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Les voyageurs tunisiens en France au XIXè siècle

De
222 pages
Ce livre présente un panorama des voyageurs tunisiens qui se sont rendus en France tout au long du XIXè siècle et qui ont consigné leurs impressions dans des récits qui demeurent parfois inédits. Il offre une synthèse de la perception croisée des Tunisiens et des Français, à travers une étude des relations de voyage et des comptes-rendus de la presse de l'époque. Par-delà les clichés orientalistes, l'étude montre la mise en place progressive d'une image de l'Autre complexe et ambiguë dont les traces sont perceptibles encore aujourd'hui.
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XIX
C o l l e c t i o nÉt u d e s a r a b e s
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DEƛƛEƜH Les voyageurs tunisiens e en France auXIXsiècle
XIX
Les voyageurs tunisiens en France au XIXe siècle
ÉTUDES ARABES____________________________________Collection dirigée par Mathieu GUIDÈRE Professeur des Universités, Agrégé d’arabeLa collectionÉtudes arabes publie des ouvrages qui traitent, avec distance et esprit critique, de tous les aspects relatifs aux pays de la rive sud de la Méditerranée. Elle est ouverte à toutes les approches théoriques et méthodolo-giques, appliquées au passé comme au présent de ces pays. Elle se donne un double objectif : d’une part, promouvoir des recherches originales menées sur la culture arabe et la civilisation musulmane et, d’autre part, publier de jeunes chercheurs dont les travaux mériteraient une plus large diffusion. Les études arabes sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive les recherches interdisciplinaires susceptibles d’éclairer la complexité d’un espace culturel et politique en mutation. Que l’on se réfère aux sciences socia-les, aux sciences du langage, ou encore à l’histoire des idées et des mentalités, il s’agit de révéler la richesse et la diversité des approches actuelles des pays de langue et de culture arabes. La collectionÉtudes arabesest dotée d’un comité scientifique et d’un comité éditorial qui examinent de façon anonyme les travaux soumis. La publication des travaux acceptés n’est soumise à aucune contribution financière des auteurs.
Ons DEBBECH
Les voyageurs tunisiens en France au XIXe siècle
Note au lecteur : Cet ouvrage est issu de ma thèse de doctorat soutenue en 2012 sous la direction de M. le Prof. Abdallah Cheikh-Moussa, à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV).
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-10170-5 EAN : 9782343101705
À mes parents
À mon fils
IntroductionLe choix de l’isolement dans le monde arabo-musulman a pour origine une certaine méfiance à l’égard de l’Occident chrétien depuis laReconquistade la péninsule ibérique, la conquête de la Sicile par les Normands et surtout les Croisades qui marquèrent un tournant décisif dans les relations entre chrétiens et musulmans. Al-ifranğ (les Francs) resteront deux siècles en Terre sainte (1096-1291), pillant et massacrant au nom de Dieu. Dans le livreLes croisades vues par les Arabes, Amin Maalouf exprime cette réticence en ces termes : « Cette incursion barbare de l’Occident au cœur du monde musulman marque le début d’une longue période de décadence et d’obscurantisme. Elle est ressentie aujourd’hui encore, en 1 islam, comme un viol . » La réaction du Proche Orient arabo-musulman à l’arrivée des croisés fut lente et progressive à cause de ses profondes divisions politiques. Quant à Henri Pérès, le spécialiste de la littérature arabe moderne, il explique ainsi cette réticence : « Le moyen âge, avec ses déchirements politiques, ses grandes invasions, et les réactions du monde chrétien, oblige 2 le Musulman à se terrer en quelque sorte chez soi ». La conviction de la véracité de la seule religion musulmane et de la supériorité de sa civilisation, jointe à une ignorance totale voire à un mépris de la civilisation chrétienne et des langues européennes (facteur d’échange), conduisent peu à peu à un long isolement. Contrairement à ce qui se produisit à l’époque des Croisades, la réaction de quelques chroniqueurs arabo-musulmans est immédiate suite à la compagne de Bonaparte en
1  Amin Maalouf,Les croisades vues par les Arabes, Paris, J’ai lu, 1983. 2 e e  Henri Pérès, « Voyageurs musulmans en Europe aux XIX et XX siècles », Notes bibliographiques,Mémoires de l’Institut français d’Archéologie Orientale, Le Caire, 68 (1935) ;Mélanges Maspero, 3 : L’Orient islamique, Le Caire 1935-1940, p. 185-95), p. 24.
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3 Égypte. Une poignée d’écrivains arabes s’intéresse à cet étranger venu chez eux et l’observe longuement. De leur curiosité jaillissent quelques écrits forts intéressants, citons entre autres celui de l’égyptienʿAbd al-RamƗn al-ĞabartƯ(1756-1825). Cet historien apporte dans ses chroniques rédigées entre 1805 et 1820 sous le titre deMaẓƗhir al-taqdīs bi-ahƗb dawlat al-faransīs(Journal d’un notable du Caire durant l’expédition française 1798-1801)une multitude de réflexions sur cet étranger qui fait irruption chez lui avec des mœurs et des coutumes complètement différentes du mode de vie des Orientaux. Une prise de conscience de soi et de l’autre renaît suite à cette confrontation. À cette époque cruciale de l’histoire de l’Égypte, le Pacha Mohammed Ali (1805-1848), séduit par la civilisation française, décide d’envoyer un groupe de quarante étudiants égyptiens à Paris. Parmi eux figure le guide spirituel du groupe, RifƗʿa RƗfiʿ al-ah৬ƗwƯCe dernier se (1801-1873). montre doté d’une facilité d’adaptation dans ce nouveau monde, ainsi que d’une grande faculté d’apprentissage de la langue française. Il décroche au bout de cinq ans un diplôme de traducteur, accompagné d’une vive recommandation de ses professeurs français auprès du Pacha d’Égypte. Trois ans après son retour en Égypte, il publie le premier récit de voyage 4 moderne dans le monde arabe :L’Or de Paris. Depuis, une envie de découvrir l’Autre naît chez les voyageurs musulmans. e Dans la Tunisie duXIXla mission civilisatrice siècle, de l’Europe commence à se ressentir très tôt. L’influence croissante sur l’esprit, la société et la religion des musulmans est cause d’un conflit perpétuel entre les deux mondes. Un mouvement d’idées modernistes se développe aussi bien dans
3 e Parmi les historiens arabes duXIXsiècle qui ont écrit des livres sur les Européens chez eux, Najwa Jammal-Mohsen cite aussi « le syrien Nicolas al-Turk (mort en 1828) et le libanais Haydar al-Shehaby (mort en 1835). Leurs œuvres montrent l’intérêt qu’avaient les Arabes cultivés pour la civilisation européenne avant et après cette expédition », dansLes attitudes des voyageurs arabes vis-à-vis de la e civilisation européenne (1825-1918)cycle, thèse pour le doctorat de 3 sous la direction de J.L. Miège, 1979. 4 Taېlī܈al-ibrīz ilƗtalېī܈bƗrīz, Le Caire, 1834.
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l’Orient arabe qu’en Turquie. Le Califat ottoman entreprend des réformes politiques successives connues sous le nom de TanẓīmƗt. Mais Ahmed Bey (1837-1855), soucieux de maintenir son pouvoir absolu sur la Régence et son autonomie, refuse de s’y conformer. Il entreprend par ailleurs une modernisation de son armée qui conduit à l’introduction de nouvelles idées parmi les jeunes officiers et mamelouks. Et il décide d’entreprendre un voyage de découverte en France en 1846. Ce premier voyage beylical vers « la terre des infidèles » marque officiellement l’ouverture de la Tunisie aux pays occidentaux, notamment la France. Partir, voyager chez « les infidèles » n’était pas chose e aisée dans la Tunisie duXIXD’abord, il fallait être siècle. diplomate ou quelqu’un de très aisé pour pouvoir se déplacer d’un pays à l’autre. Ensuite, il fallait à chaque déplacement se justifier pour légitimer son acte. Bayram V (1840-1889) et Muammad al-SannjsƯ (1851-1900), les pionniers des récits de voyage en Tunisie, semblent particulièrement préoccupés par ces contraintes. Le premier explique à trois reprises les raisons de son voyage dansSafwat al-iʿtibƗr bi-mustawdaʿal-amsƗr 5 wa-laqtƗr et le second en fait de même dansal-Riۊla al-6 7 ۉiğƗziyyaainsi que dansal-IstitlƗʿƗt al-bƗriziyya .À l’aube du e XX siècle, M’ammad Bilপnjğa (1869-1943) ressent, lui aussi, la nécessité de justifier son voyage dansSulūk al-ibrīz fī8 masƗlik bƗrīz. Il exprime à la première page de son livre la raison pour laquelle il entreprend ce périple en France. 9 Quatorze ans plus tard, dansal-Burnus fīBƗrīz, Muammad al-MiqdƗd al-WirtatƗnƯau cours d’un long (1875-1950), préambule, expose les diverses causes qui poussent l’homme à
5 Cinq tomes édités entre 1887 et 1894.Le meilleur de ce qu’il faut prendre en considération parmi les choses déposées dans les métropoles et les pays. Traduction du titre par Henri Pérès,La e e littérature arabe et l’Islam par les textes, les XIX et XX siècles, Alger, 1938, p. 19. Réédité à Tunis, 1999, I, p. 23-43. 6 Tunis, al-šarika al-tnjnusiyya li-l-tawzƯʿ, 3 tomes, 1976, I, p. 39-68. 7 Tunis, Imprimerie Officielle, 1891. 8 Tunis, al-Mabaލa l-rasmiyya al-tnjnusiyya, 1900. 9 Tunis, Imprimerie du journal officiel, 1914. 398 p.
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