8
I. Titre.
PS8611.L49S52 2012 C843'.6 C2011-942900-4 PS9611.L49S52 2012
éDôt légal
Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2012 Bibliothèque nationale du Canada, 2012
Éditions la Caboche TéléDhones : 450 714-4037 1-888-714-4037 Courriel :info@editionslacaboche.qc.ca www.editionslacaboche.qc.ca
Vous Douvez communiquer avec l'auteur Dar courriel : michelmarcfleury@gmail.com
Toute reDroduction d'un extrait quelconque de ce li vre Dar quelque Drocédé que ce soit est strictement interdite sans l'autori sation écrite de l'éditeur.
4 Les sociétés modernes tissées par la science, viv ant de ses produits, en sont devenues dépendantes comme un intoxiqué de sa drogue. Elles doivent leur puissance matérielle à cette éthique f ondatrice de la connaissance et leur faiblesse morale aux systèmes de valeurs, ruinés par la connaissance elle-même, auxquels elles tentent enco re de se référer. Cette contradiction est mortelle. C'est elle qui creuse l e gouffre que nous voyons s'ouvrir sous nos pas. L'éthique de la connaissance créatrice du monde moderne est la seule compatible avec lui, la seule capable, une fois comprise et acceptée, de guider son évolution »
Jacques Monod,Le hasard et la nécessité, Seuil, 1970
4 Je maintiens que le mystère de l'homme est incroy ablement diminué (à tort) par le réductionnisme scientifique et sa p rétention matérialiste à rendre compte du monde de l'esprit en termes de sim ple activité neuronale. Une telle croyance ne peut être considérée que comm e une superstition… »
John C.Eccles,Évolution du cerveau et création de la conscience, Champs, Flammarion, 199
4 La véritable question, désormais, est de savoir s i l'être humain est capable de se hisser à un niveau moral plus élevé, c'est-à-dire à un plan de conscience plus haut, pour se trouver au niveau de la puissance surhumaine que les anges déchus ont fait tomber en ses mains. Mais il ne sait que faire de lui-même et il ne peut pas progresser tant qu'il n'est pas mieux averti de sa propre nature. De ce point de vue, règnent malheure usement une ignorance effrayante et une répulsion non moins considérable à agrandir et à approfondir le savoir relatif à sa propre nature… »
Carl G. Jung,Réponse à Job,Buchet/Chastel, 1977
À l'éternel féminin
1
Printemps
Au second étage de notre maison sous les arbres – c 'est ainsi que nous l'avons nommée dès le premier jour –, mon bure au s'ouvre à gauche sur le vaste atelier de Mylène, et à droite sur la magn ifique rivière Richelieu. J'ai poussé mes talents de bricoleur à leurs limites. My lène m'a fait une joie extraordinaire en entrant pour la première fois dan s cette grande pièce qui allait devenir son domaine. J'ai trop d'empathie po ur mes patients. Découvrant une personne sensible, fragile, je ne sa is comment l'aider à vivre dans un monde qui demande tant d'agressivité et de robustesse. Parfois, je n'en peux plus de porter cette douleur des autres, alors je m'absorbe dans des tâches domestiques. C'est mon remède par excell ence. Au bout de mes efforts s'illumine le beau visage de Mylène – dont je ne me lasse jamais –, j'oublie mes peines. Plusieurs mois de patience se glorifient dans l'éclat d'un sourire, ma récompense. Je me suis aménagé un petit espace, tout près. Maintenant, mon regard se balade entre la fenêtre e t Mylène. Je l'observe discrètem ent se pencher sur ses toiles. Elle recule , s'avance, redonne un coup de pinceau çà et là. Je la vois triomphante, m aîtresse de son art, je respire. Les fleurs imaginaires de sa récente expos ition l'ont projetée chez les étoiles montantes. Un véritable festin de couleurs où des calices, des corolles, des pistils surgissent au loin, mais se d issolvent quand on s'approche et fuient notre entendement. Ses toiles dynamiques ont surpris les critiques ; ils attendent la prochaine thématique « Les animaux de poussières » pour la consacrer dans leur cercle. J' adore la regarder se donner à son art. J'observe ses traits comme un scu lpteur le ferait. Son front haut et large achève un visage rectangulaire qui s' arrondit avec douceur autour de lèvres plutôt minces et ordinaires. Mais justement comme tout le reste tient du prodige, cela nous la rend plus acce ssible. Ce nez parfait qui est à un profil, ce qu'un point d'exclamation est à une phrase, marque Mylène d'un port de tête royal. Ses oreilles, une véritabl e architecture vertigineuse, fine, délicate, allongée un peu en pointe, comme la race féline se camoufle souvent sous son abondante masse de cheveux châtain s. Que dire de ses yeux, ni trop avancés ni trop reculés, confirmant l a force douce de son regard ? À l'Université de Montréal, durant nos étu des, le campus la reconnaissait sous le titre « la maudite belle brun e aux yeux clairs ». Chose certaine, Mylène fut, et est encore, l'objet de reg ards incessants. Mais revenons à notre lieu, et notre présent. Je dois me ntionner aussi un autre fidèle et docile observateur, notre bon vieux Arist ote, un colley magnifique lui vouant un amour infini, en partage avec moi sans la moindre jalousie. Brave bête ! Néanmoins, il ne s'approche pas trop. Il tir e une leçon de sa dernière fâcheuse expérience dans les relations de voisinage . Voyez-vous, Mylène travaille avec des écouteurs l'isolant dans un mond e bien à elle. Ses chefs-
d'œuvre surgissent tout autant de la lumière que de la musique. Parfois, elle s'emporte dans le rythme ; à une occasion, notre ch ien, assoupi dans ses propres rêves, l'a fait trébucher, et il s'en est f allu de peu que Mylène ne s'écrase sur lui. Le pauvre Aristote s'est senti co upable d'un crime effrayant envers sa douce maîtresse, qui lui a d'ailleurs con firmé la chose par de sévères réprimandes. Un spectacle assez touchant, j e dois dire. Dans les yeux tristes d'Aristote, on devinait un cœur sur le point de chavirer dans une m e r de détresse. La pitié, toutefois, comme un remo rd, gagna Mylène, et le tout se termina dans une joyeuse embrassade. Depuis ce jour, le sage Aristote garde ses distances.
Mylène s'est levée ce matin en grande forme. Hier, elle a reçu les résultats d'une batterie de tests médicaux qui ont confirmé hors de tout doute qu'elle n'a aucun problème. Depuis son enfance, ell e se plaint d'une douleur qui l'assaille, de temps à autre, sous le sein gauc he. Je lui répète que c'est une brûlure imaginaire, éprouvée parce qu'elle a ho rreur de sa tache de naissance à cet endroit. Une véritable pointe de fl èche imprimée, qui n'est pas vraiment visible, du moins publiquement. Ça l'o bsède à lui en faire mal. Pour régler la question une fois pour toutes, elle a passé tous les examens possibles. Elle n'a rien. C'est dans sa tête, comme je lui disais. J'ai étudié un peu la médecine avant de me diriger vers la psychol ogie pure, et je sais reconnaître une vraie maladie. Là, elle me croit et ses inquiétudes sont dissipées. Elle a un seul autre petit défaut, elle n'aime pas les minous et moi je les adore. Il y a dans les chats un mystère touj ours présent. Enfin, j'ai fait un compromis pour Aristote, mais alors on y a mis l e paquet. Une pure race, d o n t la généalogie, remonte, je pense, jusqu'au roi Arthur. Voilà ! Pour le reste, je qualifierais Mylène de presque parfaite. Et ce qui me bouleverse le plus, c'est sa joie spontanée et sincère, quand on lui fait le moindre cadeau. Un petit quelque chose d'inattendu et voilà qu'elle vous redonne, par l'éclat de son plaisir, mille fois ce que vous lui avez offert . Elle a gardé la simplicité d'une enfant même si, par tout le reste, j'ai plutô t l'impression de vivre avec une reine. Je suis un homme comblé qui n'a rien fai t pour mériter ce privilège. Et, de plus, à travers elle j'ai appris à aimer les femmes en général. Et je sais bien qu'il ne faut pas toutes les mettre dans un mo ule commun. Des patientes, j'en ai eu de tous les styles et j'ai re ssenti par empathie toutes sortes de problèmes de couple, menant à des névrose s plus sûrement qu'à l'infidélité. Sans prescrire l'aventure en dehors d es liens sacrés du mariage comme remède d'occasion – vous me suivez –, il m'ar rive, en tant que psychologue, de fermer les yeux sur une pratique tr ès répandue qui ne fait pas que du tort. Chut ! S'il fallait que les médias américains surprennent mes propos, je serais rayé de ma profession. D'ailleurs , je trouve extrêmement malsaine leur insistance à dénoncer sur la place pu blique les fugues extraconjugales de leurs célébrités. C'est d'autant plus troublant quand on pense que dans l'ombre des hommes profitent, à bon compte, bourgeois, bien nantis, de l'esclavage sexuel de jeunes femmes et d 'enfants. Et ça, on en parle très peu. Incroyable disproportion entre une insignifiance qui capte l'attention de toute l'Amérique et un phénomène qui nous plonge dans le mal le plus obscur au cœur de notre civilisation. N'oub lions pas le fameux credo de nos grands marchands-technocrates, le respect de l'offre et de la demande. Ce trafic humain est payant. On ne parle p as ici d'hôtesses qui en
toute liberté décident de faire du service, mais bi en de minables qui s'approprient le corps et l'esprit de jeunes filles et d'enfants pour les revendre comme du bétail. C'est le problème du mal, au cœur de notre temps et de nos sociétés d'abondance, dans une de ses manifestation s les plus lâches. Et, encore une fois, c'est surtout le féminin qui est h umilié, rabattu, écrasé par la force de la brute humaine. Le malaise dans notre ci vilisation, il explose à nos yeux dans ce commerce horrible. L'abomination de l' offre et de la demande prend ici un sens à nous en donner la nausée.
Lorsque le grand poète Paul Éluard a dit «Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas aimées », de très beau venait d'êtrequelque chose révélé, mais il m'a fallu rencontrer Mylène pour sa isir toute la portée de ses mots. J'aime les femmes dans ce sens. Il ne faut pa s en conclure pour autant que je m'autorise, à l'endroit de Mylène, des petit es passades légères et sans importance. Non ! Dans mon cas, ce serait comme de dire à la vie qui m'a tout donné, eh bien, ce n'est pas assez. J'en veux plus ! J'en redemande ! Ça serait comme un manque de respect envers « Dieu ». Je me permets, ici, d'employer ce mot comme Einstein affirmait «Dieu ne joue pas aux dés». On s'entend. Je ne défends pas un point de vue religie ux ou théologique. Je me sentirais encore plus infidèle à moi-même. Un jour qu'on discutait du sujet, emporté par mon enthousiasme, je lui disais que je serais toujours loyal comme une vieille champleure qui coule exactement a u même endroit, expression d'ailleurs qu'elle n'a pas particulièrem ent appréciée. Elle m'a répondu « Ta vieille champleure, je m'en fous. Ce q ui m'importe, c'est que tu sois avec moi parce que tu m'aimes. Je t'en voudrai s si tu vivais avec moi par obligation ». Enfin pour conclure sur la question d u féminin, je crois que l'homme connait mal son anima, comme l'a suggéré ce lui que je vénère en tant que maître, Carl G. Jung. Mais, aujourd'hui, o n a marginalisé ce grand érudit. Les freudiens ont gagné la bataille et la p harmacopsychologie règne en souveraine, sous le drapeau du refoulement sexue l et de l'inconscient personnel, et surtout pas collectif. Tout n'est pas définitif. Il y a encore des combattants dans le camp jungien, dont je suis, mai s nous sommes les parents pauvres de la psychologie moderne. Je dois dire que je suis un peu à contre-courant et, à bien des égards, je ne suis pa s à ma place dans ma profession. Ma première grande bifurcation, si je p uis dire, s'est déroulée aux trois quarts de ma formation en médecine. J'ai bête ment lâché après avoir tenu un cerveau humain dans mes mains. Le professeu r prenait un malin plaisir à nous décrire cette chose toute plissée, a u tissu mou et gélatineux, replié sur lui-même en d'étranges circonvolutions q u'il appelait, seulement pour nous ébranler, les intestins de la pensée. Il soulignait à l'excès que nous observions l'âme personnelle, le siège de la volont é, de la liberté, de la poésie, de l'art et des amours. « N'est-ce pas extr aordinaire, disait-il, de tenir l'essence humaine entre vos doigts ? Admirez la com plexité de la vie ! » et il semblait au sommet de la montagne du savoir, fier d 'être parmi les initiés qui n'ont pas peur d'affronter la vérité. L'envie de vo mir me fit sortir de la classe. Dix minutes après, j'entreprenais des démarches pou r changer mon orientation, de la médecine vers la psychologie. Ce ne fut pas sans difficulté, mais, quand j'ai commencé l'étude des thèses jungie nnes, je me suis senti dans la bonne voie, du moins sur le plan philosophi que. La pensée immense de Jung, son œuvre colossale, son empirisme combiné à des incursions dans