Vingt-trois défaites silencieuses & autres nostalgies

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Comme dans un roman... L'un des deux auteurs, mettant tout récemment de l'ordre dans ses archives, retrouve ce recueil de vingt-trois nouvelles écrites près de trente ans plus tôt par son frère, disparu depuis, et lui-même. Il se résout presque aussitôt à en corriger le manuscrit afin de tenter de toucher du cœur, à nouveau, cette complicité qui les avait unis jusqu’à l’extrême fin de leur jeunesse ; le tout achevé, en guise de préface, il rédige cet avertissement adressé à son frère :



Mon petit gars. J’ai décidé de reprendre notre recueil de nouvelles... Environ trente ans après nos premières ébauches. Il me semble que cela devrait te faire plaisir. Curieusement (si l’on veut), c’est le côté technique et minutieux du travail qui m’a, au départ, le plus fasciné : j’ai dû en effet d’abord numériser chacune des pages dactylographiées, jaunies et surchargées à la main, du recueil que, pour simplifier, nous appelions « Grutier » (tu vois que j’ai complètement changé le titre) ; ensuite, j’en ai refait la mise en page, revu la ponctuation, corrigé le texte, au détail près, à l’infini. J’aime faire cela, tu me connais ! Je veux te dire aussi que j’ai eu fréquemment le sentiment de découvrir bon nombre de tes nouvelles, dont j’avais dû, pourtant, taper une partie moi-même. Je dois t’avouer que j’ai changé l’extrême chute de plusieurs histoires, modifié, actualisé, réécrit et même supprimé du texte, dans tes nouvelles comme dans les miennes, selon mon goût d’aujourd'hui... Aimerais-tu le savoir ? Je ne le pense pas. Mais peut-être ton style, comme le mien, aurait-il changé, les années passant, peut-être te serais-tu aussi montré moins intraitable ? Bien malin, en tout cas, celui qui pourra, en dehors des rares personnes à nous avoir connus, évidemment, faire la part des choses entre tes nouvelles et les miennes. Secret entre nous, secret pour toujours.



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EAN13 9782956242307
Langue Français

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Thierry BEUREY
VINGT-TROIS DÉFAITES SILENCIEUSES ET AUTRES NOSTALGIES NOUVELLES & IMPRESSIONS (orthographe de 1990)
LES ABBAYES DU LOIR
Il existe, entre Champrond et Les Corvées, au plus haut du bois des Blots, un lieu bien étrange à plusieurs titres nommé Les Abbayes d u Loir. Bien étrange déjà par son nom : on n’y trouve en effet pas plus de vestiges d ’abbaye(s) que de proximité immédiate avec le Loir, qui coule plus au nord et e n net contrebas… Il s’agit d’un hameau resserré et totalement inhabité depuis des l ustres, caché au bout d’un chemin en impasse, mal carrossable et ondulant entre bois et collines, lui-même caché derrière une carrière de sable. C’est un peu par hasard mais plus encore par gout d e l’étrange et des lieux oubliés que je fis la découverte des Abbayes du Loir. C’éta it il y a dix ans : j’étais encore jeune. L’endroit était déjà comme je l’ai dit : vide absol ument, hormis, presque subjectif, le sentiment de la présence des gens qui y avaient véc u. Les cinq maisons, non alignées, comme jetées au hasard autour d’une sorte de placet te, étaient délabrées à des degrés divers, fermées soigneusement, sauf pour l’u ne d’entre elles dont la porte était en morceaux. Je décidai, évidemment, de faire un to ur méthodique et aussi silencieux que possible du lieu : je songeai en effet, non san s sourire, aux craintes de ma femme, qui jamais ne m’aurait accompagné dans un endroit p areil de peur — feinte ou réelle ? je ne sais toujours pas au juste — d’y croiser un fantôme ; j’avais beau lui expliquer, en riant, que c’est le type de rencontre dont je rêvai s depuis mon adolescence, elle restait sceptique devant mon engouement… « Et d’abord pourq uoi les fantômes, s’ils existaient, seraient-ils méchants ? Et puis tu sais , les morts sont morts, et point final », lui disais-je souvent dans ma conviction tranquille de rationaliste, paradoxalement mâtinée d’un appétit passionnel pour les mystères. Les cinq maisons étaient toutes de taille modeste, mais de facture — et d’époque, apparemment — diverses. Pour la première d’entre el les, j’avais d’abord été tenté d’entrer par l’étage : on y apercevait très netteme nt, par la fenêtre, sur une table, deux verres vides et une bouteille bouchée dont il m’app arut plus tard qu’elle était à moitié pleine… Qu’avait-on fêté ici, juste avant de quitte r les lieux ? À qui ou à quoi avait-on dit adieu devant un verre ? Je renonçai vite à grim per en m’aidant de la gouttière, qui, de fait, ne tenait plus suffisamment à la façade ; une des deux fenêtres du rez-de-chaussée, branlante, ne résista pas bien longtemps à quelques coups d’épaule. L’intérieur, en bas, était vide. Il n’y avait que d eux pièces. L’escalier menant là-haut commençait peu de pas après la porte. J’hésitai à m onter, l’ensemble me paraissant en mauvais état, mais je voulais en savoir plus sur la bouteille, les verres, l’ambiance, en un mot, des derniers instants vécus ici. De part et d’autre de la petite table se trouvaient deux chaises, une face à chaque verre ; celle de gauche avait été repoussée mais non celle de droite, comme si la personne qui l’avait utilisée savait trop bien qu’une ultime mise en ordre des lieux ne servi rait plus jamais à quiconque. Une photographie était curieusement retournée face au m ur, un petit brin de buis bénit fané dans l’anneau de son clou. Comme je m’en appro chais, le plancher sembla céder sous mon poids. Je m’immobilisai instantanément pui s repartis promptement en marche arrière : je laissai là, certainement pour t oujours, le mystère de ce visage que j’imaginai celui d’un grand-père bâtisseur de l’end roit, sous le regard duquel, peut-être, on n’avait pas osé lever le camp de façon définitiv e. La maison du fond, fermée comme les autres, avait c ette intrigante particularité d’exhiber sa clé, à l’extérieur, toujours dans sa s errure. Quelle hâte avait donc pu pousser ses derniers habitants ? Ou peut-être, quel le certitude de ne jamais revenir, ou même, s’il s’agissait des héritiers, quelle obligat ion d’abandonner derrière soi au plus vite et à tout jamais un lot de souvenirs pesants, voire de douleurs ? Je pensai aussitôt qu’il s’agissait sans guère de doutes de la dernièr e maison habitée aux Abbayes du Loir ; au reste, c’était celle qui montrait le meil leur état de conservation. Le système de fermeture, toutefois, était bloqué et rouillé : la clé ne bougeait plus du tout, ni dans un sens ni dans l’autre, et je me fis mal à la main dr oite à force de vouloir, en vain, l’extirper de son trou. Le volet était d’une nature que je n’avais jamais vue auparavant : il se rabattait vers le bas pour cacher la fenêtre en pivotant sur un axe horizontal muni de gonds. Bloqué par une solide barre de fer qui te rminait sa course dans deux anneaux scellés dans le mur, il était maintenu ferm é par un loquet cadenassé dont l’état de rouille était si avancé que l’on avait du mal à distinguer le détail de chacune des pièces. À droite, juste un œil-de-bœuf, sans vo let, orné, à l’intérieur, d’un rideau en dentelle qui faisait encore illusion.
La maison se tenait contre une construction en dôme qui était certainement le four à pain ayant servi aux habitants des cinq maisons d u temps de la splendeur — si je puis dire — du hameau ; contourner l’ensemble n’éta it pas simple à cause de la présence d’une friche intense particulièrement rich e en églantiers. Je me décidai quand même. Calmement, méthodiquement, je finis par me retrouver derrière la maison, dans ce que je plus à imaginer avoir été un potager, fermé, comme chez moi, par un mur de briques. La façade postérieure ne res semblait pas à celle qui donnait sur la placette : bien que regardant à l’ouest, elle n’ avait pas de volets. Un carreau de la plus grande des deux fenêtres était cassé. En passa nt soigneusement mon bras entre les morceaux de verre et en pesant de ma main gauch e sur l’huisserie, je réussis à l’ouvrir. Dans la pièce, assez vaste, il n’y avait qu’un coffre vide et l’armature d’un petit lit métallique sans matelas. Par la porte entrouver te, je me retrouvai dans la cuisine qui, donnant sur la placette, était plus sombre. Là , une table, trois chaises et un fourneau. À gauche du fourneau, un tas de petit boi s vermoulu, et plus à gauche encore, un autre tas protégé par une couverture gri se presque en bon état. J’entendis un mulot passer. Le soir tombait : l’endroit me par aissait propice à la mélancolie, au mystère, à je ne sais quoi… Je tirai une chaise et m’assis un instant. J’entendis à nouveau un bruit. Le mulot, pensai-je. Un souffle, à présent. Il me sembla que la couverture grise avait bougé. Tout à coup, dans le silence absolu du lieu, j’entendis une petite voix, vieille, usée : « Voule z-vous souper ? » Glacé de stupeur, je ne pus même pas me retourner v ers la couverture grise de peur de découvrir ce qu’elle avait dissimulé jusqu’ alors. Je me levai silencieusement, et ne trouvai rien de mieux à faire que m’éloigner en balbutiant : « Euh, pas ce soir, merci… ». Comme je me retrouvais sur la placette sans même av oir eu le temps de comprendre par où j’étais passé, je me retournai, i ncrédule vers la maison : derrière le rideau en dentelle de l’œil-de-bœuf, deux yeux tris tes et fatigués suivaient ma retraite.
L’ESTRE DES CHAMPS
Marcellin avançait et avec lui la fatigue. La nuit était tombée. Il hâta le pas car il voulait sentir au plus vite la forêt derrière lui ; mais, comme il quittait seulement le hameau d énommé L’Estre des Champs, les bois étaient encore loin devant. On lui avait parlé du petit bourg de Frazé et de son château, et de l’hospitalité qu’il pourrait y trouv er. Le vieux, à L’Estre des Champs, lui avait dit qu’il lui restait moins de deux lieues à parcourir, mais qu’il allait effectivement devoir traverser la forêt de Montigny — qui, à l’ép oque, venait au moins jusqu’au Gué des Aubiers à l’ouest et descendait au sud jusqu’au x trois maisons de La Leu. La Leu, pensa-t-il : la femelle du loup, en patois… Et L’Estre des Champs… — Et de quel « être » s’agit-il ? — Vous le croiserez surement dans le grand bois, av ait répondu le vieux avant de lui tourner le dos et de s’enfermer dans sa masure. Il faisait froid bien que ce fût seulement le début de l’automne. Marcellin n’avait pas osé demander du pain au vieux qui lui paraissait pl us mal loti que lui-même. Il était bon piéton, ma foi, et habitué à marcher en toutes sais ons. Mais là, sans savoir pourquoi, l’estre des champs et sa leu lui cavalaient entre l es deux oreilles et avaient tendance à alourdir singulièrement son pas. Plutôt que de suivre Les Roulas, il prit par la gra nd-route jusqu’au Moulin Toucheron, où il remplit sa gourde sans conviction ni réel besoin, puis tourna à gauche en direction de La Foucauderie : c’est là que comme nçait la forêt de Montigny. Avant d’entrer dans les bois, Marcellin se retourna pour regarder la lune une dernière fois, et fit un signe de croix. « La leu des champs et son ê tre », marmonna-t-il malgré lui en guise de prière, occupé qu’il était d’une crainte s outerraine… L’obscurité se fit plus dense : la moitié des arbre s avaient encore du feuillage. Il avança de trois cents pas sous le couvert. Il lui s embla tout à coup qu’on marchait derrière lui. Il s’immobilisa net et son dos fut au ssitôt heurté par quelqu’un qui lui collait littéralement aux basques. Il entendit un léger gro gnement. Marcellin hésita une ou deux secondes avant de se retourner. Il dut prendre une profonde inspiration : il y avait là un tout petit homme dont il ne pouvait distingue r les traits, mais dont l’haleine très chaude et humide lui parut, sur la main, extraordin airement désagréable. — Qu’est ce que… ? Avant que Marcellin eût terminé sa question — dont, au reste, il n’était pas sûr de connaitre la formulation exac te — l’autre avait détalé sous les arbres. Le cœur de Marcellin battait fort, non qu’i l ait jamais eu peur, pourtant, des rencontres au cours de ses marches diurnes ni noctu rnes, mais l’idée de son accolement avec l’estre des champs lui semblait aus si désagréable qu’inquiétante car inévitable. Marcellin saisit sa gourde et, machinalement, but u ne gorgée. Hésitant quelques instants, il se remit en route, p ressant le pas autant qu’il le pouvait. Au bout d’un temps qui lui parut pourtant suffisamment long, il sentit à nouveau qu’on marchait derrière lui. Il ralentit et se retourna d’un coup, saisit le personnage au collet avant même de l’avoir vraiment décidé. C’était un enfant ! Un garçon qui pouvait avoir douze ans. De colère, il l e souleva de terre et cria « qu’est-ce que tu veux ? ». Pour toute réponse, l’enfant éclat a d’un rire violent qui secouait son jeune corps, lui envoyant la tête en arrière, et qu e la forêt nocturne répercutait en écho. Saisi de stupeur, Marcellin laissa tomber le person nage, qui, dans un épouvantable rictus, entre deux hoquets, lui fit cette demande : — Es-tu homme ou femme ? — Mais tu vois bien que je suis un homme, et pour… — Parce que je déteste les femmes : elles me font p eur, coupa l’enfant en hurlant. Mais toi, puisque tu es un homme, je vais m’occuper de ton affaire et, crois-moi, tu n’es pas à la veille d’oublier ta nuit ! La traversée de la forêt fut si pénible qu’elle dev ait pour toujours laisser à Marcellin un souvenir d’épouvante. À chaque fois qu’il se cro yait débarrassé de l’être, celui-ci réapparaissait, sautant d’une branche sur son dos, le faisant rouler à terre, tendant une corde sur laquelle son souffre-douleur trébuchait, l’effrayant en criant à son oreille des bruits d’animaux insolites, réussissant même à l’ég arer par trois fois, dont la dernière en lui faisant prendre un sentier qui conduisait ab ruptement à une mare dans laquelle il s’écroula. Notre voyageur, épuisé et apeuré, ayant à présent le clair sentiment de tourner en rond dans le bois au seul plaisir de l’e nfant, trempé d’eau autant que de
sueurs, pensa qu’il n’atteindrait jamais La Leu ; i l se décida donc à s’assoir, sur n’importe quel tertre ou tronc pourri, pour attendr e, dans des conditions qu’il n’osait imaginer, le lever du jour. Quand soudain, à sa gau che, au loin, un chien aboya. La Leu ! Le cauchemar était-il fini pour autant ? Il lui res tait en effet un quart de lieue environ pour atteindre Frazé depuis La Leu, ses trois maiso ns et son chien. Marcellin se mit à courir, mais parfois le souffle lui manquait et il devait s’immobiliser pour se tenir les côtes, n’osant se retourner de peur de découvrir en core et toujours la courte silhouette grimaçante à ses trousses. Au bout du petit bois des Ventes, la lune lui fit v oir une tour du château. Manquant de peu de casser la chaine, il sonna comme un fou à la grille : il était comme l’enfant horrifié qui est à deux doigts de pouvoir se jeter dans les bras de sa mère. La servante, une vieille femme, mais une femme quan d même, songea-t-il, chance supplémentaire pour conjurer les maléfices du nabot qui les détestait, s’approcha, craintive. — Au nom de Dieu, donnez-moi l’hospitalité pour la nuit, je suis aux abois, hurla-t-il. — Bonhomme, fit la servante, le maitre est absent, je suis seule ici. De grâce, passez votre chemin ! Marcellin eut beau supplier, gémir en se tordant le s bras, la femme, dont la terreur faisait écho à la sienne, ne voulut pas en démordre . Comme le vieux à L’Estre des Champs, elle fit promptement demi-tour et disparut. Marcellin, qui avait tellement cru toucher à la fin de son supplice, abandonnant le combat, s’accroupit par terre, prit sa tête dans se s mains et fondit en larmes. Mais un bruit de pas, allègre, là-bas sur la route, le redr essa d’un coup, aiguillonnant son angoisse et d’ultimes forces qu’il ne pensait même pas avoir encore en réserve. Il sauta sur ses pieds, vif comme un diable sortant de sa boite et scruta les alentours. En léger contrebas, l’église. Il y courut, se rua cont re la porte, leva la clenche, poussa. L’obscurité presque totale l’effraya un instant pui s lui redonna espoir. À l’intérieur planait une odeur mélangée d’humidité et de chandel le consumée. Il repoussa la porte le plus silencieusement qu’il put, s’adossant une s econde contre son bois solide et se lança aussitôt dans un tour rapide quoique méthodiq ue, quasi à l’aveuglette, du saint lieu, afin de trouver un recoin encore plus sombre que le reste. Une colonne au fut lisse et large, presque contre la chaire, ferait l’affaire. Se sentant bien caché, il se recroquevilla sur le s ol, tâchant d’oublier le froid et la mouillure de ses vêtements, la tête sur sa gourde e n guise d’oreiller. Fermant les yeux, il se préparait à prier, quand la clenche joua à no uveau… La porte de l’église grinça sur ses gonds… On sautillait ! On sautillait en s’appro chant de lui… Il banda ses muscles, s’apprêtant à ressentir sur lui la détestable halei ne de l’odieux enfant. Mais le mouvement, le bruit léger, s’arrêtèrent tout à coup . Plus un souffle, ni de part ni d’autre. Soudain, l’être des champs prit ses jambes à son co u et disparut. S’éveillant d’un mauvais sommeil aux premières lueu rs du matin, transi et brisé, Marcellin, revisitant par la pensée ce qu’il avait vécu dans la nuit, se leva en tenant ses reins aussi douloureux que s’il avait été battu. À quoi devait-il sa chance ? Étendant sa main gauche vers le haut de la colonne, ses doigts, bientôt suivis de son regard, rencontrèrent la statue de la Vierge, à qui l’églis e de Frazé est dédiée… Mais bien sûr : une femme ! Une femme, sous l’effigie de laquelle i l avait donc trouvé un peu de repos, l’avait protégé. Curieusement, la figure de la stat ue et son allure générale n’étaient pas habituels : la Vierge, en effet, le regard courrouc é, montrait, d’un doigt impérieux, la porte par laquelle l’être avait été obligé de fuir.
UNE PEUR DU SOIR
La terre était calme. La lune pleine brillait serti e d’étoiles nouvelles. Jamais je n’avais remarqué en France que la nuit pût être aus si claire qu’ici. Je ne voulais pas résister à saisir cette vie noctu rne, et je me trouvais dehors, ce soir-là comme tant d’autres, à cinquante pas de ma case, car là déjà commençait la magie. La terre était calme. Les Africains ne sortent pas...