//img.uscri.be/pth/03cef9fbe2814bf803878da94b99414f1ebefe76
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Sur la terre des Orchidées

De
306 pages
Ce roman est un chant qui raconte comment des hordes de chasseurs-cueilleurs de la préhistoire se mettent un jour à pratiquer l'élevage, puis se sédentarisent pour devenir agriculteurs, et comment ils finissent par se réunir pour bâtir des cités. Un voyage épique à travers le temps où l'homme élève, durant les dernières phases de son "hominisation", son statut dans la nature.
Voir plus Voir moins
Haytam Andaloussy
Sur la terredes Orchidées Préface de Robert Valbon
Romans historiques
Sur la terre des Orchidées
Romans historiques Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions Jean-Noël AZÉ,Cœur de chouan. Fructidor, 2012.Jean-François ROUGE,Napoléon en Amérique. Le vrai faux journal d’Emmanuel de Las Cases, secrétaire et confident de l’Empereur,2012. Bernadette RAMILLIER,La vie aventureuse de Scipion du Roure. Officier de marine et chevalier de Malte, 1759-1822, 2012. Claude BOURGUIGNON-FRASSETO,Le temps des Voraces, le temps des carbonari, 2012. Rabia TAZI, Annick ZENNAKI,Méditerranée, rêve impossible ? Un intellectuel algérien au début du siècle, 2012. Christine MALGORN,Syrie, mon amour, 2012. Babis PLAÏTAKIS,Alcibiade. L’enfant terrible de la Grèce, 2012. David DIOP,1889 l’Attraction universelle, 2012 Vincent SILVEIRA,Sara le médecin troubadour, 2012 Jacqueline SOREL,Boufflers, un gentilhomme sous les tropiques, 2012. Gildas DACRE-WRIGHT,Le Spectateur engagé ou que faire sous la Révolution quand on est beau-frère de Georges Danton ?,2011. Claude VALLEIX,Frédégonde, la reine barbare, 2011. Fred JOUHAUD,Madame d’Artagnan ?,2011. Jean-Paul DAILLOUX,Le Fantôme de Robespierre, 2011.Christophe DOSTA,Le concert du roi,2011. Mustapha KHARMOUDI,Maroc, voyage dans les royaumes perdus, 2011. Patrick CUENOT,Le Phénix d’Oppède. Aventure fabuleuse d’un cannibale du Brésil réfugié en Provence en 1520, 2011. Gérard PARDINI,Le pacha, De la Corse à l’Egypte, histoire d’un destin, 2011. Michel THOUILLOT,Henry de Balzac, enfant de l’amour,2011. Roselyne DUPRAT,Lawrence d’Arabie. Un mystère en pleine lumière, 2011. Emmy CARLIER,Madame la Marquise, 2011. Jean-François SABOURIN,Peuls l’empreinte des rêves, 2011. Rémy TISSIER,Le rescapé du temps,2011. Nelly DUMOUCHEL,Au temps du canal du Panama, 2010. Stéphanie NASSIF,La Lointaine, Le sacrifice de la Nubie, 2010. Anne GUENEGAN,Les psaumes du Léopard, 2010. Tristan CHALON,Le prêtre Jean ou Le royaume oublié, 2010. Jean-Claude VALANTIN,La route de Qâhira ou l'exilé du Caire, 2010. Didier MIREUR,Le chant d'un départ, 2010. Ambroise LIARD,Dans l'ombre du conquérant, 2010. Marielle CHEVALLIER,Dans les pas de Zheng He, 2010.
Haytam AndaloussySur la terre des Orchidées
Préface de Robert Valbon
re 1 édition © Thélès, 2006.
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00847-9 EAN : 9782336008479
PRÉFACE
Ce roman historique a des allures de monument. Pas un ouvrage sacré où l’on pénètre pieds nus et cul bénit, ni même temple dérobé à notre regard de pécheurs, mais le fleuve irrésistible de sujets à civiliser. Comment la Géographie a fait l’Histoire, comment leur imbrication a forgé l’inconscient cognitif que nous partageons avec d’autres organismes vivants. Haytam An-daloussy débute son récit aux prémisses de l’élevage et de la sédentarisation. Le microscope commun de l’Histoire n’est pas assez précis pour per-mettre de saisir les petites notes de vérité, constate Simon Schama(Dead certainties). La fiction deLa Terre des Orchidéessuffisamment réaliste est pour nous aider à combler un pan essentiel et pourtant délaissé de notre mé-moire collective : la “préhistoire”. On pense à Roy Lewis(Pourquoi j’ai mangé mon père)et à la curiosité scientifique des premiers hommes, à Vercors(Les Animaux dénaturés)où il est question de phylogénétique… Je doute que cette période colle aux ima-ges d’Épinal de l’enseignement national et obligatoire : les cavernes s’apparenteraient plus à des MJC qu’à des HLM, pour activités culturelles plutôt que logement social. Avant de compter, de lire, étions-nous déjà des hommes ? Et comment exprimions-nous les émotions ? En mimant, en grognant, en imitant les bruits et les mouvements, c’est-à-dire en jouant la comédie. Contrairement à la religion, qui viendra plus tard, le théâtre n’a pas toujours eu besoin du verbe. Mais ici, même bruts, les “pri-mots” ont déjà leur importance. « Dans un silence lourd d’une émotion qui ne demandait qu’à éclater, le narrateur continua son récit. »[99] Dans la tradition orale héritée de la culture arabe (mais pas seulement), et avec différents personnages rapidement identifiés, le conteur tente l’approche d’une certaine vérité historique avec l’homme pour héros, et pour intrigue l’hominisation. Au cours de la première partie, nous découvrons les tribus originelles de la péninsule arabique, qui, si elles n’ont pas encore accès aux nuances intellectuelles futures, organisent et développent leur pensée par la nécessité d’entraide et de survie. « En fait, avant de pouvoir dire, à l’aide du langage, toutes les nuances intermédiaires propres aux sentiments humains, il a bien fallu en inventer les mots et leurs synonymes pour les exprimer, et cela n’a pu et ne peut être le fait de gens qui ne connaissent que les couleurs primaires de l’esprit. »[17]Je suis tenté de compléter : de l’esprit-mate.
I
Robinson etVendredi de Michel Tournier fécondent la terre, laquelle engendre des mandragores, comme annoncé dans le Cantique des Cantiques (7, v13). L’érotique mandragore et la fertile orchidée ont peuplé tous les récits des hommes. Chez Andaloussy, c’est la terre des orchidées qui féconde l’esprit humain. Cette ode au désert et à ses nuances infinies est apaisante : tout n’a donc pas été que bruit et fureur ! Nous fûmes des êtres sensibles. Les personnages souvent bouleversants nous rappellent sans cesse qu’il ne peut pas, qu’il ne doit pas, qu’il ne faut pas qu’il en soit autrement. Il faut que résoudre un problème soit une question de vie ou de mort, affirme Erich Fromm(L’Art d’être). Même si, en quelques milliers d’années, les modalités de l’existence ont sensiblement évolué, notre engagement doit demeurer intact pour ne pas nous autodétruire, pour ne pas redevenir des bêtes, ou pire.Sur la Terre des Orchidéesrenvoie sans cesse à notre nous responsabilité d’hommes modernes. Il y est question de la naissance d’une civilisation, avec le fol espoir d’en adoucir l’âge adulte. Il est question de valeurs que l’on aimerait ne pas voir s’effondrer : la nécessité vitale du collectif, la mémoire et l’imagination, la confiance au centre des rapports sociaux en devenir. Il est aussi question d’un accouchement qui ne va pas sans mal : celui de l’idée de dieu. Mais attention, tout est logique, rationnel, sans mystère ! Le roman introduit adroitement les textes sacrés du futur Empire judéo-islamo-chrétien. Si l’œuvre privilégie le paradigme de la première Orchidée (nous ne voyageons pas en Afrique noire ou sur d’autres continents oubliés), elle montre la collusion des trois monothéismes qui plongent leurs racines dans une même et sainte terre. En suivant les pérégrinations de ses héros, l’auteur aborde la constitution des identités. Notamment celle d’un peuple qu’il souhaite sans doute voir réuni aujourd’hui. Mais il n’est pas dupe ; il nous montre comment la différence se cultive avec la langue, la religion et ses rites. Sans doute à force d’interprétation et de traductions des textes, le paradis serait quelque part sur terre, un foncier haut de gamme pour vie éternelle réservée aux croyants premier choix. Là où la religion voit un miracle, l’auteur évoque le travail et l’ingéniosité des hommes. Les flux migratoires séparent les chasseurs et opposent les guerriers. Au gré des vents de sable, ils affinent la politique, bâtissent les cités, développent les identités, les langages et les traditions. Après avoir assuré le nécessaire, ils vont s’occuper du superflu : chanter et enseigner[144], contre l’ignorance, mère de tous les esclavages, et à la gloire de Dieu. « L’homme avait répondu que Dieu ne pouvait être confiné dans une ziggourat[159]:notre Histoire sont émaillées d’élévations . » La planète et depuis le mont immergé sous les glaces antarctiques jusqu’à la préfecture de Bobigny, la nature et l’homme ont besoin de fondations pour se hisser. À un
II
visiteur de Notre-Dame de Paris qui s’extasiait d’être aspiré vers les hauteurs, le guide-évêque expliqua que les architectes avaient bien travaillé. De toute époque et de tout temps, nous avons bâti pyramides, tours, phares, donjons, tertres et autres cathédrales à l’assaut du ciel. Pour y loger des palais ou des villes entières, pour y célébrer le culte du travail après celui d’Apollon (voyez le Montparnasse), pour y adorer les princes dont on a oublié qu’ils furent effectivement des dieux et parfois même, des déesses. Certes, la femme ici est à l’étroit ; mais c’est à l’image de nos mythes fondateurs. Elle ne chasse pas, ne guerroie pas, n’écrit pas… Elle enfante, on ne sait trop comment d’ailleurs. Tout comme dans les textes canoniques, la sexualité reste muette. D’essence divine, la conscience ne saurait être le fruit d’une dialectique des genres : « Mon Seigneur sauve qui Il veut. Il est savant et sage[257]. ». Avec tendresse et respect, l’auteur peint les personnages mythologiques aux couleurs de l’imagerie classique, ce qui ne manque pas de saveur[177]. Les prophètes d’hier sont les « leaders ouvriers » d’aujourd’hui[178]. On peut se moquer : « Pousser la dérision à l’extrême était un moyen d’abêtir les masses en les faisant rire sur n’importe quoi et aux dépens de n’importe qui [200]. » Comme quoi, il est des habitudes qui ont la vie dure et d’autres que nous avons perdues. « Une tradition nous dit qu’à l’époque de Jacob, on se prosternait devant l’homme important ou âgé. Cette pratique perdura jusqu’à l’avènement de Jésus qui l’a abolie et ordonné de ne se prosterner que devant Dieu[257]. » Qu’il nous soit permis de le regretter. Robert Valbon, metteur en scène
III
INTRODUCTION GÉNÉRALE 1 L’histoire commence à Sumer, apprend-on dans un célèbre ouvrage . On s’est toujours demandé pourquoi les hommes qui ont vécu depuis des millénaires dans le système tribal se sont, un jour, sentis suffisamment proches pour créer une cité aux relations complexes et hiérarchisées, avec une autorité centrale reconnue par tous. Comment l’intérêt de la tribu s’est-il effacé devant celui, plus centrali-sateur, de la cité-État. Comment des êtres humains, conditionnés par des rivalités tribales exacerbées elles-mêmes par une nature hostile poussant les hommes à s’entre-tuer dans une concurrence impitoyable pour la survie du groupe, ont un jour été animés par le sentiment de la solidarité humaine et extratribale. Comment enfin, des hommes d’une tribu particulière se sont-ils sentis apparentés à d’autres hommes, appartenant à d’autres tribus et qu’une culture commune s’est révélée à eux, allant jusqu’à leur faire développer « une langue nationale ». Bref, comment la civilisation, cette forme supérieure d’organisation sociale, est-elle née. L’idée est qu’avec l’apparition de l’agriculture et de l’élevage, l’homme va se sédentariser. Parallèlement, la découverte de la métallurgie permet la création d’un artisanat qui va finir par occuper une partie des habitants qui ne seront plus employés directement dans la production de vivre. La ville apparaît et va se différencier de plus en plus de la campagne, allant jusqu’à 2 se détacher de celle-ci : la civilisation était née . Avant d’en arriver là, le processus qui a amené l’Humanité aux portes de la civilisation a forcément contribué à transformer le psychisme collectif des hommes qui en ont été les acteurs. Car la découverte de l’élevage et de l’agriculture implique un changement profond et durable dans les habitudes de l’homme, dans son organisation sociale et, par voie de conséquence, dans son habitat. L’homme va occuper de façon permanente son lieu d’habitation. Il n’est plus le chasseur nomade occupant sporadiquement une grotte ou une cabane rudimentaire qu’il quitte aussitôt pour suivre le gibier dans ses déplacements. Il va améliorer son foyer de résidence pour le rendre plus agréable, abandonner « la tanière » pour une véritable demeure ; car en adoptant un mode de vie sédentaire, l’homme ne se contente plus de prélever sa subsistance dans la nature, en concurrence avec les animaux. Il va, au contraire, devenir un acteur volontaire et conscient dans la création de sa propre richesse.
5