L'économie en ruine

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Description

La crise immobilière puis financière qui a touché les Etats-Unis en 2007 s'est étendue au monde entier en quelques semaines, déclenchant une récession mondiale. Ménages, entreprises et états endettés contre bonus pour 0.1% de la population, telle est une partie du bilan de la crise du système. L'effondrement de Dubaï, fin 2009, rappelle que les problèmes à l'origine de cette crise n'ont pas été résolus. Ce livre explique les mécanismes à l'origine des fermetures d'usines et des licenciements et tente de rendre lisible l'économie.

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Date de parution 01 avril 2010
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EAN13 9782336282312
Langue Français

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PREFACE

Tu m’écris lapréface?Zut,jenem’attendais pasà cela !
J’avais justeoffert mes services pour relire, corriger, enfinfaire
cequejesaisun peufaire.Ecrireunepréface,il m’estarrivé
d’encommettre,mais pourdelalittérature(c’est toutcequeje
lis, des romans, des nouvelles, delapoésie…) pas pourun livre
d’une collectionéconomique.D’ailleurs, c’est simple,quandje
vois lemotéconomie,jeme dis que cen’est pas pour moi,je
tournelapage,sauf celle duParisien qui l’abordesous l’angle
de cequiconcernetout lemonde
:lasécuritésociale,lesfermeturesd’usines,maintenant,laretraite… Jemesouviensdeleurs
pages sur lasécu, ellesétaient simples, accessibles.Comme ce
livre.Mais tul’as lu? Souvent lescorrecteurs nelisent pas…
D’abord,jenesuis pasunevraie correctrice, et puis oui,jel’ai
lu, et jenemesuis pasennuyée; jepensemême avoircompris
quelque chose aufree cash flow,CAC 40, LBOetautre
barbarie…Detoute façon, autantessayerde comprendre,parceque
la crise,on n’ycoupepas,tous les jours,ilyaquelqu’un pour
vous lerappeler…Lorsquelematin,lenezdans le bolde café,
tropendormiepourchangerdestation - surtout levendredi
j’entends, enbruitde
fond,leurdébatéconomique(oùengénéral,ils sontd’accordsur tout!). Jelesécoute, d’uneoreille
distraite, disserterdepuisdes mois:la crise est-elleterminée?
Oui, çarepart…Une croissance à0,2/0,5 en2010?
C’est,paraît-il, cequ’ilfaudrait pour quetout s’arrange. Les indices
boursiersàla hausse,mais quoi,ilscontinuentàjouer, comme
sicen’avait pasétésuffisaLnt ?e doublesalaire de Proglio,le

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nouveauPDG d’EDF/Véolia?Mais moralisez-moi toutcela !
D’aprèseux,un peudemorale et quelquesgarde-fous
suffiraient… Pasd’autresolution que des’avaler lesystème, en
arrondissant lesangles, en l’aménageantun peu, histoireque ce
soit moinsviolent.D’ailleurscequiavait puexisterautrefois,
vous savez,le communisme, eh bien, ça, c’est mortetbien
mort.Pourtant,mes tartinesavalées,jem’engouffre dans le
métroet là,jelavois,la crise, avecsesvieux,sesfemmes,ses
jeuneserrant sur les quais, faisant lamanche;c’estcequ’ilya
pireles jeunes,quandilsvousdisent:jetrouvepasdetravail,
pourtant je cherche, d’ailleurs,sivousenavez
unàmeproposer,jeprends,j’aidroitàrien,niRMI,ni RSA… C’estcequ’il
ya depire,lesgamins,on seprend àpenser que cepourraitêtre
les siens… Camemetencolère,tous les jours… Rien qu’en
2009,29 millionsde chômeursen plus! Jenevais pas leur
laisserça, auxmômes, cesystème auboutdurouleau,juste capable
deréduire encorelescoûts, encore etencore,jusqu’àtout
broyer sous sonTalon de fer.Alors jeme dis quelamarge et
seschersactionnaires,ilva falloirenfinir ; que cette fois-ci,
c’estencoreplusvrai qu’avant ;et que celivre, avecsasomme
de chiffresetde citations patiemmentaccumulées, donne des
arguments pour. Oui, c’est la find’une histoire.
Vivelanouvelle !

8

er
Le1février2010
Catherine Prokhoroff

INTRODUCTION

Deuxfois. Cela faisaitdéjà deuxfois. Sans résultat.Mais
quesepassait-il ?Affecté depuiscematin seulementà cesite,il
n’enconnaissait pas lesusages.Pourquoi
songesteneprovoquait-ilaucuneréaction ?Ilest pourtant sanséquivoque.Dans
son site d’origine, ce geste auraitdéclenchéleremplacement
attendu.Ilallaitdevoir serésoudre àlever lamainunetroisième
fois.Le besoindevenait trop pressant.Il n’était pasallé aux
toilettesdepuis laprise del’équipe à6H30.Ilétaitdéjà9h20.
Ayantaccompagnésongeste d’un mouvementd’humeurdu
torse etd’unesorte de grognement,unPTLs’approcha.A
l’époque desonapprentissage, celui-ci s’appelaitchef d’équipe,
ouagentdemaîtrise, celapouvait même êtrele chef d’atelier.
Aujourd’hui, c’estunPTL:ProductTeamLeader.Ca claque
mieux.AvecunPTL,on ressent presquelapressiondela
concurrence etdumarché.Il lui indiqualanécessité
d’êtreremplacépour satisfaireunbesoin naturelet
pressant.«Pasderemplaçant ici,ilfautattendrelapause ».Malgréson insistance,le
PTLmaintenait la consigne.Alors,maîtrisantavecpeineson
énervement,il ouvrit largement sa combinaisonet seprépara à
uriner sur levéhicule encoursdemontage.Laréactionfut
immédiate,ordreluifutdonné dequitter immédiatement laligne
deproduction.Il putenfinallerauxtoilettes pendant quela
hiérarchiestatuait qu’ilétait préférable demettre
finàsapériode demutationetdelerenvoyer sur son site d’origine.Il
échappaitainsiaudispositif demobilité forcéequi,instaurépar
l’accordsur lamobilité et lasécurisationduparcours
professionnel,provoquaitences périodesde baisse d’activitéles
mutations massivesentrelesusinesdeproduction.Avecle
chô

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magepartiel misen place, cesaffectations sur lesautres sites
rythmaient lavie àl’usine. Ilhabitait laville
desMureauxdepuis sonembauche àFlins, ainsi qu’une grandepartie desa
famille et il n’était pas mécontentd’échapperà cettenouvelle
affectationetauxtroisheures
quotidiennesdetransportallerretour.Deuxdeses neveuxétaient sansemplois ;intérimaires,
l’unchez unconstructeurautomobile,l’autre chez
unéquipementier,ilsavaientétéremerciésdès l’automne2008.Une de
ses niècesétaitenalternance dansun salonde coiffure,une
autre était souscontrataveclaMairie en tant qu’aide-sociale.
Sansenfant,ilavait,paralliance, hérité detroisgaillards, dont
aucun n’avaitvoulusuivreses tracesàl’usine. Il s’en sortait
plutôtbienences tempsde « chasse » àl’emploi. Certes,ilétait
duràlatâche,mais ilvenaitd’êtreréaffecté àsonatelier
d’origine et lemoisdernier ilavaitéchappé àunemutationen
Roumanie. Bien sûr, baséesur le
«volontariat».Ah,levolontariat! Plusde6000travailleurs ont«volontairement»quitté
l’entreprise avecuneprime de départverséepar la directionet
financéepar la dotationexceptionnelle de3,5milliardsd’euros
affectée à ce groupeindustriel pardécisionduplan«
automobile ».Lamutation inter-usinesauseindel’Europe élargie, ça
c’estune «opportunité » crééepar la commissioneuropéenne.
Le7 juillet2009,le commissaire européenàl’emploi,Vladimir
Spilda, avait présentélamobilitéprofessionnelle auseinde
l’Europe commeunenécessité,prônant«le déplacement d’une
partie de la population active dans deszones oùde nouveaux
emplois se créent.» etaffirmant qu’«une main d’œuvre plus
mobilepermetauxentreprisesdes’adapterà ces nouvelles
forcesdumarché».Ce commissaire européen,il prétendmême
que ces mutationsenEuropenous serontbénéfiques, carainsi
nous pourronsconnaître d’autrescultures.«Les travailleurs
mobilesbénéficienten outre dela découverte
denouvellescultures, ainsi que denouvelles
méthodesetdenouveauxenvironnementsdetravail».Ilétaitàquelques moisdelaretraite et
peude déclarationsetdemesures l’étonnaient.Maiscelle-ci
l’avait révolté.Ilenavait prisconnaissancelorsd’uneréunion
interentreprisesd’information sur les licenciements.C’estaussi
à cetteoccasion qu’ilavaitappris que600travailleursdel’usine
AvtoVazàTogliatti, à1000kilomètresausud-estdeMoscou,
avaient manifesté contrelamise enchômagetechniquependant
un moisdetoutel’usine. Son propre
employeurestunactionnaireimportantdelasociété AvtoVaz. Danscetteusine, avec
leur syndicat,ils réclament lanationalisationdel’entreprise et

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le contrôleouvrier sur la direction. Detelles manifestations sur
detels motsd’ordreluiconvenaient parfaitement. Car la crise,
pour lui, cesontd’abordles licenciements massifset le
chômagepartieletence domainelesdégâts sontdéjàimmenses ici
etàl’échelleinternationale. Que faire face à cette déferlante de
suppressionsd’eLmplois ?a brutalité de certainesannonces le
laissait sansvoix. Telavaitétéle casavecl’annonce
delicenciementsdansune entreprise basée àSingapour: «L’alarme
incendie aretentiauxenvironsde 4Hdel’après-midi quand
quasiment tous lesemployés
(environ5000)étaientàleurbureau.Comme d’habitude,le bâtimenta été entièrementévacué
en moinsdetrois minuteset lesemployés sesont réunisà
l’extérieur.10minutes passent,puis5, 5 encore.Puisunagent
desécurité annonce : « Chersemployés, c’estavec émotion que
jevousannoncequepourbeaucoupd’entrevous, c’était la
dernière évacuation.A cause dela crise,nous,nous nous
séparonsd’environ lamoitié deseffectifs.En rentrant sivotre badge
ne fonctionnepas, c’est quevousfaites partie de cettemoitié, et
vosaffairesvous seront renvoyées parcourrierdemain.Nous
avonsagidelasortepouréviterderemplir lesboîtesaux
lettresdemailsd’adieupar milliers, etaussiéviterdesdisputes
dans les locaux.Nousvous souhaitonsune bonnesuite de
carrière.Passezà autre chose et tentez votre chance».Maiscette
violence était reléguée ausecondplandans l’actualité et les
médias par lesannonces répétéesdel’imminence d’unereprise
ausujetdelaquelleon nepouvait ques’interroger.Combiende
tempscette crise durerait-elle?Pour lui,il ne fallait pas rêver,il
n’yaurait pasdenouvellerépartitiondes richesseset plusde
justiceune fois sortisde cette crise.Lesystème capitaliste, c’est
chacun pour soiet les puissantsentre eux.Le PDG de Danone,
FranckRiboud,neluidonne-t-il pas raisonenexpliquantau
journalLe Figarodes25 et26 juillet2009en réponse
àlaquestion«Etes-vousfavorable àun partagepluséquitable dela
marge entreproducteursdelait,industrielsetdistributeurs ?»
«Jesuisfavorable àun meilleur partage,mais pasendéfaveur
de Danone,quialaresponsabilité de 80 000salariéset nepeut
pas payer lelait pluscher quesescompétiteurs».Pource
PDG, favorable auprincipe générald’unemeilleurerépartition,
concrètement,sapriorité estcelle fixéepar lesactionnairesà
savoir les résultatsfinanciersdesongroupe.Invoquer
laresponsabilité desemploisdesongroupenelui sert qu’à camoufler
les intérêts particuliersdéfendus.Laréalité est là,sansfard.
Alors queles salaires sont rognésannée aprèsannée etbloqués

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depuis le débutdela crise,tous lesemployeursetactionnaires
sontfavorablesà desaugmentationsdesalaires pour relancer la
consommation,sauf dans leur propre entreprise aunomdela
compétitivité. Nombreuxsontceuxd’ailleurs qui ontanticipéla
récessionenappliquantdesévères mesuresderéductionde
coûts. L’argumentationest lamême concernant laprotection
sociale considéréeunanimementcommeunatoutetune
caractéristique dumodèlesocialfrançais. Cependant lesemployeurs ne
manquent pasuneoccasiondeprotestercontre «lescharges
sociales insupportables» etd’exigerd’être exonérésdeson
financement.
Commelesdispositionsgouvernementalesanticriseprises
dans les paysditsdugroupe des20l’ont misenévidence,une
initiative généralisée et internationale a été engagéepour sauver
lesbanqueset lesystème capitaliste enfaisant peser le fardeau
de cesauvetagesur leplusgrandnombre. Si la
déréglementationa étélamarque desannées80, faisant tomberune àuneles
barrièresàl’actionducapitalàl’échelleinternationale,lesan-
nées 90, cellesdesfondsd’investissementetdes ROE(Retour
sur investissement)à10et 15%,lesannées post2008vont
être,si l’onencroit les principales
institutionsgouvernementales, cellesdela baisse brutale ducoûtdutravail, d’une
destructiond’emplois sans précédent.Invraisemblable,mais les
résultatsfinanciers publiésàla findupremier trimestre2009
l’attestent:les
multinationalesdégagentdescentainesdemillionsd’eurosdeprofitgrâce àla fermeture
d’usinesetauxlicenciements massifs.Commentungroupeindustriel peut-ilàla
foisannoncerdes perteset publiquement se glorifierde disposer
en trésorerie desommesdisponiblesvertigineuses ?Aplusieurs
reprises,un syndicaliste dusud dudépartement luiavaitexposé
sonexplication,mais ilétait resté dubitatif.Ilavaitfini pardire
qu’ilavaitcomprisafindenepasêtre emportéparunenouvelle
démonstration passionnée desonami.Il sentaitcependantau
fond delui que c’était incontestable.L’éclatementdesdroits
sociauxessentielsconstituait l’autresujetdepréoccupation.Un
peuparfatalisme,plusieursdesescollèguesconsidéraient que
lepatronat obtiendraità coup sûrgainde causesur les retraites
en imposant lereculdel’âge de départet lamise en place du
système américainderetraiteindividualiséeparcapitalisation.
Eneffet, enEurope,tout
l’édificesocialconstruitauxlendemainsdela deuxième guerremondiale est, année aprèsannée,
démantelépar letoutauprivé etàl’individualisation.
Officiellement, en France,lemodèlesocial, fondésur lasolidarité
col

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lective, estcondamné. Des services publicsauxconventions
collectives,toutelaréglementationdoitêtreremplacéeparune
régulation«souple ». C’est l’exigence conjointe duMedef et
des multinationales.Pource faire, auxUSA comme enEurope,
lesautorités impulsent la «nouvelle gouvernance »oule «
dialoguesocial»,qui mettentà bas lesanciennes relations sociales
qui permettaient le développementdesgarantiescollectives par
lalibrenégociation.Desaccords patronat -directions
syndicales sesuccédaientàun rythmesoutenusur tous les thèmes, de
lamodernisationducode dutravailàlarénovationdudialogue
socialen passant par la gestiondela crisesociale.Cetteintense
productionbénéficiaitduconsensusdetoutes les
représentations politiques
nationalesetdel’impulsiondesgouvernements.Devantdetelschocs, Guynepouvait sesatisfaire de
l’expressioncrédule centfoisentendue «mais où va-t-on ?».Il
n’avait jamaisacceptél’injustice et il n’était pas prêtà ce chaos
sans réagir.Ildevait tenterde comprendrepourvérifier quesa
combativitén’était pasvaine.Carcette crise estdécidément
inédite.Mais peut-on parlerd’une criseoudeplusieurscrises.Il
yala crise classique desurproduction, aussiappeléerécession,
quiasuccédé àla crise financière généralisée àpartirde celle
des subprimes,ilyalapoursuite et lamontée dela
crisesociale,la crise des représentationset institutions politiques
nationaleset internationales.Dans le campdes premièresvictimesde
la crise,les travailleursdel’industrie et les jeunes intérimaires,
ilyala crise dusyndicalisme brutalement mise àjour paràla
fois l’absence d’opposition politique,lapassivité deses
sommetsface audésastre économique et socialet
l’institutionnalisationdeleurs leaders,traitéscomme des
personnagesde haut rangrencontrant les plushautesautoritésde
l’Etat. Toutconcourtàunesituation inédite
àl’échelleinternationale etde chaquepays.Autantdirequemoi,ouvrier
syndiqué del’automobile,jevaisdevoir puiseren moidans les
prochaines semaines.Lapatience et laténacité acquises sur les
lignesdeproduction,maisaussi lesastuces pour seprotégeret
s’économiser lui serontutiles.

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CHAPITRE I
REPRISE ? FIN DE CRISE ?
LICENCIEMENTS ET « CASH » DISPONIBLE

Comment, malgréla crise, àlami-année,la boursepeut-elle
fortement remonter ?Est-celesignald’unereprise?Pourquoi
lesdirectionsdesgrandsgroupes mettent-ilsen2009 l’accent
sur lfe «ree Cash Flow» et quelle cettenotion ?En quoi les
licenciements peuvent-ilsunfacteur positifpour
lesactionnaireset lesdétenteursde capitaux?Quelest l’étatexactde ces
grandsgroupes ?Larecherche delaréponse à ces questions
guide ces pages.

30JUILLET2009, LABOURSE DE PARISAU PLUSHAUT
DEPUIS NOVEMBRE2008

Même annoncepour leDowJones*,l’indice boursierdeWall
Street,qui retrouve cejour-làson niveaud’ilyaneufmois.
Dans lesdeuxcas,les marchésfinanciersauraientétésensibles
auxrésultatsdesgrandesentreprises pour lepremier semestre
2009, ceux-ciétant jugés moins mauvais queprévus. Fin juillet,
danscettesituationd’envolée duchômage, desuccession
d’annoncesdelicenciementsetderécession,le CAC 40*, après
une forte hausse,retrouveson niveaudenovembre2008.A
l’origine de cerebond dela bourse de Parisetdes
marchésfinanciers internationaux,lapublicationdes résultats semestriels

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des grandsgroupescomposantces indicesboursiers. Les
résultatsdupremier semestre2009desgrandsgroupesduCAC 40
nesont pas tousbénéficiaires, certainsaffichent même des
pertes,tel le groupe Renaultavecunepertenette consolidée* de
2,7 milliardsd’euros, etune chute desesventesde16,5%etde
24%desonchiffre d’affaires.Cependant,l’actionRenault
gagne1,47 %dès lapublicationde ces
résultats.Mêmephénomènepour le groupePSA dont lapertenettesemestrielle
s’élève à982millionsd’euros,maisdont letitreprogresse de
presque11 %.Qu’ya-t-ildonc danscescomptes pour susciter
un telengouement ?Qu’est-ceque celasignifie?

ANNONCE DE REPRISE ET PREVISIONS

Est-ce lesigne del’amorce d’unereprise del’activité
économique ?

Oui,si l’onencroit lesautorités nord-américaines.Confrontées
àla hausse dela bourse deWallStreet, elles ont présenté des
analysesdont lamarquepremièren’est pas laprudence.M.
LaurenceSummers, conseilleréconomique duprésidentBarack
Obama, déclarait le2août qu’ilétait« très très probable»que
la croissancerevienne audeuxièmesemestre2009.Lemême
jour,AlanGreenspan, ancien présidentdela banque fédérale,
estimait quela findela crise était«très proche».Leprésident
BarackObama,lui-même, dans sa conférence depresse du 31
juillet se félicitait que «l’économie a fait mieuxqu’espéré et
c’estgrâce au«Recovery Act* »»,touten notant
quelarécessionfin2008 etdébut2009avaitété «plus profondeque ce
qu’oncroyait».Eneffet,pour lequatrièmetrimestre2008 et le
premierde2009,leschiffres officielsderécession ontétérevus
àla haussepouratteindrerespectivement5,4%et 6,4%de
repliduPIBdesUSA.Maiscommelesautres placesboursières,
WallStreetétaitenfête :les titresdesgroupes
industrielsMotorola,GeneralElectric,DowChemical,InternationalPaperga-
gnaient respectivement 7,76 %,7,1 %,7,79 %et 1,85%dans la
seulejournée du 30juillet.Ceréveilboursierastimuléles
tenantsdel’annonce d’unereprise avant mêmela findel’année
2009.Déjà début2008,nombreuxétaient lescommentateurs
promptsàprédirequela crise financièreseraitde courte durée
et quel’économie dite «réelle »neserait pas impactée.Par
exemple,M.PascalLamy, directeurdel’OrganisationMondiale

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duCommerce(OMC), estimaitenfévrier2008quelerisque de
récessionauxEtats-Unis n’était pasencore avéré etdoutait que
lasituation se dirigeversune crise
économiquemondialeouverte.
« Ilyaun risque derécessionauxEtats-Unis qui,pour
l’instant,n’est pas matérialisé(…)Est-ceque
celasuffitàprévoirun ralentissement ?Celan’est pas sûr non plus.
L’économiemondiale d’aujourd’huiest plusdiversifiéequ’ily
avingtans.Ilya des raisonsdepenser qu’ilyauncertain
découplage entrela conjoncture américaine et lereste du
monde.»InterviewdePascalLamyauJournalduDimanche
17.02.08.
Depuis,lesdéclarationsannonçant la findelarécession n’ont
pas manqué;àlami-année2009, elles sesont multipliées.Dans
sonéditiondes26et27 juillet2009,lejournalLe Monde»titre
sapage économie enaffirmant«Les signesdereprise
économique fontbondir lesbourses mondiales».Dans le corpsde
l’article,on peut lire «plusieurs indicateurséconomiques sont
aussivenusalimenter la convictiondes opérateurs quelepire
dela crise est, cette fois,vraiment passé.Larésistance del’Asie
àla crise, en particulierdela Chine, commence à diffuser ses
effetsbénéfiquesen Occident»,maisencontrepointetdans la
conclusion ilestécrit: «La crainte desexpertsest que
l’économiemondiale connaisse, aucoursdes prochains mois,
unesimplerémission,mais nonune
guérisondéfinitive,neserait-cequ’en raisondelatrèsfortepression qu’exercerasur les
tauxd’intérêt l’envolée desdettes publiques».Fin juin,le24
exactement,l’OCDE*publie des prévisionsderetouràla
croissance aux USApour2010, et plus tardivement pour lazone
euro.Son secrétaire général,AngelGurria, faitétat«d’un
optimismeprudent» enconséquence de «l’améliorationdes
marchésfinanciers».M.Gurriarelève aussi: «Le
commercemondialdevraitchutercette année de16 %et le chômageva
continuerà augmenter pouratteindre10%delapopulationactive»
(delazoneOCDEsoit25millionsde chômeurs).Asasuite,le
journaléconomique françaisLesEchostitrele25juinen
premièrepage :«L’économiemondialeprête àrepartir sans
l’Europe.»

Concernant la France

etanalysant l’augmentationdelaproduction manufacturière de
2,4%en mai, cemêmejournal titrele13juilleten page3

17

«L’industrie pourraitavoiratteint son pointbasaudeuxième
trimestre», tout encitant l’observation suivante deF. Cerisier
deBNP Paribas: «Lemoindrerecoursauxstocks pour
répondre auxcommandesvastimuler temporairement
laproduction.Au-delà,l’activité dépendra duredressement plusdurable
dela demande».LejournalLe Parisientitresapage économie
du14 août«contretoute attente,la croissanceredémarre»,
puis sapremièrepage du 25 août par«Peut-onenfincroire à
la findela crise?» Autre analyse, celle de Marc deScitivaux,
économiste ayantannoncé en 2007 la crise et sesconséquences,
qui, àlaquestion suivanteposéeparLe JournalduDimanche
du 21 juin«Le creuxdela crise est-il passé, commelesuggère
FrançoisFillon oupasencore?»,répond :«Monanalyse est
que cette crise est trèsclassique :elle correspond à
l’éclatementd’une bulle.La différence aveclescrises
précédentesest quelephénomène est mondialet queles
règlescomptablesdesbanques l’ontamplifié. Sices règlesavaienteucours
lorsdescrisesde1993et2001,nousaurionseulamêmeréces-
sion qu’aujourd’hui!Je crois queFrançois Fillonaraison. La
bulle a éclaté,l’économievapouvoir
redémarreraveclesoutiendes plansderelance(./.) Lepointbasest passé.»

Les responsablesdes principalesinstitutions internationales,

FMI,OMCetBanque centrale européennerépètent:
«Lareprise a commencé.» Ainsi parlent Olivier Blanchard,
économiste enchef duFonds monétaireinternational,Ben Bernanke,
présidentdelaFed,la banque centrale
desEtats-UnisetJeanClaudeTrichet,présidentdelaBanque centrale européenne.Ce
dernier irale3septembrejusqu’à décréter la findelarécession
endéclarant: «La contraction significative del’activité
économique est terminée etestàprésent suivie d’unepériode de
stabilisationetd’unerepriseprogressive.»

Et si tout lemondesetrompait ?

ème
Enbilandu48salon internationaldel’aéronautique etde
l’espace duBourget, PierreSparacoécritdans larevue de
presseInfos.aérosdu19 juin sous letitre «Et si tout lemonde
setrompait ?«» :Enallantàl’essentiel, aviationd’affaires
mise àpart,les plus influentsdesacteurs nous ontdit, chacunà
samanière,quelasituationcommencera às’améliorerdès
2010.Il suffiraitdonc depatienter quelques mois seulement

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pour entrevoir leboutdutunnel. Lescarnetsde commandes
restant richementgarnis, finalement latraversée dudésert
pourraitêtre de courte durée et
lesdommagescollatérauxlimitéseteffacésen2ou 3ansàpeine.Pourtantvoici quesurgit
insidieusementunepensée chargée d’inquiétude :et si tout le
mondesetrompait ?Après toutcen’est pas impossible.Airbus
et Boeing,parexemple,prévoientdelivrer l’annéeprochaine
un totaldeprèsd’un millierd’avions.Pourtant rien neprouve
quelescompagniesaériennesauxquelles
sontdestinéscesappareils soientàmême deles payer.Dès lors,il n’est pas
impossibleque déferleunevague destructrice dereportset
d’annulationsdemandées pardesacheteursfinancièrement
exsangues.» Cetanalystenese fondepasuniquement sur les
frémissementsdes marchésfinanciers. Ilaborde aussiune des
donnéesessentiellesde cette crise :lasolvabilité desacteurs
économiques,icicelle descompagniesaériennesetdeleurs
financiers. D’ailleurscertains responsables industriels tel Jim
McNerneyde B, PDGoeing,ne cachent pas l’incertitude
actuelle et leurs propres interrogations.Alaquestiondirecte «Le
pire est-il passé?»poséepar plusieurs journalistesàl’occasion
del’ouverture de cemêmesalonduBourget, JimMcNerney
répond :«Jenevois pas lasituationéconomique
empirerencore,mais jenelavois pas s’améliorer significativement non
plus.Et jenesais pas quandla crisevaseterminer.Nous
sommesbloquésdanscette conjoncturetrès mauvaise,mêmesi
ellereste gérable»,pourajouter«laplupartdeséconomistes
disent que çavas’amélioreràpartirde2011-2012.Je dois
donclescroire.» Dans sonarticle consacré àlaproduction
industrielle française depuis janvier2009,lejournaléconomique
LaTribune,sous letitre «Industrie :lerebond demai
n’annoncepas lareprise»,rapporteplusieurscommentaires
d’experts.AlexanderLaw ducabinetXerfiexplique
«Toutefois,ilfautêtre clair,letermequiconvientaujourd’huiestbien
rebond et non reprise.»SelonMathildeLemoine, deHSBC
France, «lesdestructionsd’emploisdevraient sepoursuivre
jusqu’àla findel’année2010et pèseraientàla fois sur la
consommationdes ménageset sur la demande delogements.
L’investissementdesentreprises seraitégalementatone,
cellesci préférant se désendetter plutôt que de dynamiser
leurappareil productif.LePIBpourraitdonc continuerde baisserde0,4
%en2010aprèsune chute de2,8%en2009.»Le
groupenéerlandais Randstad,numérodeuxmondialdel’intérimetdes
servicesen ressourceshumaines, faitétatd’uneperte de 41
mil

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lions pour le premier semestre2009contre unbénéfice de171,3
millions pour lamêmepériode en2008. Danscemême
communiqué,la directionde ce groupeprévient: «il est trop tôt
pourannoncer le débutdelareprise.»Cetavertissement
s’appuiesurune caractéristique centrale de cette
crise,laréduction massive àl’échelleinternationale dela force detravail.

L’effondrementdurecoursà l’intérimest un indicateur
pertinentde cetteréductionexceptionnelle desemploisetde
laréalité del’activité économique.

Il n’est pas leseul,mais ildoitfairepartie des paramètresdont
la connaissancepermetde contribueràl’analyse de cette crise
etàl’édictiondepronostics. Dans lasuite de cet ouvrageseront
présentésd’autres indicateurs sur l’activité
économiqueinternationale,l’étatdesentreprises, dela force detravail, desEtats.
Cesdonnées, à cejour, démontrent laprofondeuret la durée de
cette crise,profondeuretdurée accentuées,selon l’auteur,par
les«remèdes» appliquésàl’économiepar
lesbanquescentrales,les institutions internationaleset lesgouvernementsdes
principauxpays industrialisés.Nombreuxsontd’ailleurs«les
experts» et les responsables industriels internationauxqui
restent perplexeset inquietsface àla crise et se gardentbiende
prédire de beauxjours.Alorsd’où vientfin
juilletcetengouement pour les titresdesgrandsgroupesdesdétenteursde
capitaux, appelés investisseurs,quicomposent les
marchésfinanciers ?

Pour lesPDG de cesgroupes industrielscotésenbourse,les
haussesdeleur titre annoncent-elles lareprise?

Examinons les présentationsdes résultats semestrielsdesgrands
groupes industriels.Malgréle caractèreoptimiste desa
déclaration,le PDG de Renault, M.CarlosGhosn, commelenotele
journalLesEchosdu 31 juillet,«nes’aventure guère à donner
des prévisionsfinancières, etencoremoinsà dater la findela
crise automobile.» BrunoLafont, PDG de Lafarge,maintient
sonappréciationd’unesituationéconomique difficile, avecune
baisse envolumepour2009entre 4 et8%, FranckRiboud, PDG
de Danone, dansuneinterviewaujournalLeFigarodes25 et
26 juillet2009,indique : «J’entendsdenombreuses
manifestationsdepositivisme aigu.Celarelèveparfoisdelaméthode

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Coué.Pour lemoment,je considèrequela crisenes’arrêtera
pasen2010, c’est l’hypothèselaplus sage.»

Relance delaspéculation

Laréactiondes marchésfinanciersaunetoute autreorigine
qu’un retournementdelasituationéconomique. Leur
satisfaction s’estépanouie àlalecture descomptesde cesentreprises.
Cescomptesaffichent tous,malgré encoreune
foisunerécessionhistorique et mondiale,une améliorationdansun secteur
ultra-sensiblepour lesdétenteursde capitauxqu’est le fluxde
trésorerielibre, désigné aussidans les rapportsfinanciers,le «
free cash flow»*. Celui-ci s’élève, dans les résultatsde
cepremier semestre2009, à 467 millionsd’euroschezPSA, à 875
millions pourLafarge(soit prèsde7fois plus quepour lamême
période en2008).Cesgroupes ontdenouveaudémontré, en
dégageantdelatrésorerie disponible(du« cash »),leurcapacité
à honorer leurséchéancesvis-à-visdes investisseurs,
c'est-àdire desbanquiers,
desfondsd’investissementetautresactionnaires.Pourceux-ci,quiconstituent les marchésfinanciers, ce
« cash » est lesigneque,malgréleurendettement,lesgroupes
industrielsvont non seulement rembourser leurdette,mais
surtout redevenir solvables.Lescentainesdemilliardsen quête de
placements profitablesvont pouvoir seretournerversces
groupes pour leur proposerdes prêtsàleurfinancement.La
spéculationet la course au ROE*(return onequity ouretour sur
investissement) peuvent reprendre.Ellen’a d’ailleurs jamais
vraimentcessé,mais lesconditionsétaientdevenuescritiqueset
lerapportfinancier plusfaible etaléatoire.Avec cesannonces
de disponibilitésdetrésoreries mêmesans résultat
netbénéficiaire,un nouvelélanestdonné àlaspéculation.Dans la crise
encoursva croîtreunenouvelle bulle financière, elle-même
facteurde crise.Tous lesgroupes sontainsiamenésà démontrer
leur solvabilité.LePDGdeDanone,FranckRiboudne dit pas
autre chosequandil précise «Avecla crise,nousaccordons
plusd’importance àla croissance denosvolumesetdenos
partsdemarché.Demême,notrerésultat
opérationnelenvaleurabsolue estune donnéeplus importantequenotretauxde
marge.»(InterviewdansLeFigarodes25 et26 juillet2009)

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LES LICENCIEMENTS ET LES FERMETURES D’USINES
GENERATEURS DE CASH!

Ces performancesfinancières netiennent nid’un miracleni
d’une activité économiqueplus soutenue,non, elles sont
lerésultat mathématique directdela baisse descoûtsdécidée et
réalisée.Et quelle baisse !Renaultaréduit samassesalariale*
de20%en 18moisen supprimant 6400emplois,PSAena
détruits 11000en 12mois,ArcelorMittal20 000dans le
mondepour la dernièrepériode,le
groupepharmaceutiqueSanofi-Aventis meten œuvreun planderéductiondescoûtsavec
la fermeture de 8 centresderecherche dont4
enFrance,Michelina diminuéseseffectifsde7 %enunanetvientd’annoncer
la fermeture d’uneusine aux USAetcelle
deNoyelles-lèsSeclindans lenord delaFrance avec1093suppressionsde
postesdanscepaysd’ici2010,le groupe aéronautiqueSafran
s’estdébarrassé del’activitéSagem mobileset n’apas remplacé
prèsde1000départs,Lafarge aréalisépour 750millionsde
cessionsd’activité depuisdébut2009etaréduitde62% les
investissementsdemaintiendel’outildeproduction,Saint-
Gobain réduirasur l’année2009 les investissements industriels
de700millionsd’eurosdans le cadre deson planannuelde
réductiondescoûtsde1,1 milliard d’euros, aprèsavoirdétruit
8000emploisen2008.PhilippeEscande, éditorialiste
auquotidienLesEchos,note dans l’éditiondu 3août2009:« Pasde
miracle derrière detelles performances,maisun prixquel’on
paieraplus tard…Lerisque estdonc aujourd’hui queles ténors
du CAC40*nesauvent leur peauen laissantderrière eux un
champderuines qui les pousseraità chercher leurs partenaires
horsdeFrance.Leur puissancemondialerimeraitalorsavec
désert national» etce aprèsavoir rappeléque «sur
leseuldeuxièmetrimestre de cette année,lenombre de défaillances
d’entreprisesdesociétésde 50à200personnesa doublé,pour
dépasser la centaine.»
Ce constat peutêtre fait pour tous lesgrandsgroupes
internationauxdontceuxbasésauxUSA.L’autrevoletd’aggravationde
la criseréside dans lesconditionsdans lesquellesce « cash » a
été créé.Dans lesentreprises,oncommence àmesureràquel
prixlatrésorerie desgrandsgroupesest redevenue excédentaire
audeuxièmetrimestre2009.D’autres« bombesàretardement»
sont là, alimentéesaussi par les politiques« anti-crisdee »s
gouvernementsdetous les pays:l’endettementdesentreprises
etdesfondsd’investissement pratiquant leplacementavec effet

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