Sur la route ou Ma vie de S.D.F

-

Français
150 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

La mort dans l'âme, je quittai la maison. Mon sac me parut soudain infiniment lourd, le ciel me tombait sur la tête et je ne savais pas encore qu'à ce moment précis se jouait mon destin, contraint dès lors et pour toujours – irrémédiable sanction – à l'errance, aux lendemains incertains, avec un sac pour seul compagnon. Il fallait cependant continuer... Comment s'y prendre lorsque la terre semble se dérober sous vos pieds, lorsque votre propre mère accepte de vous laisser chasser par un ivrogne de mari, sans oser s'opposer à l'insupportable? Récit d'une existence à la marge, vécue dans la perpétuelle migration et la précarité, le texte de M. Monnier ne cède ni au pathos ni à la rancoeur. Sans fard, sans excès, presque en pesant chacun de ses mots, ce témoignage dit ce "jour-le-jour" du nomade, les petits emplois, les représentations en tant que cracheur de feu, les rencontres humaines et parfois salvatrices qui ont jalonné un parcours tous azimuts. Porté par une dignité et une franchise inébranlables, "Sur la route" dessine en creux le portrait d'un homme en paix avec lui-même, moins résigné que toujours capable de composer, avec courage, avec une trajectoire aux franges de la société.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 octobre 2014
Nombre de lectures 146
EAN13 9782342029536
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0064€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Sur la route
Michel Monnier Sur la route ou Ma vie de S.D.F
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0119969.000.R.P.2014.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2014
Naissance à Troyes… Ainsi donc, le vingt et un juin 1953 à 7 h 45… je voyais lejour à l’hôpital de Troyes. Ilpleuvait cejour-là, me dira mère plus tard. Rien d’étonnant à cela ; il pleut un jour sur trois dans ce département de la région Champa-gne-Ardennes ! J’héritais de monpère, en venant au monde, d’une main gauche privée de quatre phalanges et d’une chevelure noirequi allait rapidement se développer en bouclettes serrées. Premier né de la famille Monnier,j’allais être sui-vi de trois autres frères. Gilles, mon cadet immédiat, à peine un anplusjeuneque moi, allaitpartager mespre-miers jeux, mes premières escapades, mes premières bêtises. Autre cadeau de la nature : une famillepauvre comme ilyen avait beaucoupdans la banlieue de Troyes et dans les villages voisins. Le mien, Survannes, situé vers le sud à environquarante kilomètres, comptait àpeine deux cents habitants. Si vous avez vu le film «Le Pacha» avecJean Gabin, c’est non loin de làqu’eut lieu, sur la RN 77, la fusilladequi coûta la vie au truand dit « lepetit Quinquin ». Emmanuel, mon père, était petit de taille mais solide, résistant et doté, à l’image dupersonnage biblique Samson, d’une tignasse et d’une force qui le distinguaient des autres hommes de notre village. Monique, une mère effacée et d’unegrandegentillesse se démenaitpour nous assurer un minimum. Dans une rue étroite, notre maison faisait très moyen-âge avec ses murs en torchis barrés de colombages. Deux
9
étages, ungrenierpoussiéreux et trois ouquatrepièces vastes mais sombres. Le reste du village regroupait quel-ques maisons entourées de champs et deprés dans une zone agricole et presque sans relief. Pays pauvre lui aussi, essentiellement voué auxpâturages avec cependant, ici ou là,quelques beaux champs de céréales, surtout du blé et de l’orge. C’est là que j’allais faire mes premiers pas. Aux dires de mère,j’étais sans cesse en train d’escaladerquelque obstacle, animé,presque de façon maladive, de l’envie de bouger, de changer, d’aller voir plus haut et plus loin. Cela me valut du reste,j’avais alors trois ans, une blessure à la joue gauche, à la suite d’une malencontreuse chute sur un tesson de bouteille, au bord d’unpoint d’eau. Cent fois aussi,j’auraipu me noyer dans lepuits voisin de la mai-son, mais le sort en décida autrement. En y pensant aujourd’huijeprends soudain conscienceque ma vie n’a été que franchissements, escapades, désirs incontrôlés de changement…quête d’un insatiable besoin de liberté. Ce besoin vitalje le dois sans doute au cirque. Père enpossédait unpetit et les maigres revenus de ses spectacles étaient censés compléter les allocations familia-lesque nous attribuait l’État. Une roulotte sans âge, un vieux camionpoussif, une chèvre indépendante à souhait, unporc-épicpour l’exotisme, un furet agressif, tout en longueur etqui ne se nourrissaitque de lait, et les talents d’homme de foire de père, constituaient notre seul patri-moine. Comme matériel, en tout etpour tout : un minuscule chapiteau qui se fixait sur les angles de la rou-lotte à l’aide de cordes épaisses, deux ou trois bancs, une table,quelques chaises, nos literies sommaires et unpeu de vaisselle. Modeste notre cirque, certes ! Néanmoins, nous en étions, les uns et les autres très fiers.
10