Sur un air baroque
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Français
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Oublié, snobé, méprisé, bouté hors des salles de bains par les tenants du tout hygiène, le boudoir effectue son grand retour sur le devant de la scène.

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Sur un air baroque
1. Du noir, du pourpre et quelques miroirs bien placés. Une salle de bains boudoir très réussie. Castorama.
2. Même les petits espaces peuvent donner vie à un boudoir digne de ce nom. Castorama. 3. C'est écrit sur la baignoire, ce boudoir rose pâle est chic et glamour. Chantal Thomass pour THG. Féminin

Bod, c'est l'onomatopée, qui formée par le gonflement des joues, exprime un mouvement d'humeur. En découle le verbe bouder, mais aussi boudeur, bouderie ou encore boudeuse : ce siège à deux places où l'on tourne le dos à l'autre occupant. Une onomatopée qui donne aussi le mot boudoir, plus célèbre pour le gâteau du même nom que pour le salon intime qui nous intéresse ici.

En 1740, les femmes de la noblesse française, avides d'une intimité et d'une indépendance que les hommes leurs refusent, créent les premiers boudoirs. Des pièces discrètes et coquettes où elles peuvent recevoir leurs visiteurs et rédiger leur correspondance. Un boudoir qui devient rapidement un lieu de frivolité, où les soupirants succèdent aux lettres enflammées. Au fil du temps, le froufrou s'étiole et l'on confond cet espace avec la salle de bains. Pendant l'entre-deux-guerres, il perd ses lettres de noblesse et devient un simple meuble coiffeuse, utilisé par les danseuses et les meneuses de revue des grands boulevards parisiens. Les années 50 sonnent le glas de celui-ci, vaincu par l'arrivée de la salle de bains moderne avec notament son eau (presque) courante.

4. Chandelier, baignoire à l'ancienne et un espace démesuré pour prendre un bain inoubliable. Delpha, Allure.
5. Le citadin boudoir sait aussi se faire champêtre. Poutres apparentes, sol en pierre et couleur crème. Magique. Deplha.
6. Un meuble bien dans son époque. Pieds métal et fresque rétro sur les tiroirs. Décotec, Aspen. 7. Chicissime. Tout de noir et d'argent vêtue, cette pièce nous arrive d'un temps que les moins de 100 ans ne peuvent pas connaître. Delpha, Allure. 8. Une salle de bains qui utilise tous les codes du baroque et qui réussit tout de même à être résolument moderne. Décotec, Neva.

Boudoir, le retour À la manière d'un boxeur sonné, le boudoir s'est fait discret. Tranquille dans son coin, perdu dans la remise d'un brocanteur, il attendait la reprise. Quand les créateurs en ont eu assez de le mépriser, ils ont passé l'éponge sur leurs différends. Aujourd'hui, il est tendance. Il se fait mat 6 brillant ou pastel comme dans les années 20. Le baroque rencontre le XXIème siècle et le boudoir s'ouvre au monde extérieur. Les cloisons s'effacent, la baignoire aux pieds de félin rugit et se place bien en vue au centre de la pièce. À ses côtés, la fidèle chaise au coussin moelleux, vestige de l'Ancien Régime ou de l'Empire, attend serviette sur l'accoudoir le précieux postérieur de sa propriétaire. Le meuble coiffeuse habituellement si timide, même s'il a encore le rose aux joues chez Chantal Thomass, ne se cache plus au fond de la pièce. Tout juste tolère-t-il un léger paravent devant lui. Aujourd'hui, l'incontournable miroir de la coiffeuse ne renvoie plus seulement l'image d'une femme aux longs cheveux défaits. Ce dernier reflète la lumière des larges fenêtres d'une vieille demeure bourgeoise ou les spots ultramodernes d'un appartement parisien sur une mosaïque noire étincelante. Bien sûr, ce charmant ensemble a ses détracteurs : trop chargé, trop vieille France, «il faut vivre avec son temps». Certaines lui préfèrent les salles de bains dépouillées de tout accessoires où la mosaïque est reine et le mobilier absent. On peut rétorquer : vide, vide de sens. Le boudoir est là, pas pour longtemps peut-être. Mais une nouvelle fois, il saura attendre, tapi dans l'ombre, que l'horloge de la mode ait tourné.