L'Homo sapiens chez les fauves

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192 pages
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Journée ordinaire à Hluhluwe-iMfolozi, parc animalier sud-africain. Comme toujours, les touristes, derrière les vitres de leurs voitures, vont guetter les animaux, les mitrailler... mais surtout pérorer à tout vent... Et pendant ce temps-là, les animaux qui peuplent ce lieu vont... Oui, que font les animaux quand les hommes se font délicieusement frissonner en rencontrant la vie sauvage? Eh bien, ils les contemplent aussi, condescendent à se montrer, subissent leurs plaisanteries éculées, mais surtout se disent, eux et leurs moeurs, autrement que par des discours simplistes et réducteurs. Si zèbres, éléphants, léopards, gnous et phacochères prennent notamment la parole dans ces pages, c'est pour révéler leurs caractères et leurs modes de vie de manière intime... mais aussi pour poser un regard désabusé sur cette espèce humaine que l'on dit la plus évoluée... Ainsi, au petit jeu de l'observation, ce sont nous, les bipèdes flanqués de nos appareils photos, qui devenons objets de commentaires, pour un portrait en filigrane qui s'avère, au final, moins valorisant que caustique. Aussi, après la lecture de ce texte, qui de l'homme ou de l'animal vous paraîtra le plus fabuleux?

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Ajouté le 13 décembre 2012
Nombre de lectures 34
EAN13 9782748398984
Langue Français
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L’Homo sapiens chez les fauves
Pavine Ruscoe L’Homo sapiens chez les fauves
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0117104.000.R.P.2011.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2012
Car l’animal, meilleur que l’homme et que la femme, En ces temps de révolte et de duplicité, Fait son humble devoir avec simplicité
Paul Verlaine
Prélude Doucettement les ombres s’amincissent. Dès le potron-minet, à l’instar des vampires qui s’empressent de réinté-grer leur repaire, les bêtes de nuit, après de longues heures de guets, de poursuites, d’attaques, de déambulation, ras-sasiées de sang, de chair fraîche, d’insectes, de fruits ou d’herbe tendre, regagnent leurs tanières. Brefs instants de répit pour le reste de la faune. Les dangers de l’obscurité sont passés. L’essaim d’hommes et de véhicules n’a pas encore franchi les portes. Soudain, aussi résonnants qu’un clairon dans un camp de soldats, des ibis hagedashs aux longs becs, aux reflets violets et chatoyants remplissent l’air de leurs couacs rau-ques, persistants, un brin sinistres, ha… ha… ha… hadida, comme si souffrant de vertige, ils s’affolaient de tomber de si haut. Ou veulent-ils rivaliser avec le cocorico des fermes avoisinantes donnant l’éveil aux premières lueurs ? La brousse alors, ainsi qu’un chien s’ébrouant au sortir de l’eau, secoue sa torpeur nocturne. Ceux qui s’étaient couchés se remettent sur pattes pour réchauffer leur corps engourdi de l’humidité de la terre. D’autres, séduits par la douceur de l’aube, ressortent du couvert, maintenant lourd de moiteur, où ils s’étaient reti-rés la veille au crépuscule. Ceux cachés sous une pierre ou dans une lézarde de roche, voulant profiter un peu plus longtemps de la tiédeur de leur abri avant qu’il ne de-vienne brûlant sous la chaleur écrasante de midi, n’ont aucune hâte de bouger.
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Hluhluwe, parc animalier centenaire, le plus ancien de l’Afrique du Sud, le plus vaste du Zululand, ayant été ré-uni depuis quelques années à iMfolozi, autre parc attenant, pour n’en faire qu’un seul. Territoire de chasse favori de Shaka, roi des Zoulous, le Napoléon noir, avant d’être clôturé et proclamé parc provincial. Hluhluwe, plante rampante dalbergia armata, utilisée dans les campagnes, entre autres pour sevrer les jeunes veaux. Attachée à leur cou, ils sont refoulés par la mère tant les épines sont robustes et pointues. Hluhluwe, orthographe étrange, à la prononciation fa-cile pour une bouche indigène : il suffit de souffler de chaque côté de la langue et des joues comme le font les Gallois pour les mots commençant par deux l. Mais pour qui les parlers africains sont peu familiers, cela demande une certaine gymnastique phonétique, n’obtenant pas, même avec de gros efforts, le résultat voulu. Au mieux, les doués arrivent à articuler ‘Chlouchlouwai’, sinon cela de-vient ‘Louloué’ au grand amusement de la population locale.
* * * Que réserve cette nouvelle journée pour la faune rési-dente ? Ceux vivant là où n’accèdent ni route ni sentier, in-conscients de l’arrivée des touristes, vaqueront tranquilles à leurs activités habituelles. Même les bruits les plus écla-tants de machines ne pénétreront pas l’épaisseur des fourrés. Les autres qui traînent près des voies de passage, camouflés par la broussaille, s’immobiliseront peut-être à l’approche des moteurs. Le danger écarté, ils reprendront en toute aise ce à quoi ils s’occupaient. Mais à découvert, près de là où va et vient le trafic, comment réagiront les bêtes face aux visiteurs ? Les crain-tives en quelques bonds, enjambées ou battements d’ailes se sauveront dans les bosquets d’à côté. N’ayant pas eu le
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