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268 pages
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L'éternité pliée Tome II

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Description

Dans ce second volume, Henri Heinemann nous offre le journal qu'il tint en ces années-là avec une formidable fluidité dans l'expression et une lucidité extrême. On traverse la France des années Giscard, ses espoirs, ses flambées ; on y rencontre les écrivains de ces années-là. Son document a l'épaisseur des dits humanistes ; il est également la photographie d'une certaine France.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2008
Nombre de lectures 270
EAN13 9782296179004
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LA RIVIÈRE ENTRE LES DOIGTS
Daniel Cohen éditeur
Littératures, une collection dirigée par Daniel Cohen
Littératuresest une collection ouverte, tout entière, àl’écrire, quelle qu’en soit la forme : roman, récit, nouvelles, autofiction, journal ; démarche éditoriale aussi vieille que l’édition elle-même. Mais si prescripteurs de goût ici, concep-teurs de la forme romanesque là, comptables de ces prescriptions et de ces conceptions ailleurs, assèchent le vivier des talents, l’approche deLittératures, chez Orizons, est simple — il eût été vain de l’indiquer en d’autres temps — : publier des auteurs que leur force personnelle, leur attachement aux formes multiples, voire multiséculaires du littéraire, a conduits au désir de faire parta-ger leur expérience intérieure. Du texte dépouillé à l’écrit porté par le souffle de l’aventure mentale et physique, nous vénérons, entre tous les critères d’où s’exsude l’œuvre littéraire, le style. Flaubert écrivant : « j’estime par-dessus tout d’abord le style, et ensuite le vrai », il savait avoir raison contre tous les dépérissements. Nous en faisons notre credo.D.C.
Dans la même collection : Toufic El-Khoury,Beyrouth Pantomime, 2008 Bertrand du Chambon,Loin de V"r"nas#, 2008 Jacqueline De Clercq,Le Dit d’Ariane, 2008 Gérard Laplace,La Pierre à boire, 2008 Henri Heinemann,L’Éternité pliée, Journal, édition intégrale en dix volumes, 2008 et au-delà ; déjà paru :L’ÉTERNITÉ PLIÉE, tome I, journal 1973-1975
À paraître : Odette David,Le Maître Mot, 2008 Gérard Gantet,Les Hauts Cris, 2008
ISBN 978-2-296-03816-5 © Orizons, chez L’Harmattan, Paris, 2008
Henri Heinemann
L’ÉTERNITÉ PLIÉE
La Rivière entre les doigts
TOME II, 1976-1977
2008
Du même auteur
Poésie Le Temps d’apprendre à vivre, Hervé-Anglard, Limoges, 1970 Jean, tel qu’en lui-même, Hervé-Anglard, 1972 Quarantaine, préface de Serge Brindeau, Hervé-Anglard, 1974 Je ne te parle que du ciel, relié, Hervé-Anglard, 1981 Sèves, Le Pont de l’Épée, Paris, 1986 L’heure Obsidienne, Groupe de Recherches Polypoétiques, Paris, (prix Monpezat de la Société de Gens de Lettres) L’Année du crabe, Vague Verte, Inval-Boiron, 1996, (Bourse Poncetton de la Société des Gens de Lettres) Un jardin de Plein Vent, Vague Verte, 2002, (Prix Paul Fort de la Fédéra-tion des Écrivains de France) Ouvre seulement les yeux, Cahiers Poétiques Européens, 2004, Les Grands-le-Roi Nouvelles Quatuor et Élévation, L’Athanor, 1976, Paris Tant l’on crie Noël, Le Pont de l’Épée, 1984, Paris Avant l’an neuf, Vague Verte, 1994 Monsieur de Pont-Rémy et autres histoires, Vague Verte, 2005 Mélanges littéraires Le blé et l’ivraie, L’Amitié par le Livre, 1993, Besançon Vingt ans, Groupe de Recherches Polypoétiques, 2006, Paris Romans La CourseSuzanne Prou, (prix, L’Amitié par le Livre, 1978, postface de Hutin-Desgrées) Scènes de la vie de Benoît, Vague Verte, 2001, (prix du Conseil Régional de Picardie) Journal, éditions fragmentaires Bois d’Amour, Pont de l’Épée, 1983 Si peu que ce soit, Vague Verte, 1996 Le Cahier 22, Vague Verte, 2003
Journal, édition intégrale Sous le titre génériqueL’Éternité pliée : L’Éternité pliée, tome I, Orizons, Paris, 2008 La Rivière entre les doigts, tome II, Orizons, 2008 Graine de lumière, tome III, Orizons, 2008
En préparation, Orizons, 2008 et au-delà : Dialectique de l’instant, tome IV Le coffre moelleux des nuits, tome V L’Ombre des nuages, tome VI Un jeu d’échecs, tome VII Invitation de Dame Sagesse, tome VIII Le temps est proche, tome IX Quand on secoue le crible, tome X Autobiographie Le Moulin-Vert, L’Amitié par le Livre, 1991 Les Années Batignolles, L’Amitié par le Livre, 1997, (Grand Prix de l’Académie des Provinces Françaises) Théâtre Philippe ou la mémoire, Vague Verte, 1990 Ouvrages collectifs Gens de Picardie, L’Amitié par le Livre, 1988 Gens de Franche-Comté, id., 1993 Gens de Bourgogne, id., 1994 Le Rire des poètes, 1998, Paris, Poche-Hachette La Révolte des poètes, id., L’Amitié par le Livre, 1998 Balade dans l’Aisne, Alexandrines, Paris Balade dans la Somme, id., 2003 Balade en Calvados, id., 2004 Picardie, Auto-Portraits, La Wède, 2005, Beauvais L’auteur participe à la rédaction de plusieurs revues :Le Cerf-Volant,Le Bulletin de l’Association des Amis d’André Gide, L’Étrave, Jointure.Il pu-blie des nouvelles dansLe Courrier PicardetL’Éclaireur du Vimeu.Enfin, il est chroniqueur àRadio-Côte Picarde.
1976
er 1 janvier bîmé dans mon rhume grippal, j’ai sauté à pieds joints l’année nou-A velle sans trop m’en apercevoir.Avec cependant moins de pessimisme que l’an passé, probablement parce que je me suis habitué progresive-ment à cet état de post-quarantaine que je quitterai dans quatorze mois par la force des choses. Un cycle de quatre ans s’achève, qui débuta lorsque D. me parut sortie de l’enfance, et que j’attachai beaucoup de moi à elle. Il se créait entre l’adolescence et moi un type de lien nouveau, au détour d’une amitié nourrie de confidences et colorée au féminin... Et maintenant, je me suis fait à l’idée que, tôt ou tard, tout divorce se rompt, et que n’existe que l’environnement immédiat du fleuve qui descend avec nous ; un temps, il nous semble nous accoutumer, dans une courbe d’eauxplus lentes, à des éléments de paysage, puis le courant reprend de savitesse, et nous arrache à l’illusion de l’indestructibilité des attaches. Ce n’est pas l’attache avec tel être qui s’éternise, mais avec son image figée dans le souvenir, ou ressusci-tée par l’écriture. Ce qui me retient dans mes relations avec F., alors qu’elle s’ac-corde si merveilleusement avec tout ce que je ressens et qui me grouille de l’intérieur : sa révolte devant la trahison du miracle de Noël, son hyper-
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sensibilité au climat d’amitié-amour, le naturel avec lequel elle dit et comprend tout, même ce qu’il est redoutable de dire sans fard. Et je ne voudrais pas non plus, abusant de cette communion, lui préparer et me préparer des blessures futures. Pourtant, qu’elle se montre fine quand, à propos de la frontière entre l’amitié et l’amour, elle écrit astucieusement : « Que pourrais-je passer en frôde (en fraude) ». Tant pis, même la con-fusion subconsciente avec « rôde » signifie quelque chose... En arrivant ici, l’autre jour, j’ai appris la publication duTrain blancparLe Courrier Picard. Cela m’a fait plaisir, parce que je n’ycomp-tais guère. À côté de mon conte, une chanson inédite de Brassens : ce compagnonnage m’honore. L’amusant est que leC. P.écri-me baptise « vain du terroir ». Hormis cette nouvelle, peu de courrier digne d’étonne-ment. Si : j’avais oublié que la sœur de WillyD. s’appelât familièrement Poupette... Ilya trente ans. Dimanche, ici,vision d’un arbre de Noël populaire : nous atten-dions cinquante personnes, deuxcents se sont pointées. Jouets, brioches, chocolat : celavaut tous les spectacles du monde, au moins en ce pays perdu. Visite à la ferme des B. La mère dit : « Je suis fille-mère de quinze enfants ». Diable, quel esprit de suite ! Le beau-père d’occasion de made-moiselle B. est aussi père de quelques-uns des rejetons. Ma foi, il fallait se tenir chauds les soirs d’hiver. La masure — telle que je lavis de nuit — m’a paru une maisonnette le lendemain. Pas d’électricité, mais un poste de télév? La fillette, Claudine, gracieusementision, pour quand vêtue, ne manque pas d’aisance pour discuter. La misère d’ensemble est moins alimentaire que culturelle. Les B. sont des gitans de terre ferme, en marge des lois, madrés et ignorants, des chats de gouttière qui miaulent tout en vous fuyant. L’Amant de pochede Voldemar Lestienne, démarre en trombe, précipitant un quasi puceau de quinze ans et demi à la remorque d’une péripatéticienne — ce qu’il ignore — de luxe. L’ourson, pataud et maladroit se fait lécher par sa maternelle et éducative amante. L’équipée ronfle au quart de tour, dans l’ouate des divans d’hôtel, le duvet des lits, les résidences princières, les bulles de champagne de chezMaxim’s et les pitreries onéreuses d’Onassis-le-merveilleux. Pour l’amant de poche, Héléna et la belle Hélène, c’est tout comme ; il finit par avoir, lui le lycéen de seconde, des jalousies à la Ménélas. Tout cela baigne dans l’opéra-bouffe. Hélas ! À mi-parcours, on a tant mulitiplié les clins d’œil au lecteur, et tant épaissi les ficelles, que l’histoire s’épaissit : on tourne en rond avec la maquerelle et les Jules. Heureusement que la fin bien amenée