La Chine, un nouveau partenaire de développement de l
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La Chine, un nouveau partenaire de développement de l'Afriqu

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Description

La montée en puissance de la Chine en Afrique ces dernières années suscite beaucoup de polémiques. Que fait la Chine en Afrique ? Pourquoi la coopération sino-africaine est-elle ainsi sujette à controverse contrairement aux relations presque exclusives qu'avait le continent noir avec l'Occident ? L'auteur analyse, avec une abondante documentation, les enjeux économiques, énergétiques, diplomatiques, politiques et géopolitiques d'une coopération décriée.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2009
Nombre de lectures 331
EAN13 9782336275550
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Liste des tableaux
Tableau 1 Tableau 2 Tableau 3 Tableau 4 Tableau 5 Tableau 6 Tableau 7
Sommaire
Liste des tableaux Page de Copyright Page de titre Etudes Africaines - Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa Dedicace SIGLES ET ABREVIATIONS PREFACE AVANT-PROPOS INTRODUCTION PARTIE I - L’AFRIQUE : LA CHINE, LA CHINE, ENCORE LA CHINE !
Chapitre 1 - La Chine, une grande puissance du XXIe siècle : un nouveau partenaire de développement de l’Afrique Chapitre 2 - La Chine en Afrique, une stratégie sur le long terme Chapitre 3 - Des rencontres pour renforcer les liens Chapitre 4 - Zones grises de la coopération sino-africaine Chapitre 5 - Des critiques occidentales, sources de tensions entre la Chine et l’UE sur l’Afrique
PARTIE II - UNION EUROPEENE - AFRIQUE : LES APE, L’APD,… DES RELATIONS DE PLUS EN PLUS TENDUES
Chapitre 6 - L’Afrique n’a pas toujours été maîtresse de son destin mais veut désormais s’affirmer Chapitre 7 - L’Afrique ouverte et convoitée : la globalisation oblige ! Chapitre 8 - L’aide publique au développement : entre les promesses et les actes… Chapitre 9 - L’Europe, mal placée pour dénoncer la diplomatie pétrolière chinoise en Afrique : cas français
PARTIE III - L’AFRIQUE, ENTRE LES INDICATEURS PROMETTEURS ET SES VIEUX DEMONS
Chapitre 10 - L’Afrique, des indicateurs économiques prometteurs Chapitre 11 - L’Afrique : des potentialités variables selon les régions Chapitre 12 - Les handicaps à surmonter par le continent Chapitre 13 - La révision des Constitutions en Afrique, synonyme de fermeture de la porte à l’espoir et germe d’instabilité Chapitre 14 - La crise alimentaire et les émeutes de la faim en Afrique : chronique d’un continent dont l’agriculture ne nourrit pas ses populations Chapitre 15 - Diversifier l’économie
CONCLUSION - L’Afrique majeure ! ORIENTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES
© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1 @wanadoo.fr
9782296083950
EAN : 9782296083950
La Chine, un nouveau partenaire de développement de l'Afrique

Thierry Bangui
Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa
Dernières parutions
Gratien MOKONZI Bambanota, De l’école de la médiocrité à l’école de l’excellence au Congo-Kinshasa , 2009.
Benjamin MULAMBA MBUYI, Droit des traités internationaux , 2009.
Chrystelle GRENIER-TORRES, Expériences de femmes ivoiriennes au cœur de l’épidémie de sida, 2009.
Justin KOUMBA, La résolution des conflits au Congo-Brazzaville : l’expérience du Conseil National de Transition (1998-2002), 2009.
Hervé CARLOS, Vision africaine d’une crise de l’éducation. A l’école de l’entrepris e, 2009.
Richard FILAKOTA, Le Renouveau islamique en Afrique noire, L’exemple de la Centrafrique , 2009.
Francis NKEA NDZIGUE, Les droits de la défense en matière pénale au Gabon , 2009.
Titinga Frédéric PACERE, Les Origines africaines des Avocats Sans Frontières, 2009.
Sidi Mohamed OULD BEIDY, L’administration territoriale et le développement local en Mauritanie , 2009.
Essé AMOUZOU, L’influence de la culture occidentale sur les cultures africaines , 2009.
Régine LEVRAT, Le coton dans la zone franc depuis 1950. Un succès remis en cause , 2009.
Jean Claude EKO’O AKOUAFANE, La décentralisation administrative au Cameroun, 2009.
Jean-Pacifique BALAAMO MOKELWA, Eglises et Etat en République démocratique du Congo. Fondements juridiques et jurisprudence (1876-2006), 2009.
Jean Claude EKO’O AKOUAFANE, La décentralisation administrative au Cameroun , 2008.
Gaspard MUSABYIMANA, Rwanda, le triomphe de la criminalité politique , 2008.
Naba Jérémie WANGRE et Alkassoum MAIGA, Enfants de rue en Afrique. Le cas du Burkina Faso , 2008.
Mor FAYE, Presse privée écrite en Afrique francophone, Enjeux démocratiques , 2008.
A Ma mère Françoise Nambona. Bien qu’analphabète, comme de très nombreuses femmes africaines, tu as compris que l’école était la voie royale pour accéder à un avenir meilleur et tu as tout mis en oeuvre pour que je puisse aller aussi loin que possible dans les études et avoir aujourd’hui l’aptitude d’écrire un livre. Merci maman.
SIGLES ET ABREVIATIONS
AGOA: African Growth and Opportunity Act (la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique)
APD : Aide publique au développement
APE : Accords de partenariat économique
ASECNA : Agence pour sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar
BAD : Banque africaine de développement
BDEAC : Banque de Développement des Etats de l’Afrique Centrale
BM : Banque mondiale
BRIC : Brésil, Russie, Inde et Chine
CAD : Comité d’aide au développement
CASCN : Collectif actif de la société civile au Niger
CCFD : Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement
CEAN : Centre d’études d’Afrique noire
CEDEAO: Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest
CEMAC: Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale
CNODC : China National Oil and Gas exploitation Development Corporation
CNPC : Chinese National Petroleum Corporation (Compagnie nationale chinoise de pétrole)
CNRS : Centre nationale de la recherche scientifique
CNUCED : Conférence des Nations unies pour le Commerce et le Développement
COMESA: Marché commun d’Afrique de l’Est et australe
EXIMBANK : Export-Import Bank (China)
FAO : Fond des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture
FED : Fonds européen de développement
FIDH : Fédération internationale des droits de l’Homme
FMI : Fonds monétaire international
GNPOC : Greater Nile Petroleum Operating Company (Compagnie des pétroles du Grand Nil - Soudan)
IAASTD : International Assessment of Agricultural Science and echnology for Development (Evaluation internationale des sciences et technologies agricoles au service du développement)
IDE : Investissement direct étranger
IFI : Institution financière internationale
ITIE: Initiative de Transparence des Industries Extractives (ou Extractive Industries Transparency Initiative)
NEPAD : Nouveau partenariat pour le développement (de l’Afrique)
OCDE : Organisation de Coopération et de développement Economiques
OMC : Organisation mondiale de commerce
ONG : Organisation non gouvernementale
ONU : Organisation des Nations unies
OUA : Organisation de l’unité africaine
PAC : Politique agricole commune
PAS : Programme d’ajustement structurel
PCQVP : Publiez ce que vous payez
PIB : Produit intérieur brut
R&D : Recherche et Développement
RDC : République Démocratique du Congo
RFI : Radio France internationale
RNB : Revenu national brut
SADC : Communauté de développement d’Afrique australe
SINOPEC: China Petrochemical Corp (Société chinoise de pétrochimie)
SNPC : Société nationale des pétroles du Congo
SONATRACH : Société nationale algérienne de recherche, d’exploitation, de transport par canalisation, transformation et de commercialisation des hydrocarbures
UA : Union africaine
UE : Union européenne
ZLEA : Zone de libre-échange des Amériques
PREFACE
Dans sa quête de progrès et de développement, l’Afrique se trouve confrontée à un certain nombre d’obstacles. Qu’ils soient structurels, culturels, historiques ou simplement liés à une gouvernance qui ne semble pas évoluer dans le bon sens, ces obstacles compromettent les chances de beaucoup de pays africains pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement en 2015. D’un autre côté, les engagements pris par les pays développés de consacrer 0,7% de leur revenu national brut à l’Aide Publique au Développement tardent à se concrétiser, et ce n’est pas faute de moyens, si l’on se réfère aux sommes astronomiques qui ont été mobilisées en quelques jours pour sauver le système financier du monde occidental et relancer ses économies en récession.
D’où vient-il que le continent africain semble si peu intéresser l’Europe et l’Amérique du Nord ? L’Afrique, qui atteindra bientôt le milliard d’habitants, n’est-elle pas un marché à conquérir ? Les immenses besoins en infrastructures du continent ne sont-ils pas une aubaine pour les entreprises du Nord ? L’Afrique est-elle simplement un réservoir de matières premières, de voix aux Nations Unies, voire un regroupement de pré carrés ? Il est évident que l’Afrique et ses dirigeants portent une responsabilité certaine dans cette image consacrée d’un continent sans avenir, confiné au cercle vicieux de la pauvreté et des guerres civiles. Mais peut-être que l’argent du contribuable américain ou européen, qui a été massivement utilisé pour rattraper les erreurs coupables des banques les plus riches de la lanète, aurait pu être mieux utilisé pour sauver une partie de l’humanité de la pauvreté et de la misère, créer un marché émergent pour les entreprises du Nord et contribuer à une meilleure santé de la planète par la conservation de la nature luxuriante qu’offre le continent africain.

C’est-ce que semblent avoir compris certains pays émergents, dont la Chine.

Avec beaucoup d’opiniâtreté et une solide argumentation, Thierry Bangui a mis en relief les intérêts croisés que se sont découverts l’Afrique et la Chine depuis déjà plusieurs décennies, mais dont la gestion a connu un coup d’accélérateur ces dernières années, mue par ce que l’auteur a appelé « la géostratégie et le développement ».
La Chine a besoin de l’Afrique et l’Afrique est satisfaite de cette coopération gagnant-gagnant, où l’exportation de ses matières premières trouve en contrepartie la livraison d’infrastructures dont elle a un immense besoin, ainsi que l’importation des produits manufacturés dont les prix sont accessibles à la majorité de sa population pauvre.
L’auteur n’occulte pas les effets pervers de cette coopération, mais mets en relief ce nouveau type de relations dépassionnées, dans lequel il appartient à chaque partie de tirer le meilleur de l’autre, en fonction de ses propres intérêt politiques, économiques et diplomatiques.
Un regard sévère est porté sur le bilan de 50 ans de coopération avec l’Occident, dont l’échec relatif a toujours été mis sur le dos de l’Afrique, ses dictateurs, sa corruption endémique et sa pauvreté désespérée.
Le monde sera de plus en plus bientôt dirigé par une nouvelle génération de femmes et d’hommes qui n’a connu ni la deuxième guerre mondiale, ni la colonisation, qui n’a qu’un vague souvenir de la guerre froide et qui a été éduquée à l’ère des nouvelles technologies. On peut aujourd’hui l’appeler la génération OBAMA.
En Afrique, cette génération est suffisamment décomplexée pour porter un jugement froid sur la responsabilité des uns et des autres, dans cette coopération Afrique-Occident asymétrique, où l’autocritique n’est pas équilibrée et dans laquelle demeurent des relents de condescendance et de paternalisme.

Thierry Bangui appartient à cette nouvelle génération, qui est convaincue que l’Afrique a conquis le droit de choisir ses amis et qu’elle dispose aujourd’hui de plus de possibilité de choix qu’elle n’en avait auparavant.
Tout en mettant en valeur les avantages que les Africains tirent de ce nouveau type de partenariat avec notamment la Chine, l’auteur rappelle la grande responsabilité de l’Afrique dans la définition de son rôle dans le monde, de ses stratégies de développement et de sa vision de son avenir. Il souligne qu’il serait irresponsable de jeter l’anathème sur les partenaires traditionnels de l’Afrique (Europe, Amérique), pour ne trouver que des qualités aux nouveaux partenaires. L’Afrique a besoin de tous, pays développés comme pays émergents, pour sortir de sa pauvreté, à condition qu’elle sache définir ses propres priorités et sa stratégie.
Anicet Georges DOLOGUELE Président de la Banque de Développement des Etats de l’Afrique Centrale (BDEAC) Ancien Premier ministre de la République Centrafricaine
AVANT-PROPOS
A quelques exceptions près, les articles et ouvrages portant sur la relation Chine-Afrique sont produits par d’auteurs occidentaux 1 avec des analyses et conclusions similaires, fustigeant, dans leur ensemble, les actions de la Chine sur le continent noir. Le présent ouvrage est, à contrario, un regard africain de la coopération sino-africaine, un regard globalement positif, tout en soulignant que cette coopération gagnera à être améliorée.
Ce livre, qui s’adresse au grand public, est nourri d’une bibliographie abondante et d’entretiens ciblés avec diverses catégories de populations (entrepreneurs, politiques, responsables d’administration, universitaires, citoyens…) non seulement africaines mais aussi occidentales et chinoises.
Mes remerciements vont, d’une part, à Marie Béranger Gassin et à Jean-Claude Giacottino pour leur relecture du manuscrit et, d’autre part, à Monsieur Anicet Georges Dologuélé qui a bien voulu préfacer cet ouvrage. Je suis, bien entendu, seul responsable des propos et jugements émis dans les paragraphes qui suivent.
Thierry Bangui
INTRODUCTION
L’Afrique, un nouveau terrain d’enjeu géostratégique

L’Afrique délaissée par les Occidentaux à la fin de la guerre froide, pour se tourner vers les pays de l’Est est redevenue subitement à l’aube de ce XXIe siècle, un terrain d’enjeu géostratégique, convoitée non seulement par les Occidentaux – cherchant à la reconquérir – mais surtout par les pays émergents asiatiques et latino-américains, les Emirats du Golfe… au premier rang desquels la Chine.
On assiste en effet à une présence croissante de la Chine en Afrique ces dernières années. Cette montée en puissance chinoise suscite débats et controverses. A ce propos, deux thèses s’affrontent : l’une soutient que la présence chinoise est une opportunité pour le continent noir ; l’autre soutient le contraire, estimant que l’engouement de la Chine pour l’Afrique constitue une menace pour le continent. Les critiques qui reviennent dans la seconde thèse sont :
- la Chine envahirait, recoloniserait l’Afrique et pillerait ses ressources naturelles ;
- la Chine ne serait pas regardante sur la démocratie, les droits de l’Homme, la bonne gouvernance, l’environnement ;
- le déferlement des produits manufacturés chinois, mettrait en difficulté la production, les entreprises locales ;
- les entreprises chinoises viendraient avec la main d’œuvre chinoise, n’embaucheraient guère localement ;
- la Chine prêterait sans conditions, conduirait ainsi le réendettement des Etats africains ;
- etc.
Ces critiques, savamment voire arrogamment entretenues par les Occidentaux – à l’exemple de la déclaration du président français, Nicolas Sarkozy : « Je ne voudrais pas que les Occidentaux aient tout fait pour désendetter l’Afrique et que celle-ci se ré-endette auprès des Chinois » 2 –, sont-elles fondées ? Sont-elles partagées par les Africains ? La présence croissante chinoise est-elle une opportunité pour le continent ? Quelle est la place de l’Occident et notamment de l’Europe aujourd’hui en Afrique ? Ce sont, entre autres, des questions auxquelles cet ouvrage s’efforce de répondre.
Question de terminologies

Ce livre traite la question de géostratégie et du développement. Une compréhension de la terminologie « géostratégie », souvent confondue avec la « géopolitique », est nécessaire. Nous faisons une distinction entre ces deux termes. Il existe une littérature abondante sur la « géopolitique ». Dans l’introduction de son ouvrage, Alexandre Defay 3 précise que la géopolitique a pour objet l’étude des interactions entre l’espace géographique et les rivalités de pouvoir qui en découlent. En revanche, la géostratégie se définit comme la mise en œuvre d’instruments opérationnels au service d’un grand dessein de politique internationale ou de politique militaire. Elle est une méthode de l’action politique dans l’espace, une étude des relations de force entre puissances, à partir de l’ensemble des données géographiques. C’est donc la terminologie qui correspond à l’objectif que poursuit ce livre, qui est d’apporter des réponses aux interrogations formulées plus haut.
L’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a très justement relevé : « Depuis cinq ans, les économies africaines vont mieux et de nouveaux leaders, plus libres et plus exigeants, ont fait leur apparition. Beaucoup de choses changent, il y a des raisons d’être optimiste » 4 . En effet, depuis 2002, la croissance moyenne du PIB des pays africains est régulièrement supérieure à 5% ; beaucoup de conflits des années 1990 (Sierra Leone, Liberia, Mozambique, Angola, Côte d’Ivoire…) se sont résorbés où en voie de résorption ; beaucoup de situations se sont modifiées en faveur de la démocratie (même si on peut déplorer l’existence encore des « présidents à vie » et des révisions de Constitution dans ce but). La société civile 5 s’affirme de plus en plus sur le continent. Le besoin en matières premières dont regorge l’Afrique s’accroissait et leurs cours s’envolaient jusqu’à l’apparition de la crise financière au second semestre 2008 qui ralentirait vraisemblablement ce bon élan. Néanmoins, les indicateurs restent globalement au vert. Les dirigeants africains sauront-ils saisir cette nouvelle opportunité qui se présente, pour améliorer le quotidien des populations et inscrire le continent, jusque là marginalisé, dans l’économie mondiale ?
Cet ouvrage analyse les raisons du regain d’intérêt pour l’Afrique et ses répercussions économiques, politiques et diplomatiques.
PARTIE I
L’AFRIQUE : LA CHINE, LA CHINE, ENCORE LA CHINE !
« Quand je veux construire 5 kilomètres de routes, avec la Banque mondiale ou les autres institutions financières internationales, il me faut 5 ans. Avec la Chine, c’est quelques jours. Je dis oui ou je dis non, ils viennent, on signe le papier, ils sont sur place ».
Abdoulaye Wade, Président sénégalais, au Sommet UE-Afrique de Lisbonne, décembre 2007.
« La Chine sera pour toujours un ami, un partenaire et un frère [une sœur !] de l’Afrique ».
Hu Jintao, Président chinois, extrait de son discours de bienvenue au Sommet Chine-Afrique de Beijing, novembre 2006.
Chapitre 1
La Chine, une grande puissance du XXIe siècle : un nouveau partenaire de développement de l’Afrique
Dans la préface de son ouvrage, Guilhem Fabre écrit : « La Chine présentée dans les médias est souvent réduite absurdement à un marché, à une grande puissance en devenir ou à un pion dans ce qui nous est présenté comme l’ultime affrontement entre les droits de l’homme couplés à l’économie de marché, et le dernier bastion communiste. Derrière ces visions simplificatrices se profile un questionnement bien réel sur le positionnement de l’Occident vis-à-vis du nouveau géant du tiers-Monde » 6 .
La Chine est aujourd’hui incontestablement une puissance avec laquelle tous les pays du monde, riches ou pauvres, veulent entretenir des relations économiques, diplomatiques, etc. La Chine doit son fulgurant dynamisme économique à Deng Xiaoping, architecte des réformes et de l’ouverture dans les années 1980, qui a su préparer son pays, jadis à économie sociale héritée de Mao, à une économie ouverte que l’on connaît aujourd’hui. Cette ouverture économique rend le pays attractif d’une part et offensif sur le reste du monde dont l’Afrique où il conquiert de plus en plus des parts de marché et s’approvisionne par le même temps en matières premières.
« La politique impulsée par Deng Xiaoping depuis 1978 pour tirer la Chine de son sous-développement et de son isolement comportait deux volets : la réforme économique et l’ouverture vers le monde extérieur – en chinois duiwai kaifang –, inséparables l’une de l’autre. La réforme avait pour but de remettre le pays sur pied pour qu’il redevienne une grande puissance ; l’ouverture était destinée à apporter à la Chine les capitaux et la technologie nécessaires à son développement, un marché pour ses produits et des attaches solides avec un monde qui connaissait une expansion rapide ; en particulier aux Etats-Unis, au Japon et aux quatre Petits Tigres dont les succès économiques la fascinaient », a écrit Patrice De Beer 7 .
Cette réforme fait aujourd’hui de ce sous continent asiatique, la troisième économie mondiale. En effet, en juillet 2007, la Chine a dépassé l’Allemagne et devient la troisième économie mondiale, derrière les Etats-Unis et le Japon. Elle avait déjà doublé la France et le Royaume-Uni en 2005. En 2007, le PIB chinois qui est d’environ 3100 milliards de dollars dépasse celui de l’Allemagne de quelques 100 milliards de dollars.

La Chine en Afrique, une opportunité pour le continent ?
Les besoins en matières premières de la Chine et la compétitivité de ses produits exportés bouleversent l’économie mondiale. L’Afrique tire profit de ces bouleversements. En un quart de siècle, les échanges avec l’Afrique ont considérablement augmenté : ils ont en effet été multipliés par 50 entre 1980 et 2007 pour atteindre 55 milliards de dollars. La Chine est devenue désormais le troisième partenaire commercial du continent africain, après les Etats-Unis et la France. En une décennie, elle a supplanté successivement le Portugal, le Japon, l’Inde, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Allemagne.
Avec plus de 1,3 milliard d’habitants et donc autant de consommateurs potentiels, la Chine est non seulement une opportunité en marché pour les pays africains mais également un grand acheteur des matières premières du continent. Elle constitue ainsi une importante opportunité pour l’Afrique en lui offrant d’autres alternatives sans que le continent ne renie ses partenaires traditionnels (l’Europe, la France, la Grande Bretagne, les Etats-Unis, etc.). L’Afrique peut utiliser cette situation nouvelle au mieux de ses intérêts. Encore faut-il que l’Afrique définisse en quoi consistent ses intérêts.
L’Afrique a connu pendant longtemps des cours faibles de ses matières premières et des prix élevés de produits manufacturés venus des pays occidentaux. L’irruption de la Chine sur le marché des matières premières dont elle a un énorme besoin, créé de la concurrence et change aujourd’hui la donne. D’une part, les produits manufacturés venant de la Chine sont vendus à des prix défiant toute concurrence, accessibles à un grand nombre d’Africains et d’autre part les Chinois sont disposés à acheter aux Africains les matières premières à leur juste prix. La coopération chinoise s’accompagne de surcroît de prêts sans conditions ou presque, contrairement aux pratiques des pays occidentaux et institutions financières internationales (FMI, BM…). Par ailleurs, les services des dettes occidentales absorbent souvent des proportions non négligeables du PIB de beaucoup de pays africains. Pour ces raisons, les dons et prêts chinois sont bien perçus sur le continent, pendant que les IFIs (la Banque mondiale et le FMI notamment) et les puissances occidentales les dénoncent.
Pour les optimistes (et c’est l’écrasante majorité parmi les Africains), l’arrivée de la Chine en Afrique provoque un nouveau dynamisme économique pour le continent, car elle offre une véritable opportunité aux pays africains de relancer leur développement. En effet, la présence chinoise dope les prix des matières premières, augmente les investissements directs, renforce la concurrence, diversifie les partenaires commerciaux, etc. La conséquence évidente de cette présence est traduite par la manne pétrolière qui remplit les caisses de certains Etats africains (Nigeria, Angola, Soudan…). En revanche, pour les détracteurs de la coopération sino-africaine, la stratégie chinoise contribue peu, sur le moyen et long terme, à orienter les pays africains vers leur décollage économique et vers un développement durable. En évoquant un risque de retour à une économie de rente autour des matières premières, comme dans les années 1960.
L’aide de la Chine aux pays d’Afrique subsaharienne s’oriente vers le financement aussi bien de projets d’infrastructures (l’énergie, les télécommunications, les routes, les chemins de fer, etc.) que de superstructures (stades, hôpitaux, palais du peuple et autres édifices publics). Contrairement à ce que beaucoup disent, cette aide n’est pas seulement subordonnée à des accords d’exploitation des ressources minières et énergétiques. L’intérêt du géant asiatique pour la construction et les infrastructures en Afrique est d’ailleurs bien antérieur à ses forts besoins en ressources naturelles qui ne remontent qu’à ces quinze dernières années. En effet, dans les années 1960, 1970 déjà, la Chine réalise de nombreuses infrastructures sur le continent. Elle a réalisé pas moins de 600 projets dont le chemin de fer Tanzanie-Zambie (1 860 kilomètres), une route en Somalie (964 kilomètres), les stades d’Harare, de Nairobi, pour ne citer que ceux-là. La Chine était ainsi présente dans divers secteurs : le transport, l’hydraulique, le génie civil, l’agriculture, l’industrie légère, la santé, etc., avec plus de 20 000 techniciens de haut niveau.
La présence chinoise est ainsi un moteur de croissance pour l’Afrique, par la réalisation massive des infrastructures sur tout le continent et notamment dans la quarantaine des pays avec lesquels elle entretient des relations de coopération. Quand, par exemple, l’Eximbank China finance la réhabilitation des réseaux ferroviaires de Nigeria, ces infrastructures auront des répercussions positives sur le petit commerce de Kano à Lagos, sur l’économie du pays et éventuellement des pays voisins, de la sous-région.
Quand on sait que le « soutien » des institutions financières internationales (IFI), des pays développés, de l’Union européenne,…est toujours conditionné par le renforcement des politiques de privatisation, de libre-échange et d’ajustement structurel – très impopulaire en Afrique au point de faire l’objet d’un film 8 –, l’aide chinoise ne peut que rencontrer du succès sur le continent.

« Made in China », produits de consommation de masse en Afrique
Ces dernières années, l’Afrique exporte plus vers la Chine (les matières premières notamment) qu’elle n’importe (des produits manufacturés). Les produits importés ne se limitent pas qu’aux « pacotilles » mais aussi aux produits de hautes technologies : les produits mécaniques et électroniques représentent une proportion importante des exportations et ne cesse d’augmenter. « Pour la plupart des investisseurs chinois, l’Afrique est un marché qui en vaut la peine grâce à son potentiel illimité. Elle accueille à bras ouverts les investisseurs chinois. Certains pays offrent même des mesures préférentielles. Le Nigeria, par exemple, offre un tarif zéro sur une centaine de produits chinois comme réfrigérateurs, bicyclettes, transfor-mateurs, conditionneurs d’air, pneus, équipement de fabrica-tion du papier, textile, caoutchouc, plastique. Le bas coût des produits chinois permet aux consommateurs locaux d’acheter, et aux commerçants chinois la possibilité d’établir leurs propres marques » 9 .
Beaucoup de commerçants africains, qui jadis, importaient des marchandises d’Europe, des États-Unis à prix élevés finissaient par découvrir que certains produits occidentaux sont fabriqués en Chine, par sous-traitance. Ils préfèrent maintenant importer directement du pays de production c’est-à-dire la Chine, à meilleur prix.
Les produits, qu’il s’agisse des articles d’usage quotidien, des vêtements, des chaussures, ou des ustensiles…, sont bien accueillis par les consommateurs africains au point qu’on les trouve partout, dans les grandes surfaces des capitales africaines, chez les marchands ambulants, mais aussi dans les villages réculés. Si la qualité des produits est souvent critiquée, il n’en demeure pas moins qu’ils sont globalement appréciés par les consommateurs pour leur bon rapport qualité-prix.
Lors d’un débat sur le thème de la coopération Chine-Afrique (axé sur le Cameroun), organisé par Radio France international (RFI) en octobre 2007 sur le Campus de l’Université de Yaoundé I au Cameroun, l’animateur de l’émission 10 s’exclamait : «vous achetez des produits chinois qui ne sont pas de bonne qualité, vous êtes obligés d’acheter une chemise par exemple toutes les deux semaines ou tous les deux mois ! ». Un participant au débat lui rétorquait : «En ce qui me concerne, j’écoute RFI avec une radio chinoise que j’ai achetée à 3 000 F CFA 11 , il y a 3 ans» et il y a eu un applaudissement nourri du public. Une manière de dire que produit chinois n’est pas synonyme de mauvaise qualité comme on veut le faire croire.

La migration chinoise : des petits entrepreneurs et commerçants chinois de plus en plus nombreux en Afrique
L’Afrique connaît une migration croissante des citoyens chinois ces dernières années : on estime à plus d’un demi million le nombre de chinois implantés en Afrique en 2007 et répartis sur presque tous les pays du continent. Ce nombre pourrait doubler dans les cinq prochaines années. Une des conséquences de cette migration est l’apparition de ressortissants chinois dans le petit commerce, dans l’agriculture, etc.
En Algérie par exemple, le ministère en charge du Travail a recensé, en 2007, 19 000 travailleurs Chinois sur 23 000 travailleurs immigrés titulaires d’un permis alors que les travailleurs chinois n’étaient que quelques centaines dix ans plus tôt. En effet, dans les années 1990, une entreprise chinoise avait été retenue pour construire l’hôtel Sheraton à l’ouest d’Alger, la main d’œuvre chinoise était incluse dans le contrat. Une fois les travaux achevés, la plupart regagnent la Chine mais quelques-uns sont restés pour ouvrir des restaurants à Alger. Les travailleurs chinois sont employés essentiellement dans les bâtiments et les travaux publics par les entreprises chinoises sélectionnées pour réaliser des grands travaux tels que des cités de logement, un tronçon d’autoroute de 550 Km et dans les hydrocarbures. Géographiquement, ils sont dans l’est et l’ouest du pays mais aussi dans la capitale, Alger, où ils construisent, entre autres, le nouveau siège du ministère des Affaires étrangères. Comme dans d’autres pays du continent, ils ouvrent des échoppes dans les quartiers populaires, tiennent des étals dans les marchés d’Alger et vivent en bonne intelligence avec la population locale.
La Chine recherche des débouchés ou marchés pour ses produits manufacturés ; ainsi que des espaces pour son surplus démographique. Il y a ainsi une prolifération de magasins chinois, dans de nombreuses villes africaines, vendant des produits en gros ou au détail à des prix bon marché. Ce qui est qualifié par certains de concurrence déloyale vis-à-vis des économies nationales : une paire de chaussures fabriquée au Cameroun ou au Nigeria, par exemple, coûterait facilement le double d’une paire de qualité semblable importée et vendue par les Chinois sur le marché local.
« Sans doute la boulimie pétrolière est-elle un trait significatif majeur de la présence chinoise en Afrique aujourd’hui, mais des entreprises chinoises investissent ou commercent dans bien d’autres secteurs, sans attirer autant d’attention – et cela même dans des pays considérés comme peu utiles, sans ressources énergétiques ni minières, et que l’occident tend à déserter. Plus que le secteur des matières premières, ce sont les multiples acteurs des secteurs de l’habillement, de l’électroménager, des transports, de la téléphonie ou de la construction qui font la nouveauté des relations Chine-Afrique. La présence de commerçants ou de produits chinois est devenu un fait banal. Dès lors, la visibilité de la présence chinoise en Afrique est aussi le fait de petits commerçants, de restaurateurs… qui décident de partir s’installer en Afrique. La migration des commerçants chinois en Afrique se nourrit de la montée en puissance de ces secteurs d’exportation de l’économie chinoise. Bien davantage que par le haut, c’est par le bas que se construit cette présence. La diversification des modalités de l’irruption des entreprises chinoises sur le continent invalide le facteur monocausal énergétique et minier. Il n’y a pas une seule “stratégie chinoise” en Afrique, mais une variété de stratégies et de réseaux dont il faut rendre compte », a très justement souligné Antoine Kernen 12 . On compte actuellement plusieurs centaines de sociétés chinoises sur le continent, travaillant essentiellement dans les secteurs de matières premières et travaux publics.

Les succès de la coopération chinoise en Afrique
La Chine constitue souvent une bouffée d’air pour des Etats africains. Il y a des pouvoirs qui étaient financièrement exsangues qui se retrouvent du jour au lendemain avec des milliards de dollars fournis par la Chine. Cela ne peut déplaire ! Beaucoup de pays qui étaient complètement ruinés où il n’y avait plus aucun développement économique et des richesses qui n’étaient absolument pas exploitées, profitent de la coopération chinoise afin de (re)construire des infrastructures sur leur territoire. L’arrivée de la Chine est ainsi salvatrice pour le développement économique de l’Afrique.
«La Chine a distribué généreusement des prêts souples, sans intérêts ni garanties, à certains des États débiteurs les plus pauvres de l’Afrique. Les prêts sont allés à des travaux d’infrastructures – routes, hôpitaux, et écoles –, contrastant fortement avec les demandes brutales d’austérité de la Banque mondiale et du FMI. En 2006, la Chine a fourni plus de 8 milliards de dollars au Nigeria, à l’Angola et au Mozambique, contre 2,3 milliards pour toute l’Afrique subsaharienne de la Banque mondiale », a écrit William Engdahl 13 . Les interventions chinoises dans l’économie africaine rendent la santé à des entreprises moribondes, redonnent un peu de pouvoir d’achat aux populations du continent, appauvries par les programmes d’ajustement structurels drastiques du FMI et de la Banque mondiale. Au Cameroun, par exemple, l’une des rares privatisations réussies, le Camtel (Cameroun Télécom), est faite en partenariat avec des entreprises chinoises.
Il n’y a surtout pas de paternalisme dans les relations Chine-Afrique. Les demandes des populations africaines aujourd’hui, c’est qu’il faut en finir avec le paternalisme dans les relations diplomatiques et économiques entre l’Europe et l’Afrique. La condition de la Chine dans ses relations avec les pays africains est de ne pas traiter avec Taiwan et de reconnaître de ce fait l’unicité de la Chine.
La Chine fascine dans de nombreux milieux (intellectuels, dirigeants politiques, citoyens lambda…) en Afrique. Comme exemple, lors d’une réception offerte en février 2008 aux médias dans le cadre de la fête du printemps chinois, l’ambassadeur de Chine à Dakar au Sénégal, Lu Shaye, a salué le travail des médias sénégalais pour une « présentation objective et juste sur la Chine et dans la diffusion de la culture chinoise ». La presse locale apporte «un soutien vigoureux au travail de l’ambassade », avait-il dit aux hommes et femmes des médias sénégalais.
A un journaliste qui disait à Joseph Kabila : « Au Congo, comme ailleurs, l’activisme des Chinois inquiète les Occidentaux… », le président congolais répondait: «Mais pas les Congolais ! Lorsqu’il s’agit de refaire le grand boulevard Lumumba qui relie Kinshasa à l’aéroport de N’Djili, l’Union européenne renâcle et la Chine offre ses services. Si c’est notre bien et notre développement que veulent nos amis Occidentaux, ils devraient donc s’en réjouir » 14 . C’est pour dire à quel point l’état d’esprit en Afrique est, à tous les niveaux, favorable à la coopération sino-africaine.

Une présence ancienne sur le continent noir
Il convient de souligner que la relation Chine-Afrique ne date pas d’aujourd’hui. On parle d’irruption de la Chine, alors que la Chine est présente dans la plupart des pays depuis longtemps seulement qu’entre temps elle est devenue un pays ayant des comptes en banque bien garnis (d’importantes réserves d’échanges). Par conséquent la nature des relations change. Déjà dans les années 1960, la Chine a construit des palais du peuple, des stades dont on ne parlait guère. Aujourd’hui, cette Chine a une puissance économique qui inspire de la crainte.
L’essayiste chinois Yuan Wu relate dans un ouvrage 15 que l’amitié entre la Chine et l’Afrique remonterait à plusieurs siècles. Les premiers contacts directs par voie terrestre remonteraient à la Dynastie Tang (618-907), et le développement de la navigation chinoise sous les Song (960-1279) a permis le commerce entre les côtes de l’Afrique de l’Est et la Chine. Selon M. Wu, la dynastie des Ming (1368-1644) avait été «un âge d’or» de la Chine. En 1415, le roi de Malin (situé dans l’actuel Kenya) aurait fait présent d’une girafe à l’empereur chinois. D’après l’auteur, ces contacts amicaux avaient été troublés par l’arrivée des Européens, à partir du XVe siècle.
Dans la période récente, les relations Chine-Afrique remontent aux années 1950, 1960 et le point de repère souvent cité est le sommet des pays non alignés de Bandung en avril 1955, où il y a eu un rapprochement entre l’Asie et l’Afrique avec un intérêt particulier pour la décolonisation. C’étaient, à ce moment là, des relations essentiellement idéologiques. Ensuite plus récemment dans les années 1970, 1980 et notamment ces deux dernières décennies – où la Chine devient la 5 ème puis la 4 ème et aujourd’hui la 3 ème puissance mondiale, avec un taux de croissance à deux chiffres (au moins égal à 10%) – le sous continent asiatique a une grande soif des produits africains et notamment des matières premières. Cela entraîne un rapprochement encore plus fort et une grande proximité, non plus idéologique des années 1960 mais plutôt d’intérêt économique.

Contribution notable de la Chine pour le développement de l’Afrique
La réalisation des infrastructures
La Chine, à travers l’Eximbank, finance des réalisations de prestige comme de grands stades au Bénin, en Centrafrique, au Mali, au Cameroun, etc. ; des centres de conférences de prestige à Djibouti, au Gabon, etc. ; des hôpitaux….
En Côte d’Ivoire, avec des prêts à taux zéro, la Chine est à l’origine de nombreux grands chantiers, allant de travaux routiers au Palais de la culture à Abidjan ou au Palais des députés à Yamoussoukro, «de quoi faire rager certains lobbies de l’ex-métropole coloniale, bien décidés à ce que tout continue de passer par eux», a noté Jean Chatain 16 .
La Chine a la volonté d’exporter un savoir-faire et des produits avec une valeur ajoutée croissante : «Le marché africain connaît également des attentes en matière de produits de consommation et ses exigences plus faibles par rapport à celles du marché occidental en font un marché-test de premier choix pour les entreprises chinoises tournées vers le commerce international. Les marchés africains leur permettent de développer des produits dotés d’une plus forte valeur ajoutée et de “tester leur qualité via la clientèle africaine”. Les domaines concernés par cette politique chinoise sont variés : centrales électriques (Soudan, Zimbabwe), centrales hydrauliques (Soudan, Éthiopie), télécommunications (Maghreb, Madagascar, Mozambique, Djibouti), aviation (Zimbabwe), nucléaire civil (Afrique du Sud qui est également le premier partenaire commercial de la Chine en Afrique) », souligne ainsi les enjeux chinois, Ludovic Woets 17 .
Dans cette optique d’exportation de technologies, la Chine a placé en orbite, en mai 2007, un satellite de télécommunications pour le Nigeria, dénommé NIGCOMSAT-1. Le satellite de fabrication chinoise ambitionne de procéder à de grands changements pour les services de télécommunications et de diffusion de l’Internet en Afrique. Il couvre non seulement le continent mais aussi une partie du Proche-Orient et du sud de l’Europe. Le satellite et son lanceur ayant été mis au point par l’Académie chinoise des sciences spatiales et l’Académie chinoise des technologies des fusées de lancement, toutes deux filiales de la Société chinoise des sciences et de la technologie aérospatiales. La Chine avait remporté le contrat en 2004 pour 300 millions de dollars à l’issue d’un appel d’offres.
Le premier constructeur de chemins de fer en Chine, China Railway Construction Corporation Limited (CRCCL), a remporté en début 2008, deux contrats en Libye, d’un montant total de 3,2 milliards de DL (2,7 milliards de dollars) : l’un, d’un montant de 2,2 milliards de DL, porte sur la construction d’une ligne littorale de 350 Km (Tripoli-Syrte) ; l’autre projet, d’un milliard de DL, porte sur un tracé nord-sud, reliant la ville côtière industrielle, Misratah, à Sabha, troisième ville libyenne, au milieu du désert, soit 800 Km de ligne qui servira à acheminer les minerais de fer vers la mer.
Chine - République Démocratique du Congo : un contrat de toutes les polémiques
En 2007, la Chine a accordé un prêt de 9 milliards de dollars US (dont 3 milliards pour l’exploitation minière et 6 milliards pour la réhabilitation ou la construction des infrastructures) à la RD Congo. Ce prêt est destiné à des projets bien ciblés. Sur les 6 milliards de dollars destinés aux infrastructures, 3 milliards sont à consacrer à la construction de plus de 3000 km de voies de chemin de fer entre Sakania (Katanga, Sud-est) et Matadi (Bas-Congo, ouest), ainsi qu’à la réhabilitation et à la construction d’une route reliant Kisangani (Province Orientale, Nord-est) à Kasumbalesa (Katanga), distante de 3.400 km. Une autoroute entre Lubumbashi et Kasumbalesa. D’autres travaux de voirie, sur une distance totale estimée à 450 km, sont également à financer avec cette enveloppe dans différentes villes du pays dont une autoroute devant relier le centre-ville de Kinshasa à l’aéroport international de N’Djili. Il est aussi prévu la construction, à travers le pays, de 31 hôpitaux, de 145 centres de santé, de deux grandes universités de standard international ainsi que de 5000 logements sociaux. Le secteur minier occupe une bonne place dans l’accord, prévoyant un prêt trois milliards de dollars pour relancer l’exploitation minière, dans le cadre de partenariat entre des entreprises des deux pays.
Un journal congolais écrit à propos de cet accord : «La Chine savait que la RDC ne serait pas capable de supporter un projet aussi ambitieux. Elle aura donc besoin d’argent et de beaucoup d’argent. Sa tactique n’a pas été celle d’attendre que la RDC se dote d’un programme – à l’instar du Programme multisectoriel d’urgence de reconstruction et de réhabilitation (PMURR) d’un montant global de 1,7 milliard Usd, mais qui n’aura reçu qu’à peine 454 millions Usd de la Banque mondiale – pour s’exécuter. Elle est venue quand les autres continuent à tergiverser, conditionnant souvent leur intervention à des préalables, certes importants pour réunir toutes les chances de réussite, mais à la réalisation douteuse pour un pays qui sort d’une guerre complexe» 18 .
Le prêt chinois a suscité beaucoup d’interrogations dans les capitales occidentales et les institutions financières et des polémiques à l’Assemblée nationale congolaise, du fait que les autorités congolaises accordent en contrepartie aux Chinois des concessions minières et le produit des taxes perçues par les usagers des routes et des chemins de fer construits grâce à leur aide. Les institutions internationales et pays occidentaux ont été pris de court : le protocole d’accord entre la Chine et la RDC a été rendu public le jour où une mission du Fonds monétaire international (FMI) arrivait à Kinshasa pour étudier l’annulation de l’essentiel de la dette extérieure. Les firmes minières occidentales ayant un appétit pour cet immense secteur minier congolais sont particulièrement inquiets de l’offensive chinoise. Il ne peut en être autrement quand on sait que les grandes compagnies minières présentes aujourd’hui en RDC sont essentiellement occidentales et sud-africaines, à savoir : BHP Billiton (britannique), Phelps Dodge (américain), Anglogold Ashanti et De Beers (sud-africains), etc.

- Problèmes d’expertises nationales
Le démarrage du chantier de construction, entrant dans cet accord entre la Chine et la RDC, avait pris plusieurs mois de retard dû à un désaccord entre les deux parties. A titre d’exemple, à Kinshasa, en mai 2008, l’étude du dossier relatif à la réhabilitation d’un tronçon de 4 km, partant du centre ville, a créé une profonde mésentente entre le gouvernement congolais et les Chinois qui doivent réhabiliter le tronçon. Les premières négociations ont suscité quelques couacs de part et d’autre. Et pour cause, le devis confidentiel établi par les services du ministère congolais des Travaux publics a évalué le coût des travaux de réhabilitation du tronçon routier à environ 7 millions de dollars mais les Chinois, eux, ont présenté une facture de 17 millions de dollars. Le groupe des sociétés chinoises mis en place pour collaborer avec les Congolais n’est pas satisfait. Dans une lettre envoyée au ministre des Travaux publics, le représentant du groupe s’est plaint du fait que le gouvernement congolais n’avait pas créé le Comité multisectoriel, organe qui doit se substituer aux différents services ministériels jugés inefficaces pour les projets prévus. Le responsable chinois écrivait : «la connaissance et les actions de la partie congolaise sont chaotiques et contradictoires ». En clair, les Chinois estiment que les interlocuteurs auxquels ils ont à faire manquent de professionnalisme et d’expertise pour mener à bien la coopération dans les secteurs des mines et de la construction.

- Transparence autour du contrat Chine-RDCongo
L’Assemblée nationale congolaise a consacrée l’une de ses plénières du mois de mai 2008 à un débat autour du contrat qui lie la République Démocratique du Congo à la Chine. Au terme de différentes interventions, deux tendances contradictoires se sont dégagées : l’une, de la majorité parlementaire, appuie le contrat, et l’autre, de l’opposition, le rejette. Chose rare en Afrique où les dirigeants nous habituent à une certaine opacité autour de contrats miniers, pétroliers et forestiers. Le gouvernement congolais porte ainsi à la connaissance de son peuple, à travers ses représentants, un accord aussi important qui engage le pays pour plusieurs décennies. Un exemple louable qui mérite d’inspirer d’autres gouvernements africains.

Construction du siège de l’Union Africaine
La Chine a décidé d’offrir à l’Union africaine un Centre de conférences ultramoderne dont les travaux de construction sont lancés en 2007. La pose de la première pierre a eu lieu en mai 2007 à Addis-Abeba à l’occasion de la célébration du 44 ème anniversaire de l’Union africaine. L’édifice qui est entièrement financé et équipé par la Chine à hauteur de 150 millions de dollars va permettre à l’organisation panafricaine d’abriter ses sommets jusque-là accueillis, moyennant finances, dans les locaux de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA). Ce qui participe de l’étroite relation entre la Chine et l’Afrique et la volonté de renforcement des capacités du continent dans la philosophie chinoise de coopération « gagnant-gaagnant ».

La formation pour des (futurs) cadres africains
Pendant que l’Europe se ferme sur elle-même au point de n’accorder qu’au compte-gouttes le visa d’études aux étudiants africains, la Chine octroie des milliers de bourses d’études tous les ans aux Africains pour aller se former ou se perfectionner dans divers secteurs techniques, scientifiques, médicaux, etc.
Le plan d’action du sommet Chine-Afrique de 2006 a mis l’accent sur la revalorisation des ressources humaines : plus de 10 000 personnes toutes catégories confondues ont été déjà formées par la Chine dans le cadre du Fonds de développement des ressources humaines africaines : le gouvernement chinois s’engage à en former 15 000 autres. Les pays africains s’engagent, pour leur part, à fournir l’appui et l’assistance nécessaires quant à la sélection des candidats et l’assistance logistique. Le gouvernement chinois s’engage également à : aider des pays du continent à établir 100 écoles rurales pendant la période triennale (2007-2009) ; porter, avant 2009, de 2000 à 4000, le nombre de bourses par an accordées en faveur des pays africains ; former, pour ceux-ci, des fonctionnaires administratifs de l’éducation, des présidents d’universités, des directeurs d’écoles secondaire, primaire et professionnelle ainsi que des professeurs expérimentés ; établir des instituts Confucius en Afrique en vue d’aider les pays africains dans l’enseignement du chinois, et encourager, en même temps, l’enseignement des langues africaines dans des écoles chinoises, etc.
C’est là une coopération inestimable, qui prépare l’Afrique de demain. Il est incontestable que cette classe d’élite que l’Empire du Milieu prépare, sera composée de dirigeants politiques, administratifs et économiques qui travailleront et privilégieront des relations avec le pays qui les a formés, la Chine. Ce volet de la coopération chinoise n’est bien évidemment pas fortuit, il entre dans la stratégie à long terme pensée par la Chine.
Chapitre 2
La Chine en Afrique, une stratégie sur le long terme
Le président chinois Hu Jintao, le premier ministre Wen Jiabao et le ministre des affaires étrangères Li Zhaoxing ont effectué plus d’une vingtaine de visites en Afrique au courant des années 2006 et 2007. Ce qui montre l’intérêt que l’Empire du Milieu accorde au continent noir qui présente d’énormes opportunités d’affaires : ressources naturelles et commerces divers.
« Il est raisonnable de penser que Pékin applique au marché africain sa même logique de “prévisions sur le long terme”, et ainsi prend-elle en considération cette manne de 900 millions de consommateurs potentiels et les opportunités qu’elle pourrait représenter dans les décennies à venir. En d’autres termes, elle n’écarte pas un possible développement économique des États africains et cherche donc à anticiper un éventuel décollage en s’insérant d’ores et déjà dans le réseau commercial africain. (…) contrairement aux Occidentaux, la Chine, au travers de ces investissements, n’agit pas en vue d’une rentabilité IMMÉDIATE mais oeuvre davantage pour se prémunir de la dépendance énergétique » 19 , a écrit Ludovic Woets.
Pendant que les puissances européennes, travaillent chacune dans son pré-carré, – les Anglais sont au Nigeria, au Sierre Leone, au Kenya ; les Français, au Gabon, au Congo ; les Belges en R.D. Congo, au Rwanda ; les Portugais, en Angola, au Mozambique, etc. – la Chine, elle, n’a pas de pré-carré, travaille avec l’ensemble des pays du continent y compris dans les pays qui n’ont pas de matières premières mais sont néanmoins des marchés de constructions des infrastructures de demain.
Il n’est pas ainsi rare que la SINOPEC signe des contrats d’exploration du pétrole avec des pays qui n’ont apparemment aucun signe géologique prometteur en la matière (le Burundi, le Bénin, le Rwanda par exemple). Ce qui n’est pas du goût des compagnies pétrolières occidentales qui voient les sociétés disposant des moyens financiers importants en train de s’imposer, jour après jour, à leur barbe. Xavier Harel 20 a ainsi utilisé la métaphore de « l’entrée d’un nouveau caïman dans le marigot du pétrole africain» pour désigner le grand appétit de la Chine pour les matières premières africaines.
La période suivant immédiatement la fin de la guerre froide a été marquée par le désintérêt de l’Occident pour l’Afrique, l’Occident se tournant vers l’Est. La Chine profitant du champ libre s’intéresse et s’installe peu à peu, à partir du début des années 1990, sur le continent noir délaissé. Les Chinois ont compris que l’Afrique est un marché à conquérir, ce qui se traduit aujourd’hui par de nombreux investissements qui se font un peu partout sur le continent. L’Africain moyen, de son côté, voit se réaliser dans le cadre de cette coopération sino-africaine, des écoles, des hôpitaux, des routes, etc. qui contribuent à changer sa vie. La Chine qui considère l’Afrique comme un partenaire d’égal à égal, lui propose par ailleurs des solutions intéressantes, notamment les annulations de dettes des pays avec lesquels elle coopère et des prêts à taux préférentiels et généralement sans conditions, à la grande satisfaction des pays africains.
En Algérie, dans les années 1990, les sociétés occidentales, françaises en particulier, ont déserté le pays pour cause de montée de l’islamisme. Les Chinois profitent du vide laissé par les Occidentaux pour obtenir le contrat de réalisation de l’hôtel Sheraton à proximité de l’aéroport d’Alger et cela, dans un délai très court et avec une qualité largement supérieure à des entreprises locales. Un chantier réalisé avec une main d’œuvre essentiellement chinoise. C’est à partir de cette période que commence l’implantation d’entreprises chinoises en Algérie, lesquelles augmentent progressivement leur emprise et traitent aujourd’hui une majorité des marchés de constructions, tant publics que privés, qu’il s’agisse d’infrastructures routières, d’ouvrages d’art, d’usines ou de bâtiments d’habitation.
Les entreprises occidentales et notamment européennes, évitent soigneusement de s’installer dans les pays sans richesses minières ou pétrolières. «On n’investit pas dans les infrastructures, en particulier dans les pays africains, parce qu’il n’y a pas vraiment de marchés. Il faut que les gens puissent payer ! Les gens sont pauvres, ils ne peuvent pas payer l’eau, ils ne peuvent pas payer l’électricité et donc les entreprises ne peuvent pas y venir ! Et comme les Etats ont de gros problèmes budgétaires, ils ne peuvent pas investir. Vous voyez, c’est un peu un cercle vicieux. Alors, on parle beaucoup aujourd’hui du partenariat public-privé mais sans l’aide publique au développement, on aura beaucoup, beaucoup de problèmes à déclencher le moteur, si vous voulez, de l’investissement dans les infrastructures et autres », a déclaré Anne Miroux, chef de service analyse des investissements à la CNUCED, en marge de la conférence d’Accra en avril 2008. Ce qui n’est pas le cas de la Chine qui a signé avec presque tous les pays africains – à l’exception des ceux entretenant des relations avec Taiwan – des accords commerciaux bilatéraux. Ces accords permettent l’accès des produits africains au marché chinois, notamment une franchise douanière sur une partie des marchandises importées des pays africains les moins développés. Néanmoins, les relations restent inégales : la Chine exporte quatre fois plus vers l’Afrique et Pékin a, de plus en plus, un rôle de bailleur de fonds qui sert largement les intérêts africains.
L’Empire du Milieu qui dispose d’un excédent commercial important constitue un énorme investisseur potentiel. Ces réserves qui, jusque là, étaient converties en bons du trésor américain ou en rentes libellées en dollars, se consacrent en partie ces dernières années à des fins géostratégiques, notamment en Afrique pour renforcer son indépendance énergétique : l’Afrique représente aujourd’hui 30 % des importations chinoises et la tendance est à la hausse. Et Pékin ne se prive pas de mener une offensive en vue de s’assurer sur le long terme l’accès à des sources de matières premières d’un des continents les plus fournis de la planète.
« En Afrique, la vague chinoise s’avère remarquable ! Forte d’un activisme diplomatique sans précédent illustré par les tournées officielles des dirigeants chinois, la Chine croque le gâteau africain avec un insatiable appétit. Profitant du retrait des pays européens et des inerties locales, les sociétés chinoises investissent tous les secteurs économiques, depuis le petit commerce jusqu’aux grands contrats. Cette démarche est facilitée par une réglementation peu contraignante, la faiblesse de la concurrence, l’absence d’opérateurs locaux. La stratégie chinoise ne vise pas seulement l’engrangement de gains, elle s’établit sur le long terme. Au-delà de la nécessité de sécuriser ses besoins d’approvisionnement en matières premières, l’objectif est de permettre aux entreprises chinoises d’acquérir une dimension mondiale », ont fait ainsi observer Wang Scarlet et François Chevalerie 21 .
En une décennie, a écrit pour sa part, Pierre-Antoine Baud 22 , la Chine est devenue un partenaire de première importance au Sud du Sahara, tandis que le continent africain présente des opportunités certaines pour trois aspects de la politique extérieure chinoise :
- la sécurisation durable de l’accès aux matières premières nécessaires à la croissance chinoise ;
- des essais pour étendre à des produits à plus forte valeur ajoutée la politique de « dépasser les frontières », dévolue par le gouvernement chinois à des multinationales naissantes ;
- des appuis diplomatiques au sein des instances internationales contribuant à asseoir le rang international de Pékin.

La dimension géopolitique de la relation sino-africaine
Dans un récent ouvrage, Philipe Hugon 23 , professeur émérite de l’université Paris X et directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), mentionne que l’Afrique est devenue un acteur géopolitique émergent des relations internationales. Après un constat cruel, exacerbé par la difficile organisation des États-nations, l’enseignant-chercheur souligne que l’Afrique est, par ailleurs, un continent pluriel, doté de nombreuses ressources et dont le développement sera l’un des grands enjeux géopolitiques de demain.
Pékin a besoin des pays africains pour faire le plein des voix dans les instances internationales et « Du fait de sa “balkanisation”, l’Afrique constitue un formidable réservoir de voix pour toutes les instances internationales où le vote du Togo, de la Gambie, du Sao-Tomé ou du royaume du Lesotho compte autant que celui de la Chine, de la Russie, des Etats-Unis ou du Brésil », souligne Stephen Smith 24 .

La dimension économique de la relation sino-africaine
La Chine cherche par tous les moyens à maintenir son rythme de croissance. D’où, la multiplication des stratégies en Afrique pour obtenir des partenariats prometteurs, à un moment où l’Occident est timoré sur ses choix d’aide au développement.
Quand la société chinoise SINOPEC obtient, en 2000, le droit d’exploitation d’un champ pétrolier soudanais, Eximbank ouvre de son côté une filiale à Khartoum, sa première en Afrique. Cet instrument financier permet à Pékin de soutenir, au travers d’une aide financière, l’activité des entreprises chinoises d’une part, et de prêter aux gouvernements africains afin de permettre la construction des infrastructures (routes, ports, hôpitaux, raffineries, centrales hydro-électriques, etc.), d’autre part.
La Chine exporte en Afrique principalement des produits de consommation courante. En revanche, elle importe du continent du pétrole, des ressources minières et autres matières premières : géographiquement, l’Afrique centrale et australe lui fournit des ressources minières ; tandis que l’Afrique de l’Ouest, du pétrole et du coton. La Chine est ainsi devenue le premier partenaire commercial à l’export des grands pays producteurs de coton (Bénin, Burkina Faso, Mali, Tchad). Dans l’autre sens, la Chine a, depuis le 1er janvier 2005, accordé un tarif préférentiel sur plus de 200 produits à 28 pays les moins avancés (PMA) d’Afrique ayant des relations diplomatiques avec elle. Cela a pour corollaire le doublement de l’exportation des produits de ces pays vers la Chine.

- Une présence économique multiforme
Les exportations chinoises ne se limitent pas qu’aux produits de consommation courante. Les automobiles chinoises gagnent de plus en plus la confiance du marché africain et deviennent une nouvelle opportunité dans la coopération économique sino-africaine. Les marques occidentales, jadis, envahissaient le continent ; les marques chinoises (Chery, Geely, Ploarsun, JMC, Yuejin, etc.) commencent à leur tour à gagner du terrain. Ainsi, en 2005, quelque 15 000 véhicules chinois sont exportés vers l’Afrique à partir du port de Haitong à Shanghai, le plus grand port chinois : le continent devient le principal marché d’Outre-mer de la voiture chinoise. La marque JMC a exporté, à elle seule, plus de 4 000 automobiles vers l’Afrique en 2006 et plus de 6 000 en 2007. Pour réduire le coût de production, Polarsun a simplifié l’équipement luxueux de ses véhicules selon la demande des clients, et a établi un grand centre de service après-vente en Afrique.