140 pages
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Bréviaire des Prisonniers Étrangers en Tunisie

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Description

Selon le principe alphabétique adopté pour ce bréviaire, j’aurais dû placer ce paragraphe à la lettre E. Mais voilà, je n’ai pas résisté à l’envie de tricher un peu. Visiter les prisonniers est un don. Je suis reconnaissant d’avoir pu découvrir la dignité brisée d’êtres humains. Laisser grandir ce don est la tâche d’une vie. De façon indélébile, des visages concrets de personnes occupent une place dans mon coeur. Ne pas accorder seulement de valeur à ma logique. En spectateur passionné, intéressé, mais discret, situer l’autre au centre de ma vision, de manière à ce qu’il soit protagoniste. M’exercer à la patience, capter le detail d’espérance au milieu de la frustration, de l’échec et de l’impuissance. Me laisser toucher par ce que je contemple. Me laisser frapper, et les coups font mal. Rester avec un prisonnier n’est jamais inoffensif.

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Date de parution 01 janvier 2012
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EAN13 9796500167008
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Jean FO N T AI N E Br év i ai r e d es pr i so n n i er s ét r an g er s en T u n i si e ARABESQUES 2012
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Livre : Bréviaire des prisonniers étrangers en Tunisie Auteur : Jean FONTAINE Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés à l’éditeur A R A B E S Q U E S 2 0 1 2
ISBN : 978-9938-801-84-2 33, rue Lénine Tunis 1000 Tel : 71.33.81.37 E-mail :arabesques1991@yahoo.fr
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Du même auteur Vingt ans de littérature tunisienne,1977 Mort-Résurrection : une lecture de Tawfîq al-Hakîm,1978 al-Mawt wa l-inbi`âth fî a`mâl Tawfîq al-Hakîm(trad. M. Koubaa),1984 Aspects de la littérature tunisienne,1985 Fihris târîkhî li-l-mu'allafât al-tûnusiyya,1986 Histoire de la littérature tunisienne ee I :Des origines à la fin du XII siècle,éd., 19991988 ; 2 ee II :siècle à l'indépendance,Du XIII éd., 19991994 ; 2 III :De l’indépendance à nos jours,1999Études de littérature tunisienne,1989 al-Adab al-tûnusî l-mu`âsir,1989La littérature tunisienne contemporaine,CNRS, 1990 e Écrivaines tunisienneséd., 1994, 1990 ; 2 Regards sur la littérature tunisienne,1991 Romans arabes modernes, 1992 La crise religieuse des écrivains syro-libanais chrétiens, 1996 Bibliographie de la littérature tunisienne contemporaine en arabe, 1997 Propos de littérature tunisienne, 1998 La blessure de l’âne,1998 Recherches sur la littérature arabe moderne, 1998 Itinéraire dans le pays de l’autre,1998 Le roman tunisien de langue arabe,2002 Kalimât muhâjira,2002 Le roman tunisien de langue française,2004 Points de suspension…,2008 Le roman tunisien a cent ans 1906-2006,2009Traduction deLa musette de miragesde Noureddine Aloui, 2010
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Le samedi 22 mai 2004, j'effectue ma première visite à la prison de Tunis, boulevard du 9 avril 1938, en compagnie du Père Arthur Van Mol, prêtre belge retraité de l'enseignement et détaché en Tunisie. Après avoir salué en arabe tous les fonctionnaires rencontrés, et attendu une petite demi-heure, nous voyons les « détenus chrétiens » assis sur des bancs, dans un couloir, au milieu d'un va-et-vient constant, sans parler du bruit. C'est ainsi que tout a commencé. Personne ne m'a demandé d'accomplir cette tâche. La lecture du passage de l'évangile où Jésus dit : "J'étais en prison et vous m'avez visité" (Matthieu 25, 36) a été le déclencheur de ma requête au Ministère de la Justice. Ce dernier m'autorise à venir prier une fois par semaine avec les catholiques. Qu'en est-il exactement ? De l’Afrique blanche… Pourquoi cette décision d'aller visiter les prisonniers chrétiens des établissements pénitentiaires tunisiens ? Rien ne m'y préparait. Pendant quarante cinq ans, j'ai travaillé à l'Institut des belles lettres arabes de Tunis. Cette maison est tenue par les Pères Blancs. J'y ai occupé les fonctions de conservateur de la bibliothèque, puis de directeur de la
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revueIBLAtraite, de manière scientifique, des qui problèmes humains du monde arabe et musulman. Mon domaine de recherche est la littérature arabe contemporaine, ce qui m’a valu des séjours d'étude dans la plupart des pays du monde arabe et la publication d’une vingtaine de livres. Ma réflexion de missionnaire m’a amené à approfondir certains sujets : un possible regard christique sur l'islam, la naissance d'une nouvelle conscience musulmane, les thèmes chrétiens dans le Coran, Jésus homme libre et libérateur, la grâce et la prédestination (mektoub : c'était écrit), Dieu au féminin, éloge de la différence, Muhammad est-il prophète ? Comment aider les étrangères d'origine chrétienne mariées à des Tunisiens musulmans ? Ce sont des questionnements de l'Afrique dite blanche. Je les ai évoqués dans trois autres ouvrages plus personnels :Itinéraire dans le pays de l'autre,La blessure de l'âneétant très bien (celui-ci illustré) etPoints de suspension…pendant une Enfin, quinzaine d'années, j'ai milité au sein d'une association pour accompagner les malades du sida. … à l'Afrique noireDepuis quelques années, une nouvelle donne est apparue en Tunisie, l'Afrique dite noire. Elle s'est, essentiellement, manifestée aux points opposés de l'échelle sociale. D'un côté, la Banque africaine de développement émigre de Côte d'Ivoire pour des motifs de sécurité. Voici donc près de mille fonctionnaires avec leur famille. Ils sont aisés, mettent leurs enfants dans les écoles et les deux lycées français de la capitale et faubourgs. Ils remplissent les quatre lieux de culte catholique de Tunis et banlieue. Ils participent aux activités paroissiales et en changent la physionomie. Au milieu, les étudiants (ils seraient 2000 régulièrement inscrits), boursiers ou non, dans les
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établissements étatiques ou privés, en foyers universitaires ou en locations privées, chrétiens ou musulmans, inscrits parfois à l'université dans l'unique but d'avoir une carte de séjour, laissés à eux-mêmes au cours de l'été. Quelques dizaines d'entre eux se regroupent au sein de laJCAT, jeunesse chrétienne africaine de Tunisie, mouvement qui dépend de l’Église locale. C'est au-dessus de leur foyer que j'ai longtemps habité. À l'autre bout de l'échelle, plusieurs milliers de pauvres passent par la Tunisie pour essayer de rejoindre l'Europe. Certains même s'y arrêtent, estimant que le niveau de vie sur place est suffisant pour répondre à leurs aspirations. Beaucoup d'autres échouent dans leur tentative et se retrouvent ou bien dans les centres de rétention ouverts dans le pays pour les sans papiers, ou bien en prison s'ils ont commis un délit quelconque. Le présent bréviaire parle de ces derniers. Mon intention n'est pas de présenter une recherche, ni même une étude sur le monde carcéral tunisien. Elle est simplement de rendre compte de ce que j'ai vu, entendu et appris au cours de mes visites aux chrétiens dans les prisons tunisiennes. Si j’ai arrêté, le 11 février 2010, c’est en raison de la fatigue physique et psychologique due à l’âge. Au cours de ces six années, j’ai effectué à peu près quatre cents visites dans huit établissements pénitentiaires en Tunisie. Tous les faits cités dans le texte qui suit se sont produits lors du régime politique précédent. Ils ne préjugent en rien des améliorations éventuelles apportées depuis.
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