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Itinérance d'un architecte

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Description

Durant ses études à Clermont Ferrand, Karam rencontrera le racisme. Dès lors, il se concentrera sur ses études, obtient le diplôme d’architecte et partira à Ouarzazate pour faire le service civil et retrouver ses origines.
À Ouarzazate, il sera émerveillé par la beauté d’édifices comme les ksars, Casbahs, Zaouia. Il élaborera un avant-projet du plan d’aménagement de cette ville.
Ensuite, à Casablanca, il sera séduit par les grands chefs-d’œuvre d’architectes au temps du protectorat et par la belle prouesse technique de la grande Mosquée Hassan II et ses abords. Et à Fès fasciné par une ville nouvelle et une autre traditionnelle, millénaire, témoignage vivant de l’histoire du Maroc.
Après sa retraite, il ouvrira un cabinet d’architecte, mais il se rendra compte qu’il doit s’arrêter, car les obstacles rencontrés sont nombreux.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 04 octobre 2019
Nombre de lectures 24
EAN13 9782312067308
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Itinérance d’un architecte
Jawhar Tahar
Itinérance d’un architecte
Quatre villes – quatre histoires : Clermont - Ferrand , Ouarzazate , Casablanca et Fès
Préface de Ludovic Ramadier
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2019
ISBN : 978-2-312-06730-8
« L’homme pense agir librement mais il est en fait inconscient des causes qui déterminent son action. C’est ainsi que l’homme ivre pense agir librement alors qu’il est sous l’emprise d’alcool. »
Baruch Spinoza
Toute ma gratitude et mes remerciements à :
Ludovic RAMADIER, Jean Marc MASSOT
Daniel DUJARDIN, Jean Claude BEAUNE
Abdeslam KARIMALLAH, Amal BENBOUBKER
Ibrahim BENSY, Mohammed DOHRI
Anas DOHRI, Ahmed KAID
Abderrahim WACHTOUMI, Abderrahim WALID
Oumaima ACHAGRA, Dominique HOMBURGER
Isabelles MARCORELLES, Latifa AIT AMAR
Amina ELKAMALI, Zahira ELKAMALI
Azedine ELKAMALI, Sara LOTFI
Aziza LOTFI, Nadia LOTFI
Ali MOUSTADER, Abdelkadous ENMOUFTAKIR
Moussa BABAHCEINE, Maguy Carton de Wiart

Et tant d’autres que j’oublie mais qui
ont toujours su me prêter main forte.
Enfin mes derniers remerciements vont
à ma fille Hasna et à ma femme Naima
pour leur relecture attentive de cet écrit,
mais également pour m’avoir toujours
écouter et respecté.
Préface
Jawhar Tahar est architecte diplômé de l’école d’architecture de Clermont-Ferrand, école française, centre de la France, culture européenne, cartésienne : et il vient du Maroc, alors il décrit le parcours entre les deux continents, deux cultures, deux pays non exempts d’histoires communes.
Les questions qui se dégagent de cet ouvrage restent ouvertes et sont sous-jacentes au livre.
De dominations en soumissions, les architectes errent au gré des politiques et leurs rôles dans leur exercice de projet, est soumis au pouvoir, d’argent, à la politique.
Maitrise de territoires, de personnes, d’idéologies, l’architecture est souvent ballottée, asservie. Jawhar Tahar effleure ces réalités, celles qui se cachent derrière les façades de nos métropoles. Qu’elles soient du côté européen ou africain.
Jawhar Tahar, ne s’exprime pas personnellement. Il suggère, met en perspective, décrit. Il y a du courage dans ce parcours, comme il y a du courage pour construire des cités, urbaniser des villes, décider et affronter le choix des possibles. L’architecte est celui qui parcoure dans sa vie ce choix des possibles en essayant de rester objectif. C’est-à-dire en se privant volontairement d’a priori.
L’auteur reste un architecte neutre, libre, d’écouter et de penser, ce que certains appellent de la naïveté, est l’ultime sagesse. Celle de la page blanche.
– Les Maghrébins ont-ils, avant les Européens, écrit dans la pierre, les premières pages d’architecture ;
– Faut-il renier l’apport occidental, essentiellement français dans l’architecture marocaine ?
Lui seul, arrive à concilier ces mondes contradictoires, ou univers parallèles. Lui seul navigue sans difficulté, entre Clermont-Ferrand et Casablanca et trouve de la beauté dans un jardin clermontois, le jardin Lecocq, comme dans un ordonnancement de plan d’une casbah de Rabat ou d’un quartier de Habous à Casa.
Le livre de Jawhar Tahar n’est pas complaisant ni avec des intentions politiques, ni avec des civilisations. Il n’est pas esthétiquement gratuit. Il ne galvaude pas la réalité, il la décrit cruellement au sens d’Antonin Arthaud. Cruel théâtre d’édifices européens sous le ciel marocain. Cruel théâtre d’une culture apprise loin du désert d’Ouarzazate. Alors, J.T. s’adapte et d’intelligence en fascination, il traverse « en rêve », comme il dit et ses souvenirs fabriquent l’intégration de deux mondes que l’on croyait aux antipodes.
Si l’on ne peut donner de définition, peut-être peut-on parler du lieu d’exercice de l’architecture avec ses modes, ses programmes de société.
Tout ici, n’est pas compréhensible ou explicable. Trop de facteurs, paramètres entre en compte pour donner un livre exhaustif. Il faut un angle de perception, de lecture restreinte pour mettre à jour les mécaniques obscures, sans les caricaturer.
Cet exercice de décryptage, J.T. le propose au lecteur sans tomber dans les traverses de l’outrance ou du parti pris. J.T., écrit, décrit, trace et retrace à la recherche de souvenirs qu’il nomme illusions. Des deux côtés de la Méditerranée, il nous fait partager sa réalité construite par l’architecture.
Cela deviendrait presque une définition du souvenir, de la trace, de l’histoire. Inscrit dans les bâtiments, J.T. Fascine en détaillant l’historique des villes marocaines (Ouarzazate, Casablanca, Fès). Sa mémoire devient mémoire archétype.
Questionnement philosophique qui place l’architecte vers le centre, signifiant central de culture, de société.
Articulation des décors.
Façades : accent sur l’importance de la façade, discours et décors de façade.
Risque et prise totale de risque lorsqu’on change de continent, de coutumes.
Codes nouveaux à décrypter.
Adaptations.
Intelligence de J.T. Dans sa démarche lorsqu’il navigue et décode les coutumes occidentales, la pensée orientale, nord-sud de la Méditerranée.
Congruente géographique qui oriente la pensée.
Vers une architecture géographique, spatialité de la pensée et import des concepts occidentaux, vers l’orient. Exportation architecturale.
J.T. Reste au centre, explicite les anecdotes, tapis méthodique, méthodologique et « support » de la pensée. Il y a un brouillage et un débrouillage, un codage et un décodage à l’intérieur du récit qui affecte le lecteur, le déconcerte ; façades, bâtiments officiels, administratifs, expression des lourdeurs et apparats des systèmes. Cela s’éclaire par réciprocité conceptuelle.
Un miroir symbolique de part et d’autre de la Méditerranée, trace deux continents, deux pensées qui loin d’être identiques se « subversives » l’une l’autre. Certains diraient : s’enrichissent, d’autres s’influencent.
J.T. Ne se prononce pas, il démontre, traverse, dévoile quelques détails pour surtout, laisser chacun définir son propre paradigme et situer sa propre démarche.
En cela, J.T. Met en exergue la liberté dans l’architecture et ne s’avilit pas à la démonstration d’un point de vue, parce qu’il a compris qu’il n’y a pas qu’une vérité en architecture comme dans sa vie. Il nous laisse le choix, le choix des possibles, des réalités possibles.
Historisation de la pensée architecturale.
Casa, la ville blanche, « Dar-El-Beida ».
De retour de Casa, impression d’avoir tout vu, tout traversé. Les Kissariats, les anciennes et les nouvelles médinas, les architectures françaises des années 1912 à 1956.
Grandes avenues blanches et vestiges des temps révolus du protectorat français. Souvenirs laissés par ces immeubles d’art déco, fastes de l’architecture de cette époque.
Temps où l’on décidait la ville, où l’on traçait les avenues et structurait les futures. Lyautey agrandissait les ports, les modes de vie. Lyautey, grande ambiguïté de la pensée occidentale, paternaliste et protectrice (protectorat).
Casa, la ville laboratoire du début du XX e siècle. Les Français allaient faire leur première expérience, testaient leur savoir médical.
Mon père, médecin, lui aussi était là-bas en début d’exercice de sa profession. Bref passage en pays musulman, religion dont il faudrait parler davantage.
De pays chrétiens en pays musulman, l’architecture est-elle le lieu des croyances ? Les Français ont réinventé leurs mosquées et aujourd’hui encore, ils continuent de construire des lieux de culte. Bouygues est le constructeur désigné pour la mosquée d’Hassan II à Casa.
Architecturer des lieux qu’ils soient de culte, d’habitat, d’entreprise. Quel que soit l’objet, les architectes français répondent aux programmes et des rues construites dans les années 1920, urbanisme et agrandissement des villes, l’urbain, même de nos jours, se tournent vers l’Europe pour édifier ses monuments.
J.T. Traverse ces questions et explore bien au-delà des intérêts commerciaux, l’origine de ces projets aux multiples programmes.
Dans le courant du XX e siècle, Casablanca s’est inscrite par son emplacement comme le port dynamique de l’Afrique du Nord.
Jawhar Tahar, nous décrit ce passage et à travers son parcours personnel, il nous permet de comprendre cette émergence urbaine. À notre époque, en 2018, cela constitue un véritable patrimoine.
Un patrimoine se détermine lorsque les populations, les pouvoirs publics ont admis l’intérêt, la beauté et le bénéfice de sa conservation. Le patrimoine est de l’ordre de l’appropriation, mise en perspective d’une histoire, d’un passé. Et ce n’est pas simple pour le Maroc. Exister, avoir une identité propre et admettre de prendre en compte, admettre l’influence de la France, sorte de grand frère méditerranéen. Faudrait-il que les deux pays se découvrent finalement des rapprochements au-delà des frontières et de la Méditerranée. Reste l’obstacle des religions, coutumes et des systèmes politiques – obstacles identitaires.
Nous avons parcouru Casablanca, le livre de J.T., est l’endroit exact de ce carrefour entre les civilisations occidentale et orientale.
Ludovic Ramadier Architecte DPLG
Avant -propos
L’auteur, relatera à travers des faits réels ou imaginaires, les quatre grandes étapes parcourues par Karam dans les villes de Clermont-Ferrand, Ouarzazate, Casablanca, et Fès. Des villes, si différentes par l’histoire, la géographie, l’architecture et l’urbanisme.

Durant son itinérance Karam tentera vaille que vaille de montrer la complexité de l’exercice du métier d’architecte pris entre les forces sociales et politiques, de même, il se demandera, si au fond la vie en ville serait plus agréable pour les habitants et si elle n’est qu’une illusion, une préoccupation au quotidien et une lutte perpétuelle pour l’existence, où la ville serait une structure coercitive, source de nuisance, de pollution, d’anonymat, voire de délinquance, d’ennui et de souffrance.
Pourtant, si Karam pense agir librement durant plusieurs années dans ces villes, il n’en reste pas moins vrai qu’il ignore inconsciemment les causes profondes qui l’ont incitée à choisir ces villes si différentes. Il se demanda, en fin de compte, s’il n’est pas soumis malgré lui à la merci de la loi de la nécessité de la nature et cela, comme disait le philosophe Michel Onfray citant Spinoza :
« Lancé une pierre en air, elle continue, de grimper, de ralentir et pour finir par tomber parce qu’elle obéit à la loi de la chute des corps. Donnée là, la conscience et le langage, elle vous dira qu’elle a choisi de grimper, de ralentir, de tomber. Elle se croyait libre alors qu’elle ignorait les causes qui la déterminent ».
À Clermont-Ferrand, Karam dira et démontrera par des exemples précis comment, il s’est adapté au mode de vie et à la culture française sans pour autant renier sa propre culture d’origine. Mais aussi comment il a rencontré le racisme et ses effets dévastateurs dont sont victimes de nombreux immigrés arabes et africains et d’autres hommes de couleur.
Finalement, il expliquera, comment il a préparé et soutenu sa thèse de mémoire de fin d’études et retourner aussitôt à son pays d’origine et ce, après l’achèvement de ses études et sa réussite au diplôme d’architecte.
De retour au sud marocain, il dira et racontera, comment il a passé le service civil à Ouarzazate et retrouvé le soleil, le désert, ses origines familiales, ses souvenirs d’enfant abandonné, suite à la mort de ses parents dans un accident tragique alors qu’il n’avait que trois ans.
Durant sa visite de reconnaissance de la ville et sa région, Karam découvrira et décrira l’énorme contraste existant entre d’un c ô té les formes, les décors et l’architecture de l’habitat collectif traditionnel tel que les « ksars » , « les Casbahs », les citadelles « Klaas » et de l’autre c ô té une architecture en damier, de la ville militaire localisée sur la butte et dominant tout le paysage environnant.
Suite à plusieurs mois de travail au sein de la délégation régionale du Ministère de l’habitat et de l’urbanisme, Karam dira comment il a procédé à l’élaboration d’une première esquisse d’un plan d’aménagement urbain, répondant intrinsèquement aux questions fondamentales que pose la ville pour son développement.
À la fin de son service civil, Karam sera embauché comme architecte à la communauté urbaine de Casablanca.
Sa présence dans cette ville lui permettra d’élargir ses horizons, d’acquérir une expérience, de fonder une famille et de renouer le contact avec ses amis si longtemps interrompus, de réaliser des projets d’architecture et d’élaborer une étude de documentation et de réflexion concernant les points suivants :
– le centre-ville de Casablanca ;
– les différents styles d’architecture ;
– les chefs-lieux d’architecture ;
– architectes et leurs principales réalisations à Casablanca surtout entre les deux guerres.

Karam, identifiera les quelques édifices patrimoniaux les plus significatifs du centre-ville, ainsi, que ceux qui ont été intégralement démolis ou affectés par la démolition, la dégradation et le manque d’entretien. Également, aussi ceux qui sont bien entretenus, réhabilités, restaurés ou programmés pour être prochainement rénovés ou reconvertis de même, il précisera les grandes actions urbaines à réaliser pour la création d’un nouveau centre-ville s’articulant essentiellement autour de la grande mosquée Hassan II et ses abords tels que :
– le projet de l’avenue royale ;
– l’aménagement de la nouvelle corniche ;
– le projet de la Marina ;
– le parc de la ligue arabe (ex-parc Lyautey) ;
– d’autres projets.

Durant les nombreuses années passées à Casablanca, Karam sera affecté en 2001 à la municipalité de Fès-Jdid et ce, par décision, s’inscrivant dans un mouvement général relatif à la mobilité des cadres des collectivités locales.
À Fès, il dira comment il a découvert une ville nouvelle à l’européenne à l’instar de Casablanca, mais aussi la médina qui est une ville traditionnelle, millénaire témoignage vivant de l’histoire du Maroc. Malheureusement, il ne tardera pas à constater l’existence d’un grand nombre de bâtisses dégradées et menaçant ruine.
Pour cela, il propose quelques idées forces et critères simples à respecter afin d’élaborer un avant-projet de réhabilitation et ce, pour préserver ce territoire de toutes dégradations présentes ou éventuelles et d’éviter des pertes humaines surtout durant la période des pluies.
Enfin, il y a deux années à Fès, Karam prend sa retraite et retournera à Casablanca pour ouvrir une agence d’architecture, mais il ne lui sera pas facile de renouer des bienveillantes relations avec des gens de métier, tout en sachant que l’architecture est avant tout une passion, un amour, une philosophie avant d’être une science et une technique ?
P REMIÈRE PARTIE : À Clermond - Ferrand
« Clermont - Ferrand est la ville agréable,
située dans l’un des plus beaux pays de
la terre. »

George Sand
Chapitre I. L’étudiant
Karam, arrive dans un après-midi à Clermont-Ferrand par le train, sous un temps glacial et pluvieux, il prend une chambre à l’hôtel de la gare pour se reposer et dormir, car le voyage est si fatigant.
Le lendemain matin, il prend un petit déjeuner, fait connaissance à la cafétéria de l’hôtel tout à fait par hasard avec deux jeunes étudiants en architecture qui lui proposent de l’accompagner à l’école d’architecture, Karam accepte, d’autant en plus qu’ils ne connaissent pas cette ville. Quelques minutes de trajet et les voilà arrivés à l’intérieur de l’école et ce, après avoir traversé les avenues du Château rouge, des Paulines, boulevard Gergovie. Cette école est un ancien bâtiment abritant l’ex-école de chimie sans esthétique apparente, entourée d’un mur de clôture et ressemble étrangement à une usine. François, Joseph et Karam, prennent place dans l’amphithéâtre. Monsieur le Directeur de l’école présenta les enseignants, le programme, l’emploi du temps et exprima sa satisfaction de voir former par cette école un grand nombre d’architectes exerçant non seulement dans la région et dans le territoire national mais également à l’étranger, notamment en Afrique. Enfin, le directeur terminera son intervention par féliciter ses étudiants d’avoir choisi cette école.
À la sortie de l’école, Karam est allé à la cité universitaire pour louer une chambre d’étudiant et obtenir une carte lui permettant l’achat des tickets pour les repas à prix réduits auprès des bureaux du centre régional des œuvres universitaires et scolaires.
Pour Karam, c’est donc une nouvelle vie estudiantine qui commence pour lui. Désormais, il décide de faire un effort pour s’adapter à la nouvelle vie et surtout de se mettre dans la peau de l’autre, en respectant sa culture, son mode de vie, en laissant au placard ses préjugés et ses idées reçues, il s’agit pour Karam de tenter de comprendre l’autre dans sa globalité et non seulement superficiellement et partiellement dans tout ce qu’il a de positif ou de négatif.
U N ENSEIGNEMENT ADAPTÉ
Les toutes premières années à l’école d’architecture sont révélatrices pour Karam dans la mesure où il a appris énormément de choses comme :
1. – conception et dessins des projets d’architecture et d’urbanisme ;
2. – réalisation des perspectives et des maquettes de quelques projets comme la maison sur la cascade de Frank Lloyd Wright ;
3. – visites et le suivi des chantiers en cours de construction ;
4. – voyages d’études dans le cadre du programme de l’école (visite de quelques œuvres d’architecture) comme :

– l’unité d’habitation de Marseille construite entre 1947-1952 par Le Corbusier où Karam ne peut oublier l’émotion qu’il a ressentie par l’extraordinaire proportion du bâtiment observé de loin, la force des pilotis qui soutiennent cet édifice ressemblant terriblement à un navire, utilisation du béton armé et du matériau brut ;
– la chapelle du Ronchamp, construite entre 1953-1955 par Le Corbusier ;
– La Fondation suisse à la résidence universitaire internationale de Paris, construite en 1933 par Le Corbusier ;
– la fondation maison du Maroc. Construite en 1953 par les Architectes Albert Laprade, Jean Vernon et Bruno Philippe ;
– sans oublier bien évidemment le château de Versailles, le musée du Louvre, le centre culturel de Georges Pompidou, Notre-Dame de Paris, Palais de bourbon, Montmartre ou Fontainebleau, la maison du monde arabe, la maison Horta à Bruxelles ou le quartier de Berlage à Amsterdam, les œuvres de Gaudi à Barcelone et le palais arabe d’Alhambra de Grenade.
5. – organisation des activités culturelles par les étudiants et les enseignants de l’école des séminaires, des conférences-débats, des films ayant un rapport avec l’architecture, l’urbanisme, comme le quartier du Mazet à Clermont-Ferrand, le Marais à Paris ou les nombreux quartiers de la ville de Bologne en Italie.
6. – Existence à l’école d’architecture d’une bibliothèque très riche en livres, documents, films, ayant un rapport avec l’architecture, l’urbanisme, l’environnement, mais également avec les autres sciences et arts. Il se rappelle parfaitement de quelques livres et écrits par des architectes, des historiens, des sociologues ou des géographes tels que les livres de Le Corbusier, de Frank Lloyd Wright et d’autres comme :
– villa haute Savoie (1929) de Le Corbusier,
– maison sur Cascade de Frank Wright (1935),
– ville idéale ou contemporaine de Le Corbusier (plan voisin de Paris en 1925),
– le projet de la cité idéale « broad âcre » ou la cité naturelle de liberté de Frank Lloyd Wright (1931-1936),
– voyage au centre-ville de Clermont-Ferrand de Françoise Lorgeaux et Daniel Dujardin,
– urbanisme et société à Clermont-Ferrand de Marcel Antonio.

C’est donc grâce à cette bibliothèque de l’école d’architecture, si riche en documentation et un enseignement de qualité où l’architecture est d’abord considérée comme un art, une philosophie, un amour, une passion avant d’être une technique et une pratique que Karam prend nettement conscience quant à l’impact considérable qu’affectent l’architecture, l’urbanisme, l’environnement sur la vie des gens et sur leur façon de vivre, de penser, d’habiter et de se comporter, et même de réfléchir. C’est l’expression parfaite d’une nation et comme le dit d’ailleurs le français, Viollet-le-Duc l’un du plus célèbre architecte du dix-neuvième siècle :
« L’architecture est le signe visible des mœurs d’une nation, de ses goûts, de ses tendances, plus que tout autre art, elle laisse une trace durable de l’état intellectuel d’un peuple, de sa vitalité, de son énergie ou de sa décadence. »
Cependant, comme Karam réside à la cité universitaire où il prend quotidiennement ses repas et ses petits déjeuners au restaurant de celle-ci, il n’hésitera pas à s’interroger sur les conditions de la vie des résidents et sur la conception architecturale et urbanistique de ses bâtiments.
Chapitre II . Le logement à la cité universitaire
C’est durant plusieurs années (1976-1981) que Karam réside à la cité universitaire de la ville qui se trouve à quelques mètres de l’école d’architecture et tout près du centre-ville.
D ESCRIPTION
Elle est située dans un site enclavé, judicieusement aménagé en voiries, espaces verts, parkings et plusieurs immeubles orientés, éparpillés et localisés dans ledit site. Chaque immeuble comprend quatre niveaux dont le plus grand est de dix niveaux avec ascenseurs et monte-charges lesquels sont incorporés au sol et à l’entresol, les services du CROUS , le restaurant, la salle des activités culturelles, la salle de télévision, la cafétéria et la conciergerie.
Karam est donc affecté dans l’un de ces bâtiments à quatre niveaux en forme de barre, trame régulière avec portée optimale, répartition d’un grand nombre de chambres des deux c ô tés le long d’un axe central. Chaque chambre est individuelle et répond aux fonctions : travail et sommeil (boulot-dodo). Elle est de « neuf mètres carré » et comprend, une table, un lit, un lavabo et un placard. Cette résidence est construite au début des années soixante-dix par un architecte de Clermont-Ferrand, inspiré du modèle de la cité Antony de Paris lequel à son tour est inspiré des « campus » universitaires américains.
L A CITÉ , EST - ELLE UN LIEU DE VIE ?
Effectivement, c’est un lieu de vie, de rencontre et d’échange, présentant plusieurs avantages comme pour la location d’un logement à prix réduit pour des étudiants de conditions modestes. Cependant, suite aux nombreuses années passées au sein de cette cité, Karam prend conscience que c’est un univers à part, un lieu clos. Durant les week-ends et les jours fériés, celle-ci est quasiment déserte, il n’en reste que les étudiants étrangers et français habitant à Montluçon, Moulin, Bourges. Heureusement que pour Karam ses amis comme Marie, Catherine, Joseph et François venaient souvent pour l’inviter à prendre un pot, se balader en ville, ou aller au pique-nique surtout quand il fait beau.
Par ailleurs, Karam passe beaucoup de temps avec ses copains à discuter de la pluie et du beau temps, le dernier film de Godard, l’impérialisme, le racisme, le droit des femmes, l’immigration, l’architecture et l’art.
Chaque rencontre l’ambiance est séduisante et variée que la précédente. Ce contact et ces sorties dans la ville et sa région permettent à Karam d’échapper à la routine et à la misère culturelle qui règnent dans cette cité, bien que le CROUS accorde une grande importance à la vie culturelle en subventionnant le cercle universitaire, le théâtre, la musique, d’autres organisations et syndicats des résidents.
L ES ÉTUDIANTS ÉTRANGERS ( RÉSIDENTS )
Dans le cadre de la semaine d’animation culturelle pour l’information et sensibilisation des étudiants étrangers des nouvelles de leurs pays d’origine, ainsi qu’à l’épineuse question du colonialisme en Afrique, comme c’est le cas du Maroc. Karam est invité par les organisations estudiantines à donner une conférence d’information ayant pour thème « La question de l’autodétermination et cas du Sahara marocain »
Dans son introduction, Karam a rappelé en brossant un tableau succinct relatif aux diverses stratégies et méfaits dévastateurs du colonialisme dans le continent africain.
Les devises du système colonial étaient de diviser pour régner, ou d’assimiler pour régner. Le but du colonialisme ou néocolonialisme est le contrôle et l’exploitation systématique à outrance des richesses naturelles des peuples africains et maghrébins par la France, l’Angleterre, l’Espagne.
Cependant, ajoute le conférencier, si la construction des postes, banques, routes, ports, aéroports, lignes de chemin de fer, villes, usines, gares, hôpitaux, écoles est considérée comme un bienfait de la colonisation, il n’en reste pas moins vrai que certaines de ces infrastructures ont été édifiées par l’occupant afin de traiter la matière première sur place, il faut construire des usines pour les exporter ou les vendre à l’étranger.
Toutefois, dit-il, afin de contrôler et de dominer les Pays anciennement colonisés les occupants ont toujours pu créer des litiges frontaliers factices, générant ainsi des interminables rivalités et hostilités entre les pays limitrophes. Que de plus, quand les intérêts vitaux des colonialistes sont menacés, ils n’hésiteront pas, à créer de petits États guignols au nom du principe légitime des droits des peuples à l’autodétermination et à l’indépendance. Quelle mascarade et quelle imposture ?
Enfin et pour conclure le conférencier expliqua, que la proposition d’autonomie du Sahara dans le cadre de la souveraineté marocaine est la seule solution sérieuse et réaliste au conflit, laquelle proposition garantit la dignité, la liberté et les droits de la population contrairement à ce qu’endurent les Marocains séquestrés dans les camps de Tindouf. Et que la clef du problème du Sahara, dépend en grande partie de l’Algérie, c’est à elle seule, que ce problème pourra être résolu et l’union maghrébine sera construite, mais elle ne se réalisera certainement pas, sans une véritable démocratie dans les pays maghrébins.
Dans ce sens, il est à remarquer que le Maroc est l’un des pays où il y a des manifestations sans que ça dégénère en affrontements. Il n’y a, eu jamais de guerre civile au Maroc, il a plus d’acquis que ses voisins, il y a de nombreux partis politiques, des syndicats, des ONG , etc. Le Maroc a une culture que l’on ne trouve pas dans les pays voisins et de ce fait, il est différent de ces derniers.
À la fin de la conférence, qui est très riche en enseignements, un grand nombre impressionnant des étudiants et résidents africains, arabes et français ont remercié Karam de leur avoir apporté un éclairage précieux, pertinent et démystificateur quant à la domination coloniale en Afrique et que certains anticolonialistes semblent pourtant ignorer !
L ES ORGANISATIONS ESTUDIANTINES ET LA CITÉ
Selon leurs statuts, les organisations estudiantines sont autonomes et ayant pour tâches principales la défense des intérêts matériels et moraux des étudiants, mais en réalité, ces dernières font l’objet des querelles intestines et sectaires en leur sein. Karam constate que l’aide accordée par le CROUS aux organisations, reste insuffisante, elle n’a aucun grand incident majeur sur la masse des résidents, et même sur l’ensemble des étudiants de l’université de la ville.
En effet, les bénéficiaires de cette aide ne sont que de petits groupes d’étudiants spécialisés dans les secteurs culturels. Ces lacunes s’ajoutent aux inconvénients de la conception d’un urbanisme opérationnel et d’une architecture rationnelle qui consiste à fournir un logement au plus grand nombre sur des surfaces individuelles très restreintes pouvant assurer les fonctions : repas, dormir, travailler, toilette, dans un minimum d’espace. Les chambres sont meublées et toutes identiques, de sorte que l’on a une pièce fonctionnelle qui tient compte du marché de grandes séries, car cela revient moins cher.
Désormais, Karam prend conscience que la vie des résidents est bien rangée et réglementée et que ces cités ressemblent étrangement à un système clos, déconnecté de la vie réelle. Donc pour cette raison, Karam décide de quitter ces cités et d’habiter dans un vieux quartier de la ville de Clermont-Ferrand.
Chapitre III . Le logement en ville
Karam déménage dans le quartier de la poste et plus exactement dans une maison très ancienne située dans la rue Ballainvilliers, plus près de l’ancien lycée Blaise Pascal et l’École des beaux-arts. Il loue une chambre, meublée, spacieuse, bien aérée, d’une bonne acoustique, complètement différente que celle de la cité universitaire et ce par sa grande fenêtre persienne à laquelle, il peut contempler la rue Ballainvilliers et tout particulièrement le bâtiment de l’École des beaux-arts qui se trouve juste en face. Lequel bâtiment est chargé d’histoire. Construite en 1767 en pierre de taille noire de Volvic, c’est une ex-halle aux blés, il est restauré en 1828.
C’est dans cette piaule, si calme et si paisible que Karam habite et passe souvent des journées entières à travailler, à préparer ses devoirs, à dessiner des projets d’architecture et à réaliser des maquettes. Parfois, il déjeune dans le café du coin. Il se déplace quotidiennement du lieu de son domicile à l’école d’architecture et au restaurant universitaire, en passant par la rue de Ballainvilliers et traversant le fameux jardin Lecoq, nom donné en hommage au botaniste et géologue Henri Lecoq (1802-1871). Il lui arrive souvent aussi de prendre un couscous à l’ancien quartier du Mazet, situé en plein centre historique de la ville à côté des cathédrales de Notre Dame de Saint-Pierre et de Notre-Dame du Port.
L ES DEUX CATHÉDRALES
La Cathédrale de Notre - Dame de Saint - Pierre
C’est toute la ville et son centre historique, qui sont dominés et symbolisés par cette impressionnante cathédrale gothique, qui a été construite à partir de 1248 en pierre de Volvic, mais les deux saisissantes tours (plus de cent mètres de haut) ont été achevées au XIX e siècle par le célèbre architecte Viollet-le-Duc.
À l’intérieur de cette église, se trouvent de superbes et magnifiques rosages en vitraux et de très belles peintures murales du XIII e et XIX e siècles. C’est autour de cette grandiose cathédrale que l’on peut découvrir une forte concentration d’un grand nombre de rues et d’espaces piétonniers comme la rue des gras et la place de la victoire où s’est érigée la statue d’Urbain II. C’est là où se sont localisés des équipements administratifs comme l’hôtel de ville, préfecture, Conseil régional du Puy de dôme et un très grand appareil commercial tel que la célèbre place de Jaude avec son imposante statue de Vercingétorix.
La cathédrale de Notre - Dame du Port
Elle est tout simplement une basilique romaine, c’est un haut lieu de l’architecture et de la sculpture du XII e siècle notamment avec ses magnifiques et beaux chapiteaux.
Aujourd’hui, cette église a été réhabilitée plusieurs fois et inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco (1998).
L ES PETITS BOULOTS
Karam a su toujours, trouver des boulots à L’Agence Nationale pour l’emploi. Ces petits boulots, lui permettant de gagner d’une part un peu d’argent pour financer en partie ses études et d’autre part pour mieux s’adapter au mode de vie des français et d’éviter de rester cloisonné dans le milieu étudiant, c’est ainsi qu’à travers les visites, les promenades dans cette ville et la lecture de nombreux livres, documents disponibles dans les bibliothèques de la ville, que Karam apprend, que cette ville a été le fief des personnalités influentes aussi bien au niveau régional, national, qu’international.
P ERSONNALITÉS MARQUANTES
Voici ci-après, en vrac quelques cas d’exemples d’écrivains, philosophes, politiciens, professeurs et chercheurs ayant enseigné ou natifs à Clermont-Ferrand.
– Blaise Pascal (1623-1662)
C’est à Clermont-Ferrand où naissait le 19 juin 1623, le physicien, mathématicien et philosophe, Blaise Pascal, auteur des provinciales et des pensées. Inventeur de la machine arithmétique et calcul des probabilités. Sa maison natale se retrouve à l’arcade des chausse-tiers et du passage vermines.

– Henri Louis Bergson (1859-1941)
Philosophe, Prix Nobel en 1927 et professeur de philosophie au Lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand entre 1883 à 1888.

– Jacques Delors (1925)
Homme politique et ex-président de la Commission européenne. Il a passé plusieurs années à Clermont-Ferrand.
– Michel Foucault (1926-1986)
Philosophe et Professeur de philosophie à l’université de
Clermont-Ferrand de 1960 à 1966.

– Louis Pasteur (1822-1895)
Il gagne Clermont-Ferrand en 1876 où il étudie les maladies de la bière avec son ancien préparateur Émile Duclaux et conclut ses études sur la fermentation par la publication d’un livre intitulé les études sur la bière et la pasteurisation.
– Roger Quilliot (1925-1998)
C’est à Clermont-Ferrand aussi que Roger Quilliot, intellectuel, agrégé de lettres, docteur en lettres et spécialiste de l’œuvre d’Albert Camus. Après la mort de ce dernier, il a préparé l’édition de ses œuvres pour la collection « La pléiade ».
En 1963, il est nommé à la faculté des lettres de cette ville et s’installe en Auvergne en tant que secrétaire général du Parti socialiste de Puy-de-Dôme. En 1965-1974, il fut longtemps sénateur, maire de la ville de Clermont-Ferrand (1973-1997). Ministre de l’urbanisme et Président de l’Association des maires de grandes villes de France (1977-1983).
Roger Quilliot était l’initiateur et le plus fervent défenseur des projets urbains, sociaux de la ville et de sa région.
T RANSFORMATIONS URBAINES DE LA VILLE .
Parallèlement donc à ces quelques personnalités citées, il faut dire que la ville a subi durant les trois derniers siècles d’importantes transformations notamment aux :

– dix-huitième siècle
La ville était très fortement hiérarchisée par les édifices religieux, au centre de celle-ci s’élevait la cathédrale symbolisant le pouvoir et l’idéologie religieuse, l’hôtel de ville représentant le pouvoir politique. La Ville était défendue par les remparts (détruits en 1750) et entourée par des enclos religieux.

– dix-neuvième siècle
La Ville déborde le cadre des remparts et les équipements se développent, selon les axes de transports vers Paris (usine à gaz, abattoir, caserne, cimetière, marché aux planches, gare de chemin de fer). Il s’agissait d’un phénomène important, de substitution, destruction des églises, des ordres, des constructions des voies et des places.
Si la révolution industrielle s’est opérée dans de nombreuses villes industrielles, notamment Paris, Lyon, Toulouse, Saint-Étienne. Clermont-Ferrand reste une ville essentiellement commerciale et agricole à forte mentalité rurale.
– vingtième siècle
– La construction en 1900-1903 d’un musée et d’une bibliothèque (municipale et universitaire) ouverte à la ville et aux étudiants.
– La fabrique de l’industrie créée une nouvelle ville dans la ville, dans la partie Nord-est.
– Parallèlement à l’espace et à l’idéologie Michelin, des quartiers entiers souvent sous-équipés, ont été construites dans la périphérie de la ville, comme la Croix-Neyrat et la Plaine. Michelin est non seulement le principal aménageur de la ville auvergnate, mais aussi le champion mondial numéro un dans la fabrication des pneus et le premier pourvoyeur pour l’emploi et surtout entre les deux-guerres. En 1918, l’usine fabrique même des avions. Il en sort sept avions par jour. Michelin joue un rôle essentiel sur le bouleversement de la mentalité et de mode de vie des Clermontois notamment sur les paysans-ouvriers. Michelin commande tout en Auvergne.
Il faut dire qu’au vingtième siècle, une nouvelle idéologie, celle du zonage en vue d’une production rationnelle, se met en place, la ville est découpée en série d’espaces spécialisés, de zones industrielles à Clermont-Ferrand, c’est l’axe-Est (Michelin, la Combaude, le Brézet).
Dans les années soixante, de nouveaux quartiers d’habitations souvent sous-équipés ont été réalisés à la périphérie. Par contre, dans le centre-ville et le quartier universitaire, les équipements de diffusion, de bureaux et d’information se sont développés très fortement, créant une concentration formidable des cinémas, la Maison des congrès, la maison de la culture, la nouvelle Préfecture est des équipements universitaires qui se sont étendus même jusqu’à Aubière.
L’ ÉVEIL DE K ARAM
Le fait d’habiter en ville et l’idée même de chercher des boulots durant les vacances, ont permis à Karam de prendre conscience du problème du racisme et ses effets dévastateurs. Lequel racisme se manifeste au quotidien de certaines catégories de gens par des préjugés et des clichés tout faits tels que :
– Je n’aime pas les Arabes et les noirs, mais je ne suis pas raciste ;
– S’il y a du chômage, c’est à cause des étrangers qui prennent notre pain ;
– On n’a pas de pétrole, mais on a des idées.

Voici ci-après les deux cas d’exemples du racisme que Karam a rencontré en ville et qui sont :
– une fois à la terrasse d’un café, le garçon a refusé catégoriquement de lui servir un chocolat et lui dit : « Ici , on ne sert pas aux Algériens et aux Arabes »
– un dimanche vers midi, tandis qu’il se dirige vers la cité universitaire pour prendre un repas au restaurant, il croise un passant qui lui dit : « Encore un Arabe »

En fin de compte. Karam apprend que le racisme, n’est plus, ni moins que le refus systématique de l’autre, de sa culture, de son rapport à l’espace, au temps, au mode de vie et surtout de sa couleur de peau. Par ailleurs, il faut ajouter qu’en 1984, la situation politique et sociale de la France se dégrade de plus en plus et surtout avec la montée du Front national dans le sondage et l’augmentation vertigineuse du chômage (plus de 8,6 % de la population active).
Suite à cet état de fait, Karam prend nettement conscience que ce monde n’est pas le sien. Il décide donc pour se préparer à terminer ses études, d’obtenir son diplôme et de retourner définitivement à son pays d’origine, car il a très peur d’être agressé à tout moment par un quelconque raciste notoire, de genre Front national ou d’un fou furieux du type pervers narcissique.
Karam décide donc de partir et de dire adieu à ce pays merveilleux, chargé d’histoire et de mémoire. Celui de Montesquieu, Victor Hugo, Jean Jaurès, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir.
Cependant, il ne manquera pas de témoigner sa profonde gratitude à ce pays et notamment à la ville de Clermont-Ferrand, aux Clermontois, à ses enseignants de l’école d’architecture et à ses amis. Il les remercie de l’avoir aidé à poursuivre ses études dans les meilleures conditions possibles et ce, malgré les barrières culturelles, raciales et philosophiques qui les séparent de lui.
Chapitre IV . Partir
Désormais, la seule chose qui interpelle et obsède Karam est bel et bien l’idée de partir, sans jamais revenir. Changer de lieu, de climat, la façon de penser et d’agir, de mode de vie, quitter l’Europe et sa civilisation. Le mot quitter, lui fait penser à Henri Frédéric Amiel, lorsqu’il dit dans les fragments d’un journal intime (1821-1881).
« Quand on doit se quitter, il faut partir avec une résolution ferme, prise avec calme »
Partir pour trouver la mer, le soleil, le désert et la liberté incarnés par le continent africain. Il dira donc adieu à cette ville des volcans, des fromages, à ses quartiers, à ses places. Tous ces lieux qui lui sont familiers, avec leurs anecdotes, leurs visages, leurs impressions, leurs architectures. Tous ces lieux bien qu’aveugles et sourds ont connu ses soucis et influencé sa personne, Karam va les quitter. Il a toujours pensé qu’un jour ou l’autre, il quitterait définitivement ce milieu qui n’est pas le sien, il ne peut vivre indéfiniment et trouver un équilibre. Il a besoin de vivre ailleurs dans une autre vie, dans une nouvelle existence et renaissance. Un monde disparaît et un autre reprendra consistance. Il veut retrouver ses racines et sa passion pour la terre de son enfance qu’il croyait perdu après tant et tant d’années d’absence et comme le dit l’adage :
Un arbre ne donnera de fruits que s’il a des racines.
Karam décide donc de consacrer tout le temps qu’il lui reste à Clermont-Ferrand pour peaufiner sa thèse, en apportant des retouches et précisions nécessaires manquantes. Pour cela, il est fortement aidé par les enseignants de l’école d’architecture et même par des amis. Durant un mois de travail sans relâche, il est enfin, tout prêt à soutenir sa thèse, car il la maîtrise parfaitement, il connaît par cœur, tous les détails, chapitre par chapitre, plan par plan. Ainsi, il n’a aucune inquiétude et aucun souci à se faire pour la défendre et l’exposer devant le jury et le public dans l’amphithéâtre de l’école.
L A SOUTENANCE
Devant le jury, Karam soutient sa thèse de mémoire intitulée :
« L’histoire des faits urbains et d éfinitions de la culture urbaine et création d’un centre cinématographique à Clermont - Ferrand . »
Il faut dire que le choix d’un tel projet est motivé par la nécessité de création d’un centre cinématographique pour les étudiants, artistes, animateurs, puisqu’il existe plusieurs groupes de réalisateurs de films, de court-métrages, les ciné-clubs de la ville et le « CUC » qui joue un rôle important non seulement à l’échelle de l’université, mais aussi, aux niveaux national et international comme le festival international du court-métrage, crée en 1978 et vidéo formes (vidéo et nouveaux médias dans le contemporain) créées en 1986, sans oublier le festival du film publicitaire automobile.
Le projet en question est situé sur un terrain appartenant à la Commune, sise Boulevard Blatin, la rue Kessler et la rue Charles Fabre. Sa surface est de 2.600 mètres carrés environ.
Le programme
Il comprend :
– un espace polyvalent (sorte de hall ou patio), – une bibliothèque, – une salle d’essai un ensemble de salles de montage de son, – une salle de radio universitaire, – une salle pour les associations, – un lieu pour l’accueil et – l’administration, – des salles d’exposition et d’information.
Le parti architecturale proposé :
Tout le parti d’amenagement est composé de trois volumes et chaque volume correspond à un besoin spécifique (création, informations et diffusion). Les volumes proprement dits seront enchevêtrés, articulés et structurés autour d’un espace polyvalent et d’une verrière translucide et transparente surplombant un grand escalier circulaire.
Les matériaux envisagés sont le verre, l’acier, le béton massif, la brique, le béton.
Après deux heures d’exposé, suivies des questions, débats et délibérations, le Président du jury déclara que Karam est admis au diplôme d’architecte. C’est donc une immense joie pour lui, car enfin, il est libéré du tract, stress et angoisse qui l’habitait pendant toute la durée de la soutenance, et même avant. Pour fêter sa réussite et son départ d’adieu, Karam invite ses camarades de classe dans un restaurant se trouvant à Chamalières, ville voisine de Clermont-Ferrand, réputée comme étant le fief incontesté et incontestable de Valéry Giscard, l’ancien président de la République française. C’est, une nuit, magnifique pour Karam, il la gardera toujours en mémoire et ne l’oubliera jamais.
Le jour suivant est un vendredi du mois de juin 1984. Il fait beau. Son ami Joseph l’invite chez sa sœur, installée à Paris, en plein centre de la capitale française. Il en profite pour découvrir et visiter, la tour Eiffel, la place de l’étoile, le Louvre, notre dame et surtout les Champs Élysées. Cette brève visite hasardeuse à Paris lui a permis de se défouler, de reprendre confiance et l’estime en soi, en un mot de se ressaisir.
Q UE FAIRE
De retour à Clermont-Ferrand, Karam reçoit un courrier inattendu, émanant du Ministère de l’habitat et de l’urbanisme du Maroc, l’invitant à rentrer au pays pour passer le service civil au sud marocain et ce, dans les meilleurs délais possibles. Karam est donc perplexe et gêné à l’envie tant attendue pour partir et l’envie d’attendre seulement un peu de temps pour procéder aux démarches administratives relatives au renouvellement de son passeport au consulat de son pays à Lyon, car il était préoccupé par l’élaboration de sa thèse de mémoire. Or, comme il doit se présenter à la délégation du Ministère d’habitat dans très peu de temps, il décide donc de faire sa valise, de libérer son studio, de dire au revoir à son propriétaire

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