Les grands procès criminels de l

Les grands procès criminels de l'antiquité grecque

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Les grands procès criminels de l'Antiquité grecque nous plongent au coeur d'une société à la fois lointaine et proche de la nôtre. En ce sens, si la procédure pénale grecque peut apparaître archaïque en certains de ses aspects, elle est aussi d'une extrême modernité, par la recherche minutieuse de l'intention criminelle, le respect du contradictoire, des droits de la défense et de la présomption d'innocence. Cet ouvrage se propose de remettre en cause les interprétations données par les historiens et conduit à de nouvelles conclusions sur le sens et la portée de ces affaires.

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Ajouté le 15 octobre 2016
Nombre de lectures 16
EAN13 9782140020599
Langue Français
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Éric Gilardeau
Les Grands procès criminels de l’Antiquité grecque
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Introduction
Les grands procès criminels sont les miroirs d’une société. Ils sont ici le reflet d’une époque, celle de la e e société grecque des V et IV siècles av. J.-C. À la manière d’une caméra qui explorerait le temps, les plaidoyers des logographes filment la vie d’hommes et de femmes d’une période bien éloignée de la nôtre et pourtant si proche. Les sentiments de vengeance, de dissimulation, d’envie, de ressentiment, d’arrogance, de jalousie sont des ressorts éternels de l’âme humaine. À travers, l’espace de plus de deux millénaires, ces procès criminels nous restituent une image familière de l’homme, une représentation sans fard 1 d’un «Humain trop humain» .
Sous cette lumière crue, jetée par les grands procès criminels, se dessinent les différents statuts des individus. Les discours judiciaires nous renvoient en effet à la représentation d’une femme absente de l’enceinte judiciaire, comme elle l’était d’une société entièrement dominée par les hommes. Cependant, si les procès criminels se font l’écho de cette réalité, ils révèlent aussi une autre image de la femme. La narration des faits, qui occupe une place importante dans les discours judiciaires, rappelle par bribes la vie quotidienne, les aspirations, et les désirs des mères, des épouses, voire des concubines de la classe moyenne athénienne. C’est aussi le statut de l’esclave et son rapport à la justice qui se découvrent devant nous. Une terrible relation, qui ne peut manquer d’effrayer par la réification d’hommes et de femmes qui se trouvent obligatoirement soumis à la question dès lors que 1 Frédéric Nietzsche,Humain trop humain, traduction Alexandre-Marie Desrousseaux, Société du Mercure de France, 1906 à qui nous empruntons ici le titre de son ouvrage.
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leur témoignage est judiciairement requis. De nombreuses présomptions juridiques s’attachent à la torture vécue comme le moyen ordinaire de l’information judiciaire. Le statut de l’étranger trouve aussi pleinement sa place au sein des débats du procès criminel, qu’il soit celui d’un métèque ou d’un allié. À travers la diversité des statuts, ce sont bien les structures mentales, sociologiques et e e juridiques des sociétés grecques des V et IV siècles qui ressurgissent dans leur forme la plus vivante presque quotidienne.
Les instances criminelles offrent surtout aux juristes et aux historiens un champ d’investigation inégalé. Le droit criminel et la procédure pénale associent les dispositions d’un système juridique archaïque (confusion de la vengeance et de la justice, recours à la torture, droit de tuer l’adultère pris en flagrant délit) avec des règles que l’on retrouve dans nos droits modernes (recherche de l’intention criminelle, définition circonstanciée de la préméditation, respect des droits de la défense, présomption d’innocence). Cet ouvrage se propose d’étudier l’interprétation que donnent nos collègues historiens de ces dispositions et offrir une analyse qui s’éloigne de la solution retenue par nos prédécesseurs. À cette occasion, nous reprendrons l’étude des discours judiciaires afin d’apprécier au regard des pièces du dossier la culpabilité ou l’innocence des accusés qui n’est pas toujours celle que l’on pourrait attendre.
Le premier grand procès criminel est connu sous le nom d’ «accusation d’empoisonnement contre une belle-mère ». Ce procès fut particulièrement retentissant, car cette affaire présentait tous les caractères d’une tragédie grecque : un père qui fit jurer à son fils mineur de le venger une fois adulte, une belle-mère contre laquelle il
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n’existait aucune preuve du crime qu’on lui reprochait, mais qui était présentée sous les traits de la véritable instigatrice de l’empoisonnement perpétré par la concubine de l’ami de son mari, un beau-fils qui l’accusait et son demi-frère qui assumait contre lui la défense de sa propre mère. Ce procès était également remarquable par la juridiction saisie, l’Aréopage, la plus haute instance criminelle athénienne appelée à connaître à la fois d’une action lancée au nom d’un sentiment primitif de vengeance et d’une infraction, d’instigation au meurtre qui n’est entrée dans notre propre code pénal qu’en 2004; l’illustration même d’une affaire où pouvaient se côtoyer les caractères archaïques et modernes de la procédure 2 accusatoire athénienne. Cette «Clytemnestre» , comme la qualifiait son beau-fils, était l’image d’un archétype féminin censé se livrer à un crime de sang dissimulé. Comme l’indique Michaël Martin, cette présentation peut être insensiblement rapprochée de Nessos qui «avait armé la main de Déjanire qui ne se doutait de rien et pensait ramener son époux auprès d’elle, l’empoisonneuse arme 3 la main de la courtisane» Mais, cette présentation des faits par le beau-fils correspondait-elle à la réalité et ne recouvrait-elle pas un motif d’une autre nature que la vengeance de son père ? (Première partie)
Le second grand procès criminel de cet ouvrage est l’une des affaires les plus mystérieuses que la Grèce antique ait jamais eu à connaître. Tout d’abord, parce que le corps de la victime, Hérode, n’a jamais été retrouvé et qu’il n’existe aucun témoin oculaire des faits. Malgré ces
2 Antiphon,Discours. Fragments d’Antiphon le Sophiste,Accusation d’empoisonnement contre une belle-mère, trad. Louis Gernet, Les Belles Lettres, Paris, 2002, I, 17. 3 Michaël Martin,Sorcières et magiciennes dans le monde gréco-romain, Le Manuscrit, Paris, 2004, P.429.
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