Hyènes et pigeons

-

Livres
422 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Attention, ceci n’est pas un livre, c’est un guide de survie. Le milieu hostile? Cette jungle professionnelle où vous faites votre maximum. Que celui ou celle qui n’a jamais eu de problèmes avec son supérieur hiérarchique lève la main! Non? Personne? Bande de menteurs! Que votre patron soit un insatisfait, un prétentieux, un incompétent ou un sadique, qu’il soit de bonne ou de mauvaise humeur, cette bible vous apprendra à gérer toute situation! Survivre en entreprise en 100 leçons. C’est ce que propose le guide hilarant d’Hervé Desnoix à grands renforts de cynisme et de second degré, en vous inculquant des astuces, des mots, des attitudes, des phrases qui pourraient bien vous sauver la face. Une peinture au vitriol du monde du travail, acide et jubilatoire, aussi délicieusement décalée que terriblement bien vue!

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 14
EAN13 9782748352269
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0098 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème












Hyènes et pigeons


Du même auteur



Fadeur et le Belloy
Scénario médiéval, Éditions Publibook – 2003

Un anniversaire surréaliste
Roman satirique, Éditions Publibook – 2003

Le Premier magistrat
Roman policier, Éditions Publibook – 2005

Ne pas s’attarder sur l’enveloppe
Romance, Éditions Publibook – 2007Hervé Desnoix










Hyènes et pigeons

(100 situations pour survivre quand
on n’est pas chef de l’entreprise.)


















Publibook Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook :




http://www.publibook.com




Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les
lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son
impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et
limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou
copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une
contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les
textes susvisés et notamment le Code français de la propriété
intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la
protection des droits d’auteur.





Éditions Publibook
14, rue des Volontaires
75015 PARIS – France
Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55






IDDN.FR.010.0114715.000.R.P.2010.030.40000




Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2010


« Je ne suis personne !
Oui Chef !
J’obéis aux ordres !
Oui Chef !
Je ramperai dans les ronces !
Oui Chef !
Je plongerai de 30 mètres !
Oui chef !
Le prénom de ta mère ?
Madeleine.
On répond oui chef ! Le prénom de ta mère ?
Oui chef ! »



Extrait du film Le Gendarme de Saint-Tropez, Jean Girault, 1964.


Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs,
toute ressemblance avec des personnes ou des situations
existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite

Malgré tout, l’idée de ce livre est née d’une notification
abusive de l’arrêt d’un contrat de travail
(un chapitre est consacré à cette anecdote).
Cet arrêt a été notifié une heure seulement avant le départ
en congés de l’employé (qui avait une promesse
d’embauche et arriva au rendez vous
en pensant être embauché).




Préambule



Que celui ou celle qui n’a jamais eu de problèmes avec
son supérieur hiérarchique lève la main ! Non ? Personne ?
Bande de menteurs ! Mais n’ayez aucune crainte, il n’y a
pas de micro dans ce livre, vous ne serez pas fichés et on
ne vous demandera pas votre nom lors de l’achat (on ne
vous demandera pas non plus votre nom lorsque vous
l’aurez laissé en haut d’une armoire prendre la poussière).
Allez-y, lâchez-vous. Faites preuve de courage et
d’honnêteté. Personne ne vous dénoncera. Non ? Vraiment
personne ?

Bien. Faisons preuve de psychologie : Si vous travaillez
en entreprise, vous avez forcément un responsable
hiérarchique. Si vous êtes vous-même responsable
hiérarchique, vous ne pouvez pas ne pas avoir un chef
audessus de vous. Il y a toujours quelqu’un à qui rendre des
comptes. Déjà, cassons une barrière. Votre chef n’est pas
un extraterrestre et il ne faut pas le voir comme tel. Si
vous faites comme De Funès dans un des derniers
épisodes des Gendarmes de Saint-Tropez, ça ne fera pas
« bong bong » si vous tapez sur votre chef, même si c’est
juste pour voir. Votre patron est bien constitué de deux
bras, deux jambes et d’un cerveau (si, si) et il a
probablement voté Sarkozy aux élections présidentielles.
En effet, le bouclier fiscal, c’est pour ceux qui gagnent
plus que vous alors que vous, vous ne payez pas assez
d’impôts pour bénéficier de ce cadeau de riche.

11 Et ce n’est pas parce que vous êtes en infériorité
hiérarchique que vous devez forcément vous sentir en
position d’infériorité tout court.

Ceci n’est pas un livre, c’est un guide de survie dans
cette jungle professionnelle où vous faites votre
maximum. Mais attention, même si je viens d’écrire que
votre chef n’est pas un extraterrestre, il n’est pas non plus
dans la race des mêmes humains que vous. Il y a des
différences et vous allez vous en rendre compte en lisant
ce bouquin.
Peut-être vous direz-vous : « Mais ça, c’est moi !, Mais
ça, c’est lui (ou elle) ! Mais ça, ça m’est arrivé ! » Et bien
tant mieux ! Cela prouvera que j’avais vu juste.
Mais attention, il n’y a pas que des chefs méchants, ne
me faites pas écrire ce que je n’ai pas écrit ! Il y a aussi
des gentils chefs, mais comme les trèfles à quatre feuilles,
ils sont beaucoup plus difficiles à débusquer.
Donc, si vous souhaitez continuer dans votre entreprise
et que vous voulez vous y sentir comme chez vous (sauf si
votre concubin ou concubine est également votre chef, ce
qui est un autre problème) alors voici des astuces, des
mots, des attitudes, des phrases qui pourraient vous aider
face à votre bien aimé gouvernant.
Méfiez-vous ! Je ne vous dis pas d’appliquer à la lettre
ce qui va suivre car le but n’est pas non plus de péter la
gueule à votre chef, même s’il le mérite ou que vous en
ayez très très envie. Si le but est de ne plus voir du tout
votre chef et que vous lui avez expliqué votre
mécontentement en lui brisant la mâchoire, vous serez
licencié. Évidemment, si le but était de vous faire licencier
en lui ayant brisé la mâchoire, alors félicitations ! Mais il y
a d’autres méthodes, plus douces, plus stratégiques, plus
fines. Si vous appliquez la méthode Rambo, vous vous en
mordrez les doigts et votre attitude vous suivra comme
une casserole durant toute votre carrière professionnelle.
12 Je sais, vous allez me dire que ça vous soulagera mais
non, je ne suis pas d’accord avec vous d’autant plus que si
votre chef est plus costaud que vous, vous risquez de le
regretter. Il ne faudrait pas que vous passiez vos premiers
jours en dehors de l’entreprise à l’hôpital, sous prétexte
que votre chef vous a rendu puissance 10 la baffe que vous
avez mis le premier.
Non ! Je sais que vous souhaitez vous mettre à la
hauteur de votre chef en vous mesurant d’homme à
homme (ou d’homme à femme, mais là, dans le cas d’une
bagarre entre un homme et une femme, l’homme va passer
pour un goujat).
Mon premier conseil est de lire ce livre. Si à la fin de ce
bouquin, il n’y a pas un petit truc qui aurait pu vous
orientez vers une sage décision autre que celle de la
violence, c’est vraiment que je serai passé à côté du sujet.
Là, je ne pourrai vraiment rien pour vous. Frapper vous
soulage ? Bon et bien, allez-y. Mais ce n’est pas moi qui
vous l’ai conseillé. C’était en dernier ressort ! Entre le
chômage et la prison… à vous de choisir.

Attention également sur le contenu de cet ouvrage. Il ne
met pas tous les chefs dans le même panier et il ne dit pas
que tous les chefs se comportent comme des goujats. Mais
il n’empêche, la plupart aimant bien avoir le dessus sur ses
employés, il n’est pas illogique de leur rendre la monnaie
de leur pièce avec un livre remettant en cause leurs
travers, non ?
13


01 – La construction mentale du chef



Ne partons pas sur de mauvaises bases et il est de mon
devoir de vous faire admettre d’emblée qu’il ne faut pas
haïr son chef uniquement parce que c’est son chef. En
procédant de cette manière là, vos relations avec votre
supérieur hiérarchique vont droit dans le mur et vite
dégénérer.
Certes, vous allez me dire que vous avez souvent envie
d’être aimable avec votre chef. Des fois parce que vous y
êtes obligé. Vous prétextez alors que c’est votre chef qui
n’est pas aimable avec vous. J’entends ce que vous dites
mais peut-être n’êtes-vous pas informé que la notion de
chef implique une prescription médicale d’ordre
neurologique que vous devez absolument prendre en
compte pour votre futur professionnel et vos relations avec
lui.
Lorsqu’ils sont amenés à avoir des responsabilités dans
une entreprise, ils doivent passer devant d’éminents
médecins qui doivent les ausculter et leur injecter le gène
de la responsabilité humaine. Imaginez donc un petit
comprimé qu’ils doivent avaler et qui contient un certain
nombre d’aspects développant les capacités cérébrales du
patron. À partir de là, le cerveau de celui-ci se met en
ébullition, le faisant grouiller d’idées nouvelles qu’il
souhaite absolument mettre en place dès sa prise de
fonction (pouvoir ?) pour inculquer sa marque de fabrique
à ses employés. Puis, dans un deuxième temps, une fois
que les employés auront pensé que vous avez récupéré un
chef extraordinaire, avec des idées nouvelles et des
ambitions formidables, le médicament fera développer des
15 effets secondaires, certes peu réjouissants pour les
subalternes, mais très efficaces pour la bonne marche de
l’entreprise.
Apparaît donc une série de symptômes peu ragoûtants
qui commencent par la prise de conscience de l’être qu’ils
viennent de devenir. Les chefs auront l’impression de
devenir comme Hulk ou Frankenstein. Ils verront que s’ils
élèvent la voix, les gens baisseront la tête, passeront leur
chemin ou parleront à voix basse et ça sera
l’enchaînement. Plus rien ne pourra arrêter votre chef.
Ils se prendront pour les maîtres de l’univers et tout leur
sera permis. Pour peu qu’ils traînent dans les boîtes SM,
ils emmèneront avec eux toute la panoplie d’accessoires
qu’on peut trouver dans ce genre d’endroits. Ils inspireront
la peur, la crainte et rien ne les arrêtera devant la loi de la
rentabilité. Vous n’êtes plus un être humain, mais une
personne qui coûte des charges sociales à l’entreprise et à
qui vous devez un retour sur investissement.
Dès lors, ils penseront être au-dessus des lois et les
règles ne seront plus les mêmes. Ce qui sera valable pour
vous ne sera pas valable pour eux. Si vous êtes en retard
dans votre boulot, c’est que vous êtes un fainéant. Si ce
sont eux, c’est normal, ils ont tellement de boulot…
Leur mutation mentale ne s’arrêtera pas là. Le ton de
leur voix, si aimable et chaleureux deviendra froid et
cassant. Les mots bonjour, merci et s’il vous plaît
passeront aux oubliettes. Bravo les effets secondaires !
Alors bien sûr, ces traitements mentaux ne font pas effet à
100 %. Il y en a pour qui le gène de la prise de pouvoir
n’arrive pas à écraser tous les neurones d’origine et
heureusement. Mais hélas, le médoc est performant.
Certains tombent dans l’abus de pouvoir. Il faut alors
traiter le mal et dans certains cas, c’est long, très long…
Et comment les convaincre de prendre un vaccin pour
les traiter ? Si vous leur faites part de leur attitude, ils ne
vous croient pas et vous pouvez vous faire licencier pour
16 irrespect. Les faire entrer en thérapie ? Pourquoi pas mais
il sera difficile de leur faire admettre qu’ils sont devenus
les êtres qu’ils n’étaient pas auparavant. Cette
transformation génétique peut faire boule-de-neige comme
dans certaines entreprises où tout le monde est chef, même
le chef de lui-même. Là, ce n’est plus une maladie, mais
une épidémie et il n’y aura pas assez de vaccins pour tout
le monde…
17


02 – Respecter



C’est dur à croire avec ce qui vient d’être énoncé dans
le chapitre précédent mais c’est un principe fondamental
de la loi en entreprise : il faut respecter son chef, même si
celui-ci est le dernier des imbéciles et qu’il vous en fait
voir de toutes les couleurs. Alors, bien évidemment, vous
n’êtes pas obligé de lui cirer les pompes à tout bout de
champ, mais il n’est pas non plus indispensable de lui
prouver votre défiance en lui mettant un bon coup
d’épaule au détour d’un couloir.
D’abord parce que l’épaule de votre chef est peut-être
plus solide que la vôtre et vous risquez de mettre en vrac
votre propre épaule alors que ce n’était pas, au départ, le
but du jeu. Ensuite parce qu’il est possible d’avoir une
femme comme chef et brutaliser une femme ne se fait pas,
je vous l’ai déjà dit en préambule de ce livre. Si vous
passez outre ce conseil, arrêtez tout de suite la lecture de
cet ouvrage, achetez-vous une conduite et on en reparlera
ensuite. Et encore, si vous ne voyez que la chef et non pas
la femme qui sommeille en elle, on pourra éventuellement
vous trouver des circonstances atténuantes.
Bien sûr, ce n’est pas facile tous les jours de faire face
aux envies, aux colères, aux contradictions, aux erreurs,
aux humeurs, bonnes ou mauvaises d’ailleurs, et à toutes
les attitudes qui vous dérangent chez votre patron.
Il faut apprendre à relativiser et se dire que la personne
qui est au-dessus de vous n’est pas forcément
l’extraterrestre décrit précédemment. C’est avant tout une
personne, un être humain qui a autant de soucis que vous
dans la vie. Je sais ce que vous allez me dire. Justement, si
19 votre supérieur hiérarchique a des problèmes dans sa vie
privée, il est inutile qu’il se défoule dans sa vie
professionnelle en envoyant balader ceux et celles qui
travaillent pour lui. Je vous l’accorde. Tout le monde peut
avoir des problèmes dans sa vie privée, vous aussi. Et
d’ailleurs, si vous avez des problèmes dans votre vie
privée, vous avez un subalterne pour défouler ?
Certes, votre chef n’est pas le roi, même si quelques
fois, il se prend pour Louis XIV. Vous n’êtes pas sa cour,
ni ses serviteurs. Vous n’êtes pas là pour satisfaire les
envies de votre chef mais pour faire votre travail du mieux
possible. Vous avez tout à fait raison. Mais comme ce
n’est pas vous le chef, ce point de vue n’est pas le sien et
n’est donc pas valable. Le chef, c’est le chef. S’il vous dit
que 2+2 font 5, vous devrez admettre que 2+2 font 5 et
prendre sur vous.
Lorsqu’il est en réunion, votre chef veut du café et il
parle avec les autres chefs de ses vacances dans le
nouveau cinq étoiles de l’île de la Réunion, pendant que
vous êtes surbooké à préparer ses bilans. Vous devrez être
capable de le satisfaire. Il vous a demandé les bilans
depuis dix minutes et ils doivent être prêts dans deux
minutes. C’est impossible mais ils seront prêts. Pourquoi ?
Car vous devez être capable de faire l’impossible. On vous
paye pour ça. La réalité du terrain, ce n’est pas un truc de
chef ça. C’est le boss et vous n’y pouvez rien. Vous
edevrez donc être assez organisé pour vous greffer un 3
bras en deux minutes pour : 1/ Préparer le café. 2/ Taper le
bilan. 3/ Vous essuyez le front.
Dans le stress de tout faire au même moment, vous
serez ainsi obligé d’apporter le café sur un chariot roulant
avec les bilans demandés et éviter que ces dits bilans ne
trempent dans le café. Il ne serait pas très utile de votre
part de mettre une sonnette sur le plateau en indiquant que
vous êtes le room service. Certains ne comprendraient pas
la plaisanterie et d’autres, dont votre patron, la
20 comprendrait peut-être trop bien. Cette blague d’un goût
douteux pour eux, mais régénérant pour vous ne serait que
le début d’une conversation difficile d’après réunion.
Évitez donc de vous faire remarquer, surtout devant
d’autres chefs qui, rappelez-vous, sont autant
d’employeurs potentiels au cas où le vôtre n’aurait
subitement plus besoin de vos services…
À bon entendeur… salut !
21


03 – Prendre des cours
de bouddhisme



Si le mot respecter n’est pour vous qu’un mot et pas
une attitude, si vous sentez que malgré toute la
considération que vous devez à votre chef, vous sentez
monter la sauce, dites vous bien que vous pourrez faire
une longue route dans l’entreprise, à défaut d’en maîtriser
les chaos et les soubresauts.
Néanmoins, si le soir, vous rentrez chez vous à bout de
nerfs et que vous faites à votre famille ce que votre chef
fait parfois au travail, c’est-à-dire, beugler sans savoir et
sans raison, inscrivez-vous à des cours de bouddhisme
pour tenter d’avoir la zen attitude qui vous apaisera.
En effet, sachez que le bouddhisme est appelé la
religion de la paix et à défaut d’être en guerre contre votre
chef, soyez d’abord en paix avec vous-même. Vous y
apprendrez qu’aucun homme en aucun temps n’a été
persécuté par une organisation bouddhiste. Ainsi, si vous
intégrez ce type d’organisation et que vous devenez
violent avec ceux qui vous gouvernent, vous risquez de
rentrer de manière très maladroite dans les livres d’histoire
en devenant le premier bouddhiste tueur.
Cette proposition n’est pas aussi farfelue que vous
voulez bien le croire. En effet, sachez que le bouddhisme
ne connaît pas d’autre autorité pour la vérité que
l’intuition individuelle. Je sens que cette phrase vous a
interpellé et que vous vous êtes retourné sur la couverture
du livre en vous demandant ce que vous êtes en train de
lire. Sentant le trop plein de sérieux vous envahir, il est
temps pour moi de devenir plus léger en vous affirmant
23 que je pense vous en avoir bouché un coin avec cette
théorie.
Après quelques mois de pratiques, votre chef sera très
curieux de vous voir arriver au bureau en saluant vos
collègues les mains jointes et en vous courbant
légèrement, accompagnant le geste avec des saines paroles
du genre : « Paix à tous les êtres ». N’en faites pas trop
non plus. Ne venez pas déguisé en Dalaï-lama en dehors
des périodes de carnaval avec une pancarte exigeant un
Tibet libre. Vous risquez de vous faire remarquer pour
votre attitude et vous pourriez passer devant la médecine
du travail pour des analyses poussées, ayant pour but de
trouver quel type de moquette vous vous êtes mis à fumer.
Soyez donc calme face à l’adversité si vous sentez qu’il
y a adversité. Il n’y a rien de plus énervant que de trouver
face à soi une personne qui reste calme en toutes
circonstances. Je ne sais pas si vous l’avez déjà remarqué,
mais plus une personne utilise une voix douce pour
répondre à son interlocuteur, plus votre interlocuteur
s‘énerve. Vous pouvez en conclure que cet interlocuteur
ne prend pas de cours de Bouddhisme. Il n’a pas chez lui
le DVD de Little Buddha que vous avez acheté en
quadruple exemplaire, histoire de faire partager votre
expérience à vos collègues et dont tout le monde se fout.
Le plus dur, si vous habitez en zone rurale ou dans des
petites villes sera de dénicher un temple bouddhiste, plutôt
que d’aller directement au Népal. Mais bon, positivez. Le
plus dur à chaque fois et en toutes circonstances, c’est de
s’y mettre. Il sera difficile pour vous de rassembler des
collègues autour de l’idée de se raser le crâne et de
convaincre de laisser vos vacances à l’Île d’Oléron contre
une semaine en altitude à Lassa, capitale du Tibet pour y
trouver la foi et la paix intérieure.
Il est également fort possible que le seul Bouddha que
vous trouviez si vous restez chez vous, soit le chien du
voisin qui s’appelle comme ça parce que la femme du
24 propriétaire a la cassette du film et adore Keanu Reeves.
Si vous vous approchez trop près de Bouddha et qu’il
grogne tout le temps, vous comprendrez que tous les
Bouddha ne sont pas pour la paix. Rassurez-vous en vous
disant que le chien du voisin, comme le Tibet, a
simplement envie de défendre son territoire. C’est déjà
ça…
25


04 – Être d’accord



Il ne faut pas croire que votre chef est chef uniquement
parce qu’il a léché le popotin d’un autre chef lorsqu’il était
plus jeune. Non. Certains, la majorité je l’espère, sont en
poste pour leurs compétences et leurs idées. Eux aussi ont
traversé des épreuves difficiles pour en arriver là où ils
sont aujourd’hui.
Il arrive que le fait de devenir chef puisse monter à la
tête. Nous l’avons vu lors du premier chapitre sur la
construction mentale du chef et par conséquent, la notion
de respect dont je vous ai parlé au début de cet ouvrage
peut disparaître ou circuler en sens unique, du bas vers le
haut, de l’inférieur hiérarchique vers le supérieur
hiérarchique.
Dans le cas où les relations avec votre chef ne seraient
pas au beau fixe ou si vous êtes bien portant dès que votre
responsable est le plus loin possible de vous, alors il est
délicat de garder une attitude sereine lorsque vous êtes en
sa compagnie. Par conséquent, un des meilleurs
comportements à avoir est d’être d’accord avec lui lors de
vos entretiens particuliers. Non, ce n’est pas être un fayot
que d’être d’accord avec son chef. Simplement, cette idée
a un grand avantage. Elle écourte la conversation et vous
pouvez aller faire autre chose en présence d’une personne
dont vous appréciez plus la compagnie.
Démonstration : Le chef n’a pas, et heureusement, les
moyens de savoir ce que vous pensez. Vous pouvez dire
oui et penser non. Le but est d’aller dans son sens et
d’admettre qu’il a raison, même s’il a tort. En donnant
raison à son chef, vous ne le contredisez pas. Vous ne le
27 contrariez pas et vous ne le mettez donc pas dans une
humeur exécrable pour le restant de la journée. En allant
dans son sens, vous montrez que vous êtes sur la même
longueur d’ondes que lui, ce qui le conforte dans les idées
qu’il vous soumet. Ne faites pas partager un éventuel
désaccord avec lui. La conversation risque de durer plus
longtemps et vous aurez à vous justifier. Sa bonne humeur
apparente pourrait s’assombrir et se transformer, telle la
météo, en une tempête très localisée qui vous vaudra des
remarques déplaisantes sur votre comportement. Vous
avez osé contredire le chef ? Mais vous êtes malade !
Contredire, c’est ne pas suivre la voie officielle et
s’exposer à de possibles sanctions comme ne plus être
appelé à donner son avis.
Rappelez-vous ce qui est arrivé à la France pour ne pas
s’être pliée à la volonté américaine d’aller envahir l’Irak.
Elle a subi les foudres de la patrie de l’Oncle Sam. C’est
ce que vous voulez ? Jouer l’anarchiste en osant mettre en
doute la voix de votre supérieur ? Je vous rappelle que le
but ici est de simplement ne pas s’attarder dans ce bureau
aussi froid que l’état d’esprit de son locataire et de
déguerpir dans un endroit plus chaleureux : votre bureau à
vous ! Alors, même si votre chef vous indique qu’il part
pour Oslo en Finlande, qu’il vous demande d’accueillir
Myriam la nouvelle stagiaire qui s’appelle en fait
Sylviane, de décaler une réunion à 16 heures alors qu’elle
est déjà à cette heure-là, ne mettez pas sa parole en doute.
Vous vous ferez mal voir. Le chef a toujours raison, même
quand il a tort et si vous n’êtes pas d’accord avec cette
phrase, devenez vous-même chef, vous aimerez l’avantage
de ne pas être contredit. C’est si bon d’avoir la mainmise
sur les autres, de voir les gens boire vos paroles, de les
voir prendre peur rien qu’à vous voir soupirer pour un mot
mal utilisé, d’inspirer la crainte… C’est si bon de se sentir
fort. C’est toujours vous qui aurez le dernier mot. C’est
toujours vous qui prendrez la décision finale. Vous aimez
28 les responsabilités. Vous aimez le pouvoir. Vous aimez,
vous aimez, vous aimez… Ola. Réveillez-vous
malheureux. Revenez sur terre. Ce n’est pas vous le chef.
Ce n’est pas à vous de décider. Vous n’êtes ici que pour
exécuter.
Vous n’êtes pas d’accord ? Comment ? Vous n’êtes pas
d’accord ? Asseyez-vous. Restez un peu plus et
expliquezmoi donc pourquoi !
29


05 – Fayoter



Ce terme est à double tranchant et il s’agit d’être sûr de
votre coup si vous décidez d’être le fayot de la bande.
Fayoter, ce n’est pas comme « être d’accord ». Fayoter,
c’est bien pire car il y a un côté intérêt personnel et
calculateur qui rentre en ligne de compte.
Pour cela, vous devez au préalable bien avoir cerné le
profil de votre chef et de vos collègues de travail. Car,
contrairement au chapitre précédent et je vous le répète, il
ne s’agit plus d’être uniquement d’accord avec son boss
mais de passer à une phase supérieure. Ce n’est plus une
phase de paroles ou d’idées, mais d’actes. Attention, votre
attitude pourrait vous jouer des tours et vous isolez
vis-àvis de vos collègues qui pourraient voir en vous le
lèchecul du patron et ainsi marquer une distance qui pourrait
vous discréditer dans toute l’entreprise et pour longtemps.
Mal fayoter ne durerait qu’un temps et vous seriez bien
obligé de vous rallier à la majorité. Pire, si le courant ne
passe vraiment plus, d’aller chercher du travail ailleurs. Il
faut de la discrétion avant tout.
Au passage, ne faites pas de pot de départ, vous
pourriez vous sentir très seul. Mais bon, en admettant que
vous souhaitiez fayoter à mort, que vous vous fichez de la
distance marquée de vos collègues et que votre attitude
soit digne de la collaboration de la seconde guerre
mondiale, alors allez y plein pot.
Votre patron arrive, soyez présent pour lui ouvrir la
porte et lui apporter le café avant même qu’il ne le
réclame. Rapportez-lui l’ensemble des potins de
l’entreprise à son sujet, donnez lui la note d’information
31 de ceux et celles qui sont arrivés en retard au bureau, de
ceux et celles qui ont fait la grimace quand il a annoncé
qu’il fallait faire des heures supplémentaires pour boucler
une présentation avancée de deux jours et à laquelle
vousmême n’avez pas souhaité participer, etc.
Montrez-vous indispensable à son entourage.
Contrairement au chapitre « être d’accord » soyez
autrement plus convaincant pour prouver que vous
soutenez les idées de votre boss. Évidemment, s’il vous dit
que Naples est la capitale de l’Italie, attendez avant de dire
que c’est Rome. Demandez-vous s’il ne se fout pas de
vous. Peut-être vérifie-t-il jusqu’où vous êtes prêt à vous
ridiculiser pour ne pas le contredire. Mais de toute façon,
plombé comme vous pouvez l’être par vos collègues –
ennemis – de travail, vous pouvez foncer à fond dans le
ridicule. C’est une maladie qui ne tue pas et heureusement
pour vous. À côté de vous, sa secrétaire particulière pourra
vous maudire. Le conseiller, l’assistant, le fou du roi, le
larbin, ce sera vous désormais. Félicitations !
Évidemment, tous les chefs ne prennent pas leurs
employés pour des idiots de classe mondiale et n’aiment
pas les fayots. Vous n’êtes pas dans la catégorie des
François Pignon de Francis Veber. Vous êtes bien pire.
Lors d’un dîner de cons, inutile de vous demander quel
rôle on vous a attribué. Vous pouvez tout perdre en une
seule fois. Non seulement vos collègues vont vous
détestez jusqu’à la fin de votre présence dans l’entreprise
mais en plus votre chef n’aimera pas votre attitude collabo
et vous le fera payer. Il en déduira que, puisque vous
aimez en faire tant pour lui et votre entreprise, c’est donc
vous et vous seul qui vous collerez à la présentation
avancée à demain et c’est vous et vous seul qui resterez
tard au bureau ce soir. Ne comptez pas sur la prime
annuelle, ça sera la même pour tout le monde. Rien de
plus pour vous. Vous en aurez trop fait et vous vous en
mordrez les doigts par rapport à ceux qui ont fait le
32 minimum et qui auront le même pourcentage que vous sur
la prime annuelle. Quand tout le monde le saura, car tout
se sait dans votre boîte, tout le monde rigolera bien de
vous.
Être un fayot n’avance à rien, mais en plus vous
discrédite. C’est une attitude à éviter sauf si vous aimez
vous flageller avec des orties. Là, ça vous regarde.
33


06 – Être copain avec son chef



Nous ne parlons plus de fayotage cette fois, mais de
relations plus amicales, sans aucune arrière-pensée. Faut-il
être copain avec son supérieur hiérarchique ? Est-ce, là
aussi, une idée à double tranchant ? On peut être copain
avec son chef sans pour autant passer pour un fayot mais
cette attitude peut également se révéler dangereuse.
Tout dépend du moment où se produit le copinage.
Peut-être connaissiez-vous cette personne avant qu’il ne
devienne chef ? Dans ce cas précis, vous avez gardé des
liens de simples collègues de travail et le passage un étage
au-dessus de votre ami n’a rien changé, ni pour vous, ni
pour lui.
Mais être copain avec son chef peut avoir des
conséquences dangereuses car vous dévoilez une partie de
vous qui dépasse le cadre professionnel. De ce fait, en
vous dévoilant plus aisément, vous commettez quelques
erreurs importantes, notamment celle de trop parler. Vous
vous donnez une liberté de paroles que vous n’oseriez pas
exprimer si votre chef n’était pas en même temps votre
ami. Vous pouvez blaguer sur le comportement d’un de
vos collègues, dire sur un ton ironique qu’untel n’a pas fait
correctement son travail ou que Machine est en train de se
faire les ongles au lieu de taper des rapports. Ces
insinuations, que vous faites sur le ton de la blague
n’auront pas le même sens pour votre interlocuteur et ne
tomberont pas forcément dans l’oreille d’un sourd, sauf si
votre chef a la même infirmité que Beethoven à la fin de
sa vie. Car si le chef est votre ami, il n’est pas l’ami des
collègues dont vous parlez.
35 C’est une façon involontaire de se faire mal voir de vos
collègues. Contrairement au fayotage qui en est une
manière consciente et réfléchie, le copinage avec le chef
devra se restreindre à tout ce qui ne concerne pas le
domaine professionnel.
Dès lors, dès que vous allez franchir les portes du
bureau de votre copain chef, vous serez épié et tout le
monde pensera que vous êtes en train de balancer untel ou
untel. Si par malheur ce genre de rendez-vous arrive un
lundi matin, les employés penseront que vous êtes en train
de parler de votre week-end passé. Si le rendez-vous est
programmé un vendredi, ils imagineront alors que vous
évoquerez le week-end prochain.
Vous franchirez donc une étape dans la suspicion. Si
vous êtes autant ami avec votre chef, il y aura de forts
soupçons pour que vos collègues pensent que vous voyez
le patron en dehors du bureau, le soir ou le week-end.
Il n’est donc pas conseillé de mettre en avant votre
amitié au sein de l’entreprise. Entre collègues, on peut le
concevoir, mais avec la hiérarchie… et même si avant
d’être le chef, il était déjà votre ami… N’oubliez pas que
votre ami est aussi votre collègue et le jour où votre
rendement au travail ne lui conviendra pas, il vous le dira.
Il ne vous le dira pas en tant qu’ami, mais en tant que
collègue, et surtout, en tant que supérieur hiérarchique.
Vous pensiez être intouchable à la vue de la position
amicale que vous entreteniez. Mais par les temps
économiques qui courent, les relations humaines ont
moins de valeurs que les résultats économiques. La
remarque vous refroidira et vous demanderez des
explications à votre copain chef qui n’aura pas à se
justifier puisque c’est le patron et un patron n’a guère le
temps de se justifier pour des remarques. Les rendez-vous
du lundi matin et du vendredi s’espaceront petit à petit
pour devenir complètement obsolète au fur et à mesure du
temps qui passe. Vous deviendrez un employé comme un
36 autre qui a été copain avec le patron et qui aura vu que le
travail est plus fort que l’amitié. Et vous n’avez pas encore
affronté les sarcasmes de vos collègues qui vous arriveront
en pleine face. Vous aurez tout perdu. L’amitié de votre
patron et l’estime de vos collègues. Vous auriez mieux fait
d’aller fayoter. Vous en auriez tiré des bénéfices alors que
là, vous êtes le bec dans l’eau et la risée de vos collègues.

37


07 – Pleurer



Rien ne va ni chez vous ni au bureau et vous faites tout
de travers. Vous avez la poisse et pour couronner le tout,
votre cher et tendre patron vous demande de venir illico
dans son bureau au sujet de l’oubli de transmissions des
informations à votre patron. Vous avez deux jours de
retard. Vous êtes à bout de nerfs, prêt à craquer et vous
n’avez qu’une envie : vous défouler sur la prochaine
personne qui vous emmerde.
Sauf que la prochaine personne qui veut vous
emmerder, hélas pour vous, c’est votre patron. Pas de bol
mais pas de panique. Respirez un grand coup,
demandezvous un instant ce que veut ce connard et allez-y d’un bon
pas. Si vous avez connu les façons de faire de l’Actor’s
Studio, alors c’est le moment de s’en servir.
Au cas où ne vous connaîtriez pas les méthodes de
l’Actor’s Studio, il s’agit de faire ressortir une émotion en
allant la chercher dans votre passé. Ainsi, comme vous
sentez que vous allez dans le bureau du patron pour vous
faire engueuler, jouez la corde sensible : Pleurer, même si
vous êtes un homme, ça fait du bien. On ne vous prendra
pas pour une lopette et peut-être que votre chef
sanguinaire se dira qu’il n’a pas choisi son engueulade au
bon moment.
Vous entrez, vous êtes poli et vous dîtes bonjour. Lui
(ou elle) ne lève pas la tête pour vous répondre et vous
demande de vous asseoir. À peine posées vos fesses sur la
chaise qu’une longue tirade de reproches démarre à n’en
plus finir. Inutile de penser à ce que vous allez répondre,
je vous rappelle qu’il faut écourter la conversation en étant
39 d’accord (voir chapitre n° 3) avec son chef. Profitez des
paroles de votre interlocuteur pour vous concentrer et faire
monter les larmes. Deux solutions s’offrent à vous : les
fausses larmes et les vraies larmes et avant toute chose,
visez les papiers du patron les plus importants du bureau.
Avec les fausses larmes, mettez les mains devant vos
yeux tant que ça ne vient pas. Faites semblant tant que
vous pouvez. Il hurle de plus belle alors faites plus.
Affalez-vous sur son bureau et posez les mains sur les
nouveaux contrats passés avec votre nouveau partenaire.
Broyez le papier tant que vous pouvez et amenez le vers
vous pour vous essuyer les yeux ou vous mouchez dedans.
Votre patron vous insultera peut-être (sûrement même)
mais au moins, vous aurez trouvé un moyen de vous
venger de cet abruti qui défoule ses nerfs sur vous et vous
traite comme une bouse de vache encore chaude. Avec les
vraies larmes, regardez-le dans les yeux, laissez couler un
instant. Il voit qu’il vous a fait pleurer et il jubile alors il
en met une couche supplémentaire de façon à ce que vous
sortiez du bureau humilié et fier d’avoir cette emprise de
responsable hiérarchique.
Et c’est là que vous le prenez par surprise. Comme pour
les fausses larmes, vous vous écrasez sur son bureau, mais
cette fois, il est inutile de viser le papier le plus important.
Tapez dans le tas. Écornez tout ce que vous trouvez.
Mélangez les documents. Renversez ses stylos. Appuyez
sur son clavier pour faire partir, on ne sait jamais, un mail
au mauvais interlocuteur, etc.
Évidemment, avec le bordel que vous êtes en train de
semer, il n’aura pas fini de vous envoyer tous les noms
d’oiseaux qu’il va trouver. Si vous pleurez extérieurement,
intérieurement vous jubilez car ce n’est pas tous les jours
qu’on peut mettre le souk dans le bureau du patron.
Mais quoi qu’il arrive, ne repartez pas avec zéro point
de son bureau. Vous aurez peut-être perdu une bataille,
40 mais le désordre que vous aurez semé l’obligera à ranger.
Et pendant qu’il range, au moins, il vous fout la paix.
S’il vous convoque à nouveau pour vous demander
pourquoi vous avez réagi comme cela, restez zen, ayez la
« Dalaï-lama attitude ». Ne lui expliquez pas que vous
avez des problèmes. Il s’en fichera. Ne lui dites pas non
plus que ce que vous avez fait était uniquement de la
comédie. Il n’appréciera pas. Ressortez-lui uniquement les
insultes, juste pour en faire part au délégué syndical…
41


08 – Communiquer/informer



Votre patron a le désir de jouer les Big Brother et a
envie de tout savoir ce qui se passe dans son entreprise.
C’est son droit, c’est lui le patron. Il vous demande, à vous
ainsi qu’à tous ceux qu’il emploie, de lui communiquer et
de l’avertir de la moindre information concernant vos
activités dans l’entreprise. Comme s’il vous prenait pour
des ânes, et considérant que les paroles auraient tendance à
s’envoler, il vous formule sa demande par écrit à travers
une note de service. Vous ne vous considérez pas plus bête
qu’un autre et pour ne pas faire de gaffes, vous décidez de
répondre positivement à sa demande en appliquant à la
lettre ses consignes. Vous allez donc lui envoyer tous les
documents nécessaires et surtout les plus inutiles.
Respectez bien les consignes. Il veut toutes les
informations sur ce qui se passe dans l’entreprise. Qu’il
soit satisfait. À votre ordinateur, à votre clavier, réjouissez
votre cher patron et envoyez-lui toutes les informations de
la boîte. N’inventez pas. De l’info, rien que de l’info :
Ce matin, vous êtes arrivé cinq minutes avant l’heure.
Henri me demande le nom du deuxième marqueur
d’essai pour le match de la France d’hier soir. Le
savezvous ?
Connaissez-vous le menu de la cantine à midi ?
À 11 h 16, j’ai fait 19 photocopies.
Votre collègue Sabrina vous a fait une confidence tout
à l’heure : Elle a changé de mec.
Il n’y a plus de papier toilettes dans les W.C. pour
garçons, troisième porte en partant de la droite. Merci de
faire suivre.
43 Est-ce vous qui avez commandé une pizza pour
12 h 30 ?
Jacques a emprunté 0,50 € à Pauline pour aller à la
machine à café.
Excusez mon mail de ce matin, il n’était pas assez
précis. J’ai donc fait 19 photocopies en format A4 avec
des feuilles de couleurs blanches.
Les Coréens arrivent demain à 15 heures. Ils sont trois
dont un qui a le même nom que le mec de la série Lost.
Est-ce que vous regardez cette série ?
Le soleil donnait sur l’écran de mon ordinateur. J’ai tiré
le rideau. Par contre, Johann a allumé la lumière alors que
c’était inutile.
Sabrina a montré son nouveau portable à ses collègues
à midi. Moi, j’ai mangé du poisson avec des pâtes. J’étais
à côté de Jacques et j’étais en face de Francis. Je n’ai pas
pris de sauce, Jacques si et pourtant, il a du cholestérol.
Agnès s’est pris les pieds dans le tapis et a renversé son
café par terre. Elle aurait pu se faire mal. Ça fait deux fois
que nous demandons à ce que le tapis vers la machine à
café soit changé.
Corinne doit partir plus tôt chercher son fils car il est
malade. Je vous informerai de quelle maladie il souffre.
Je me suis fait pipi dessus à 14 h 19. Mais ça va, je
vous remercie.
Laurent a décidé d’arrêter de fumer, mais il a quand
même fait trois pauses clopes entre 12 heures et 15 heures.
Si tout le monde s’y met, ça peut être drôle car le
patron va recevoir un ensemble d’informations toutes
aussi pourries les unes que les autres. Vous pouvez jouer à
celui qui enverra l’information la plus pourrie, faire une
cagnotte et offrir une récompense au vainqueur. Ça peut
stimuler les effectifs.
Pour le complot, comme il est collectif et comme tout
le monde ne pourra pas être viré en même temps au même
moment, vous pourrez demander conjointement des
44 précisions sur la note de service affichée. Après tout, s’il
vous prend pour des imbéciles, faites-en autant. Ce n’est
pas de l’irrespect, c’est juste l’application stricte de la
demande hiérarchique formulée par écrit. Si vous n’aviez
pas appliqué strictement les consignes, vous auriez pris
une engueulade collective. Bon, là, vous l’avez prise
quand même mais au moins, vous vous serez bien marrés.

45


09 – Yaka/Taka/Ifau/Lorerfallu



Les chiens aboient et la caravane passe. Le chef dit, les
employés font. C’est du pareil au même. Quand ils
donnent des ordres, ils se mettent en valeur comme les
chefs d’un chantier en construction et bien évidemment,
comme tout chef, on ne les voit jamais pendant les
travaux. Au début, ils sont là pour donner les consignes et
à la fin, ils endossent leur casquette d’inspecteur des
travaux finis.
Forcément, on peut l’imaginer sans avoir à faire de
préalable paris, il y aura forcément un truc qui n’ira pas.
Nos chefs sont assez forts pour ordonner et constater.
Mettre en œuvre, ce n’est pas leur truc. Donner leur avis,
par contre, est un concept aussi important que l’ordre et le
constat.
Pourtant, si tel ou tel aspect a été réalisé de telle façon,
c’est parce qu’il a été demandé de le faire comme le chef
l’avait exigé. Y avait qu’à faire comme ci ou vous n’aviez
qu’à faire comme cela, c’est simple à dire. Il faut faire
comme ci ou comme ça. Nous aussi, employés fourmis,
sommes capables d’en faire autant.
Mais si toi pas être content, ben TAKA le faire
toimême. Après tout, qui n’a pas rêvé de répondre à son chef
que, s’il n’était pas content des travaux réalisés, il n’avait
qu’à les faire lui-même ? C’est vrai, enfin quoi. On n’est
jamais si bien servi que par soi-même ! Un chef délègue
parce qu’il est le chef mais on peut imaginer qu’il délègue
soit parce qu’il a trop de boulot, soit parce qu’il n’est pas
capable de le faire lui-même, soit encore parce qu’il a des
47 employés sous-payés qui sont embauchés à cette tâche
précise. Dans ce cas-là, on est dans l’ordre donné.
Le second acte se trouve dans le constat. Une fois que
tous les travaux sont achevés, le chef donne son avis et
bien sûr, de peur de mettre ses employés en valeur et de
leur dire par malheur qu’ils ont fait du bon boulot, il n’a
pas son pareil pour sous évaluer la tâche donnée par un
superbe LORERFALLU exaspérant pour tous ceux qui ont
fait le boulot et qui pensaient rendre une copie parfaite.
Mais évidemment, quand on n’est jamais présent
pendant l’accomplissement des travaux, une fois terminée,
nous, employés pourrions répliquer : LORERFALLU…
que tu nous le dises avant (connard).
Le fameux terme LORERFALLU peut également
apparaître un lendemain de travaux finis. Une fois que, par
exemple, la réunion avec des collaborateurs eut été
achevée. Le chef convoque une réunion de synthèse pour
évaluer la réunion de la veille (avant de créer la réunion de
bilan qui évaluera la réunion de synthèse, bien sûr). Le
mot LORERFALLU apparaît souvent lors des réunions
post-rendez-vous. Et l’utilisation de ce mot par notre
propre chef de clan peut révéler une faiblesse, car pour
une fois qu’il était présent pendant le feu de l’action, nous
pensons, nous, employés, que LORERFALLU qu’il ouvre
sa gueule au moment opportun.
Il nous demande donc d’être vigilants la prochaine fois
et de lui faire penser à orienter les débats de telle ou telle
façon. Et ben d’accord. YAKA faire comme ça si IFAU
faire comme ça. Et puis pendant que tu y es, TAKA pas
venir du tout, vu qu’on est plus au courant des débats que
toi. Étant donné que c’est nous qui faisons tout le boulot
pour que tu sois le seul à en récolter les lauriers, on s’est
dit qu’il n’y aurait pas de raisons à ce qu’on bâcle le
travail, comme ça au moins, t’auras une bonne raison de
nous passer ta beuglante. Nous, on aura la satisfaction que
tu n’auras pas pu mettre en valeur le travail que nous
48 avons fait. (Vous verrez un autre exemple qui pousse à
l’exaspération dans un autre chapitre).
Comme chacun sait, dans une équipe, y a toujours un
boulet. Dans notre entreprise, on n’a pas de chance, c’est
le chef. LORERFALLU que ce soit un autre, mais non. Il
n’avait pas de rival.
49


10 – Avoir deux chefs



Qu’est ce qui est pire que d’avoir un chef ? C’est
simple : en avoir deux. Et pire que pire, c’est d’en avoir
deux qui ne peuvent pas s’encadrer et qui donnent des
consignes opposées à leurs employés uniquement pour
embêter l’autre. Et vous ? Au milieu ? Que faites-vous
avec le popotin entre deux chaises cher employé ? Et bien,
contrairement au chien et au chat qui se courent après,
vous faites preuve d’intelligence, car des trois, les deux
chefs et vous, vous êtes le seul à travailler pour le bien de
l’entreprise et non pas avec pour objectif d’enfoncer son
rival.
Si vous arrivez à vous sortir de ces stupides querelles
de clochers alors vous pourrez postuler à d’autres missions
aussi importantes, comme par exemple :
Faire fraterniser israéliens et palestiniens.
Réunir le Dalaï-lama (qui est un pote à vous depuis que
vous avez suivi des cours de Bouddhisme) et son
homologue chinois autour d’une même table.
Convaincre Al-Qaïda de déposer les armes.
Convaincre les grands de ce monde à minimiser leurs
projections de gaz qui détruisent la couche d’ozone.
Faire sourire la caissière de votre supermarché.
Demander à votre voisin de bureau de ne pas poser ses
chaussures, surtout l’été.

Et l’avantage de ce genre de missions, c’est que vous
n’êtes pas tourmenté entre deux idées venant d’en haut. En
effet, dans chaque mission exposée précédemment, il n’y a
qu’un seul et unique but. Contrairement à vos deux chefs
51 d’un niveau d’âge mental ne dépassant pas mat’ sup’
(maternelle supérieure) vous n’aurez pas à perdre votre
temps et gérer des ego. Quand l’un dit blanc et l’autre
noir, prenez votre palette de peinture et faites gris, mais ce
n’est pas une bonne idée. Car en faisant cela, vous ne
satisfaites ni l’un ni l’autre et au lieu d’une engueulade
promise, vous en aurez deux. Pour peu que ça tombe en
période de soldes, deux engueulades pour le prix d’une,
croyez-moi, ça ne vaut pas le coup. De plus, si vous faites
blanc alors que l’autre a dit noir, ou inversement, vous
aurez toujours un des deux chefs qui vous manifestera son
mécontentement.
Que faire ? Très simple. Les laisser se bouffer le nez
entre eux. Plusieurs avantages à cela :
Vous ne vous impliquez pas dans leurs salades.
Quand ils sont en train de se bouffer le nez, ils vous
oublient et c’est tant mieux. Vous pouvez travailler
tranquille.
Ils se ridiculisent tout seuls. Inutile d’en parler à vos
collègues, tout le monde a remarqué, même celle qui
prend une boîte de Lexomil par jour, c’est dire…
Cependant, un inconvénient peut apparaître dans un
futur proche. Si la guerre des chefs atteint des sommets de
snobisme mutuel, ils sont capables de se parler par un
intermédiaire. S’insulter face à face, c’est courageux et
vos deux chefs sont courageux… mais pas téméraires. Ils
pourraient prendre les mails, nous sommes dans une
période technologique assez développée pour passer par ce
mode de communication mais non ! Vous voyez le coup
venir, n’est-ce pas ? Faites donc en sorte que vous ne
serviez pas de bonne poire pour communiquer de chef à
chef parce qu’évidemment, si vous ne transmettez pas
exactement ce dont on vous a informé, vous risquez de
vous faire taper sur les doigts et on vous reprochera de ne
pas faire votre travail. Refusez de servir de pigeon
voyageur ou réclamez une substantielle augmentation de
52 salaire car ce qu’ils vous demandent n’est pas dans votre
profil de poste. Enfin, revenez au chapitre précédent,
YAKA, TAKA, IFAU, pour reprendre quelques
instructions. S’ils ne sont pas contents, jouez la carte
surprise, variante de YAKA, au pluriel, intitulée
YZONKA. Derrière cette expression, je pense que le verbe
se démerder semble le plus approprié.
53


11 – Être parfait



Vous êtes l’employé modèle de l’entreprise. Ce n’est
pas votre patron qui vous l’a dit, ce sont vos collègues. On
aimerait vous reprocher quelque chose mais c’est
impossible. Vous arrivez toujours à l’heure. Votre travail
est irréprochable. Votre conduite avec votre entourage est
exemplaire. Vous ne faites pas trop d’heures sup’, juste ce
qu’il faut. Vous êtes aimable, serviable, toujours de bonne
humeur, disponible pour les autres… bref, le parfait
exemple que tout patron aimerait avoir dans son
entreprise ? Justement non. Vous êtes un emmerdeur. Oui,
vous avez bien lu, vous êtes un emmerdeur de classe
interplanétaire. Mais pourquoi ? Mais allons, réfléchissez
un peu ! Si tout le monde était comme vous, mais ça serait
d’une tristesse ! Autant aller bosser à Disneyland, là où
tout le monde a le sourire. Je vous dis que vous êtes une
catastrophe ambulante… du point de vue hiérarchique. Car
oui, c’est d’un point de vue hiérarchique que vous
emmerdez le monde. Avec vous, il est impossible de vous
reprocher quoi que ce soit. Vous êtes tellement parfait que
c’est un casse-tête ignoble de vous trouver quelque chose
qui ne va pas. Heureusement que vous êtes un phénomène
rare ! Allons mon ami, ressaisissez-vous ! Vous allez bien
finir par déraper à un moment ou à un autre. On ne peut
pas faire les choses à la perfection toute sa vie. Vous
devez tout de même avoir une tare !
Et bien c’est à ce moment-là qu’on sait pourquoi votre
chef est le chef. Même si vous êtes un employé modèle, il
vous trouvera forcément quelque chose qui n’ira pas. Et
comme généralement, le chef n’aime pas les gens qui font
55 trop bien leur travail, il devient beaucoup plus exigeant
avec ceux qui ont le malheur de faire une erreur aussi fine
qu’une patte de mouche alors que vous avez toujours fait
les choses impeccablement. Il a alors trouvé une faille et il
va s’engouffrer dedans. Vous avez mordu, malgré vous, à
l’hameçon et il ne vous lâchera plus.
Et là, tout ce qui vous semble normal et anodin
deviendra source d’inspiration maléfique pour votre bien
aimé supérieur hiérarchique. Subitement :
Vous vous tenez mal sur votre chaise. Redressez-vous
(peut-être qu’il ne veut pas que vous ayez un arrêt de
travail, admettons).
Vous avez déjà porté cette chemise hier. Vous êtes à
court d’habit ?
Je vous ai vu mater le décolleté de la nouvelle
stagiaire !
Vous avez oublié un point à la fin de la quatrième
phrase.
Vous arrivez toujours dix minutes en avance. Comment
se fait-il que vous arriviez avec seulement huit minutes
aujourd’hui ?
Hum ! Quand quelqu’un baisse la tête quand on lui
parle, c’est qu’il a quelque chose à se reprocher. Vous
avez quelque chose à vous reprocher ?
Vous avez éternué ? Ne me mettez pas un arrêt de
travail sinon, je vous fais une retenue sur salaire (OK, là,
le doute est confirmé). Vous ne vous arrêtez jamais. Ce
n’est pas maintenant que vous allez commencer !
Hier, je vous ai croisé en ville, vous ne m’avez pas vu
(évidemment, j’étais caché derrière la vitrine du
magasin) ? Vous êtes plus poli sur votre lieu de travail
qu’en dehors. Bel exemple pour les enfants !
Vous buvez du café ? Pas du thé ? Je vous croyais plus
distingué.
Finalement, au regard de toutes les remarques faites par
votre patron, vous ne semblez pas si parfait que ça. De
56 toute façon, la perfection, c’est de la connerie, ça n’existe
pas. Quand vous avez un chef qui se vante être
perfectionniste, riez (intérieurement) et ne le dîtes pas
qu’il court après quelque chose qu’il n’atteindra jamais.
Comment ça c’est moi qui vous ai qualifié de parfait ?
Vous faites des réflexions maintenant ? Ce n’est pas dans
vos habitudes ? Venez dans mon bureau,
MAINTENANT !
57


12 – Rêver de son chef



Le rêve peut être positif ou négatif. Dans ce dernier cas,
ça s’appelle un cauchemar. Rêver de son chef n’est pas
forcément une anomalie. On rêve de ceux que l’on
fréquente et on pense à des situations antérieures ou
futures. L’avantage du rêve, c’est que tout est permis et
qu’il n’y a aucune limite, je dis bien aucune ! Par
conséquent, pourquoi se priver ? Laisser donc libre cours à
votre imagination et penser à n’importe quelle situation
qui pourrait vous satisfaire. En cas de cauchemar, vous
pourriez avoir tendance à vous laisser emporter et
imaginer le pire mais dites-vous bien que tout cela n’est
qu’un rêve. Alors lâchez-vous, vous ne craignez rien.
Vous êtes en train de rêver. Rien ne vous sera reproché.
Imaginez. Vous arrivez le matin et vous êtes en retard
de 19 secondes. Votre chef vient à votre rencontre et alors
que vous n’êtes qu’à quelques mètres de lui, il se met à
communiquer de manière non verbale d’un geste qui veut
tout dire : il regarde sa montre. Vous passez à côté de lui
sans rien dire, vous allez à votre travail et vous passez tête
baissée. Pas de longs discours, vous avez compris le
message.
Mais visiblement vous n’avez pas compris le mien.
Vous avez carte blanche je vous ai dit ! Revenez en
arrière. Votre patron regarde sa montre. Qu’est ce que
vous faites ? Il se moque de vous d’une manière très
sournoise. Faites-en autant ! Demandez-lui s’il attend
quelqu’un ou s’il n’a que ça à faire de regarder ses
employés arriver au prix où on le paye, lui. Vous devinez
son regard noir mais qu’importe, vous rêvez. Alors
59 demandez-lui de remonter dans son bureau illico car
l’entreprise a autant de besoin de lui que de vous.
Plus tard, dans la journée, il vous convoque dans sa
tanière pour vous demander des comptes au sujet des
douze minutes supplémentaires passées à la cafétéria avec
vos collègues. N’importe quel argument le satisfait.
Comme il ne comprend pas les paroles, passez à l’acte.
Face à un abruti pareil, défoulez-vous. Mélangez ses
papiers, passez derrière lui, tripotez-lui les cheveux (s’il
lui en reste), piquez-lui ses lunettes. Mieux ! Renversez
son bureau puis prenez l’extincteur pour refaire la peinture
des murs. Il pensera que vous êtes fou, mais oui, vous êtes
fou ! Vous êtes en plein rêve et rien ni personne ne peut
vous arrêter. Il n’y a plus de mousse dans l’extincteur.
Vous le lancez à travers la baie vitrée qui se fracasse en
mille morceaux et vous repartez après avoir fait pipi dans
les fleurs. Il ne lui restera plus qu’à nettoyer et ça
l’occupera au lieu de venir ennuyer son monde pour des
broutilles. Demandez-lui à votre tour des comptes sur sa
gestion de la boîte puisque tout le monde doit en donner
ici, pourquoi serait-il le seul à ne pas en donner, n’est ce
pas ?
Pourquoi serait-il au-dessus de la loi ? Tout le monde
rêve de se défouler sur son patron. Et dans l’après midi,
imaginez qu’il arrive devant vous et tous vos collègues,
tête basse, et vous fait part de ses plates excuses pour
s’être aussi mal comporté avec vous. Jouissif, n’est ce
pas ? Mais hélas pour vous, ce n’est qu’un rêve. Le réveil
se met à sonner.
Vous vous réveillez en sursaut et vous repensez à ce
que vous venez de faire. Vous avez la tête dans le sac et
vous vous demandez si ce rêve est prémonitoire. Vous êtes
partagé. Vous racontez votre rêve à votre femme qui vous
fait remarquer que vous avez beaucoup bougé dans le lit.
Et pour cause… Vous préparez votre petite dernière pour
aller à l’école et ce matin, elle met plus de temps que
60 d’habitude. Elle aussi a mal dormi. Vous aurez beau vous
dépêcher mais vous sentez que vous allez être en retard.
Vous posez la petite à l’école et vous partez bosser. Cette
fois c’est certain, vous êtes en retard. Vous arrivez devant
votre entreprise et vous voyez votre patron vous attendre
devant la porte d’entrée. Il ne parle pas. Il regarde juste sa
montre. Vous avez compris le message et vous le regardez
bizarrement avec ce sentiment de déjà vu. Vous voulez
dire quelque chose ? Il vous voit froncer les sourcils et
vous demande si quelque chose ne va pas. Êtes-vous
vraiment sûr de vouloir saccager son bureau aujourd’hui ?

61


13 – Penser



Votre collègue Jacques l’a mauvaise. Il sort du bureau
du patron et vous annonce qu’il y a une phrase que le chef
déteste. Pourtant, Jacques a du mal à ne pas l’employer.
Votre collègue est un gars très bien qui ne fait jamais de
vagues dans l’entreprise mais il a un énorme défaut et
votre patron ne supporte pas quand l’un des employés,
Jacques notamment, commence l’une de ses phrases par :
« Je pense que… »
Le chef déteste les gens qui pensent, surtout Jacques.
Jacques pense beaucoup à améliorer les choses. Il a
beaucoup d’idées novatrices et n’est pas aimé de son chef
à cause de ses qualités. Si Jacques pense plus (et mieux)
que son patron, alors peut-être un jour il pourrait prendre
la place du patron. Mais Jacques ferait un mauvais patron
car je ne suis pas sûr que le médicament qui le traitera
neurologiquement atteindra l’ensemble de son cerveau
(voir chapitre 1). Jacques est un homme très bien, toujours
positif mais il pense. À maintes reprises, le chef lui a
demandé d’arrêter de penser. Il lui a fait remarquer qu’il
n’était pas payé pour penser mais pour exécuter. Nous ne
sommes pas des penseurs mais des exécuteurs. Nous
exécutons les ordres du patron, même si ceux-ci ne sont
pas cohérents.
Jacques a alors pensé que, mais il s’est immédiatement
fait rembarrer par le patron. Il a fait preuve d’ironie. Un
jour, en réunion, il a demandé à son patron de venir en
l’absence de son cerveau. Le patron n’a pas compris.
Jacques a utilisé une métaphore en précisant que ses deux
enfants vont à l’école avec un cartable trop lourd et des
63 livres qui ne servent pas. Il a suggéré de la même façon
que, puisqu’il ne faut pas penser dans cette entreprise, il
serait intéressant de venir sans son cerveau, puisque nous
ne sommes pas payés pour penser mais pour exécuter. À
titre personnel, il a dit, comme pour les cartables de ses
enfants, qu’il viendrait plus léger sans son cerveau car ça
lui ferait quelque chose de moins à transporter.
Jacques a dit toute sa tirade avec le plus grand sérieux.
Nous, employés, avons écouté religieusement. Jacques
parle peu, mais tout ce qu’il dit est intéressant, précis et
efficace. De la même façon, nous avons tous attendu
impatiemment ce que le patron pouvait répondre à cela.
Bien sûr, le boss a regardé Jacques en lui indiquant
qu’il n’aimait pas le ton qu’il employait pour dire ce qu’il
avait à dire. Je ne vois pas ce qu’il y aurait à redire sur la
façon de s’exprimer très sérieuse de Jacques. Parler
librement sans crainte de représailles ne doit pas se voir
dans un pays comme la France. Alors Jacques s’est lâché
et a demandé si, puisque nous n’étions ni libres de penser,
ni libres de nous exprimer, l’entreprise était gérée par une
personne qui avait conscience d’habiter dans une
démocratie. Le patron a répondu par l’affirmative et a eu
le malheur de demander à Jacques de répondre avec la
formule : « Qu’en pensez-vous ? ».
Avant même qu’il puisse répondre, tout le monde a
rigolé, sauf celui qui a posé la question. Mais Jacques est
une personne sensée et a répondu avec intelligence. Il a
cité Platon, Socrate, des philosophes et fait des citations
très appropriées sur certaines méthodes employées dans
l’entreprise. Ça a permis de crever certains abcès. Tout le
monde a trouvé cette réunion très rafraîchissante, sauf le
patron qui n’a trouvé que faire des citations en public.
Pour lui, elles ne servent qu’à montrer de manière hautaine
qu’il est un érudit. Puis il a fait exprès d’enchaîner ses
phrases en les commençant systématiquement par des « Je
pense que… ». Le patron, agacé, a fait taire Jacques en
64 suspendant la réunion et en lui demandant à penser à faire
son boulot au lieu de perdre son temps avec des belles
phrases qui ne feront rien avancer à ce substitut de débat.
Ce à quoi Jacques a répondu qu’il ne pensait pas
retourner à son travail, mais à l’exécuter. Le patron a
claqué la porte. On a tous levé notre verre en son honneur.

65


14 – Aller en réunion
avec son chef



La secrétaire particulière de Monsieur le patron vient
d’appeler pour dire qu’elle est malade et il y a une réunion
très importante ce matin avec des chefs d’autres
entreprises. Le patron est dans la panade car c’était à son
entreprise de faire le compte rendu de la réunion. Pas de
bol, vous alliez à la machine à café et la prochaine fois que
vous pensez que c’était le bon moment dîtes-vous bien
qu’il n’y a jamais de bon moment pour passer devant la
porte du bureau où le chef réfléchit fébrilement qui va
remplacer la secrétaire.
Manque de chance, c’est à ce moment précis que vous
passiez. Il vous arrête et vous demande ce que vous faites.
Ne répondez ni « rien », ni « j’allais à la machine à café »,
ce ne sont pas des bonnes réponses. Re-manque de bol,
vous n’avez pas lu ce livre à temps et par réflexe, vous
répondez ce qu’il ne fallait pas répondre : « Rien ». Votre
chef a saisi l’opportunité. Puisque vous ne faites rien, allez
donc avec lui en réunion. N’emmenez rien. Tout est là.
Vous n’aurez qu’à prendre le compte rendu. Vous verrez,
vous apprendrez des choses. Ça vous instruira.
Et la première chose que vous allez apprendre, et qui,
dans certains cas, pourrait vous choquer, c’est de vous
apercevoir que votre chef est agréable à vivre dès qu’il se
sent avec d’autres chefs. Il sourit, il rigole, il dit merci, s’il
vous plaît. Il vous a même fait un compliment. D’accord,
vous avez eu le réflexe de vous retourner et vous vous êtes
aperçu que ce compliment s’adressait bien à vous quand
67 vous avez constaté qu’il n’y avait que le mur derrière
vous.
Alors j’imagine ce que vous êtes en train de penser.
Vous vous dîtes qu’il existe une faune et une flore spéciale
pour chefs. C’est un climat où toutes les conditions
d’adaptabilités semblent réunies à l’épanouissement. Ceux
et celles qui vivent ici vous indiquent que, si votre chef
sort de ses situations de vies particulières, il n’est plus
dans son état naturel.
Car oui, vous êtes en réunion avec votre chef et
d’autres chefs et vous pensez que c’est vous qui n’êtes pas
à votre place. C’est vous qui, subitement, ne vous sentez
pas dans votre état normal. Vous n’êtes pas à l’aise. Et
bien vous ressentez ce que vous chef ressent dès qu’il
n’est plus dans sa faune et dans sa flore. Sorti de réunion,
votre chef est comme le poisson qui sort de son bocal.
Là, votre chef rit et fait des blagues. Mais est-ce bien
votre chef ? Oh oui ! Il y a des petits rictus et des petites
phrases (qu’on vous demande d’oublier rapidement
d’ailleurs) qui vous mettent en alerte. Comme ils sont
entre chefs, ils ont tendance à oublier que vous êtes
présent dans le même monde qu’eux. Vous vous
apercevrez donc que la réunion de 9 h 30 ne démarrera
que vers 10 h 15 et qu’ils n’ont plus de café. Inutile de
vous demander qui ira en refaire ? Bien joué. Vous êtes
l’heureux élu.
La boniche que vous êtes confectionnera donc le
précieux breuvage en écoutant les commentaires fallacieux
d’untel sur sa nouvelle secrétaire qui aurait besoin de se
faire liposucée ou encore ceux-ci sur les nouveaux agents
de sécurité qui ont cette bizarrerie de ne pas être typés.
Votre dégoût vous conseille de cracher dans le café, mais
vous avez une famille à nourrir et vous avez décidé de
vous retenir. Bonne idée.
Seulement voilà, vous n’êtes pas un habitué de ces
réunions et pas coutumier des « traditions » de cette faune
68 et de cette flore. Votre chef à vous vous interpelle entre
deux tasses de café, pour donner votre avis sur le dernier
arrivé. Pas de bol. Vous n’y voyez rien à redire. Vous êtes
un imbécile et votre patron vous le fera remarquer. Vous
lui avez donné le bâton avec lequel vous vous faites taper
dessus. Il vous prend à parti pour bien montrer que vous
n’êtes pas dans la catégorie des chefs puisque vous n’avez
pas d’avis.
Après avoir été la risée de l’assemblée, vous retournez
vous asseoir en regardant l’horloge. Il reste plus de deux
heures à faire. Deux heures à maudire la secrétaire du
patron.
69


15 – Croiser son chef
au supermarché



Vous êtes sous votre couette et il est samedi matin. Les
enfants ont dormi chez vos beaux-parents et vous en
profitez pour rester dans les bras de votre chère et tendre.
Malgré tout, elle vous annonce que, si vous voulez manger
ce midi, il faut aller faire des courses avant. Pas de
problèmes, mais pas avant 10 heures. Il faut vous laisser le
temps d’émerger.
Vous allez donc faire des courses. Ça vous prend une
bonne heure parce que le plein était vraiment à faire et
personne n’a le temps de s’en occuper pendant la semaine.
Vous arrivez à la caisse, vous laissez la moitié de votre
salaire et vous repartez vers votre voiture quand, à peine le
tournant effectué pour vous diriger vers la sortie,
catastrophe, vous apercevez votre chef. Il est trop près
pour faire demi-tour, trop tard pour prévenir votre femme
et pour réfléchir à un plan B. Vous allez devoir le saluer.
Vous êtes poli. Vous faites les présentations et vous êtes
prêt à partir lorsque, pas de chance, votre patron est d’une
humeur à avoir envie de discuter. Pas vous. Il vous taquine
devant votre femme sur ses cols de chemises extrêmement
bien soignés et sur ses cravates jamais droites. Vous
remarquez, ou découvrez, que votre femme a un excellent
faux rire qui ferait pâlir de nombreuses comédiennes
connues. Votre patron continue de parler, fait de l’humour,
rigole à ses propres blagues. Sa femme à côté, reste
stoïque, raide comme un piquet. Bien évidemment, à la
façon de se tenir aussi droite, vous vous demandez s’il n’y
a pas un balai coincé dans un orifice quelconque.
71 Puis votre femme a la somptueuse idée de faire ce que
ce que vous êtes incapable de faire vous-même, à savoir,
couper la parole de votre patron en indiquant que le beurre
et les glaces vont commencer à se sentir mal.
Vous aimez votre femme au plus haut point… jusqu’à
ce qu’elle vous annonce qu’elle rangera elle-même les
courses dans le coffre et vous enverra un sms lorsqu’elle
vous attendra dans la voiture. Vous haïssez alors votre
femme au plus haut point (ah ! La frontière amour haine)
car non seulement elle vous laisse tomber, seul, en
compagnie de la personne que vous n’avez absolument pas
envie de voir durant vos week-ends (déjà que la
semaine…) mais en plus, elle ne la joue pas solidaire du
tout. Elle vous laisse souffrir en solitaire. Et pour
couronner le tout, vous pensez être certain qu’elle va
prendre tout son temps pour mettre les courses dans le
coffre et qu’elle ne vous appellera qu’une fois que le
beurre et les glaces seront en sécurité dans la glacière, pas
avant !
Pourtant, que ce samedi matin avait bien commencé !
Vous aimez le samedi matin. C’est le lendemain du
vendredi soir, jour où vous quittez le travail et pour lequel
vous ne reviendrez pas avant deux jours. Et cette
souffrance morale, que vous avez abandonnée le temps
d’un week-end, celle qui consiste à ne pas croiser votre
patron au coin d’un couloir, cette souffrance ressurgit au
coin d’une allée de supermarché. Et votre patron cause,
cause, cause. Il cause du travail, évidemment, il n’a jamais
su parler d’autres choses. Et au boulot, il ne parle que des
vacances, vous vous en êtes aperçu le jour où vous avez
servi de secrétaire particulière lors de la dernière réunion
des chefs. Vous attendez un miracle. Vous pensez que
Miss Balai-dans-les-fesses va l’ouvrir pour bouger son
mari mais non, rien, elle est figée. Vous attendez un
miracle. Il arrive. Votre téléphone sonne. Votre femme a
fini de ranger ses courses. Elle demande si le casse
72 bonbons et sa potiche au furoncle sont toujours avec lui.
Vous évitez de sourire et prétextez que votre femme vous
attend (ce qui est vrai). Vous partez chacun de votre côté,
rejoignez votre femme à la voiture et vérifiez
immédiatement si le beurre et les glaces avaient vraiment
une raison d’être rangés aussi tardivement. Vous montez
dans la voiture, dîtes merci à votre femme pour vous avoir
abandonné lâchement, puis sauvé.
Enfin, vous décrétez ne plus jamais vouloir faire les
courses un samedi matin dans ce supermarché-là. Et s’il
n’y a rien à manger, désormais vous préférerez vous faire
livrer (si, si, ça se fait).
73


16 – Positiver



Ce matin, vous vous êtes levé avec une révélation.
Vous avez décidé que tout le monde serait beau, poli,
gentil et serviable. Vous avez cogité ce concept toute la
nuit et vous en êtes convaincu rien qu’en admirant votre
café noir.
Vous arrivez donc au bureau avec le sourire. Certains
penseront que vous avez passé une très bonne nuit (no
comment) et que vous avez un surplus d’émotions à
évacuer.
Vous dites bonjour à tout le monde, ouvrez la porte,
payez des cafés, mettez en valeur la serpillière de l’agent
de service affectueusement surnommée Miss serpillière et
c’est à ce moment-là que votre patron passe. Il s’arrête et
revient sur ses pas car il n’a pas très bien compris. Il vous
regarde mais vous ne l’avez pas vu. Il se pose alors plein
de questions. Pourquoi est-il si heureux ? Le patron n’a
pas réclamé d’augmentation pour cet employé et note qu’il
devra faire un tour à la compta. Il vous soupçonne de
prendre ce truc de jeunes dont il entendit parler à la
télévision, ces nouvelles pilules euphorisantes qui rendent
tout joli ce qui est tout moche. Au bout d’un moment, à
force de vous voir être émerveillé de tout, de et par
n’importe qui, et surtout par n’importe quoi, votre patron
fait une apparition plus imposante. Là, l’ensemble de vos
collègues s’envolent comme des oiseaux et vous laissent
seul avec votre bonne humeur et votre chef. Sa première
question vous trouble. Il vous demande simplement ce que
vous avez et regarde ce que vous buvez (du café). Voyant
que vous jouez les fortes têtes car vous avez osé répondre
75 la vérité, il vous annonce qu’il n’aime pas du tout votre
petite attitude mesquine qui consiste à vous moquer de
tout et de tout le monde.
À cela, vous tentez de transmettre votre positive
attitude et exposez votre nouvelle relation à la vie, faite de
joie et de bonheur pour tout le monde. Bien sûr, vous ne
voyez pas que vous vous enfoncez immédiatement dans
votre théorie car vous êtes tellement dans l’euphorie de
votre nouvelle vision des choses que vous n’avez même
pas réalisé que votre patron soupire et regarde sa montre.
Pour lui, ce discours est complètement déplacé. Il n’aime
pas du tout et vous le fait savoir en vous indiquant que
votre attitude sera inscrite à votre dossier. Sa réaction vous
surprend et vous avancez la phrase évidente : « Dans ce
cas, faut-il que je vienne en faisant la gueule, comme
vous, chef ? ».
Vous auriez pu aisément vous abstenir de prononcer les
trois derniers mots de votre question. Il était inutile de le
préciser car vous n’avez jamais vu votre chef faire autre
chose que la gueule (au boulot, du moins). À cela, il vous
répond qu’il ne fait pas la gueule, mais qu’il a une attitude
digne et sérieuse qui doit être prise en exemple parmi tous
les employés de l’entreprise.
Vous souhaitez défendre votre théorie et commettez
une belle bourde en avouant qu’il vous sera difficile de
prendre votre chef en guise d’exemple. Votre patron bout.
Vous l’avez rendu tout rouge. Dans deux minutes, c’est
sûr, vous êtes dans son bureau pour un recadrage express
dont vous vous souviendrez toute votre vie. Il tente de
vous prendre à votre propre jeu en vous demandant si la
plus jolie engueulade du monde dans le plus magnifique
des bureaux de la boîte, par le plus extraordinaire patron
que vous ayez connu vous fait envie. Ah ! Le salopard ! Il
est en train de vous briser votre rêve. Vous avez du mal à
lui répondre du tac au tac. Vous accusez le coup mais
reprenez immédiatement le dessus car vous avez décidé
76 que ce n’est pas cet individu qui vous cassera l’envie de
voir la vie de manière positive.
Alors vous le surprenez à votre tour en lui disant que
vous avez envie de savoir ce qu’est une jolie engueulade
dans un magnifique bureau par un extraordinaire patron.
Et pour immortaliser l’instant, vous lui demandez
d’attendre ici pour que vous puissiez aller chercher votre
dictaphone et en faire part à tous ses merveilleux copains
syndicalistes. Sa réponse tarde à venir. Il vous quitte en
vous laissant un simple : « On en reparlera. ». Vous
trouvez la conclusion magnifique.
77


17 – Jouer a cache-cache
avec son chef



Si vous possédez un avantage par rapport à votre chef,
c’est peut-être l’avantage géographique. En effet, dans vos
activités, vous êtes souvent amené à vous déplacer de
votre bureau à un autre lieu plus ou moins éloigné. Votre
chef, par contre, s’il connaît par cœur les quatre coins de
son bureau, a beaucoup plus de mal à s’extérioriser et
donc à se repérer. Ainsi, s’il vous cherche, comme vous
connaissez les moindres coins et raccourcis de la boîte, il
pourra toujours vous chercher. Lui sera perdu, pas vous.
Ce petit jeu ne dure qu’un temps. Sachez qu’un jour où
l’autre, votre chef finira bel et bien par vous trouver.
Espérez donc qu’il ne vous trouve pas dans un lieu où
vous n’aurez rien à faire ni à y faire. Votre matricule
pourrait le sentir. Un conseil en passant. Si votre chef vous
cherche depuis des lustres et finit par vous trouver, il est
fortement conseillé de ne pas avoir les mains vides. Au
moins, vous pourrez prétexter que vous étiez en train de
travailler (c’est peut-être faux mais au moins, vous aurez
gagné le droit de ne pas vous faire hurler dessus que vous
n’êtes pas payé à ne rien faire). Évitez donc qu’il vous
retrouve sous le bureau de Mademoiselle Victoria, la
nouvelle stagiaire fraîchement arrivée dans
l’établissement. Il semblera inutile de dire que vous aviez
égaré vos stylos sous la minijupe de la jeune femme, vous
ne seriez pas crédible et vous risqueriez de passer pour un
vieux cochon, même si vous avez le même âge que
Mademoiselle Victoria.
79 Quoi qu’il en soit, vous connaissez les habitudes de
votre patron et surtout, vous savez identifier le rythme de
son pas par cœur. Cette incontestable qualité vous permet
d’anticiper vos mouvements et le sens de votre direction.
Ça vous évitera de dire bonjour à une personne à qui vous
n’avez pas forcément envie de parler. Cela étant, la
performance auditive est d’autant plus intéressante
lorsqu’elle s’adresse à un patron de sexe masculin. En
effet, si votre chef est une femme, elle porte moins le
mocassin que la chaussure à talons. Cette chaussure a la
particularité de faire un bruit claquant sur le sol. Ainsi,
vous pouvez écouter le danger de loin et anticiper d’autant
plus aisément ce que vous faites ou le lieu vers lequel vous
vous dirigez.
Mais il y a d’autres techniques. Imaginons que vous
soyez sourd, et en restant dans le cas d’une femme comme
supérieur hiérarchique, vous pouvez utiliser les moyens
olfactifs pour vous éclipser. Vous avez envie de prendre
l’ascenseur et en entrant, vous sentez ce petit parfum qui
vous met un petit frisson dans le dos. Votre cerveau
imagine alors que votre cheftaine est forcément à l’étage
où vous allez également et votre première décision est de
sortir immédiatement de cet ascenseur pour prendre les
escaliers. D’accord, ce sera plus long et fatiguant mais
vous pourrez vraisemblablement éviter une douloureuse
conversation, dont vous n’êtes pas responsable, au sujet du
non-départ de la commande des petits fours pour Madame
Dubalait, du service nettoyage. Inutile de prétexter que
c’est votre collègue qui a oublié de le faire avant de
s’arrêter, un chef aura toujours l’art de faire porter le
chapeau à un employé qui n’est pas capable d’anticiper les
erreurs de ses collègues (bonjour la confiance, au
passage).
Et bien évidemment, alors que vous pensiez ne pas
croiser votre chef à la sortie de l’ascenseur, inutile de vous
faire deviner qui vous allez croiser en montant les
80 escaliers. Votre chef, bien sûr. Elle en avait marre
d’attendre devant l’ascenseur et elle a pensé qu’il était
plus rapide de passer par les escaliers. Elle vous croise et
vous avez droit à la conversation que vous redoutiez tant.
Vous vous dîtes que vous êtes meilleur pour anticiper les
paroles de votre hiérarchie que les erreurs de vos
collègues. Vous vous inquiétez alors de penser qui est la
personne que vous connaissez le mieux, ça vous ferait mal
au cœur. Alors, plutôt que d’éviter son chef dans les
couloirs de l’entreprise, pensez d’abord à éviter les ennuis.
Ainsi, vous échapperez à une douloureuse explication de
texte.
81


18 – En formation



Parmi les absences que vous pouvez justifier, il y a
celle pour formation professionnelle. Cette absence peut
irriter votre chef pour une raison très simple. Si vous êtes
parti en formation, c’est que vous n’êtes pas sur votre lieu
de travail. La Police n’aurait pas écrit mieux. Mais si vous
n’êtes pas sur votre lieu de travail, il n’y a personne pour
le faire à votre place et avec un effet boule-de-neige qui
arrange bien votre hiérarchie questions arguments à deux
balles, l’entreprise est en difficultés du fait de votre
absence.
Vous souriez, je vous comprends. Je sous-entends que
votre présence dans l’entreprise est indispensable. Vous ne
le saviez pas ? Bien fait ! pourrait dire votre patron, les
absents ont toujours tort. Mais à quoi sert d’aller en
formation si vous êtes tellement indispensable à votre
travail ? Les formations sont bien connues pour ne servir à
rien. C’est du temps et de l’argent perdu pour les
entreprises qui envoient leurs employés dans des lieux où
elles sont obligées de prendre en charge les frais de
formations. Et tout ça pour quoi ? Pour pas-grand-chose.
En formation, on va si loin pour apprendre si peu. Vous
faites des journées de six heures avec des pauses de trente
minutes toutes les deux heures. Vous en profitez pour vous
balader au frais de la princesse et ramener des notes de
frais que vous gonflez avec le concours des commerçants
locaux. Non. Pour un employeur, envoyer ses employés en
formation est une ruine.
Déjà, lorsqu’ils reviennent, les employés ne sont pas
très en forme car ils en ont profité pour se coucher à pas
83 d’heures en employant l’argument douteux de la réunion
débat qui s’est prolongée tard dans la soirée.
Le pire, c’est quand même que, non seulement
l’employeur sait que ses employés sont partis en
vacances…, en formation je veux dire, mais en plus, il
vous doit des heures supplémentaires. Et oui ! Les heures
de trajets comptent en heures supplémentaires. Le temps
que vous avez passé dans la voiture, dans le train, l’avion
(si vous avez une formation à l’étranger) ou en bateau (si
vous partez de Belle île en mer) compte comme des
moments passés au bureau.
Quelle règle formidable qui va bientôt être abolie par le
patronat ! Ben oui, dès que les forts voient que les faibles
sont heureux d’avoir des privilèges, les forts font en
sortent de les leur sucrer.
Autre agacement de la hiérarchie, c’est le résultat de la
formation. En théorie, cette formation que vous avez
demandée et justifiée par écrit doit se répercuter à votre
retour en termes d’applications et de résultats. Mais non,
votre chef s’aperçoit que cette formation qui lui a coûté les
yeux de la tête (comme si elle venait de sa poche à lui)
n’est pas une cause d’un meilleur travail de votre part.
Vous comprenez bien que, dans l’état d’esprit de votre
patron, si vous allez en formation, c’est pour en revenir
meilleur (ou moins mauvais) que lorsque vous en êtes
parti. Et c’est la moindre des choses de faire part de votre
expérience de formation pour partager vos nouvelles
connaissances à vos collègues. Que Nenni ! Au lieu de
cela, vous êtes surpris en train de refiler les bonnes
adresses de night-club, d’hôtels et de restaurants que vous
aurez écumés au frais de l’entreprise. « Ce n’est pas pour
cette raison que vous allez en formation, Monsieur ! »
vous crie votre patron au moment où vous tendez la carte
« Chez Tina » à votre collègue Patrick.
Mais sachez également que votre patron part également
en formation. Sauf que pour lui, c’est utile et son absence
84