Les stages Maurice BAQUET

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Le stage Maurice Baquet a été initié en 1965, sous l'impulsion de Robert Mérand et dans le cadre de la FSGT, par des éducateurs. Ils ont entrepris un travail d'innovation dans un milieu de vie authentique, la colonie de vacances Gai Soleil. Entreprise collective articulant séquences de pratiques sportives, analyses de ces pratiques, incorporation de connaissances théoriques, elle a apporté des réponses qui fondent les problématiques du sport de l'enfant. Elles s'inscrivent aujourd'hui encore aux antipodes d'une visée marchande, sélective, spécialisée de la pratique sportive enfantine.

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Ajouté le 01 janvier 2005
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EAN13 9782336276953
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Les stages Maurice BAQUET
1965-1975

Genèse du sport de l'enfant

Collection "Espaces et Temps du Sport" dirigée par Jean Saint-Martin et Thierry Terret

Le phénomène sportif a envahi la planète. Il participe de tous les problèmes de société, qu'ils soient politiques, éducatifs, sociaux, culturels, juridiques ou démographiques. Mais l'unité apparente du sport cache mal une diversité aussi réelle que troublante: si le sport s'est diffusé dans le temps et dans l'espace, s'il est devenu un instrument d'acculturation des peuples, il est aussi marqué par des singularités locales, régionales, nationales. Le sport n'est pas éternel ni d'une essence trans-historique, il porte la marque des temps et des lieux de sa pratique. C'est bien ce que suggèrent les nombreuses analyses dont il est l'objet dans cette collection créée par Pierre Arnaud qui ouvre un nouveau terrain d'aventures pour les sciences sociales.

Dernières parutions Michaël ATTALI, Le syndicalisme des enseignants d'éducation physique, 1945 -1981,2004. Louis THOMAS, Et si l'éducation physique n'était qu'un mythe I, 2004. Albert BOURZAC, Les bataillons scolaires 1880-1890. L'éducation militaire à l'école de la République, 2004. Fabien GROENINGER, Sport, religion et nation, 2004. Florence CARPENTIER, Le comité international olympique en crises: La présidence de Henri Baillet-Latour, 1925-1940, 2004. Pierre LAGRUE, Le tour de France, reflet de l'histoire et de la société, 2004. Fabien aLLIER, Mythologies sportives et répressions sexuelles, 2004. Fabrice DELSAHUT, Les hommes libres de l'Olympe: les sportifs oubliés de l 'histoire des Jeux Olympiques, 2004. @ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7627-2 EAN 9782747576277

Paul Goirand, Jacques Joumet, Jacqueline Marsenach, René Moustard et Maurice Portes

Les stages Maurice BAQUET
1965-1975

Genèse du sport de l'enfant

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10124 Torino ITALIE

Ouvrage collectif, fruit d'un travail auquel ont participé de nombreux acteurs des stages Maurice Baquet. Coordination assumée par René Moustard. Textes rédigés par cinq auteurs particulièrement impliqués du fait de leurs responsabilités dans le Conseil Pédagogique Permanent des stages. Paul GOIRAND, responsable du groupe gymnastique de 1965 à 1980, professeur d'éducation physique et sportive au CREPS de Reims de 1961 à 1971, puis enseignant et directeur de l'UFR STAPS de Lyon de 1971 à 1995. Jacques JOURNET, participant puis co-responsable du groupe gymnastique de 1972 à 1980, professeur d'éducation physique et sportive au collège Karl Marx de Villejuif de 1971 à 1976, Conseiller Technique National à la FSGT à partir de 1976, coprésident actuel de la FSGT. Jacqueline MARSENACH, responsable du groupe volley-ball de 1966 à 1980, professeur àl'ENSEP de 1959 à 1973, chercheur à l'INRP de 1983 à 1995. René MOUSTARD, directeur pédagogique à la colonie Gai Soleil de 1966 à 1975, secrétaire du CPS-FSGT. Professeur d'éducation physique et sportive au lycée de Troyes de 1961 à 1967, puis mis à la disposition de la FSGT, élu président à partir de 1976, puis co-président de 1986 à 1998. Maurice PORTES, responsable du groupe hand-ball de 1969 à 1974. Professeur d'éducation physique et sportive au lycée de garçons de Puy en Velay de 1961 à 1964, puis à la cité technique Joliot Curie de Sète de 1964 à 1977, enseignant à l'UFR STAPS de Montpellier de 1977 à 1985 et de 1988 à 1998, Directeur Technique National adjoint chargé des formations à la Fédération Française de Hand-Ball de 1985 à 1988. La fonction de régulation dans la réalisation de l'ouvrage a été assumée par Robert MERAND, à l'époque directeur des stages Maurice Baquet, président du CPS et professeur à l'ENSEP. Claire ROMANELLI et Nadine FOURNIER, secrétaires de la FSGT, ont contribué à la mise au point des textes et à la mise en page. Gérard PARlS-CLA VEL, conception de la couverture.

SOMMAIRE Robert Mérand et les stages Maurice

(*)

Baquet..

p.

9

Repères introductifs Première partie - Les racines... ... ... ... ... ...

p. 11 ... ...p. 19

Le contexte de l'époque La dynamique FSGT Documents

Deuxième partie - Les acteurs
Un ensemble de partenaires Les membres de la République Gai Soleil Les stagiaires Maurice Baquet Le Conseil Pédagogique et Scientifique Documents Troisième partie - La démarche d'innovation Analyse de la démarche - Transfonnerles contenus - Transfonnerles démarcheset les acteurs Dispositif et processus - Le dispositif - Le processus Documents

p. 47

p. 87

Quatrième partie - Les options fondamentales Le stageMauriceBaquet...une problématiquecomplexe Pour une conceptionwalIoniennede l'éducation
Cinquième partie - Les prolongements Les prolongements dans la FSGT Les effets dans le vécu de la vie professionnelle des participants Documents

... ... ... p. 155

p. 181

Conclusion Annexes
(OJ

p. 235 p. 241

Table des matières détaillée enfin d'ouvrage

Robert Mérand
et les stages Maurice Baquet

Le rôle d'incitateur, de concepteur, d'organisateur et de conseiller assumé par Robert Mérand dans les stages Maurice Baquet s'inscrit dans une trajectoire de cinquante années d'activité militante à la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT). Il n'est pas possible de comprendre la dynamique des stages sans l'inscrire dans ce processus. Nommé professeur à l'Ecole Normale Supérieure d'Education Physique (ENSEP) en novembre 1946, Robert MérandI adhère à la FSGT en 1948. A l'époque, celle-ci sollicite le concours des formateurs en éducation physique et militants sportifs exerçant leur activité dans les écoles de cadres (ENSEP et Institut National des Sports). En novembre 1950, Robert Mérand, évincé de l'ENSEP, affecté au Lycée Buffon, est élu membre de la Commission exécutive. Il explique ainsi les raisons qui conduisent des éducateurs comme lui, préoccupés des problèmes pédagogiques, à s'intéresser à la FSGT. « Nous y venons, non pas avec notre réputation, mais avec nos inquiétudes, et nos adhésions signifient que nous voyons dans cette fédération la seule organisation capable de mettre fin à notre désarroi actuel d'éducateurs sincères »2,

I Cf. Armexe 6, Quelques repères pour une « biographie proftssionnelle », p. 258. 2 Cf. La Vie de la FSGT, n° 93, décembre 1950.

Dans le contexte particulier des années de la guerre froide, une façon originale de mettre en relation la politique sportive et l'activité pédagogique va prendre corps, susciter des innovations et devenir une spécificité de la FSGT. En 1951, Robert Mérand, en relation avec la Commission Fédérale de Basket, prend l'initiative d'un stage inédit d'observation des Championnats d'Europe pour initier une formation des entraîneurs. De 1950 à 1955, R. Mérand participe aux actions de formation. Réintégré à l'ENSEP en 1956, il poursuit son activité à la FSGT. Le stage d'Expérimentation Comparée organisé à Malakoff en 1964, s'installe à Sète en 1965 et devient le stage Maurice Baquet. En 1967, R. Mérand propose la création du Conseil Pédagogique et Scientifique (CPS-FSGT) et en devient président. Sans interruption, il consacre chaque année une part importante de son action militante aux stages Maurice Baquet et à toutes les initiatives innovantes engagées dans la FSGT. Il contribue aux changements dans l'organisation des Congrès Nationaux. Il participe à tous les congrès, de 1949 à 1988 et apporte sa contribution dans les sessions théoriques et séminaires jusqu'en 1994.

Participant aux séminaires de Balaruc en 2001 et 2002 qui ont mis en
route le projet de cette publication, R. Mérand a brutalement été victime, en septembre 2002, d'une maladie qui l'a éloigné de l'activité de notre groupe. Il en a néanmoins suivi attentivement le cheminement et a contribué à la régulation de la production jusqu'à son terme. Qu'il en soit vivement remercié. Les auteurs

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Repères introductifs
René MOUSTARD

Organisés par la FSGT, les stages Maurice Baquee se sont déroulés à Sète, de 1965 à 19804. Trente ans se sont écoulés depuis la fin des stages consacrés au sport de l'enfant. Quel intérêt y a-t-il à étudier, aujourd'hui, cette expérience? Evoquons une anecdote. Le 27 juillet 1968, à Sète, en présence des cent quatre vingts participants, Robert Mérand débute ainsi l'allocution de clôture du stages: « Notre ami Deveen, vice-président de la fédération sportive ouvrière belge, en nous quittant hier, n'a pas caché son intention de revenir l'an prochain accompagné de deux camarades. Mais, nous a-til avoué, je voudrais bien savoir ce qu'est le stage Maurice Baquet et pouvoir ainsi les convaincre plus facilement». « Peut-être faut-il redouter d'arriver à expliquer ce qu'est le stage Maurice Baquet? Peut-être, alors, n'y aura-t-il plus de raison d'être à ce stage? », commente Robert Mérand. Le moment est venu de se reposer la question.
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Né en 1897, Maurice Baquet fut un précurseur de l'éducation sportive et du sport éducatif de masse, un des techniciens dont la vie s'identifie à la naissance et au développement du sport français durant cinquante ans, un militant FSGT de 1945 à sa mort, le 5 juillet 1965. A l'initiative de Pierre Arnaud, a été réédité, en 1998, l'ouvrage de M. Baquet publié en 1942, Education sportive, initiation, entraînement, précédé d'une préface sur sa vie et d'une présentation des stages Maurice Baquet par Robert Mérand (collection Espaces et Temps du sport, L'Harmattan). 4 Cf. Annexe 1, Vingt ans - Points les stages Maurice Baquet, p. 242. S Sport et plein air, septembre 1968de repères surCPS-FSGT,juin 1970. et Plaquette

Les stages Maurice Baquet sont en effet le résultat d'un processus qui s'est construit d'année en année6, sans au départ, un projet précis qui aurait servi de guide. Jusqu'à aujourd'hui, ce processus continue de vivre. D'où l'intérêt, avec le recul, de réinterroger cette expérience singulière pour en tirer des enseignements utiles pour aujourd'hui. Tel est le but poursuivi par le groupe des anciens responsables des stages qui ont pris l'initiative de cette publication. En novembre 2000, l'un d'entre eux, Jean Rousset7 écrit à la FSGT : « Les stages de Sète ont marqué considérablement notre vie et notre enseignement. Tous les ouvrages traitant de l'histoire de l'éducation physique et sportive et du sport leur font référence. Les stages Maurice Baquet, une extraordinaire aventure. Vingt cinq ans après leur disparition, que retenir de l'expérience? » En coopération avec René Moustard, qui fut secrétaire du CPS-FSGT, une initiative est lancée: Réunissons-nous pour en discuter. Un groupe d'anciens8 répond présent et se retrouve, en séminaire à Balaruc, les 11-12-13 juillet 2001, puis à nouveau en juillet 2002. Le travail est lancé. Des collectifs s'organisent. Des contributions diverses, des témoignages, un retour sur les documents de l'époque remettent àjour ce qui s'est passé et créent les conditions d'une analyse rétrospective du point de vue des acteurs.
L'esprit du travail est ainsi défini: retour aux sources disponibles (documents publiés ou notes personnelles) pour repartir de ce qui s'est fait, réactiver la mémoire et le vécu tout en en garantissant l'authenticité. Une série de questions et de thèmes généraux sont dégagés: -le rapport à la FSGT et au contexte de l'époque, -les fondements de l'expérience,
- la mise en synergie des acteurs,

- le changementdes contenus, - les rapports pratique/théorie,le recours aux connaissances, - les produits et prolongements.

Durant deux années, des temps de régulation succèdent aux phases de production. Un premier canevas de huit fiches structure la production.
6

Se reporter au chapitre: Le processus, troisième partie, p. 128. 7 A l'époque des stages, professeur d'éducation physique et sportive, membre de l'équipe d'animation du groupe rugby. 8 Cf. Annexe 4, Les participants aux séminaires de Balaruc 2001 et 2002, p. 249.

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Cette démarche, associant le collectif initial à toutes les étapes, a permis de maintenir le cap sur un travail d'équipe nourri par la mémoire et reposant sur l'étude des sources disponibles. L'intérêt de ce travail est stimulé par les besoins exprimés dans la FSGT. Les stages Maurice Baquet font partie de son histoire. Ils sont évoqués comme des références incontournables. Toutes les facettes de la problématique du sport éducatif de masse restent au coeur des préoccupation s de la fédération. L'actualité, en 2004, pose des questions qui incitent à réinterroger l'expérience et les acquis du travail: - la valeur éducative de la pratique omnisports sur laquelle s'est fondée l'expérience des stages Maurice Baquet serait-elle devenue obsolète ou est-ce toujours le terrain d'un débat essentiel? - inventer le sport de l'enfant, correspondant aux besoins de son développement, n'est-il pas toujours d'actualité? Comment dépasser le balancement entre l'enfant au centre et les contenus au centre? L'initiation à la vie démocratique dès le plus jeune âge, expérimentée dans la République Gai Soleil, n'est-elle pas une question à retravailler? - dans le cadre de l'innovation, comment utiliser les connaissances théoriques?
- comment développer des projets pédagogiques de transformation dans

un cadre pluraliste? Le choix de l'innovation pédagogique, dans les limites d'une expérience grandeur nature de terrain, est-il pertinent pour associer une diversité de compétences professionnelles et de sensibilités idéologiques? Dans les conditions de l'époque (1967 est l'année des nouvelles Instructions Officielles pour l'éducation physique et sportive dans l'enseignement9), avec le phénomène de sportivisation à la fois de la société et de l'éducation physique, quel a été l'apport des stages Maurice Baquet? Comment situer leur place dans la diversité des influences exercées par les institutions, l'Etat (Ministère de la Jeunesse et des Sports), les écoles de cadres [Ecole Normale Supérieure d'Education Physique (ENSEP), Institut National des Sports (INS)], les mouvements associatifs (Amicale de l'ENSEP, Fédération des Républiques des sports) ?

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Instructions Officielles pour l'éducation physique et sportive du 19 octobre 1967.

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D'autres questions encore méritent examen, comme celle concernant le rapport entre les stages Maurice Baquet, la FSGT, l'environnement communiste de l'époque. A l'origine, en 1964, est organisé à Malakoff, un Stage d'Expérimentation Comparée. Ce stage s'implante à Sète, en 196510.Les objectifs fixés et la collaboration avec la colonie Gai Soleil orientent le travail dans la voie d'un proj et d'innovation pédagogique pour inventer le sport de l'enfant dans la vie éducative de la colonie. Dès juillet 1965 s'instaure une étroite coopération entre des institutions

différentesIl dans leurs origines et leur vocation, mais proches dans l'état
d'esprit, les convergences d'intérêts et les perspectives. A partir de ce moment, trois phases sont repérables dans l'histoire des stages: - ] 965/1975, le sport de l'enfant. - 1975/1980, considérant que la première phase a atteint l'essentiel des objectifs possibles, le travail évolue, se diversifie, aborde de nouvelles questions (exemple l'éducateur face à la haute performance). - 1980/1984, devant quitter Sète pour des raisons portant sur les conditions matérielles d'organisation, les stages s'implantent dans une diversité de lieux (Dinard, Font Romeu, Boulouris, etc.). Les objectifs et les thèmes sont orientés plus spécifiquement vers les problèmes de formation. Le Conseil Pédagogique et Scientifique, créé en 1967, cesse son activité à partir de 1984. La première phase (1965-1975) est au centre de l'étude conduisant à cette publication. Elle constitue en effet, le coeur de l'expérience et le fondement de la spécificité des stages Maurice Baquet. D'année en année, la collaboration prend la forme d'une expérience grandeur nature impliquant la totalité des enfants des colonies de l'Enfance Ouvrière Nîmoise au Grand Air (EON AGA) et du centre aéré de la ville. Dans leur grande majorité ces enfants étaient d'origine ouvrière. Les relations entre les trois institutions (EONAGA, FSGT, ville de Sète) baignent dans une forme de culture commune, mélange de culture émancipatrice et de culture sportive, qui crée un climat favorable à une coopération de fait. Pour l'essentiel, cette culture est celle du milieu
10 11

L'idée en revient à Claire Rideau, responsable du comité FSGT de l'Hérault et profesphysique et sportive à Sète.

seur d'éducation

Il s'agit de l'Enfance Ouvrière Nîmoise Au Grand Air, la Municipalité de Sète, la FSGT, la cité technique Joliot Curie. Se reporter à la deuxième partie: Les acteurs, p. 47.

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communiste. Les rapports établis entre les trois organisations fournissent le socle sur lequel vont, chaque année, se construire les stages, leur autonomie d'organisation, leurs formes de travail et de participation diversifiées. En juillet 1965, trente stagiaires sont réunis à l'école Ferdinand Buisson durant deux semaines. En 1969, ils sont deux cent treize. Les responsables des groupes d'activités sont organisés en équipe associant des professeurs des écoles de cadres et des enseignants d'établissements scolaires. Pour fixer un cadre à la collaboration FSGT/enseignants d'éducation physique et sportive, est créé en 1967, le Conseil Pédagogique et Scientifique. La tâche proposée aux stagiaires est d'inventer un sport de l'enfant animé par des moniteurs guidés par des mémentos (le premier parait en 1967) destinés aux sections enfants FSGT. L'enjeu du travail est celui de l'intégration des activités sportives dans la colonie de vacances entraînant des transformations pour la communauté éducative et, en retour, des transformations du sport pour être apte à cette intégration. Cet ouvrage comporte cinq parties, chacune ayant une certaine autonomie, qui peuvent être appréhendées par le lecteur selon un itinéraire personnel. Chaque lecteur ou lectrice peut s'intéresser plus spécifiquement, soit à la dimension descriptive, vue d'ensemble de ce qui s'est passé (première et deuxième parties), soit à la dimension analyse, compréhension du processus (troisième et quatrième parties), soit aux prolongements, aux retombées jusqu'à aujourd'hui (cinquième partie). La première partie recherche dans la FSGT et dans le contexte de l'époque, les racines. De 1945 à 1965, une diversité d'initiatives et d'innovations jette les bases d'un processus qui cristallise les énergies et s'amplifie de façon singulière avec la création des stages Maurice Baquet. La deuxième partie présente les acteurs qui ont collaboré et les structures créées pour permettre à tous, venant d'horizons divers avec des formations différentes, de travailler efficacement ensemble. La troisième partie traite du processus et de la démarche d'innovation, avec ses deux versants indissociables, la transformation des contenus, le changement des acteurs.

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La quatrième partie élucide les options fondamentales, souvent non explicites, qui ont pennis à des acteurs d'horizons différents de se fédérer. La cinquième partie propose une approche des retombées et des prolongements, souvent non prévus, que le travail a engendrés. On peut en trouver les traces multiples dans les efforts qui se poursuivent dans la FSGT d'aujourd'hui et dans son environnement. Cet ouvrage n'a ni l'intention, ni la prétention de répondre à toutes les questions. Il pose des jalons. Il exprime le point de vue des acteurs. Il fournit de la matière. Il incite ceux qui veulent aller plus loin à poursuivre les études. Il vise à prendre place dans la diversité des publications1z qui donnent du stage Maurice Baquet une image dans laquelle les acteurs directement concernés ne se reconnaissent pas. Le chantier reste ouvert. Selon les motivations de chacun( e), une diversité de lecteurs, au gré des chapitres, peut y trouver des infonnations souvent encore ignorées, des repères, des analyses, une vue d'ensemble. Les participants, à l'époque, étudiants ou enseignants, aujourd'hui à la retraite pour certains, pourront confronter leurs souvenirs, leur vécu, leur expérience singulière avec cette reconstitution rétrospective. Les responsables FSGT, anciens et nouveaux, les animateurs d'activités enfants, les fonnateurs, pourront chercher le fil conducteur qui relie l'expérience passée et les projets actuels, découvrir les racines, saisir la complexité d'une époque qui marque l'histoire de la
Citons notamment: La thèse de Bernard Deletang, Revue EPS, nOl77, sept.-oct. 1982 et n0180, mars-avril, 1983. CLEMENT (JP.) - DEFRANCE (J.) - POClELLO (C.), Sport et pouvoirs au 20ème siècle, Grenoble, PU, 1994. THIBAULT (J.), L'éducation physique au 20èmesiècle en France, Cruise, Université de Poitiers, Dossier EPS, n015. BROHM (IM.) - BAILLET1E (F.), Traité critique d'éduction physique et sportive, Manchecourt, Editions Quel Corps ?, 1994. COLLINET (C.), Les grands courants d'éducation physique en France, Paris, PUP, 2000. TRAVAlLLOT (Y.) - TABORY (M.), Histoire de l'éducation physique. Genèse d'une discipline scolaire, Pau, MYTz, 2002. KLEIN (G.), Une affaire de discipline, l'éducation physique en France et en Europe (1970-2000), Revue EPS, 2003. ATTALI (M.) - SAINT MARTIN (J.), L'éducation physique de 1945 à nos jours : les étapes d'une démocratisation, Paris, Armand Colin, 2004.
1Z

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FSGT. Les étudiants en éducation physique et sportive, engagés aujourd'hui dans la préparation de leurs examens et concours, pourront trouver des précisions souvent inédites et confronter les données de cette étude avec d'autres sources à leur disposition pour approfondir la connaissance de cette période importante dans l'histoire de l'éducation physique et sportive. Les historiens, auteurs de thèses, chercheurs, pourront puiser dans cette matière des éléments pour actualiser leurs travaux et poursuivre les recherches. L'annexe 513 fournit la liste des publications et articles consultables au centre de documentation FSGT. Le travail collectif aboutissant à cet ouvrage, s'est, certes appuyé sur la mémoire des acteurs, mais aussi et principalement, sur des documents préparatoires établis à partir du retour effectué sur les textes d'origine, des notes personnelles, les interventions et discussions internes au travail des stages et non publiés.

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Cf. Annexe 5, Récapitulatif des publications et articles consultables au centre de
FSGT, p. 251.

documentation

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Première partie

Les racines
René MOUSTARD
avec les contributions de Robert Mérand et de Jacques Rangeard

Au cours des années 1950-1975, le domaine des activités physiques et sportives s'est transformé en profondeur. Une effervescence d'initiatives et de renouveau caractérise cette période. La société s'engage dans des mutations qui vont avoir des effets longue durée. Deux événements majeurs en constituent des jalons: 5ème République, - 1958, l'avènement de la
- 1968, le mouvement de mai.

La dynamique FSGT et les mesures prises par les pouvoirs en place témoignent de cette évolution. Les stages Maurice Baquet, action de la FSGT à Sète, sont portés par cette conjoncture.

Le contexte de l'époque
Les années Herzog (1958-1966)
Par décret du 29 septembre 195814est créé un Haut Commissariat à la Jeunesse et aux Sports relevant de l'Education Nationale et mis à la disposition du Président du Conseil en ce qui concerne l'action gouvernementale relative à lajeunesse. Maurice Herzog, connu par l'expédition l'ayant conduit (avec Lachenal) au sommet de l'Annapurna en 1950, nommé Haut Commissaire, assume cette responsabilité durant sept ans. Au cours de cette période, la société évolue, marquée par l'extension des loisirs, du sport, des activités de pleine nature, le soutien à la vie associative (participation à la gestion avec l'Etat) et l'implication des mouvements de jeunesse dans le domaine social. Mais en 1958, la politique sportive est loin de constituer une préoccupation majeure du Gouvernementl5. Pourtant le champ d'attribution du Haut Commissariat à la Jeunesse et aux Sports va de l'éducation physique au sport, au plein air, aux colonies de vacances, aux mouvements de jeunesse, à l'équipement sportif. Le 30 mai 1958, le journal l'Equipe s'interrogeait: «A quelle sauce le sport et les activités physiques vont être accommodés? ». Dès le 7 octobre, Maurice Herzog se veut rassurant «Le sport de compétition ne sera pas oublié »16.Plus tard, il précise: «L'édifice du sport français repose d'abord sur l'éducation et sur la compétence et lafoi de ceux qui le dispensent. La place de la France dans le sport mondial est liée, de toute évidence, au développement d'une conscience sportive dans laformation des jeunes français »17.Mais ce qui différencie, voire oppose, le sport et l'éducation physique, demeure profondément ancré dans les esprits. L'éducation physique et sportive reste réglementée par les Instructions Officielles de 1945 (l'éclectisme des méthodes). D'où les campagnes du journal L'Equipe pour que l'éducation physique et sportive puisse
14 Journal Officiel, 5 octobre 1958. 15 MARTIN (JL.), La politique de l'éducation physique sous la v'me République. L'élan gaullien (1958-1969), Tome 1, Paris, PUF, 1999. 16 L'Equipe, 7 octobre 1958. 17 Allocution du Il avril 1961 lors de la première réunion du Conseil National des Sports.

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donner aux scolaires «un avant goût du sport », «on demande des bipèdes et non des quadrupèdes »18,allusion à la méthode naturellel9. Quoi qu'il en soit, le sport, moyen d'éducation, constituera l'un des axes forts de la politique d'Herzog. IlIa précise dans un discours: « La société doit en (le sport) faciliter le développement, à l'instar d'un service public d'enseignement, d'assistance ou de sécurité »20. En août 1960, les faibles résultats français aux Jeux Olympiques de Rome infléchissent le cours de la politique sportive à la recherche d'un lien entre l'éducation physique et sportive à la base et la conquête des médailles au niveau international. De 1960 à 1965, une série de mesures marque de façon décisive l'évolution du domaine sportif: - nomination d'un délégué général à la préparation olympique, le Colonel Crespin. Bien introduit dans les milieux sportifs, il devient directeur des sports et oriente la politique sportive pendant plus de vingt ans. - mise en place de directeurs techniques nationaux. - création de bourses pour les athlètes, ouverture à Font Romeu d'un Centre d'Entraînement en altitude, rénovation de l'Institut National des Sports (INS), organisation des Jeux Olympiques d'hiver en 1968 à Grenoble. - définition de nouveaux rapports entre l'Etat et les fédérations sportives. Le décret du 5 avril 1963 modifie la conception de la délégation de pouvoir en supprimant celle attribuée aux fédérations affinitaires et en établissant une hiérarchie entre les fédérations unisport et les fédérations multisports qui, poursuivant des buts sociaux et omnisports, sont considérées comme secondaires.
- dans le domaine de l'équipement sportif, M. Herzog fait voter en 1958

un plan triennal d'équipement. Le 28 juillet 1961, est adoptée, à l'unanimité, la première loi programme d'équipement sportif et socioéducatif qui sera réalisée dans sa totalité. Une seconde loi (1966-1970) poursuit les efforts entrepris.

18L'Equipe, 9 octobre 1958. 19 La méthode naturelle se référait au mode de locomotion et gestes de l'être humain : marcher, courir, sauter, lancer, grimper, etc. Au cours de la séance, des exercices de quadmpédie étaient proposés aux élèves; d'où l'allusion du journal L'Equipe ironisant sur la méthode naturelle et préconisant l'utilisation du sport dans l'éducation physique et sportive. 20Discours prononcé le 16 mai 1963 au Théâtre des Ambassadeurs.

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Les années Herzog sont donc caractérisées par un double mouvement:
- d'une part, un effort est consenti pour créer les conditions d'un dévelop-

pement du sport afin d'en faire une dimension de la politique nationale; - d'autre part, le souci de dégager une élite capable de contribuer au rayonnement de l'Etat gaulliste, devient une priorité et oriente les réformes de structures. Dans ce contexte, communauté d'intérêts et différences se conjuguent. La reconnaissance du sport comme activité essentielle dans le champ des activités physiques et sportives rapproche les acteurs de fédérations sportives, du monde éducatif et des associations du loisir. Mais des clivages sont déj à présents, bien mis en évidence par le Colloque de Vichy, Sport et Médecine21. Raymond Boissee2, chargé de la synthèse des travaux, distingue, d'un côté, un sport de performance «fait par les hommes de sciences lesquels, avec l'entraîneur, échafaudent, pour l'athlète, les hypothèses qui vont lui permettre de réaliser les performances les plus hautes possibles, de créer, en quelque sorte, le champion, au risque, ajoute l'orateur avec lucidité, d'amoindrir l'homme»; de l'autre côté, on peut concevoir le sport « comme un terrain de jeu où l'athlète peut se retrouver lui-même dans une liberté reconquise ». Ces deux voies se développant, se rejoignant et se distinguant, selon les circonstances. Le stage de l'Amicale des anciens élèves de l'Ecole Normale Supérieure d'Education Physique (ENSEPf3, dès 1965, s'inscrit, sans ambiguïté, dans la deuxième. Les mesures préconisées concernent l'enseignement des sports collectifs dans le cadre institutionnel de l'horaire d'éducation physique. Mais les objectifs visent à sortir d'un double formalisme: celui de la leçon d'éducation physique comme celui de l'enseignement technique de l'époque. Des compétitions entre équipes équilibrées permettent de déterminer les problèmes concrets que l'entraînement va tenter de résoudre. L'implication des élèves dans l'organisation et l'évaluation des compétitions les responsabilise par rapport à leurs propres progrès. Ces obj ectifs portent la marque de la recherche d'un sport éducatif.
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Compte rendu du Colloque International, Sport et Médecine, Vichy 1964, Secrétariat d'Etat à la Jeunesse et aux Sports, Paris, Editions d' Art L.R. 22 Ancien champion, Agrégé de Lettres et Inspecteur Général à l'Instruction Publique. 23 Ce stage était animé par les professeurs de sports collectifs des ENSEP dont Robert Mérand. Il a donné lieu à une publication: Des colloques de Vichy au stage de l'Amicale, Revue EPS, n078.

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Certaines fédérations (hand-ball, volley-ball) dans lesquelles militaient des professeurs d'éducation physique et sportive issus des ENSEP, sont sensibles à ces orientations. Les Instructions Officielles pour l'éducation physique et sportive scolaire d'octobre 1967 soulignent à leur tour que « l'éducation physique et sportive doit être l'écho, sur le plan éducatif, de l'importance croissante du sport comme fait de civilisation24 ». Les thèmes du sport et de son renouveau imprègne ainsi une diversité d'acteurs ayant des conceptions idéologiques différentes. On retrouvera cette diversité dans les participants et les responsables du stage Maurice Baquet. Si les mutations de la société constituent le socle de cette évolution, des conceptions et des intérêts divergents s'expriment concernant la façon de résoudre les problèmes. Tout en soutenant l'intérêt porté au sport comme moyen d'éducation, la politique ministérielle préconise une animation sportive qui confond l'éducation physique et sportive scolaire et les activités extra scolaires. La préoccupation de la détection précoce de l'élite domine. Développer le sport éducatif dépasse largement les préoccupations de la FSGT et nécessite de préciser les conceptions. La manière de concevoir le sport de l'enfant sert de ligne de démarcation entre les partisans de l'amalgame et ceux qui entendent respecter les caractéristiques de l'activité de l'enfant en distinguant les conditions de l'enseignement obligatoire de celles des pratiques volontaires au sein des structures associatives. D'où le retentissement des travaux de recherche pédagogique menés à Sète pour fonder le sport de l'enfant. Dans un cadre plus général, avec l'extension des loisirs, l'élévation moyenne du niveau de vie (sans modification notable des inégalités sociales), les pratiques sportives évoluent et des rapports nouveaux s'établissent entre les besoins des individus et le domaine des activités physiques et sportives. La dynamique qui relie spectateurs et consommateurs se fait plus forte. Le marché du spectacle sportif et celui du loisir actif se rejoignent et s'adaptent aux évolutions. Les partisans du sport éducatif continuent de défendre leurs conceptions d'un sport se différenciant des pratiques de consommation. Le temps libéré ne doit pas devenir un temps passif, d'oisiveté, mais un temps de re-création de soi et pas seulement de récupération de la force de travail. Le sport peut s'inscrire dans cette perspective.

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Voir également: COMBEAU-MARI (E.), Les années Herzog et la sportivisation de l'éducation physique -1958/1966, Revue Spirales, n° 13-14, 1998.

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Le souffle de mai 1968 et les changements ultérieurs
L'année 196825est marquée par les événements de mai qui vont bouleverser le paysage social et politique. Un phénomène d'ampleur nouvelle émerge: la place de la jeunesse dans la société. Le recrutement des enseignants d'éducation physique et sportive ne suit plus l'augmentation des effectifs (même si le nombre de postes mis au concours est passé de deux cent trente en 1958 à six cents en 1966). Sur le terrain sportif, la politique d'animation, mêlant l'enseignement et les pratiques volontaires hors du champ scolaire, devient un axe directeur sans parvenir à convaincre les acteurs concemés26. Lors de son congrès en mars 1970 à Bagnolet, la FSGT affirme: « Notre 1gemeCongrès se situe à un moment où, dans notre pays, apparaissent les prémices d'une ère nouvelle pour les activités physiques et sportives» 27. Le sport recréatif se développe parallèlement au sport compétitif8. La revendication pour l'amélioration sensible des moyens et des conditions de pratique s'affirme et émane d'une population de plus en plus diversifiée. Les 23 et 24 mai 1970 se tiennent à Paris les «Assises Nationales de l'Education Physique, du Sport et des Activités de Pleine Nature» préparées six mois durant par près de trente mille participants, à travers de
Au lendemain des Jeux Olympiques de Grenoble (février 1968), le Comité National FSGT, dans une déclaration datée du 28 mars 1968 et publiée dans Sport et plein air n° 107, avril, 1968 : « estime que le sport français est à la veille d'une crise profonde qui trouve son origine dans la rupture entre le sport et les autres activités éducatives et culturelles. Amputé de sa dimension humaniste, privé des moyens indispensables à son développement, faiblement organisé à l'école et dans les entreprises, le sport n'est toujours pas sorti du cadre d'une pratique sélective obligatoirement limitée à une fraction restreinte de la population. Le Comité National FSGT estime qu'une place radicalement nouvelle doit être faite à l'organisation d'un sport éducatif de masse. » 26 Des actions importantes sont menées par le Syndicat National des Enseignants d'Education Physique et sportive (SNEP) : grèves, manifestations de rue pour la défense du sport scolaire et l'éducation physique et sportive, en 1972-1973. 27Compte-rendu des travaux du Congrès, Sport et plein air, nOB2, avril, 1970. 28 De 1966 à 1981, la proportion de ceux et celles qui utilisent une partie de leur temps libre à faire volontairement des exercices corporels plus intenses que la simple marche et les simples gestes utilitaires de la vie quotidienne, est passée de 24 à 37,7 %, les inégalités selon les classes sociales restant les mêmes. Toutes les pratiques corporelles du temps libre sont en croissance. La vie sportive change (Cf. l'exposé de Joffre Dumazedier au 4èmeColloque International FSGT Pour un sport ouvert sur la vie, 11-14 mai 1983, Editions Sport et plein air, avril, 1984).
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multiples assises locales et départementales. L'éventail des organisations est très large (Association des Maires de France, Comité National des Sports, syndicats d'enseignants, associations de parents d'élèves, fédérations affinitaires, fédération des Offices Municipaux des Sports, Ligue de l'Enseignement) et témoigne de l'ampleur du mouvement. Les conclusions mettent en avant « la nécessité de doubler le budget jeunesse et sport (passer de 0,65 % du budget de l'Etat à 1,30 %), d'alerter l'opinion publique sur les conséquences de la grave tendance à la commecialisation, à une privatÏsatÏon, à un développement de la spéculation financière dans le domaine des activités physiques et sportives, dans les loisirs et de prendre des mesures pour préserver les constructions existantes, protéger les sites et les espaces verts... »29. Des actions se développent pour faire en sorte que ces activités soient concrètement considérées comme une dimension de l'éducation humaine, accessible à tous3o.Une question grandit: «A quelles conditions le sport peut-il être éducatif? ». Dans un contexte où l'idée que le sport ne va pas bien refait surface. Au cours de l'hiver 1972-1973, le journal L'Equipe mène une enquête pour réaliser une radiographie du sport français31. Celle-ci montre que l'édifice, de la base au sommet, est lézardé. L'éducation physique et sportive possède une image valorisée dans l'esprit des lycéens et le sport intéresse massivement les Français: 30% des personnes consultées considèrent qu'une pratique régulière est indispensable; mais, par ailleurs, 70 % des personnes sondées estiment que « le sport va plutôt mal ». Avec la création du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) en 1971, disparaît la distinction traditionnelle entre le Comité Olympique, chargé spécifiquement des questions olympiques, et le Comité des Sports, chargé de la vie sportive en général. Ainsi, tout devient olympique, c'est-à-dire orienté vers les médailles. Le Comité National des Sports avait apporté sa contribution aux Assises Nationales de 1970. Ce fut la dernière prise de position de ce type.
Extrait de la Résolution publiée dans Sport et plein air, n0134, juin, 1970. 30 Le 8 juin 1972, à l'initiative du Comité National pour le doublement du budget, une manifestation est organisée rue de Châteaudun devant le Ministère Jeunesse et Sports, avec dix mille participants. C'est la première fois qu'une action dans la rue exprime les besoins des sportifs (Cf. reportage Sport et plein air, nOI57-158, septembre, 1972). 31 SEIDLER (E.) sous la 00., Radiographie du sport français, Paris, Calmann-Levy, 1973.
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Durant cette période d'effervescence, d'initiatives et d'intenses bouleversements, la FSGT a pris part à tous les débats. Elle s'est notamment démarquée de la politique d'animation sportive gouvernementale orientée vers la détection précoce de l'élite, en affirmant que la création de structures nouvelles, à vocation de passerelles (les centres d'animation sportive créés en 1972 par Joseph Comiti, à l'époque Ministre de la Jeunesse et des Sports), se situant à la fois hors de l'école et des clubs, ne pouvait garantir une pratique à vocation éducative. Pour la FSGT, le sport éducatif de masse se fonde sur une conception unifiée qui distingue, sans les opposer, les pratiques obligatoires pour tous, relevant de l'institution scolaire et les pratiques volontaires propres au milieu associatif. Le rapport présenté au Congrès de Bagnolef2, en 1970, indique: « nous nous refusons à la fois à confondre ou à opposer ce que l'on doit entendre par les termes « activités physiques, activités sportives, éducation physique ». Nous nous refusons également à opposer l'enfant à l'adulte, sans les confondre. Dans notre travail éducatif, nous ne perdons pas de vue qu'il s'agit ni d'effacer l'éducateur, ni de compter sur la seule spontanéité de l'enfant, ni de supprimer l'effort, ni d'opposer le travail au jeu. » La FSGT a soutenu l'idée qu'il faut défendre à la fois la spécificité de l'éducation physique et sportive à l'école et la spécificité de l'activité sportive volontaire dans les clubs. La fonction culturelle de l'activité sportive doit s'intégrer, s'enraciner dans le milieu éducatif considéré dans sa diversité (école, club, centre de loisir) et ne pas en être séparé. Telle fut la toile de fond des stages Maurice Baquet. La conjonction de tous ces éléments (contexte et dynamique FSGT) explique l'attrait exercé auprès d'une partie des enseignants d'éducation physique et sportive, eux-mêmes préoccupés de développer une éducation physique intégrant les activités sportives. D'où le nombre de participants venus volontairement et bénévolement à Sète pour travailler à inventer le sport de l'enfant, dans un esprit pluraliste et ouvert aux diverses sensibilités idéologiques qui traversent l'époque.

32 Sport et plein air, op. cité note 27, p. 24.

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