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Français

La route du sel

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Description

La recherche du sel pour la cuisine est un motif de déplacement. Ce texte raconte l'histoire d'un clan judaïsant, parti de l'Egypte pharaonique vers le sud : le peuple Bassa s'est dispersé à travers l'Afrique, à partir du lac Méroé au Soudan actuel, jusqu'au pays des Bassa du Cameroun, un peuple fort de près de trois millions d'âmes. Voici la saga d'un homme au sein du clan Bassa du Cameroun, à la recherche du sel.

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Publié par
Date de parution 01 janvier 2014
Nombre de lectures 16
EAN13 9782336335599
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

La route du seL chez Les Bassa du cameroun Pierre Sende
Cet ouvrage raconte la saga d’un homme au sein du clan Bassa
du Cameroun, son origine ancestrale dans la grotte de Ngog
Lituba et sa descente des rives du Lac Tchad vers la côte du
golfe de Guinée. Une seule chose motive ses déplacements : la
recherche du sel de cuisine.
Le sel est une denrée appréciée, disponible dans les pays La route du seL
chauds et plutôt rare sous l’équateur dans les temps anciens.
Ce texte raconte l’histoire d’un clan judaïsant, parti de chez Les Bassa du cameroun
l’Égypte pharaonique vers le sud : le peuple Bassa s’est dispersé
à travers l’Afrique à partir du lac Méroé, au Soudan actuel,
où il se constitue en un royaume , de Ad Bassa, jusqu’à l’est au
pays des Abassania ; à Mombassa et Kabora Bassa au sud ; en
Côte d’Ivoire et au Libéria actuel vers l’ouest , et au fond du
golfe de Guinée, plus particulièrement au pays des Bassa du
Cameroun, un peuple fort de près de trois millions d’âmes.
Parti de l’Égypte ancienne, il croise les civilisations datant
ede différentes époques. Vers le XV sièc le, il rencontre l’homme
blanc, qui porte dans ses bagages, entre autres , le sel de cuisine.
Dès lors, une recherche effrénée du contrôle du commerce
du sel va constituer l’essentiel de leurs échanges, depuis cette
époque jusqu’à l’installation des comptoirs , et aujourd’hui des
véritables transactions commerciales entre nations.
Pierre Sende, titulaire d’un baccalauréat en sciences expérimentales et
fdèle aux conseils de son père quant aux mérites de l’ école de l’ homme
blanc, poursuit ses études universitaires et postdoctorales dans les
universités de Michigan, Hope, Howard, Johns Hopkins et Harvard. Dans cette
dernière institution, il occupera les fonctions de chef de clinique et, plus
tard, de gynécologue à Harvard University Health Service Cambridge.
Gouverneur du district 9150 du Rotary International, député à
Préface de Joseph Mbouil’Assemblée nationale successivement de 1992 à 1997 et de 2002 à 2007,
Secrétaire général puis vice-président de l’Ordre national des médecins
du Cameroun de 1981 à 2006, Pierre Sende est aussi un paysan et, à ce
titre, vit proche de la tradition orale et du monde paysan. Il est marié et
père de cinq enfants.
Illustration de couverture
© Dubravko Sorić, SoraZG.
ISBN : 978-2-343-00928-5
16,50 €
H-CAMEROUN_PF_SENDE_ROUTE-DU-SEL-BASSA.indd 1 07/06/13 12:37
Pierre Sende
La route du seL chez Les Bassa du cameroun






La route du sel
chez les Bassa du Cameroun


Pierre Sende



La route du sel
chez les Bassa du Cameroun






Préface de Joseph Mboui












































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00928-5
EAN : 9782343009285

Préface
Qui n’a entendu parler de la route de la Soie qui, au Moyen
Âge, a symbolisé l’intense courant d’échanges entre l’Europe et
l’Afrique, grâce aux récits des explorateurs longtemps tenus
pour fabuleux comme ceux du très célèbre Marco Polo.
La route du Sel dont le docteur Pierre SENDE se fait
l’évocateur informé et enthousiaste ne peut prétendre à une
telle renommée. En effet, peu de gens, même au Cameroun, en
ont entendu parler. Il y a peu à parier que les Bassa eux-mêmes
ne se font pas une idée claire de l’importance de cette route qui,
entre les cours inférieurs de nos deux plus grands fleuves, le
fleuve blanc (La Sanaga) et le fleuve noir (Le Nyong), a
pourtant joué pour cette région, comme pour celles situées plus
à l’intérieur, le même rôle que jouent ensemble, depuis l’arrivée
des Européens, le chemin de fer et la voie carrossable
DoualaYaoundé.
C’est d’abord la route par laquelle les hommes ont circulé
intensément, de la côte vers l’hinterland et vice versa. Les
hommes libres comme les esclaves.
C’est en même temps la route des échanges marchands par
où passèrent la pacotille européenne et les produits locaux tels
que l’ivoire et l’ébène. Mais rien n’explique davantage
l’organisation de ce trafic que l’importance accordée au sel par
les populations côtières et celles de l’intérieur ?
Cette denrée était, à l’époque, ce qu’est aujourd’hui le
pétrole. Plus les populations sont proches de la côte, plus elles
en sont friandes, son utilisation dans l’art culinaire local
décroissant au fur et à mesure qu’on s’éloigne du littoral. Aussi
les populations sawa et bassa mettent-elles plus de sel dans leurs
mets que les Béti, par exemple.

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En vingt-six courts chapitres, l’auteur nous donne un aperçu
de la civilisation qui s’est développée dans la basse vallée de ces
deux fleuves : il part naturellement du récit de la grotte de Ngog
Lituba dont tous les Bassa-Mpôo sont supposés être issus pour
finir sur l’évocation de la mort de son père, le Pasteur Jean
SENDE, héros principal de la route du sel.
En effet, les premiers chapitres traitent de l’origine du
peuple Bassa-Mpôo et de son expansion territoriale, où l’on voit
à titre d’illustration comment se constitue la tribu Ndôg Biso,
l’un des quatre rameaux bassaphones du complexe ethnique
mpôo. En même temps s’amorce la saga d’un des clans
exogames de ce rameau, le clan des Log Mataa, descendants de
Mataa ma Tom.
La route du sel conte alors les hauts faits de cet ancêtre et de
sa nombreuse progéniture, de la période de la traversée de la
Sanaga, avant l’arrivée des Européens, à nos jours, période où
subsistent ses nombreux descendants, dont l’auteur de ce livre.
Dès le chapitre 4, Pierre SENDE fait défiler lieux,
personnages et évènements, d’où émerge le portrait d’un héros
de type nouveau, non plus adepte assidu de la redoutable
confrérie masculine du Ngé, mais grand initié au secret des
Blancs, grâce à l’enseignement religieux et profane dispensé par
son premier maître, EKWALLA, d’ethnie malimba, lui-même
formé à la célèbre école de Lobetal, non loin de Marienberg.
À l’agonie de son père Sende Bakot, Sende Sende, alias
Yohannes Sende (après son baptême), reçoit l’exhortation finale
du défunt de persévérer sur la voie de l’école des Blancs. C’est
pourquoi, dès la fin de la Première Guerre mondiale au
Cameroun, lorsque la France remplace l’Allemagne et que les
missionnaires protestants américains remplacent les pasteurs
venus de Bâle, Yohannes Sende (désormais appelé Jean Sende)
devient vite un maître d’école et catéchiste.

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Il passe avec succès son CEPE en 1924 et se marie en 1926.
Il est vite remarqué pour son dynamisme et sa vive intelligence,
ce qui le conduit sans difficulté au séminaire de Bibia.
Consacré pasteur, son zèle apostolique se déploie
alternativement sur les deux rives de la Sanaga, en pays bassa,
sans toutefois renoncer à son rôle d’instituteur.
Il fait de très nombreux adeptes en montrant l’exemple d’un
chrétien rigoureux et d’un père de famille modèle.
Il n’oublie pas d’approfondir l’évangélisation de sa propre
tribu Ndôg Biso et se comporte en son sein comme pionnier du
développement moderne en même temps qu’il se montre sans
complaisance vis-à-vis des pratiques ancestrales les plus
détestables telles que la sorcellerie et l’alcoolisme.
Le pasteur Jean Sende participe indirectement à la lutte pour
l’indépendance dont Ruben UM NYOBE est le héros tant
vénéré partout dans ses terres d’évangélisation.
Il meurt au début des années 70, assuré d’avoir donné à son
pays une progéniture particulièrement bien formée.
Le livre du docteur Pierre SENDE nous fait découvrir la
période précédant juste l’arrivée des Européens, les premiers
contacts avec ceux-ci, les guerres ethniques et tribales en vue du
contrôle de la route du Sel, la résistance à la pénétration
allemande, la victoire des colonisateurs, la mise en place du
système administratif allemand, ainsi que l’introduction et
l’expansion du christianisme (protestantisme) et de la
scolarisation.
Aussi la lecture de cet ouvrage apprend-elle beaucoup à tout
lecteur, et particulièrement au Bassa-Mpôo moyen qui ne
maîtrise plus les éléments fondamentaux de sa culture et de son
histoire. Par l’éclairage de certains faits de civilisation, il apporte
quelque chose d’inédit, même à l’anthropologue averti,
notamment dans sa manière de présenter la confrérie du Ngé.
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Pierre SENDE, le grand gynécologue que l’on connaît, n’est
cependant ni un historien professionnel ni un ethnographe et
on lui pardonnera quelques affirmations qui mériteraient d’être
vérifiées, comme la prétendue maladie de Mgr Thomas Mongo
consécutive à l’ouverture de Ngog Lituba ou l’évocation d’une
source unique.
C’est cependant bien peu pour ce petit livre qui est appelé à
avoir un large lectorat qui pourra y trouver matière pour mieux
s’imprégner des valeurs de la culture Bassa-Mpôo et des
conséquences de l’impact colonial et chrétien sur celle-ci.
Il s’agit enfin d’une publication particulière bienvenue à
l’heure où les peuples issus de Ngog Lituba sont à la recherche
de leur reconnaissance culturelle.
Professeur Joseph MBOUI

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AVANT-PROPOS
Le récit conté dans La Route du Sel nous vient de la tradition
orale. En 1959, alors que je faisais le secrétariat pour mon père,
j’appris que le peuple bassa est un clan du groupe hébreu qui a
vécu en Égypte pendant la période pharaonique. Au moment de
l’exode du peuple hébreu, tous les Juifs ne partirent point avec
Moïse. Le clan resté sur place dut s’enfuir à son tour après la
débâcle des troupes pharaoniques dans la mer Rouge. Le reste
de cette histoire est conté dans ce livre jusqu’à nos jours.
En 1984 et 1986, j’enregistre les contes de Trésia Ngo Sende
qui a vécu au Cameroun pendant la colonisation allemande. Elle
a eu son fils Félix Bitjai en 1907. Alors que je suis invité à
partager un bouillon de toucan chez Esaïe Mbas Ngué en 1986,
nous rendons visite à Trésia Ngo Sende à Manbéga qui se
trouve sur le chemin que nous empruntons. Elle qui ne vous
laissait jamais passer sans vous offrir un repas, nous en a offert
un cet après-midi-là. Poursuivant notre périple, nous nous
arrêtons à la concession de Jean Célestin Tjonog. Il faut y saluer
une vieille maman plus que centenaire. La vieille personne,
torse nu, est couchée à côté d’un feu qui crépite.
- D’où venez-vous donc ? demande la vieille dame.
- Je suis le neveu de Trésia Ngo Sende à qui je viens de
rendre visite ; je me rends auprès de la famille Ngué Mbas.
- Oh ! La petite Trésia Ngo Sende, qu’elle était mignonne
lorsqu’elle venait en mariage chez nous…
« La petite Ngo Sende » était alors âgée de 94 ans. Quel était
donc l’âge de cette vieille femme ? Lors des deux
enregistrements que j’ai faits à Trésia Ngo Sende, son histoire
était constante et ses souvenirs clairs.

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L’histoire de la route du sel contée dans ce livre est un
patrimoine de la tradition orale de la famille Sende. Cette
volonté de transformer la tradition orale en document écrit est
fidèle aux contes reçus pour une meilleure conservation de ce
patrimoine.
Souhaitons ainsi que l’histoire de la route du sel puisse se
fixer et être utile aux uns et aux autres pour corriger les erreurs
commises, et améliorer le sort de tous les intervenants là où le
guide de l’histoire nous oriente.

L’auteur

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Chapitre 1

NGOG LITUBA
Ngog Lituba signifie littéralement « Pierre à trou ». Il s’agit
d’une grotte taillée dans un rocher de gneiss rubané d’une
hauteur d’environ 70m.
À une dizaine de mètres de la surface du sol se distinguent
deux trous taillés dans le rocher. Alors que le premier trou n’a
pas d’issue, le deuxième, de deux mètres de diamètre environ,
constitue l’entrée d’une grotte mystique qui fut scellée en 1957
par monseigneur Thomas Mongo alors évêque de Douala.
L’histoire raconte que le prélat fut frappé d’une paralysie
invalidante quelque temps après avoir posé cet acte. Nul n’est
autorisé à raconter ni le contenu ni l’architecture de la grotte.
Seuls les initiés y ont droit et accès. Le sommet du rocher a une
surface plane à partir de laquelle la vue s’étend au nord sur le
pays nya-mbassa (littéralement la tribu qui se nourrit de maïs) à
l’est et au sud sur le pays Bassa-Mpôo-Bati, et à l’ouest sur le
pays baso. La grotte se situe en plein cœur du pays Bati ba ñoñ.
En contrebas du rocher se faufile la Liwa, une rivière sinueuse
qui constitue la limite naturelle entre le pays nya-mbassa et le
pays bassa. Un filon d’eau pénètre dans le rocher avant de
continuer paresseusement vers la Liwa et la Sanaga à peine à
une quinzaine de kilomètres plus loin. Sur le flanc du rocher
sont gravées trois empreintes qui émerveillent les visiteurs :
- une de pied d’homme ;
- une de patte d’antilope et
- la troisième de patte d’éléphant.
L’origine des trois empreintes constitue un mystère sur
lequel on continue d’épiloguer jusqu’à nos jours.
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La tradition voudrait que la pierre fût tombée à cet endroit
venant tout droit du cosmos. De la pierre sortit un peuple qui
envahit toutes les contrées voisines en s’y installant. Il s’agit des
peuples Bassa-Mpôo-Bati.
Une autre tradition voudrait que, dans sa longue marche des
bords du Nil en Égypte, en passant par le Soudan et l’Éthiopie
où il séjourna quelques siècles, notamment dans la région du lac
Méroé et après avoir vécu à Dikoa (les collines) sur les monts
Mandara de l’ex-Cameroun septentrional aujourd’hui intégré au
Nigeria, le peuple Bassa-Mpôo ait traversé les hauteurs de
l’Adamaoua et mis le cap le long du fleuve « Lom » qui n’est
autre que la Sanaga actuelle. À la rencontre de la forêt
équatoriale, ce peuple cherche un abri. La grotte de Ngog
Lituba s’y prête à merveille. Le peuple Bassa-Mpôo fut en
quelque sorte accueilli par cette grotte providentielle d’où
l’appellation de Ngog Lituba, déformation de Gor-Lituba, ce
qui signifie en Hébreu la langue d’origine de ce peuple nomade :
« Entrez en paix ».
Tous les clans Bassa-Mpôo-Bati reconnaissent en Ngog
Lituba le point d’origine de leurs ancêtres. D’où le culte voué à
cette grotte et le mystère qui entoure ce culte.
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Chapitre 2

LA PIROGUE
La veille du grand départ, Mbeleck réunit son clan pour lui
donner les dernières instructions.
« Il y a beaucoup de générations, dit-il, nos ancêtres sont
partis de la plaine de la basse Égypte. Pourchassés qu’ils étaient
par le Pharaon d’Égypte, ils se dispersèrent. Les uns, guidés par
Moshé, prirent la route de la mer Rouge. Le Pharaon qui avait
décidé de décimer tout notre clan se mit à leur poursuite. Face à
la barrière de la mer Rouge d’un côté et des armées du pharaon
de l’autre, nous prétendîmes que cette bande à Moshé n’avait
aucune chance de survivre. Mabimeleck, notre aïeul, prit la
décision de longer le Nil avec l’avantage que le cours du Nil
n’avait aucune barrière naturelle à l’instar de la mer Rouge. En
sus, la vallée du Nil était fertile, donc, il n’y avait aucun risque
de mourir de famine.
Les déménagements sont ce qu’ils sont avec leur lot de
pertes de biens et de matériels. Mabimeleck demanda à chacun
des siens de prendre sur lui un vêtement, une arme et des
casseroles pour le voyage. Le premier chant du coq vit
s’ébranler les enfants de Mabimeleck. Ils prirent la direction du
sud vers l’amont des eaux du Nil. Devant la mort, il n’y a ni
fatigue ni maladie. Il fallait quitter l’Égypte à toute vitesse sans
plus tarder. Après l’expédition punitive contre Moshé et son
clan, le tour revenait au clan de Mabimeleck de se voir décimer
par le pharaon. Il fallait donc partir le plus loin possible de son
royaume.
Au soir du premier jour de marche, la bande à Mabimeleck
s’éloigne de la grande route pour se trouver une cachette dans
les hautes herbes près des chutes d’Assouan. Les hautes herbes
protégeaient le clan de la vue des éclaireurs. Le grondement
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assourdissant des eaux empêchait que le clan de Mabimeleck
soit repéré par le bruit qu’il ne pouvait pas ne pas faire.
Le lendemain, au premier chant du coq, la caravane reprit
son chemin. Décidément, les cohortes du pharaon ne se
voyaient nulle part. Il fallait toutefois continuer la marche
forcée vers la Nubie, au sud de l’Égypte. L’entrée en Nubie
marquerait le salut du clan de Mabimeleck. Au septième jour de
marche, la fatigue ayant fini par avoir raison du cortège, il fallut
s’éclipser de la grand-route, et observer quelques jours de repos.
Le poisson si abondant dans le Nil et les cours d’eau tributaires
et le blé ramené d’Égypte faisaient le repas du clan à chacune
des étapes.
Après deux jours de repos dans la haute Égypte, les troupes
du pharaon ne se signalèrent point. Il fallut néanmoins
continuer la marche forcée. Après trois jours de marche, le
peuple arriva au niveau d’une grande étendue d’eau entourée
d’herbes et peuplée d’oiseaux de toutes les couleurs,
d’hippopotames et de crocodiles du Nil. Les abords du lac
étaient giboyeux. On y dénombrait outre des grands
mammifères, tels que les buffles, mais aussi les phacochères, les
antilopes et d’innombrables autres espèces.
Le clan de Mabimeleck était hors du territoire d’Égypte et
pratiquement hors de portée des troupes du pharaon. L’eau
poissonneuse, le gibier et les terres fertiles offrirent un lieu
d’accueil au clan de Mabimeleck qui s’y installa et se sédentarisa
par les travaux champêtres. Le lac Méroé, comme l’appelaient
les habitants de la localité, était un lieu calme et propre à
l’habitat de l’homme.
Au quarantième jour après le départ de l’Égypte, le peuple fit
un autel de pierres et y consacra l’essentiel de ce qu’il avait pu
trouver sur place pour dire merci à Yaweh de l’avoir sauvé des
griffes du pharaon.

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Le peuple de Nubie était bronzé, plus encore que ne l’étaient
les sujets du roi d’Égypte. La bande de Mabimeleck fit des
échanges de toute nature avec le peuple de Nubie : méthodes
culturelles, femmes. C’est ainsi que le clan augmentait en
nombre, de génération en génération. Il fut difficile aux
descendants de Mabimeleck de conserver la pureté de la race.
Ses garçons prirent en mariage des filles nubiennes à la beauté
légendaire ; elles dont le teint bronzé et les traits fins étaient à
l’origine de guerres multiples. Il en fut de même des mâles
nubiens qui se délectaient des filles nomades au teint plutôt clair
venues du nord du pays des pharaons.
La multiplicité des âmes autant que des teints, au fur et à
mesure des générations, rendit la coexistence plutôt difficile.
Le peuple se divisa ainsi en trois clans, aidé en cela par la
persécution des autochtones.
Le clan des Abassania suivit le cours du Nil bleu en direction
de l’Éthiopie. Ce peuple, d’une rigueur culturelle à nulle autre
pareille, y vécut renfermé sur lui-même et sur la croyance en
son Dieu Yahweh.
Sur ordre des successeurs de Mabimeleck, les plus libéraux
continuèrent leur interrelation avec les peuples de Nubie.
Audelà du lac Méroé, ils continuèrent leurs explorations le long du
fleuve Nil jusqu’à sa source dans la région des Grands Lacs. Ils
s’installeront eux aussi au bord du grand lac du royaume de
Boganda. La surpopulation des abords de ce lac ne leur
permettra pas d’y rester pour longtemps. Ils partiront de ce
point stratégique en trois directions. Ceux qui étaient partis vers
la région des savanes jonchées de baobabs marquèrent un arrêt
à la rencontre de la mer et y créèrent le campement de Mom
Bassa qui survit aujourd’hui au Kenya.
Baah, fils de Soh, mène son clan quant à lui, vers le sud.
Maîtrisant l’usage du métal dont il a apporté la connaissance de
la haute Égypte, il crée un royaume puissant dans la région
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