Ethique économique et endettement extérieur dans les pays de la CEMAC
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L'endettement extérieur couplé à la pauvreté est un problème majeur des économies des pays de la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale(CEMAC). Pour l'auteur la réflexion éthique vient nourrir la réflexion économique et financière pour l'orienter vers des préoccupations où les valeurs tiennent lieu d'objectifs. En particulier, la responsabilité de rendre justice à l'humain incombe aussi bien aux débiteurs qu'aux créanciers, acteurs principaux du jeu de l'emprunt international.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2009
Nombre de lectures 151
EAN13 9782296223325
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

A mes parents et à tous ceux qui
sont épris de liberté, de justice et de
solidarité.

PREFACE

La vie fait du sens, si on peut consoler un seul enfant et essuyer ses
larmes. Au niveau mondial il fait énormément du sens de réduire le nombre de
personnes qui vont se coucherchaquesoiraffamées,réduire demoitié, àsavoir
de 800 millionsà 400 millionsdepersonnes jusqu'à2015.Telest l'objectif
numéro undes huit objectifsduMillénairepour le développementdel'ONU,
décidépar sonAssembléeGénérale, doncl'ensemble desgouvernementsdans le
monde.

Lapauvreté dans lesensdelamisèren'est pas undestin qu'ilfaut
accepter.Cettepauvreténe correspondpasàlavolonté deDieu, aucontraire:la
pauvretéviolela dignitéhumainequidevrait refléter la dignité et la beauté
données parDieu!(Lapauvretématériellevolontaire commevocation
spirituelleyestdifférente et peutêtrepositive).L'endettement privéoudes
États sont une des sourcesdelapauvreté.Le désendettementestdoncune
contribution majeurepour laréductiondelapauvreté et pouratteindreles
objectifsduMillénairepour le développement.

L'endettementdes paysen voie de développement resteune charge
énormepour les peuplesde ces pays.L'endettementdel'Afrique a baisséun
petit peudurant lescinqdernièresannées,mais resteun obstaclemajeur pour le
développement.Quels sont les jugementséthiques par rapportà cesdettes?
Quelles sontdes solutionsetalternativeséthiques par rapportà cetendettement?
L'ouvrage duDr.Richard Ondji'iToungoffre desanalyseséconomiques
précises, des réflexionséthiques profondesetdes propositionsdesolutions
convaincantes.

L'ouvrage décritd'abordl'endettementcommeun problème financier,
monétaire,juridique, économique etcommercial,maisen mêmetempscomme
un problèmesocial,politique, cultureletéthique.Cette approche
interdisciplinaire estfondée dans latriple formationdel'auteurenéconomie, en
théologie/éthique eten relations internationales.Elle estdéjàunepremière
contribution pour unesolution parcequ'on nepeut pas résoudreleproblème
avecune approchepurement monétaireou technocrate.L'auteurexamine
plusieurs modèlesd’éthiques théologiquescontemporainsetd'éthique
économique avec beaucoupdeprudence.Les propositionséthiques sontbasées
surdouze critèreséthiques qu'il retientde cette analyse des modèles.Ils
correspondentaux valeursfondamentaleschrétienneset sonten mêmetemps
enracinéesdans lesculturesafricaines:laresponsabilité,lajustice,laliberté,la
participationdémocratique,la bonne gestion,lalégitimité,la
pertinence/rationalité,lasolidarité,lasurvie/résistance,l'écoute del'autre,la
dignitéhumaine et lapréservationdelapaixetdela création.

Jenepeux quesouligner l'importance dela conclusion principale de
l'auteurdes'engager pour une"lutte contrel'endettementexcessifproducteurde
lapauvreté,mais uneluttemenée dans lepartenariatentrel'ensemble des
acteurs" qui nécessiteun partage deresponsabilité etde gains, departage des
devoirsetdesdroits, des pertesetdes profits.Les paysduNord comme duSud,
lesacteurs internationauxet lesdifférents secteursdanschaquesociété doivent
exercer leur responsabilitérespective. Du pointdevue del'éthique chrétienne,
on nepeut pasattaquer l'autrepour sesfauteset voir lapaille dans l'œildu
prochain sans remarquer lapoutre dans son propreœil.Et on nepeut pas
demanderàl'autrepays ou institutionfinancièreinternationale d'avancerdans le
désendettementetattendrejusqu'à cequel'autre fasselepremier pas pour une
solutioncommune,maisde fairesoi-mêmelepremier pas.J'espèreque
beaucoupd'académiciens, d'économistes, depoliticiens, de collaborateurs
d'ONG, d'Églisesetd'autrescommunautés religieusesétudierontces
propositions innovatrices pour undésendettementéthique enfaveurdes
pauvres.

8

ChristophStückelberger
Professeurd'éthique àl'Université de Bâle/Suisse
etDirecteurde Globethics.net

ABREVIATIONS

ACDI Agence canadienne de développement international
AID Agenceinternationalepour le développement (enanglaisIDA,
InternationalDevelopmentAssociation)
APD Aidepublique audéveloppement
BAD Banque africaine de développement
BCC Banque centrale desComores
BCEAO Banque centrale desEtatsdel’Afrique del’Ouest
BEAC Banque desEtatsd’Afrique centrale
BEI Banque européenne d’investissement
BIRD Banqueinternationalepour lareconstructionet le développement
BM Banquemondiale
BP Balance des paiements
CAA Caisse autonome d’amortissement
CCCE Caisse centrale de coopérationéconomique
CEMAC Communauté économique et monétaire d’Afrique
centrale;exUDEAC, Uniondouanière etéconomique d’Afrique centrale
CFC Caisse française de coopération
CHF Francsuisse
COFACE Compagnie française d’assurancepour le commerce extérieur
CRDI Centre derecherches pour le développement international
DSCN Directiondelastatistique etdela comptabiliténationale
ECLOF EcumenicalChurchLoanFund
ED Encoursdela dette
EKD Evangelische KircheinDeutschland(Eglise Réformée d’Allemagne)
FAC Fondsd’aide etde coopération
FAO Food and Agriculture Organization
FCFA…Franc dela coopérationfinancière africaine
FDES Fondsde développementéconomique et social
FED Fondseuropéende développement
FMI Fonds monétaireinternational
FSNU Fonds spécialdesNationsUnies
G8(G7 + 1)Groupe des sept pays les plus industrialisésdel’OCDE(EtatsUnis,
Japon, Allemagne, France Royaume-Uni, Italie, Canada)auquel on
adjoint la Russie
IPPTE Initiative enfaveurdes pays pauvres trèsendettés
IRIC Institutdes relations internationalesduCameroun
KFW KreditanstaltfürWiederaufbau
LXXla Septante(versiongrecque del’AncienTestament
NPI Nouveaux pays industrialisés
OCDE Organisationde coopérationetde développementéconomique
OIG Organisation internationale gouvernementale

OING
OMC
OMS
ONG
ONU
OPEP
PAS
PED
PIB
PMA
PNB
PNUD
PPP
PPTE
SFI
UCAC
UE
UEMOA
UNICEF

USA
TOB
AT
Gn
Ex
Lv
Dt
Ecc
Es
Ps
Pv
Am
NT
Mt
Lc
Jn
Ac
Rm
Co
Ga
Col
v

10

Organisation internationalenongouvernementale
Organisation mondiale ducommerce
Organisation mondiale delasanté
Organisation nongouvernementale
OrganisationdesNationsUnies
Organisationdes paysexportateursdepétrole
Programme d’ajustement structurel
Paysendéveloppement
Produit intérieurbrut
Pays moinsavancés
Produit nationalbrut
Programme desNationsUnies pour le développement
Pain pour leprochain
Pays pauvres trèsendettés
Société financièreinternationale
Université catholique d’Afrique centrale
Unioneuropéenne
Unionéconomique et monétaire Ouestafricaine
United NationsChildren/EmergencyFund(FondsdesNationsUnies
pour l’enfance)
United States of America(EtatsUnis)
Traduction œcuménique dela Bible
AncienTestament
Genèse
Exode
Lévitique
Deutéronome
Ecclésiaste
Esaïe
Psaumes
Proverbes
Amos
NouveauTestament
Matthieu
Luc
Jean
Actesdesapôtres
Romains
Corinthiens
Galates
Colossiens
verset

AVANT-PROPOS

L’endettement extérieur couplé à la pauvreté est un problème majeur des
économies des pays de la zoneCEMAC.Cette réalité est non seulement une
préoccupation financière, économique, monétaire, mais aussi elle est d’un
intérêt social, politique, culturel, épistémologique et éthique, ce qui oblige un
regard, une vigilance et une médiation de l’éthique.C’est cet élargissement et
cet approfondissement de vue qui sont proposés dans le présent travail où la
réflexion éthique vient nourrir la réflexion économique et financière pour
l’orienter vers des préoccupations où les valeurs tiennent lieu d’objectifs.
Nous voulons remercier particulièrement le Prof.Dr.Christoph
STÜCKELBERGER, pour l’organisation de nos études doctorales, ses
encouragements et son accompagnement critique de notre travail, laFaculté de
théologie de l’Université deBâle, pour son encadrement structurel, administratif
et académique. Pour le financement de nos études, nous exprimons notre entière
gratitude à laAmt fürAusbildungsbeiträge ainsi qu’à tous ses employés.Aussi
voulons-nous exprimer notre reconnaissance au Prof.Dr. ZOEOBIANGA
Jean-Samuel quiatoujoursété ànoscôtéscomme facilitateuret
accompagnateur.Pour leur soutien spirituel,moralet professionnel,nous
remercions l’Eglisepresbytérienne camerounaise,sesdirigeantset ses
membres.Nos remerciements vontégalementàl’endroitdel’Egliseréformée
de Bâle(ERK-BS) pour sesdifférents soutiens.En particulier nousexprimons
notre gratitude àl’ensemble dela communautéparoissiale del’Eglise française
réformée de Bâlepour l’accueil qu’ellenousaréservé et lesoutien pluriforme
dont nousavonsétél’objet.C’est ici lelieude diremerciànosdeuxcollègues
pasteursJean-DanielWOHLFAHRT etJürg SCHEIBLERqui nous ont sibien
entouré.C’estdans lemême élan quenos pensées se dirigent vers lapasteure
aumônière del’Université, AgnesVALYI-NAGY et le Père René GARESSUS,
curé delaparoisse catholique duSacré-cœur qui nous ontépaulétoutau long de
notreséjourà Bâle.Nous nesaurons oubliercertainesfamilles qui nous ontété
particulièrement prochescommela famille STÜCKELBERGER, MASSEREY,
MERZ, FAUQUEX, ZINSSTAG, EGLOFF, SCHILD, TRYNES, KREBS,
MEYLAN…
Pour leurchaleur particulière,nous remercionsdes membresdela
communauté camerounaise etafricaine à Bâle.Endéfinitivenous voulons
relever particulièrement lesoutienaffectif denotre épouse Estheret nosenfants
Elisabeth, Rosine etThomas-Abraham qui ont puet sudeloin,soutenir nos
effortset supporter lalonguesolitude.Quetousceux qui, deprès oudeloin, et
dequelque façon que cesoit,ontcontribué àlaréalisationde cetravail,
trouvent ici l’expressiondenotrereconnaissance.
Et quele Seigneur notre Dieu soit loué.

INTRODUCTION GENERALE:
CONSIDERATIONS GENERALES

La question de l’endettement des pays du Sud en général et de ceux de
l’Afrique centrale en particulier reste toujours préoccupante malgré l’atteinte du
point d’achèvement par certains de ces pays comme leCameroun.Elle évoque
dans les débats l’idée de la nécessité d’un droit d’insolvabilité desEtats.C’est
1
ce que penseBruno STÖCKLIquandil poselaquestiondesavoir si le
problème dela dette extérieure des pays pauvresest insolubleoualors s’il n’ya
aucunevolonté d’y remédier.Delasorte,l’auteur poseleproblèmepolitique de
lavolonté detrouver unesolutionau problème.Unetellequestionetbien
d’autresencore exprimées iciet là autourdu problème del’endettement
extérieurdes pays pauvres sontdenature àinciteràuneréflexion plus profonde
intégrantdenouvellesconsidérationsetdenouvelles variables.

L’examenéthique économique del’endettementextérieuretdela
pauvreté dans la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale
2
(CEMAC) quiest notrepréoccupation seveut unapportdel’éthique
économique àtravers son questionnement,sa critique et sa formulationde
propositionsaudébatd’unepart sur lescauseset les responsabilitésdu
processusdel’endettementetd’autrepart,sur l’opérationnalité,l’efficacité et la
portée des solutions jusqu’iciapportéesà cemalfinancier, économique,social
et politiquequi n’est pas le faitdelaseulesous-régiondel’Afrique centraleou
des seuls pays pauvres trèsendettés.Maiscemal renvoie au système
économiquemondialdans sonensemble,tant ilest vrai qu’avecla
3
mondialisationdel’économie etdelaviesociale,il yaunesorte de continuum
desactivités nationaleset régionalesau-delà desespaces
nationaux,sousrégionauxet régionaux.En liant l’endettementàlapauvreté-cequiest
observable et observé dans lasous-région -,nous orientons notretravaildans le
sensdela crise etdelarecherche desolutionà cette crise.C’est pourquoidans

1
BrunoSTÖCKLI, « Verschuldung armer Länder : eine Lösung ist nicht in Sicht »,inGlobal n°1
April/Mai 2003,p8 et ss.Déjàsur la couverture de cetterevueon peut lirelerefus par lesgrosses
banquesdudroitd’insolvabilité desEtatsdelamanièresuivante :für« Insolvenzrecht
hochverschuldete Staaten, Grossbanken blocken ab».Cf.égalementPeterSTIRNIMANN,
Schuldenproblem bleibt ungelöst, Global,n°3, Oktober/November 2002.
2
Avant sa créationen 1994,l'actuellezone CEMAC estdénommée dansdesétudesantérieures
menées pardeséconomistesanalystesdelasous-région,zone BEAC(Banque desEtatsd’Afrique
centrale),organe et symbole dominantdela coopérationéconomique, financière et monétaire des
Etats membres.
3
JamesROSENAU,Turbulence in World Politics, a Theory ofChange andContinuity,
Princeton, PrincetonUniversityPress,1990, citéparLuc SINDJOUN, dansaux« Introduction
Relations Internationales »,cours, Yaoundé, InstitutdesRelationsInternationalesduCameroun
(IRIC),1995.

notre lecture de l’endettement, nous retiendrons plus les éléments
caractéristiques de la crise, et marginaliserons ce qui peut être considéré comme
avantage de l’endettement. Nous laissons un tel espace à d’autres formes
4
d’analyses purement financière ou économique .Il s’agit pour nousd’aiderà
répondre àlaquestiondesavoir,que devons-nousfaire?(« Was soll ich (sollen
5
wir) tun? »)en tant quemembresdelasociétéinternationale devantce défi
qui interpellenotresensibilité et notrevocationd’être etdevivre ensemble dans
lesensde? »kann ich (können wir) leben« Wieetdans uneperspective
6
institutionnelle de FISCHER.C’estdanscetteperspectiveintégrative de
FISCHERqu’il nous semblejudicieuxd’ajouter lapréoccupationde« Was soll
ich haben ? »(Que dois-je avoir ?)à celle du« Was soll ich tun ? »(Que dois-je
faire?),pour tenircompte del’exigence desdroits humainsauxcôtésdes seuls
devoirs quiconstituent laquestioncentrale de ArthurRICH,théologienéthicien
Suisse.Carenfait,lasuperpositiondel’endettementàlapauvreté fait jaillir le
problème desdroits humainsen termesdeliberté dudébiteur, delamisère des
populationsdes paysendettésetdelaparticipationdela base àlaviepolitique
7
dans les paysdela CEMAC.

Bienévidemment unetelle entreprisesupposeune descriptionaussi
exhaustivequepossible delasituation quenous proposonsdans lapremière
partie.Et pour mieuxanalyser lephénomène àlalumière del’éthique
économique, descritèresd’évaluation serontélaborés sur la base des textes
bibliques, des modèlesd’éthique économique d’inspiration philosophique et
théologique etde diversesautres sources philosophiquesetéthiques, c’estce
qui seral’objetdela deuxièmepartie.En prospective enfin,nous proposerons

4
Pource fairelire FAMBON,Examen de l’endettement extérieur de l’Afrique subsaharienne:
cas des pays de la zoneBEAC,thèse, Université de Yaoundé,1992 ; ouBIAO etalii,Endettement
extérieur et développement humain auCameroun,Yaoundé, Serviceœcuméniquepour lapaix,
1999.
5
Cettequestionfondamentale del’éthique est poséeparJohannesFISCHER, Théologien-éthicien
Suisse, dans son ouvrage,Handeln alsGrundbegriff christlicherEthik, Zürich, Theologischer
Verlag,1983,p.54, a étéreprise àla forme affirmative etdans uneperspectiveplus individualiste
desa définitiondel’éthique comme« was ich aufGrund meiner Vernunfteinsicht und insofern
gesinnungsmässig tun soll. »parArthurRICH, Théologien-éthicienSuissespécialisé enéthique
économique, dans son ouvrage,Wirtschaftsethik,Grundlegungen in theologischer Perspektive,
Band. 1, Gütersloh, GütresloherVerlagshaus,1984,p. 15,œuvretraduite et publiée enfrançais
parEthique économique, Genève, LaboretFides,1994.
6
Cf.J.FISCHER,idem,où laquestiondelavie ensemble est poséerelativementaux institutions
socio-économiqueset politiquesàl’intérieurdesquellescetteviese déroule :«DieFrage « Wie
kann ich (können wir ) leben ? »und derBegriff derInstitution,p.49et ss.
7
Le conceptdepays renvoieici sur leplandelanomenclature desagentséconomiques, àl’Etat
quiestaussiconfonduau pays, dufait que dans lazone CEMACtoutcomme dans l’ensemble des
paysendéveloppement, c’est l’Etat quiest l’agentéconomiquemajeuret leplusconcernépar
l’endettementextérieur.Mais lesconséquencesde cetendettement vontau-delà del’agent
économiquequ’est l’Etatetembrassent l’ensemble del’économie etdelasociéténationaleou
sous-régionale.

14

des pistes en termes de voies de sortie de ce cercle vicieux de l’endettement.
C’est ce que nous tenterons de faire dans la 3ème partie. Mais au demeurant, il
importe de clarifier certaines notions essentielles à l’appréhension et à la gestion
de notre objet d’étude. Les détails méthodologiques sont contenus dans la thèse
de doctorat rédigée en 2004 sous la direction du Professeur Christoph
STÜCKELBERGER à l’Université deBâle et qui a servi de base à cet ouvrage.

0.1.DEFINITIONDESCONCEPTSDE BASE
Les définitions que nous donnons ici sont plus des définitions
fonctionnelles que formelles.
0.1.1. ZONECEMAC
LaCEMACest laCommunauté économique et monétaire de l'Afrique
centrale. Le traité instituant laCommunauté a été signé par lesChefs d'Etats de
la sous-région, le 16 mars 1994 à Ndjamena, République du Tchad.Elle est le
prolongement et le renforcement de l'UDEAC(Union douanière et économique
de l'Afrique centrale), créée en 1964, et de laBEAC(Banque desEtats de
l'Afrique centrale), née en novembre 1972. LaCEMACest ainsi considérée
comme une avancée de l'intégration économique sous régionale, comme une
8
zone de libre échangeregroupant six pays à savoir leCameroun, la
Centrafrique, leCongo, leGabon, laGuinéeEquatoriale et le Tchad.CesEtats,
à en croire les déclarations de leurs dirigeants, œuvrent dans la perspective d'un
9
véritable marché commun africain .
0.1.2. PAUVRETE
La pauvreté traduit l'état d'une personne qui manque de moyens
matériels, d'argent; c'est un état d'insuffisance de ressources, une situation de
besoin, de privation ou de nécessité. La pauvreté est ainsi à l'opposé de
10
l'aisance, du bien être, de la richesse et de la fortune. La pauvreté peut aussi
11
être une situation de dénuement apparent.Cette restriction vient ajouter une
note critique au débat sur la définition de la pauvreté où des concepts tels que la
pauvreté absolue, la pauvreté relative, la pauvreté en zone rurale, la pauvreté en

8
Ilfaut souligner que celibre échange est plus théoriquequepratique.Eneffet,les mouvements
depopulationsetdes marchandises sontencoresoumisauxdifférentes réglementationsdesEtats,
malgrélavolonté d'unelibre circulationdes personnesetdesbiensàl'intérieurdela communauté,
expriméeiciet làpar lesagentséconomiqueset lesdirigeantsdelasous-régions lorsdeleurs
rencontresà différents sommets.Une avancéepeutêtrenotéeici, c’est l’institutiond’un passeport
dela CEMAC.
9
Pour mieux s'informer sur l'organisation,lesenjeuxet les objectifsdela CEMAC, consulter
« lesinstitutions de l’AfriqueCentrale »sur lesite dela CEMAC,
http://www.izf.net/Institutions/Afrique,mars 2002.
10
Le Petit Robert,2001.
11
Le Petit Larousse2001.

15

zone urbaine sont autant de catégories résultant des recherches dont le but est de
12
cerner et d'éradiquer le phénomène.
La pauvreté caractérise aussi la situation d'individus et de groupes
démunis de ressources jugées essentielles et se trouvant dans une grande
précarité. De tout ce qui précède, il résulte que la pauvreté met en exergue d'une
part les individus, les personnes et de l'autre les choses, les biens en établissant
entre eux une relation de« propriété négative »ou de non-propriété.En fait, la
personne pauvre est en situation de non-possession ou de possession
insuffisante.Elle est démunie, dépossédée et donc n'a pas de propriété de ce
13
qu'il lui faut.Cette notion de propriété est étroitement liée à la pauvreté.En
effet si laconstitue une relation intelligible, un lien invisible« propriété
14
transcendant le temps et l'espace, entre une personne et une chose », alors la
pauvreté traduit l'absence d'une telle relation entre le pauvre et la chose qu'il ne
possède pas.
LaBanque mondiale, dans son article intitulé« Understanding Poverty »
définit la pauvreté comme suit:« Poverty is hunger. Poverty is lack of shelter.
Poverty is being sick and not being able to see a doctor. Poverty is not being
able to go to school and not knowing how to read. Poverty is not having ajob,
isfearfor the future,living one dayatatime.Poverty is loosinga childto
illnessbroughtaboutby unclean water.Poverty is powerlessness,lack of
representationand freedom.Poverty has manyfaces, changingfrom placeto
15
place and across time andhasbeendescribedin many ways. »

Cette définition a le mérite de détailler les caractéristiques matérielles et
essentielles de la pauvreté, de la définir par rapport au futur, un futur incertain
et surtout par rapport à la notion de capacité.Ici lapauvreté estabordéesous
sonanglepolitique.Etrepauvre c'estêtreincapable,impuissant,non libre
« unfrei », et manquantdereprésentation.C'estcetaspect politique dela
16
pauvretéquelasagesse Ntumu souligne à grands traits pour rendre compte de
laplace du pauvre dans lasociété et surtout par rapportaux riches.Eneffet
seloncettesagesse«Njejèn ôbeleki jôm,ô nezezejôm,ô neka'a fek,ôbeleki
kina bôtété.Njejèn ô neôlo nkukum.»Cequi signifielittéralement quele

12
Cf.Colloquesur«Les politiques macroéconomiquesdelutte contrelapauvreté au
Cameroun », Yaoundé, PalaisdesCongrès,novembre,1997.
13
Sur la centralité et l'abusdelapropriété dans lesystème capitaliste,lire GilbertBOSS,La finde
l'ordre économique, Zurich, EditionduGrand Midi,2000,pp.53-55; 105ss.Nous y reviendrons
dans lasuite denotretravail.
14
PetitDictionnaire d'éthique, Paris, Cerf,1993.
15
Cf.World Bank,«UnderstandingPoverty »,in www.worldbank.org,2002.
16
Le Ntumu, groupe ethnique del’auteurde cetravaildésigne également notrelanguematernelle.
Cepeuple appartientau sous-groupe Beti qui lui même fait partie dugrand ensemble Fang.Cette
cultureseretrouve au sud Cameroun, dans lamajeurepartie duGabonetdela Guinée
Equatoriale.

16

pauvre n'a rien, il n'est rien devant ceux qui ne le sont pas, il n'est pas sage, n'a
pas droit à la parole en public. Le pauvre est l'esclave du riche. Cette
caractérisation du pauvre par la société Ntumu est plus une plainte de ce dernier
contre le riche qui l'opprime qu'une affirmation de l'être social du pauvre.Elle
est ainsi une définition critique du statut social de la personne pauvre.

LaBible parle indifféremment du pauvre et de la pauvreté. Mais c’est le
concept de pauvre qui y est plus utilisé soit comme adjectif soit comme nom.
17
Ainsi dans l’Ancien Testament (Ale mot hébreu.T.) ,« ‘ânî »venant du verbe
« ânâh »qui se traduit par s’aplatir, signifie être démuni.Et la Septante (LXX,
version grecque de l’A.T.), emploie les motsptôchos= pauvre etpraüs=
humble qui ont respectivement le sens d’affligé, de malheureux et de
nécessiteux c’est-à-dire en état de dénuement total (D;; 24, 12sst 15, 7Es
3,14 ;Pr 15, 15; etc.) pour rendre compte de la complexité du concept.En
particulier pauvre se dit d’un étranger, d’un homme privé de tout appui et que le
Seigneur délivre, d’un homme à l’esprit abattu. Les humbles de la terre
c’est-àdire les pauvres d’Israël sontdes laissés-pour-comptequi n’ont que Dieu pour
appui, etàquiDieu vouetoutesasollicitude,par oppositionaux riches qui,
trouvant leurs sécurité eneux-mêmes, croient pouvoir sepasserentièrementde
Dieu.Cette dernière considération renvoie àl’oppositionentrel’humilité et
l’orgueil.On peut remarquer quel’A.T. relèvequelapauvretén’est pas que
matérielle, elle est unehumilité del’êtretoutentier quifaitdépendrel’homme
de Dieu seulet l’amène àrechercheren lui sasécurité et sonbonheur.C’est un
message d’assurance adressé aux pauvres quidoivent rendremanifeste
l’espérancequiesteneuxdans la foienDieu.C’estcetteidéequi serareprise et
développée dans le NouveauTestament (N.T.)
Eneffet le(N.T) revienten quelquesortesur la définition matérielle dela
pauvreté del’A.T.en précisant queles pauvres sontdémunisdetouteressource
pour vivre, et que Jésus lesappelleheureux parcequ’ils sont l’objetdel’amour
etdelaprotectionde Dieu.Matthieu (Mt) souligne cependant quelapauvreté
matériellenesuffit pasà faire d’un hommeleprotégé de Dieu niàluidonner le
salut, encore faut-ilêtrepauvre enespritc’est-à-dire detout sonêtre, au plus
profond delui-même, etaccepterde dépendre de Dieu totalement (Mt5,3).La
18
pauvretéspirituellesemble donc êtrelasolutionàlapauvretématérielle.
Dans notretravail,lapauvretésera comprise au sensdemanque de
ressources, de biens jugésessentiels pour lasurvie des individusetde groupes
d'individus ;etcommeuneprivationdescapacitésélémentaires,selon les

17
Compareravec Bernard GILLIERON,Dictionnaire biblique, Poliez-le-Grand, Editionsdu
Moulin,1998.
18
Nous y reviendronsdans latroisièmepartie consacrée aux propositionsdesolutionsà
l’endettementetàlapauvreté.

17

19
termes de SEN .Ace titre elle est cause et conséquence de l'endettement
extérieur des pays de laCEMAC, et constitue dans son aspect politique, la
faiblesse de ces pays dans les négociations internationales en matière de
désendettement.
0.1.3.ENDETTEMENTEXTERIEUR
Pour parler de l'endettement extérieur, il est nécessaire de comprendre
d'abord ce que signifient la dette et la dette extérieure.
La dette peut être comprise comme la somme empruntée par un débiteur
(l'emprunteur) à un créancier (le prêteur).C'est aussi l'obligation pour une
personne (le débiteur) à l'égard d'une autre (créancier) de faire ou de ne pas faire
quelque chose, et spécialement de payer une somme d'argent.Autour de l'objet
d'échange, la dette est une relation entre l'emprunteur qui s'engage à rendre la
chose due et le prêteur qui a le droit de réclamer son dû. Selon l'échéance de
remboursement, on distingue entre dette à court terme (échéance inférieure à un
an) et dette à long terme (échéance supérieure à un an).
La dette extérieure d'unEtat désigne l'ensemble des engagements pris par
ce dernier envers d'autresEtats ouInstitutionsfinancièresétrangères.
Et l'encoursdela dette est lemontant totaldesempruntscontractés par un
paysàune date donnée.
Leservice dela dettequantàlui, désignelasommeversée chaque année
au titre des remboursementsducapitalemprunté(amortissement)etdu
paiementdes intérêts par un paysendetté.
L'endettementextérieurestcetensemble constituépar lesdettesà courtet
àlongterme d'unagentéconomique.Encequi nousconcerne,l’agent
économiquequi nous intéresse est l’Etat.On parle d'endettementextérieur pour
désigner lasituation qui résulte dufinancement par lerecoursàl'emprunt
20
internationaldudéficit permanentdeséchangesextérieursd'un pays .
En tant qu’obligation,la dette alesensdudevoirentenducommele fait
qu’unevolontélibresoit soumise àune exigenceimpérative(Tudois!)à
laquelle cettevolontén’obéit pas toujoursdeson propremouvement.C’est une
21
contraintequi peut s’opposerauxdésirsetaux impulsions.
Comptetenudelapermanence desdéficitsdesBalancesdes paiements
(B.P.)des paysdela CEMAC, delarégularité deleursempruntsàl'étranger, et

19
Cf.A.SEN,Un nouveau modèle économique, Développement, justice, liberté, Paris, Odile
Jacob,2000,p. 95.
20
Pour plusd'informations sur le conceptd'endettementextérieur, cf., C-D.
ECHAUDEMAISON,Dictionnaire d'économie et de sciences sociales, Paris, Nathan,1998 et
BIAO,op.cit,p. 10.
21
Petit Dictionnaire d’éthique,op.cit., articlesur l’obligation.

18

de la forte contrainte de remboursement qui pèse sur eux, il nous semble plus
significatif de désigner leur endettement extérieur comme un processus
cumulatif et répressif d'engagements financiers qui entretient la forte
dépendance des débiteurs vis-à-vis des créanciers et la pauvreté des populations
de ces pays.
C'est un tel processus qui interpelle l'éthicien dont le devoir ici est de
s’interroger sur le comment, le pourquoi et le pour qui du fonctionnement des
systèmes socio-économiques et politiques à travers l’histoire, de dénoncer toute
forme d'oppression et de faire des propositions dans le sens de la conversion, de
la justice et de la libération.
0.1.4.ETHIQUE ECONOMIQUE

0.1.4.1.De l'économique

L'adjectif économique signifie qui concerne l'économie et donc la
production, la distribution et la consommation des biens et services ou plus
généralement des richesses ou l'étude de ces phénomènes.Employé comme un
substantif, l'économique désigne l'ensemble formé par les activités de
production, de distribution, de consommation des biens et services et du
recyclage des déchets ; les procédés liés à ces activités, les comportements des
agents économiques, la science qui étudie ces activités et les modes de prise de
décision en vue de la réalisation et de la gestion de celles-ci.Et c'est de cette
acception large du concept que nous allons nous servir dans notre travail.
0.1.4.2.Du sens de l'éthique économique comme éthique de l'économique.

22
L'éthique économique ou éthique de l'économiedétermine les finalités
23
et les normesauxquelles sont soumises les finalités formelles et matérielles de
l'activité individuelle (privée) ou étatique (publique) prises en elles-mêmes ou
dans leurs relations.

A.RICH considèrel'éthique économique commel'undesdomainesde
l'éthiquesociale et probablement leplus importantet leplusdifficile depar son
24
impactet sa complexité.Ildéfinitdoncl'éthique économique comme
l'applicationdu questionnementdel'éthiquesociale, deson pointdevue etde

22
Cf.,Petit Dictionnaire d’éthique,Ethique de l'économie.
23
Ilfaut souligner qu'il s'agit icidesfinalitésetdes normesdéfinies par l'éthiquesociale, cequi
traduit lapaternité del'éthiquesociale àl'endroitdel'éthique économique et nous introduitdans la
méthodologie del'éthique économique.Enfait pourRICH,l'éthique économique est l'éthique
sociale appliquée àl'économie.
24
Cetteimportance del'éthique économique dans l'éthiquesocialeprocède del'importance de
l'économique dans lasociétépost-modernetel quel'affirme KOSLOWSKI dans son ouvrage
Wirtschaft als Kultur: Wirtschaftskultur und Wirtschaftsethik in der Postmoderne, Wien,
Passagen-Verlag,1989,p. 13.

19

ses principes, aux problèmes économiques fondamentaux. Selon lui, l'éthique
sociale a affaire spécifiquement à cet aspect de la responsabilité qui est lié à la
médiation des relations fondamentales par les institutions sociales à l'intérieur
desquelles elles se situent concrètement.Au bout du compte, il s'accorde avec
Heinz-DietrichWENDLANDque:éthique est finalement une éthique« toute
25
sociale ».Ondiraitainsi qu'il n'ya d'éthique etd'éthique économiqueque
d'éthiquesociale.Etdoncl'éthique économique au sensde RICH est une
éthiquesociale del'économie, c'est-à-direune analyse,unelecture éthique
sociale del'économique.

Enconclusion partiellesur la conceptiondel'éthique économique de
RICH,l'éthique économique auraitaffaire à cetaspectdelaresponsabilitélié à
l'arbitrage des relationsfondamentales par les institutionséconomiquesà
l'intérieurdesquelleselles sesituentconcrètement.L'éthique économique est
doncune éthique delamédiation oudelastructurationéconomique.Bien sûr
que RICH, en tant quethéologien -et selonRoland J.CAMPICHE etDenis
26
MÜLLER-,n'apas laprétentiond'opérerdudedans une« transformation de
27
la raison économique»comme PeterULRICHni même d'offrirdes
28
« principesd'une économie éthique»comme PeterKOSLOWSKI ,il
concentresurtout sonattention sur l'activité économique,ses structures
fondamentaleset ses incidences sur l'existencehumaine.

Ala différence de RICH, KOSLOWSKIpartdudedansdel'économique
pour pouvoiraboutirà des principesd'une économie éthique.Ildéfinitd'ailleurs
l'éthique économique commeTheorie der« eineEthik, die sich ökonomischer
29
A,nalyseinstrumente bedient»c'est-à-direunethéorie del'éthiquequi sesert
des instrumentsd'analyse économique.Et pour montrer lepoids ou lavaleur
politique del'économie,ildéfinit l'économiepolitiqueou science économique
commeunethéoriepolitiquequi sesertdes instrumentsd'analyse économique.
Pourquoi n'existeraitdoncpasd'économie éthique dès lors quel'économie
politique existe?

En relevant quele conceptdel'économie éthique apourbut larecherche
d'une éthique économique comme éthique del'économie,qui tendevers une
intégrationdelathéorie éthique etdelathéorie économique,quel'éthique
économique estaussi unethéorie des règlesetattitudes qui présupposent la
coordinationdu marché etdu système des prixet qu'ellesesertdes instruments

25
Heinz-DietrichWENDLAND citéparRICH, Idem,p.83.
26
RICH,ibid.,pp. 24-25.
27
PeterULRICH,Transformation der ökonomische Vernunft,Berne-Stuttgart, Haup,1986, cité
parD.MÜLLER dans laprésentationdel'ouvrage de RICH,p. 24.
28
PeterKOSLOWSKI,Prinzipien derEthischen Ökonomie,Tübingen, Mohr,1988.
29
P.KOSLOWSKI, Idem,p. 2.

20

30
d'analyse économique ,KOSLOWSKI définissaitdéjàl'objet,le butet la
méthodologie del'éthique économique.
Pour nous,l'éthique économique estcette disciplinescientifiquequi
analyselesfaitset modèleséconomiquesàlalumière des valeursdejustice, de
liberté, desolidarité, deresponsabilité, d'amourdu prochain, depaix, du respect
dela créationen vue d'unepraxiséconomiqueplus humaine, et plus
responsable. Ces valeurs sont liéesaux problèmeséthiques posés par
l’endettement.Elles serontévoquéesdans lesdifférentsaspectsde
l’endettement,soulignéeset regroupées particulièrementdans le chapitre
consacré auxaspectséthiqueset reprisesdans la deuxièmepartiepour leur
développement,pourenfin servirdeprincipe desolutionau problème dans la
troisièmepartie.
C'est unetelle éthique économique, c’est-à-dire cellequi intègreles
valeursci-dessus mentionnées,quenous voulons utilisercomme aide àl'analyse
etàla compréhensiondu phénomène del'endettementetdelapauvreté dans la
zone CEMAC etcommesource depropositionsdesolution qui puissent tenir
comptenon seulementdel'économique etdufinancier,maisaussidu socialen
termesde dignitéhumaine etdeliberté des peuples.
L'éthique économique dont ilest question iciestd'inspiration théologique
et philosophique.
0. 2. PROBLEMATIQUE
0. 2.1. LEPROBLEME DEL'ENDETTEMENTETDELAPAUVRETE DANS SES
ASPECTS THEORIQUE ET PRATIQUE
Laquestiondel'endettementetdelapauvretés'inscritdans le corpus
théorique économique dufinancementdudéveloppement, et plus précisément
dans le débatdela croissance avec endettement oudela croissancetransmise et
31
delalibéralisationfinancière dans une économiemondialisée.Et sur leplan
pratique, cequiattirel'attentionduchercheurest l'inefficacitéremarquable des
politiquesde gestiondel'endettementextérieurdes paysendettésengénéralet
de ceuxdela CEMAC en particulierd'unepart, et la croissance du volume dela
dette d'autrepart.Il sepose alors laquestiondesavoir pourquoi ya-t-il unbiais
entrelathéorie dela croissance avec endettementet les résultatsen termesde
pauvretéplutôtcroissante dans les paysdela CEMACqui s'endettent pour

30
P.KOSLOWSKI, Ibid,pp. 2-3.
31
BONDOMA YOKONO,Surendettement, croissance économique et ajustement dans les pays
en voie de développement,Thèse, Université de Yaoundé II-Soa,2001,pp. 2-3,où sont
mentionnésdesauteurscomme CHENERY etSTROUT,ForeignAssistance andEconomic
Development,1966, LOSER,ExternalDebt management andBalance of Payments Policies,
IMF,1977etTAKAGI,Aid andDebt Problems in Less.developedCountries,1981,qui
soutiennent lathèse d'une croissance avec endettement.

21

financer leur croissance.En fait, pourquoi y a-t-il échec et inopérationnalité d'un
tel modèle dans les pays de laCEMAC?
Cette question qui préoccupe les milieux scientifiques anime les
négociations internationales successives où les débiteurs et les créanciers se
sont souvent séparés en diagonale. Les premiers proposent une annulation pure
et simple de leur dette jugée injuste et illégitime, et les seconds accusent les
premiers de mauvaise gestion des mesures d'allègement de la dette, jugées
insuffisantes par les débiteurs, qui sont contraints de rembourser la dette en
abandonnant leurs objectifs de croissance et de développement. L'endettement
extérieur des pays du Sud en général occupe aujourd'hui un grand espace dans
les relations Nord – Sud avec une conflictualité latente parfois ouverte et surtout
permanente. LaConférence des Nations Unies sur les pays les Moins avancés
tenue àBruxelles enBelgique en mai 2001et à laquelle nous avons pris part, les
événements deGênes enItalie(2000), de Doha auQatar (2001), de Porto
Alegre auBrésil (2002) sontautantdepreuvesdel'ampleuretdela dimension
conflictuelle du problème del'endettementextérieurduSud.C’est l'une des
composantes majeuresdelamondialisationen tant queprojet socio-économique
et politique àl'échelon mondial.On peut mêmesepermettrelaquestionde
savoir si l'endettementextérieurest un jeucoopératif comme celase devrait ou
alorsc'est un jeuconflictuel, commeon peut le constateraujourd'huiavecla
tension quiexiste entre créanciersetdébiteurs.
Si l'onconsidèrequel'endettementextérieurest un jeucoopératif,sepose
alors laquestiondela distributiondesgainsentreles partiesau jeu.Si par
contre cejeu s'avère conflictuel,l'on se demanderaquidesdeux parties
l'emporterasur l'autre.Dans lasecondehypothèse,les plusfortsc'est-à-direles
créanciers, gagneront.Mais ilfautavoirenesprit qu'enRelations internationales
etdans toutenégociation,lanotiondepuissance est relative.D'où l'urgence
d'unevéritable coopérationen matière d'endettementextérieur pour le biendes
deux parties,lapaixentreles nationset l'équilibre globaldela création.Telle
est lathèsequenousdéfendonsdans le cadre denotre examenéthique
économique del'endettementet lapauvreté dans lasous-régiondela CEMAC.
0.2.2. PROBLEMESETENJEUXETHIQUESDEL'ENDETTEMENTEXTERIEURET
DELAPAUVRETE
D'aprèscequi précède,quatreprincipaux problèmes peuventattirer
l'attentiondel'éthicien:leproblème delaresponsabilité des partiesaucontratde
prêt,leproblème del'équité dans les relationsentre entitéséconomiques,le
problème dela dignité etdelaliberté delapartie en positionde faiblesse et
enfin leproblème del'arbitragenécessairepour un retouràlanormale.
Cequiesten jeu ici, c'est lapaixentreles peuples,la dignitéhumaine et
l'équilibre dela création.Car lapauvreté avilissanteinduite del'endettement

22

amène le débiteur à tout brader non seulement pour rembourser sa dette, mais
aussi pour survivre; en plus il peut recourir à la violence.
0.2.3. QUESTIONNEMENTETHIQUE ECONOMIQUE AUTOURDE
L'ENDETTEMENTETDELAPAUVRETE DANS LACEMAC
La signature d'un contrat de prêt est la preuve de la rencontre des
volontés des parties qui s'engagent mutuellement l'une envers l'autre selon la
logique de toute formation du contrat.En ce qui nous concerne et au regard de
l'évolution de l'endettement et de la succession des contrats de prêt entre les
endettés insolvables ou illiquides selon les cas, et les créanciers endetteurs, l'on
se demande quels sont les motifs réels, c'est-à-dire les raisons profondes qui
poussent les cocontractants à pérenniser cette entreprise d'une part, et quels sont
les finalités et les véritables bénéficiaires de ce processus cumulatif de la dette
extérieure.

Le processus en question est doté de pratiques, de formules, de modalités
et de techniques financières qui méritent d’être évaluées pour voir en quoi ces
instruments financiers sont responsables de la situation actuelle: une situation
fortement marquée par le lourd poids de la dette et des conséquences
socioéconomiques fâcheuses et principalement la pauvreté continue des populations.
L'éthicien devrait donc s'interroger sur les facteurs de cet alourdissement de la
dette qui réduit les populations à la misère; sur les valeurs dominantes d'un
système producteur de la pauvreté et sur la possibilité d'une alternative
économiquement possible, éthiquement raisonnable et moralement acceptable.

Au demeurant, il est nécessaire de savoir quelle est la portée économique
et éthique des solutions jusqu'ici appliquées et surtout quel est le degré de
pertinence et de légitimité des lois économiques qui sous-tendent non seulement
l'endettement, mais aussi les solutions appliquées au problème de l'endettement
extérieur.
Enfin, l'endettement pris comme crise des relations entre débiteurs et
créanciers, soulève le problème des rapports de force en présence et surtout
celui du type de relations entre l'endetté pauvre, faible et contraint de
rembourser d’un côté, et le créancier riche disposant du droit et donc de la force
de réclamer la chose due, de l’autre. Le risque d'aliénation n'est-il pas assez
considérable, et comment le gérer?
Cet ensemble de considérations sera examiné en trois parties.
0.3. PLANDETRAVAIL
Première partie:Analyse de la situation : différents aspects de l’endettement
Deuxième partie:Elaboration des critères d’examen éthique économique
Troisième partie:Arbitrage éthique économique

23

PREMIEREPARTIE

ANALYSE DELASITUATION :DIFFERENTSASPECTSDE
L’ENDETTEMENT

Pour mieux poser un regard éthique sur la question de l’endettement
extérieur, notre premier pas consiste en une décomposition de l’objet principal
d’étude, en ses différents éléments et aspects pour leur recomposition éthique
nécessaire à l’examen qui en sera fait en troisième partie. C’est ce qui consacre
à cette partie son double caractère descriptif et analytique.En fait nous
passerons en revue les aspects financier, monétaire, économique, juridique,
politique, social, culturel et épistémologique de l’endettement extérieur, et nous
regrouperons les problèmes éthiques y relatifs dans les aspects éthiques.

CHAPITRE1 :

L’ENDETTEMENTEXTERIEURCOMMEPROBLEME
FINANCIER, MONETAIRE, JURIDIQUE,ECONOMIQUE ET
COMMERCIAL

L’endettement extérieur desEtats qui, selon l’Organisation de
coopération et de développement économique (O.C.D.E.), comprend des prêts
d’aide publique au développement, les crédits publics à l’exportation, les prêts
consentis dans le cadre du réaménagement de la dette, les crédits à l’exportation
32
garantis par un organisme public, s’inscrit dans le corpus théorique de la
macroéconomie en économie ouverte et précisément dans le domaine de la
finance internationale.En cela il comporte des aspects financiers liés aux
sources et modalités de financement à l’international, des aspects économiques
liés aux différents équilibres intérieurs et extérieurs des économies nationales,
des aspects commerciaux liés aux transactions commerciales internationales,
sources de devises nécessaires au remboursement de la dette, des aspects
monétaires, du fait de l’utilisation des devises dans le règlement de la dette
extérieure. Le caractère juridique de l’endettement pour sa part, tient à la
conclusion des contrats et accords en matière d’emprunt extérieur.
I.1.1.ASPECTFINANCIERDEL’ENDETTEMENTEXTERIEUR
Du point de vue analytique, la dette est avant tout une question
financière.Examiner l’endettement extérieur sous son angle financier revient à
considérer les facteurs financiers de la dette extérieure, l’ensemble des moyens
de financement utilisés par les pays de laCEMACet leurs différents créanciers
dans leurs contrats de prêts internationaux, les variables financières qui entrent
en ligne de compte, les instruments de mesure, les statistiques, les conséquences
et les solutions financières liées à ce phénomène.
I.1.1.1.Facteurs financiers de l’endettement extérieur
On peut considérer ici deux facteurs: l’un du côté de l’emprunteur à
savoir le besoin de capitaux pour le financement de l’économie nationale,
l’autre du côté du prêteur à savoir le besoin de placement des fonds en vue de
l’intérêt.

32
En guise d’exemple d’organisme public de garantie de crédits à l’exportation, on peut citer la
Compagnie de financement et d’aide au commerce extérieur (COFACE), enFrance, leDucroire
enBelgique.

I.1.1.1.1. Le besoin de capitaux comme facteur de l’endettement extérieur : la
théorie des deux pénuries
La paternité de cette théorie revient àH.B.CHENERY etM.BRUNO
33
(1962) quil’ontélaboréepour résoudreles problèmes spécifiquesaux paysen
développement.Lanotionde besoinde capitauxextérieurs recouvreicideux
significations:
-D’unepart,unbesoin pourassurer un minimumde consommation
intérieure, comptetenudes ressourcesdisponibles.Dansce cas,la
contraintesesitue au niveaudesdevises nécessaires pourassurer les
importations requises, comptetenudes objectifsde croissance et
d’investissement.Ellepermetde définir lapremièrepénurie commela
différence entreles importations (M)et lesexportations (X),soit (M-X).
Ici l’endettementextérieurestdestiné à combler l’insuffisance des
recettesd’exportation (déficitexterne).
-D’autrepart,unbesoin pourassurer uncertain niveaud’investissement
désiré et une certaine croissance.Dansce cas,la contraintesesitue au
niveaudel’épargnenécessairepourassurerceniveaud’investissement.
Ellepermetde définir la deuxièmepénurie commela différence entre
l’investissement requis (I)et l’épargnenationale(S),soit (I-S).Ici
l’endettementestalorsdestiné à combler l’insuffisance del’épargne
nationale(déficit interne).
L’endettementextérieur sejustifie ainsifinancièrement par l’insuffisance
d’unevariable financièreinterne àsavoir l’épargnenationale, et par
l’insuffisance d’unevariable financière externe àsavoir les recettes
d’exportation.La doubleinsuffisance de cesdeux variablesdans leséconomies
dela CEMACpeutêtre appréciéepar la baisse delaproduction,lemaintiende
la baisse et mêmela forte chute descoursdans lesannées 1990des principaux
produitsd’exportationcommele cacao,le café,l’huile depalme, etdes
34
fluctuationsdescoursdu pétrole etdubois,ne garantissant pas lasérénité des
équilibres interne etexterne.Or les recettesd’exportation sont une composante
essentielle du revenu nationaletde ce faitelles sontgénératricesde deviseset
d’épargne.Il suffitdansceséconomies,queles recettesd’exportationbaissent
considérablement pour quele besoinde financementextérieur se fassesentir.
AuCameroun parexemple,les recettesd’exportation sont passéesde661800
millionsde FCFA en 1983/1984 à244200 millionsde FCFA.en 1987/1988.
Lesannées suivantes ontétémarquées pardes légères haussesdesexportations
quialternaientavec des périodesde baisse.Latendance àune fermeprogression
n’est observéequ’àpartirde1994/1995 à cause dela dévaluationduFCFA

33
H.B.CHENERY etM.BRUNO, citéparB.BIAO etalii,Endettement extérieur et
développement humainauCameroun,Yaoundé, Serviceœcuméniquepour lapaix,1999,pp. 15-16.
34
BEAC,Etudeset statistiqueséconomiques,n°258,2000,p. 132et ss, et 270et ss.

30

survenue en début d’année 1994.Ilfaut remarquer que danscesdifférentes
phasesd’évolutiondes recettesd’exportation,non seulement la balance
commerciale estdéficitaire dufaitdelahausse des importations,maisaussi le
produit nationalbrutestenforte chute, alors quela dette extérieure augmente à
35
un tauxcroissant .
Dans lapériode allantdela findesannées 1980àlamoitié desannées
1990,l’épargnepublique est restéenégative.AuCameroun, elle estde– 133
633 millionsde FCFA en 1989/1990etgardera cesignenégatifjusqu’en
1994/1995oùellese chiffre à–45 544millionsde FCFA, aprèsavoiratteint un
36
niveau record de– 207 624millionsde FCFA en 1993/1994.
Le besoinde financementd’unagentéconomiqueoud’une économie
toutentièretraduitdoncunesituationd’illiquidité, c’est-à-dire demanque
d’argentfrais pour le fonctionnementdelastructure économique encause.
C’est unepositionde faiblesse financière.
Si la dettes’expliquepar le besoinde capitaux, ellen’est pas moins le fait
d’unerecherche derentabilité de cescapitaux par lesagents prêteurs.
I.1.1.1.2. Le besoin de placement des fonds comme facteur de l’endettement
extérieur : une leçon de l’histoire
Le chocpétrolierde1973estàla base de ce besoin pressantdeplacement
37
desfonds issusdes recettes pétrolières .Eneffet les pays pétroliersen majorité
ceuxdel’Organisationdes paysetexportateursdepétrole(OPEP),sesont
trouvés surliquidesen raisondesexcédentsdusàlahausse des prixdu pétrole.
Cesexcédents ontétéplacésdansdesbanques occidentales qui serontàleur
tour surliquides.Les pétrodollars placésdanscesbanquesdoiventalleràla
recherche des intérêts, etdoncseront utilisésessentiellement pourdes prêtsà
l’étranger.La concurrenceinterbancaire deplusen plus vive conduità
s’intéresseraux possibilitésde «vendre»descréditsaux paysen
développementet plus particulièrementàla frangerelativement riche de ces
pays susceptible d’absorberdesfinancements importants.Sur la base dela
fameusemaximeselon laquelle« ladette de l’E»,tat est toujours soldéeles

35
Ces tendances peuventêtreobservéesetappréciéesàtravers le graphiqueillustratif de
l’évolutiondela dette extérieure, desexportationsetduPNBpar habitantauCameroun, de1970
à1995, dans les travauxde BIAO, Idem,p. 24,sur les tableaux représentant l’évolutiondes
données macro-économiques,monétairesetd’endettementduCamerounélaborés par la BEAC,la
Caisse autonome d’amortissement (CAA)et la Directiondelastatistique etdela comptabilité
nationale(DSCN)demai 2001.
36
Source CAA, DSCN, BEAC,mai 2001.VoirégalementS.FAMBON,Examen de
l'endettement extérieur de l'Afrique sub-saharienne: casdes paysdelazoneB.E.A.C.,Thèse,
Université de Yaoundé,1992,p.87 pour le casdel’épargnenationale duCameroune103t p.
pour l’ensemble delazone CEMAC.
37
Cetteleçondel’histoire estdéveloppéesur la base des informations issuesdesanalysesde
BIAO,ibid.,p.44.

31

banques commerciales ont considéré les prêts à ces pays comme de bons
risques, et ces prêts ont été multipliés à des taux variables.
Dans la plupart des cas, ce sont les banques elles-mêmes qui prennent
l’initiative et font des propositions de financement aux emprunteurs.
Pratiquement, la proposition de financement est présentée lors des visites que
les banquiers effectuent dans les pays ou le plus souvent par télex ou par lettre
adressée à l’emprunteur. Ce sont souvent des entreprises ayant obtenu un
marché ou comptant en obtenir, qui tentent de mettre les banques en contact
avec les autorités du pays en faisant passer leurs transactions commerciales.
Cette pratique s’observe couramment dans les pays de laCEMAC, où les
entreprises françaises, pour le financement des contrats obtenus, sollicitent
l’intervention des banques de leurs pays d’origine qui associent à leurs prêts,
38
des crédits acheteurs garantis par laCOFACE.

Ce besoin de placement des fonds pour l’intérêt n’est pas seulement le
fait des banques commerciales, on va également constater le même souci chez
les gouvernements des pays industrialisés.En fait, dans l’espoir d’accroître
davantageleursdébouchés et de redresser leurs balances commerciales et leurs
balances des paiements affectées par l’augmentation des prix du pétrole, ces
pays, aidés par les exportateurs, ont multiplié des prêts aux pays en
développement.Ici les intérêtsdu secteur publicrentrenten jeucomme facteur
financierdel’endettementextérieur.C’estcettemêmelogiquequi vaprévaloir
dans le cas particulierdel’augmentationdes tauxd’intérêtauxEtatsUnis
d’Amérique(USA).

L’augmentationdes tauxd’intérêt,suitelogique delapolitique
économique desEtatsUnis (monétarisme)et laremontée dudollar quicoïncide
aveclesecond chocpétrolier provoqueun renchérissementdela dette
extérieurelibellée endollars.Atitre d’exemple,lerapport sur la crise dela
dettepubliépar le Comitépermanentdesaffairesextérieuresetducommerce
internationaldela Chambre descommunes,mentionnaitdesexemplesdeprêts
de7%en 1977dont lesfraisdeservice en 1980-1981 représentaient un intérêt
de20%.Lanotionet lesoucidel’intérêt sontainsiaucœurdubesoinde
placement,lui-même facteurfinancierdela crise del’endettementextérieur.
CULPEPER affirmaitainsidevant le Comité :« S’il n’y avait pas eu la montée
phénoménale des taux d’intérêt en 1980-1981, je crois qu’on aurait pas eu de
crise de la dette, du moins pas de l’importance que nous avons connue.»
39
(CRDI,1992,p.48) .

38
Cf.FAMBON,op.cit,p. 78.Nous y reviendronsdans lapremièrepartie etau premierchapitre,
encequiconcerneles procéduresd’octroide créditsàl’international.
39
CULPEPER citéparBIAO,Ibid,p.45.RoyCULPEPER est leprésidentdel’InstitutNord-Sud.
Et le Centre derecherches pour le développement international (CRDI)est unesociété d’Etat
canadienne créée en 1970 par uneloiduParlementduCanadapouraider les paysen

32

Contrairement à la situation de besoin de financement qui est une
situation de manque, une position de faiblesse, le besoin de placement des fonds
traduit une situation de capacité et même parfois de surcapacité ou de
surliquidité. Devant le besoin de l’emprunteur, le prêteur est en position de
force financière. On peut seulement se demander si le besoin exprimé ici et là
n’est pas une expression mutuelle de faiblesse ou de forces contrapposées et
donc de complémentarité.

On constate ainsi que l’endettement est en même temps le fait du
demandeur et de l’offreur des fonds.Et l’on peut seulement se demander quelle
est la part de responsabilité de chacun des acteurs dans ce jeu de l’offre et de la
demande des capitaux qui a abouti à la crise de l’endettement.En particulier, le
fait pour les financeurs d’inciter les pays pauvres à emprunter, nous conduit à la
question de savoir pourquoi encourager l’autre à emprunter alors qu’on n’est
pas sûr qu’il va rembourser au regard de sa situation économique précaire ?

Parler de l’aspect financier de l’endettement extérieur revient aussi à
examiner les modalités, les variables ou conditions financières et les agrégats de
l’emprunt extérieur.
I.1.1.2. Agrégats financiers
Les grandeurs qui rentrent en ligne de compte dans une opération
d’emprunt à l’étranger sont: le montant du prêt, le taux d’intérêt auquel sera
rémunéré le capital emprunté, la durée ou l’échéance du prêt, le montant à
verser à chaque période déterminée au titre du remboursement.Ce montant
s’appelle l’annuité dans le cas où le versement s’opérerait chaque année.Dans
le cadre de l’endettement extérieur, l’annuité est appréhendée comme service de
la dette, c’est-à-dire cette somme versée chaque année au titre des
remboursements du capital emprunté (amortissement) et du paiement des
intérêts par un pays endetté. Le montant du prêt qui est une donnée statique de
l’endettement est appréhendé dans une analyse plus dynamique comme
l’encours de la dette qui est le montant total des emprunts contractés par un
pays ou un ensemble de pays à une date donnée. Nous allons passer en revue le
comportement de ces variables financières de l’endettement de la zoneCEMAC
ces dernières années.
I.1.1.2.1.Comportement de l’encours et du service de la dette extérieure dans la
zoneCEMAC
L’évolution de l’encours de la dette extérieure des pays de laCEMAC
peut être appréciée en valeur absolue ou en valeur relative.

développement à trouver des solutions à long terme aux problèmes économiques, sociaux et
environnementaux qui les affligent.

33

En valeur absolue, l’encours de la dette extérieure des pays de la
CEMAC:est réparti de la manière suivante en millions de dollars en 1998
C9 829,ameroun :Centrafrique :921,Congo :5 118,G4 424,abon :Guinée
40
E306, Tchadquatoriale :.: 1 092, soit un total de 20 690 millions de dollars
En ce qui concerne leCameroun, on peut observer une évolution à la hausse de
l’encours de sa dette extérieure de 1980 à 1998 comme suit en millions de
dollars :
1980 1985 1990 1993 1994 1995 1996 1997 1998
41
2513 2940 5995 6818 7275 9346 9542 9293 9829
L’expression de l’encours et du service de la dette extérieure en valeur
relative est plus significative car elle rend mieux compte de la part des richesses
nationales investies ou à investir dans le remboursement de la dette et par
conséquent du poids de l’endettement sur les économies de la sous région.
Pour l’ensemble de la zone, on peut observer l’évolution des indicateurs
de l’endettement extérieur tel qu’il suit :
Année 19951996 1997 1998 1999 2000 2001
Encours de la dette109,598,7 91,6 95,497,878,876,1
extérieure/PIB
Service dela dette 80,467,957,2 63,951,9 33,940,1
publique/Recettesbudgétaire
42
Service dela dette37,830,7 28,535,525,3 15,519,5
publique/Exportations
Le casduCameroun reflète ce comportementgénéralde ces indicesau
niveau sous-régional saufqu’on observeunetendance àlahausse de certainsde
ces indicateurs selon lesestimationsde2001.Cequi pourrait laisserentendre
quele cycle del’endettement y reprendsoncoursdans lesensdesonévolution
positive.
Lesdits ratios seprésententauCamerouncommesuit:

40
Annuaire statistique duCameroun,1999,p. 334.
41
Isaac TAMBA,Cameroun :Enjeux et défis de l’Initiative PPTE, Yaoundé, Presses
Universitairesd’Afrique,2001,p. 99
42
BEAC,septembre2001.Ilestànoter queles tendancesàla baisse de ces ratiosen 2000et
2001 sontdesestimationsencequiconcernel’année2000etdes prévisionsencequiconcerne
l’année2001.Il n’est pasexclu que ces ratiosaugmententen raisondesbaisses possiblesdes
exportationsetdonc du produit intérieurbrut, dela baisse des recettesbudgétairesen raisondes
impôts qui ont tendance à diminuerdans lasous-région.Deplus l’accroissementdu volume dela
dettepeutaussi lui-même contribueràl’appréciationde ces ratios.Lesexportationsdont ilest
question ici sontcellesdesbienset services nonfacteurs.

34

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