On ne voit bien qu
125 pages
Français

On ne voit bien qu'avec le coeur

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Description

Ce livre raconte mon histoire. Du moins, une partie. J'y ai rassemblé les anecdotes qui ont marqué ma vie. Chacune reflète un peu de ce que je suis : mon expatriation en Afrique, ma vie sentimentale mouvementée, mon appartenance à la franc-maçonnerie et enfin, le rugby. Tout cela et plus encore, parce qu'un homme ne se réduit pas à une seule des facettes de sa personnalité. Il est plus que la somme de ses parties. J'ai besoin de vous raconter ces moments forts, qui ont construit l'homme que je suis. Car aujourd'hui, c'est le noir. La solitude. Mes yeux m'ont quitté. Depuis plusieurs mois, je suis aveugle.

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Date de parution 08 juin 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140151224
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Jacky Pourtier
On ne voit bien qu’avec le cœur Récit d’un épicurien
Les impliqués É d i t e u r
Les Impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines des sciences humaines et de la création littéraire.
Déjà parus
Robé (Donatien),Propositions pour la Côte d’Ivoire sociale, 2020.
De Fonclare (Charlotte),Des jours qui ne sont plus, 2020.
Mampouya (Joseph),Le destin et l’aventure d’un homme, 2020
Kubulana Matendo (Siméon),Messianisme juif et espérance chrétienne,2020
Maire (Évelyne),Vous avez dit « Méthodes Naturelles ? »,2020. Biehler (Jean-Philippe),Du football, en diverses foothèses...,2020. Mutshipay (François),Parcours d’une vie,2020
Gallot (Didier),Les grands assassinats judiciaires. De Fouquet à Fillon, 2020.
Loko (Raymond),L’héritage de Meya, roman, 2020. Lacy (Bertrand),L’obsolescence des sentiments, théâtre,2020.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site : www.lesimpliques.fr
Jacky POURTIEROn ne voit bien qu’avec le cœurRécit d’un épicurien
© L’HARMATTAN, 2020 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-19744-9 EAN : 9782343197449
Ce livre raconte mon histoire. Du moins, une partie. J’y ai rassemblé les anecdotes qui ont marqué ma vie. Chacune reflète un peu de ce que je suis : mon expatriation en Afrique, où j’ai partagé mon repas avec une lépreuse, et où j’ai même connu un sacrifice humain ; ma vie sentimentale mouvementée, qui m’a fait découvrir l’amour de deux sœurs et les rencontres à plusieurs ; mon appartenance à la franc-maçonnerie, guide de ma réflexion et spiritualité au cœur de mon existence, depuis plus de trente ans ; et enfin, le rugby, dont j’ai été l’un des dirigeants de l’équipe de Béziers pendant plusieurs années. Tout cela et plus encore, parce qu’un homme ne se réduit pas à une seule des facettes de sa personnalité. Il est plus que la somme de ses parties. J’ai besoin de vous raconter ces moments forts, qui ont construit l’homme que je suis. Car aujourd’hui, c’est le noir. La solitude. Mes yeux m’ont quitté. Depuis plusieurs mois, je suis aveugle. Mais il me reste les souvenirs. Je voudrais les partager avec vous. Maintenant.
« On ne voit bien qu’avec le cœur, L’essentiel est invisible pour les yeux » Antoine de Saint-Exupéry
Première partie À la découverte de l’Afrique
Aéroport de Toulouse, 1978
Départ pour Abidjan. Autant dire pour l’inconnu. Assis tous les trois dans l’avion, nous sommes tous un peu anxieux et excités à la fois. À mes côtés, Solaine, ma femme, et David notre garçon de sept ans, toujours doux, toujours calme. Toujours un peu renfermé. Aujourd’hui, c’est le grand saut, notre vie est à un tournant. Je suis plein d’enthousiasme et de confiance en l’avenir. Prêt à tout. À cet instant, j’ignore à quel point ces dispositions d’esprit me seront utiles… Mais nous sommes un couple ambitieux et nous savons ce que nous voulons. Je ne suis pas un bleu, et j’ai déjà fait mes preuves. Depuis cinq ans, je suis cadre chez Heurtey Industries, à l’agence d’Aix-en-Provence. Solaine est secrétaire de Direction chez Nestlé. Rigueur et sérieux sont les valeurs qui nous caractérisent. Elles nous collent à la peau. Elles nous rassemblent et cimentent notre histoire commune. Tous les deux, nous avons gravi les échelons de nos sociétés respectives. Ensemble, nous avons vécu les belles années du plein-emploi, l’effervescence des jeunes travailleurs motivés et pleins d’idées, qui se sont lancés à l’assaut du monde. Côte à côte, nous avons connu les barricades de mai68, les grands feux sur les Champs-Élysées, mais aussi les émois politiques et les révolutions de notre temps. Moi, l’audacieux, j’avais quitté Béziers pour monter à Paris et chercher la réussite, comme beaucoup de mes contemporains. Elle aussi, avec son intelligence et sa faconde, avait tenté sa chance. Et dans cette ville fourmillant de monde, nous nous étions trouvés. Ce n’est pas un hasard si je me retrouve aujourd’hui dans cet avion, si c’est moi que la Direction générale de l’entreprise a choisi. J’ai le goût du défi, je sais que je peux faire encore mieux.Et une soif inextinguible de savoir m’habite, soif d’apprendre,soif de découvrir : plus j’apprends, plus je veux savoir. Durant deux années, j’ai donc consacré tous mes week-
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ends, et une bonne partie de mes nuits, à étudier. Je me suis formé à l’Institut d’Administration des Entreprises, une école de commerce. Avec opiniâtreté et acharnement. J’en voulais. Mes efforts ont payé. Un jour, on m’a proposé la Direction de la filiale de Côte-d’Ivoire. Ma mission : m’occuper des aspects de gestion de la raffinerie SIR (Société Ivoirienne de Raffinage). C’était un honneur. Et un défi enthousiasmant. J’allais enfin pouvoir récolter le fruit de mon dur labeur ! Jamais encore on ne m’avait confié des responsabilités aussi importantes. Je m’en sentais capable. J’en avais envie. C’était une occasion unique. Solaine l’a bien compris : par amour, elle a accepté de quitter son emploi, et de s’éloigner de sa famille pour m’accompagner là-bas, avec David, notre petit brun aux yeux bleus. Elle m’aimait et m’aurait suivi au bout du monde. Notre famille était très soudée, et toujours prête à faire des compromis dans l’intérêt de ses membres. Elle est le cœur, la source avant tout. Avant le décollage, une amie de David est venue lui dire au revoir, avec ses parents. Notre fils aussi laissait quelqu’un derrière lui, en quittant la France. La petite Nina l’a embrassé longuement sur la bouche. L’effusion amoureuse de la fillette s’est mélangée à la timidité rougissante de David. Amusé par la situation, je l’ai invité avec insistance à lui rendre la pareille, sous le regard attendri de sa maman. Et nous voilà, aujourd’hui, tous les trois dans cet avion qui survole la méditerranée, prêts à découvrir un autre pays. Une nouvelle vie va commencer. Abidjan. Fin d’après-midi. La porte de l’avion s’ouvre, et le Nouveau Monde nous prend à la gorge. Température : plus de 30 degrés. Humidité dans l’air : 90 %. Une odeur violente d’humidité nous saisit, et la puanteur nauséabonde de la nourriture restée au soleil, dans la poussière et le passage des rats. Notre futur est ici, dans ce pays dont nous ne connaissons rien. Un jour, il nous sera familier. Difficile, pour l’instant, de trouver nos repères, surtout pour Solaine, qui a tout laissé derrière elle. Il en faudrait plus pour nous ébranler. Debout à côté de moi, elle regarde vers l’avenir. Sa main se glisse dans la mienne et la serre. Ensemble, quoi qu’il en coûte.
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IUNE ÉQUIPE DE CHOC Nous avions bien préparé notre arrivée : l’hôtel, réservé depuis la France, était idéalement situé, à proximité du futur chantier, sur la zone de Vridi. Nous n’avons prévu d’y rester que quelques jours, le temps de trouver le cocon qui allait abriter notre trio pour les mois à venir. Ce que nous voulions, c’était un bel endroit, avec tout le confort moderne, pour nous sentir chez nous. Une dizaine de jours plus tard, nous avions trouvé la villa de nos rêves. Les choses sérieuses pouvaient commencer. Nous nous sommes répartis les tâches. Solaine entreprenait les démarches pour scolariser David et pour aménager notre nouvelle demeure. Gérer les aspects administratifs et financiers de la vie lui était familier, elle avait ma confiance pleine et entière. De mon côté, je m’attelais aux premières formalités administratives pour les besoins du chantier. J’ai découvert l’équipe locale de direction de Heurtey Industries. Chacun y jouait un rôle précis. En haut de la pyramide, Robert Sylvestre, qui s’occupait de la direction des travaux. C’était un sacré baroudeur, qui avait prouvé la qualité de son travail dans le monde entier. La barbe bien taillée, un cou épais, des épaules sculpturales, il avait une démarche debad boy, et roulait tout le temps des mécaniques, sous son éternelle chemise blanche. Il était venu en célibataire. Sa compagne lui rendait visite de temps en temps. Vladimir Sidorenco, son adjoint technique, était lui aussi un homme expérimenté. Là s’arrêtait la comparaison. Au physique, il était tout le contraire de Robert. Sa tête chauve était perchée sur un corps flasque. Bon fumeur et bon buveur, il était moins épicurien que gourmand. C’était surtout un grand amateur de whisky. Il aimait animer ses soirées avec les rires des copains et une bonne bouteille, son péché mignon. Il lui fallait ensuite une nuit complète pour digérer tous ces litres. Sûrement une déformation culturelle : le bonhomme était originaire de Russie. Il n’était pas venu seul. Sa fille, Maroussia, l’avait accompagné, ainsi que son épouse, Natacha. C’était la femme
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qu’il lui fallait : elle aimait boire autant que lui, si ce n’est plus. Même si elle ne tenait pas l’alcool aussi bien que lui, et qu’elle finissait souvent ses soirées complètement ivres, sous le regard désespéré, mais toujours amusé, de Vladimir. Aussi soûle que belle, Natacha avait le don de nous faire rire. Elle amusait la galerie, toujours malgré elle. Vladimir avait deux assistants pour la tuyauterie. Le premier, Jacques Fressel, était un rouquin habitant la Côte d’Azur. Ce travailleur inlassable se donnait corps et âme à ses missions. Il s’entendait très bien avec Vladimir, avec qui il partageait son goût pour la boisson. Tous les soirs, le chauve et le roux se tenaient compagnie autour d’un verre et refaisaient le monde. Les femmes bien en chair, et les grandes discussions remplies de « et si… » les emmenaient jusque tard dans la nuit. Le deuxième, Rubio, était petit et réfléchi. Nos caractères se ressemblaient par bien des aspects : la famille était notre éternel refuge et nous ne jurions que par nos épouses et nos fils, piliers de nos existences. Sa femme et leur fils l’avaient en effet accompagné. Ils allaient devenir des amis proches de Solaine et David. Et c’était une bonne chose, car Solaine avait besoin de gaité et aussi de compagnie, de quelqu’un à qui se confier. Ils s’entendaient bien tous les quatre. Venir en famille n’était pas toujours simple. Guimar, ingénieur en génie civil, l’avait appris à ses dépens. Le changement de vie avait été trop brutal pour sa femme et ses enfants. Trop loin de leurs repères, plongés d’un coup dans cette nouvelle culture un peu mystique, un peu sauvage, ils avaient pris peur. Ils étaient vite retournés en France, laissant le pauvre Guimar seul avec ses collègues et son travail. Lui était un peu notre professeur Nimbus. Loin d’être bête, ce puits de connaissances, de compétences et de capacités étonnantes, était toujours dans la lune. Mais une part maléfique de lui-même lui jouait sans cesse de mauvais tours : soit il oubliait un élément essentiel, soit il n’était pas au bon endroit au bon moment, mais il y avait toujours un problème. Un jour, il m’avait raconté l’anecdote suivante, qui résume bien cette dualité. Elle figure parmi les plus fabuleusement drôles de sa dramatique vie.
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