La politique ivoirienne sur le café et le cacao

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Français
204 pages
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Description

L'auteur examine les grands équilibres de l'économie ivoirienne et cerne la précarité des recettes extérieures indispensables au développement, recettes essentiellement générées par le café et le cacao. Avec une justesse résultant d'une expérience de terrain, l'auteur traduit la démarche de la Côte d'Ivoire dans la défense de ses intérêts vitaux dans le contexte du marché international de formation des prix, il revendique la nécessité d'un minimum de protection pour les producteurs.

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Date de parution 01 avril 2010
Nombre de lectures 270
EAN13 9782296241817
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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LA POLITIQUE IVOIRIENNE
SUR LE CAFE ET LE CACAO

MARC AIKO ZIKE

LA POLITIQUE IVOIRIENNE
SUR LE CAFE ET LE CACAO

© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanado.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-10435-8
EAN : 9782296104358

SOMMAIRE

PREFACE…………………………………………………………….7

NOTE DE L'AUTEUR……………………………………………..9

PREMIERE PARTIE
L'AGRICULTURE, PILIER DE L'ECONOMIE IVOIRIENNE………15

CHAPITRE I
L'économie caféière et cacaoyère en Côte d'Ivoire……………….17

CHAPITRE II
La mobilisation du monde rural…………………………………...35

DEUXIEME PARTIE
UN MARCHE DE DUPES…………………………………………55

CHAPITRE I
La géographie économique du café et du cacao…………………..57

CHAPITRE II
Les donnéesdu marché…………………………………………...67

TROISIEME PARTIE
LA STRATEGIEIVOIRIENNE………………………………..115

CHAPITRE I
L'approche ivoirienne du phénomène de fluctuation des cours..117
5

CHAPITRE II
Le comportement
de la Côte d'Ivoire sur le marché international………………….145

CONCLUSION…………………………………………………….191

BIBLIOGRAPHIE…………………………………………….......199

6

PREFACE

Avec cetouvrage dudiplomate Marc AIKO Ziké, la palette des
analyses sur les mécanismes des marchés des produits de base
s'enrichit. La complexité des mécanismes de ces marchés laisse croire
àtous les auteurs qu'ilya simplementdysfonctionnementlorsqu'on
observeune évolution des prixaudétrimentd'un groupe d'intérêts.
Ainsi les producteurs de matières premières parleront-ils de crise
lorsque les prixrésultantde l'équilibre offre/demande se situerontà des
niveauxbas ne permettantpas la couverture des coûts réels de
production etde mise sur le marché. Par contre, pour les pays
consommateurs, la crise setraduira parune augmentation significative
etdurable des prixdumarché par suite d'une récession de l'offre par
rapportà la demande.

Comme l'auteur le soucommerce inligne, leternational estguidé
par lesrapports de force etd’intérêts financiers. Le caractère
mercantile des échanges de cetype ne laisseque peude place aux
considérations humanitaires. Cettevérité séculaire continuera
certainement tantque l'on parlera d'intérêtetde profitàtirer des
échanges.La notd’ion «un poids, deuxmesures» pourraitainsi être
opposée àtoute idée qui Préconiserait, comme le faitle Dr Marc AIKO
Ziké dans son plaidoyer pour les maillons les plus faibles ducommerce
international des matières premières, qu'une protection minimum leur
soitaccordée. Ce faisant, ce seraiten effetleur assurerune garantie
contre les aléas dumarché dansun système de libre échange. Même
dans les systèmes économiques oùla pratique du troc estcourante,un
tel deal n'existe pas; aussi ne saurait-il se concevoir dansun système de
commerce internationaltraditionnel fondé sur les principes dulibre
échange.

7

S'agissant de la Côte-d'Ivoire, c'estavec beaucoup de clarté que Dr
Marc AIKO Zikéexamine les grands équilibres de l'économie
ivoirienne etcerne la précarité des recettes extérieures indispensables
audéveloppement, recettes essentiellementgénérées par le café etle
cacao. Avecune justesse résultantd'une expérience deterrain, l'auteur
traduitla démarche de la Côte-d'lvoire dans la défense de ses intérêts
vitauxdans le contexte dumarché international de formation des prix
par as bourses, il revendique la nécessité d'un minimum de protection
pour les producteurs.

Al'heure oùl'on assiste à la construction àtravers le système des Nations
Unies, notammentduGATT, d'une économie mondialetotalement
libéralisée, ce plaidoyer politique pourune humanisation etplus d'équité
dans les échanges internationaux, particulièrementles échanges Nord-Sud,
sera-t-il entenduetsuffira-t-il à influer sur les orientations prises ?

Comme beaucoup de ses contemporains des pays producteurs de matières
premières,témoin impuissantde la domination etducontrôle des règles
dujeudumarché libre par les opérateurs duNord,Dr Marc AIKO Ziké
lanceun appel à la compréhension, à la coopération,voire à l’aide.Un
appel de plus mais certainementpas le dernier car si de besoin, d'autres
voixs'élèverontetcontinuerontd'appeler l'attention des pays duNord sur
leur intérêtà réaliser cette équipe dans les échanges internationaux.Dr
Marc AIKO Zikéestoptimiste etcroiten la possibilité de réveiller des
sensibilités duNord susceptibles d'influer sur les groupes qui manipulent
les bouqrses. J'espèreue sa démarche méthodique, son style simple etses
analyses pertinentes accrocherontle lecteur etl'inciterontàterminer la
lecture de cetintéressantouvrage qui les aidera sans nul doute à
comprendre les raisons d'un combatàune époque donnée.

Avril 1990

Alain Gauze
Ministre délégué à la Présidence de la
République chargé des produits de base.
Représentant permanent de l'OAMCAF auprès de l'Organisation internationale
du café (QIC) et de la Côte-d'lvoire auprès des organisations internationales des
produits de base à Londres.

8

NOTE DE L’AUTEUR

Dans son ouvrage intitulé"Recherches sur la nature et les
1
causes de la richesse des nations", l’économiste anglaisAdam
Smith compare les nations à des ménages. Il pense que,tout
comme chaque ménagetrouve intéressantde ne produire qu’une
partie de biens qui lui sontnécessaires etd’acheter les autres
avec les produits qu’il peut vendre, les nations devraientsuivre
2
cette règle: faire commetoutchef de famille prudentdontla
maxime estde ne jamais essayer de faire chezsoi la chose qui
lui coûtera moins cher à acheter qu’à faire etAdam Smith de
citer l’exemple du tailleur qui «ne cherche pas à faire ses
souliers lui-même mais les achète chezle cordonnier ».

Ces précisions constituentla réponse d’Adam Smith à la
question de savoir pourquoi les nations commercent-elles entre
elles ? Plusieursthéories ontété formulées à ce sujetetparmi les
nombreuses explications qui ontété données sur la configuration
des échanges internationaux, la plusunanimementadmise
semble être celle fournie par l’économiste suédois Bertil Ohlin
qui partduconstatque, selon lui, la production de plusieurs
biens différents nécessite des facteurs (terre, capital,travail) en
proportionsvariées. Or, les pays sontdiversementdotés en ces
facteurs, lesuns relativementauxautres. A la suite de ce constat,
Bertil Ohlin établitque «les différents pays auront tendance à
bénéficier d’avantages comparatifs dans la production des biens
qui font un appel intensif auxfacteurs dontils sontle plus
richementdotSon argés ».umentation débouche sur la
conclusion que « chaque pays doitexporter le bien faisantappel
aufacteur abondantdontil setrouve doté, en échange de biens

1
Ouvrage paruen 1776etréédité en 1976par Gallimard, collection "
Idées", Paris, pages257 et 258.
2
Peter H. LindertetCharles P. Kindleberger, Economie internationale,
e
collection " Tendances actuelles", 7édition, 1982, pages 19 à35
9

importés qui nécessitent un usage plus intensif de ses facteurs
rares ».

On utilise souvent les termes de «division internationale du
travail »pour désigner la spécialisation de fait des activités
économiques des états au niveau des échanges internationaux:
un abus de langage a ainsi pu présenter certains pays du
tiers-monde comme ayant une vocation naturelle et
essentiellement agricole alors qu’il s’agit tout simplement de
pays dotés de facteurs favorables à une activité agricole ou
minière donnée : terre, main-d’œuvre abondante et bon marché,
sol et conditions climatiques…

En schématisant ou en simplifiant les choses, l’on pourrait dire
qu’aujourd’hui, le problème central est moins de savoir pourquoi
les nations commercent entre elles mais plutôt de situer l’esprit
dans lequel se déroulent les échanges internationaux. Une
certaine division internationale du travail a fait de la plupart des
pays du tiers-monde, notamment ceux d’Afrique, d’Asie,
d’Amérique Centrale etduSud, des producteurs exclusifs de
matières premières d’origine minérale ouagricole qu’ils
exportentsur le marché international afin de se procurer les
devises nécessaires aufinancementde leur développement
économique, social etculturel etdes autres infrastructures.

Or, les prixauxquels les pays industrialisés, qui en sont
consommateurs, achètentles produits exportés sur leur marché
sontinstables parce quevariantchaque jour, chaque semaine,
chaque mois, chaque année de sorte que les pays producteurs
éprouventdes difficultés insurmontables pour planifier leur
développement, à cause surtoutducaractère incertain de leurs
3
recettes d’exportation .Devantla réduction drastique des
recettes d’exportation, les pays producteurs, pris à la gorge par

3
Aucours de la campagne (1981-1982), le cacao etla café avaient
rapporté à la Côte-d’Ivoire1 400milliards de francsCFA de recettes. A
la campagne suivante (1982-1983), ces recettes sont tombées de 700
milliards, soit une perte sèche de 700milliards, c'est-à-dire la moitié
des recettes enregistrées aucours de la campagne précédente.
10

ces temps de crises, se trouventplacer devantle dilemme :

'

'

Oubien acceptertacitementles déficiences dumarché
international, laissé faire etaccroitre considérablement,
chaque année, levolume des produits exportés pour
espérer des recettes à peuprès normales.

Oubien alors réagir etdévelopperune stratégie
tendantà humaniser, à moraliser età modifier dansun
sens favorable les règles etpratiques qui régissent
actuellementles échanges commerciauxentre les pays
producteurs etconsommateurs des matières premières.

Face à ce dilemme commentréagissentles pays concernés?
Nous avons simplifié la réponse en nous intéressantà la Côte
d’Ivoire. Mais pourquoi ce pays ?

Le choixde l’étude de comportementde la Côte d’Ivoire sur le
marché international des matières premières et, en particulier,
sur celui ducafé etducacao àtravers sa politique de défense des
prixrépondentà deuxconsidérations.

La première considération: La Côte d’Ivoire est un acteur
importantetdynamique sur le marché international des produits
de base. Premier producteur mondial de cacao avec plus de
800 000tonnes en 1989-1990etoccupantletroisième rang
mondial pour le café, la Côte d’Ivoire, doitsa relative prospérité
actuelle à l’agriculture etnotammentà ces deuxproduits
d’exportation qui occupent une place prépondérante dans
4
l’économie nationale .

Depuis la période coloniale jusqu’à la fin des années 80-90, la
Côte d’Ivoire a engagé etpoursuivi, avec le Président
Houphouët-Boigny,un combathéroïque etpar la force des
choses solitaire envue d’obtenirune meilleure rémunération des

4
Le café etle cacao représententletiers duproduitnational brutet
fournissentà la Côte d’Ivoire 40% de ses recettestotales exportations.
11

matières premières en général, du café et du cacao en particulier.
Elle a, à cetégard, élaboréune stratégie de lutte pour la défense
des prixet, dans le cadre de cette stratégie, mené des actionstant
auplan national qu’international, pour amener le négoce
international à comprendre la nécessité de modifier les pratiques
en cours sur le marché international etqui sontpréjudiciables
auxintérêts des pays producteurs. Ces actions n’ontpas laissé
indifférents les pays consommateurs etles autres pays
producteurs. On l’a constaté lorsque, à l’époque, la Côte d’Ivoire
a dû, contre son gré, décidé:

'De ne pas être partie prenante à l’Accord
international de 1980sur le cacao.

'De suspendre le remboursementde sa dette
extérieure aussi longtemps que les bas prix
d’achatpratiqués par les pays créanciers
consommateurs mettrontles pays débiteurs
producteurs dans l’incapacité d’honorer leurs
engagements.

'De stocker son cacao conformémentaux
dispositions pertinentes de l’Accord
international de 1986sur ce produit.

'De supprimer les intermédiaires en signant un
contratdevente detoute sa production
cacaoyère avecun, puis deux, grands
négociants.

La deuxième considérationqui a motivé le choixde la Côte
d’Ivoire estla prise en compte des réactions (contradictoires,
passionnées et, souvent, d’incompréhension) suscitées, àune
époque, ausein de l’opinion publique internationale, par
l’attitude etles décisions dupays. Dès lors, il étaitnécessaire de
chercher à situer, à analyser età justifier les positions etles
actions ivoiriennes par rapportauxconditions objectives dans
lesquelles s’opère aujourd’hui le commerce international des

12

matières premières en général, ducacao etducafé en
particulier. Cette analyse permetde mieuxapprécier la gravité
de la menace d’asphyxie que, par leur cruauté, le marché
international etles pratiques quiyontcours fontpeser sur les
économies fragiles de nos pays producteurs etexportateurs de
matières premières. La problématique qui sous-tend l’analyse
transparaitàtraversune série d’interrogations.

'Comment, à partir d’une production
négligeable de café etde cacao dans les
années 1930-1940, la Côte d’Ivoire a-t-elle
réussi à se hisser aujourd’hui aupremier rang
des producteurs mondiauxde ces produits ?

'Pourquoi malgré, d’une part, la sacro-sainte
loi de l’offre etde la demande dont
l’application estcensée déterminer le juste
prixdans les échanges de biens etd’autre part,
l’existence d’accords spécifiques etde
plusieurs mécanismes imaginés pour stabiliser
le marché des matières premières, les pays
producteurs etles pays consommateurs ne
parviennent-ils pas à s’entendre sur des prix
mutuellementavantageux?

'Devantles pratiques spéculatives etles
obstacles constitués par les dysfonctions du
marché international, la Côte d’Ivoire, prenant
ses responsabilités, a définiune stratégie de
lutte pour l’obtention des prixrémunérateurs.
Quels estle contenude cette stratégie ?

'Quel en estl’impactsur l’évolution des
tendances duLa Cômarché ?te d’Ivoire
a-t-elle réussi, par ses actions dans le cadre de
la stratégie adoptée, à influencer dansun sens
favorable lestendances à la baisse dumarché
ducafé etducacao ?

13

Pour mieuxcerner les différents aspects de cette série
d’interrogations, nous avons, en nous appuyantsur la méthode
historique etanalytique, organisé notre démarche autour detrois
grandes idées.

La première partieidentifie etanalyse les principauxfacteurs
qui ontpermis à la Côte d’Ivoire, de se hisser, en moins d’un
quartde siècle, aupremier rang des producteurs mondiauxd’un
grand nombre de produits de base dontle café etle cacao.

La deuxième partieprésente d’abord la géographie économique
des deuxproduits considérés àtravers leur production etleur
consommation dans le monde.Elle metensuite en relief les
principales caractéristiques de leur marché qui s’illustre parune
instabilité ayantnécessité quelques garde-fous à succès relatif
tels que les accords produits, les mécanismes préventifs des
fluctuations des cours comme le programme intégré pour les
produits de base etleFonds commun pour les produits de base
oules mécanismes de compensation de baisse des recettes
d’exportation comme le STABEX, leFonds de compensation du
FMI. Cette deuxième partie débouche sur l’analyse durôle de la
spéculation dans les bourses de commerce des produits ainsi que
sur les conflits d’intérêtqui agitentle marché des produits de
base.

La troisième et dernière partieprésente la réaction de la Côte
d’Ivoire, face auxpratiques dumarché international, àtravers
l’analyse critique de la stratégie qu’elle a adoptée etmise en
œuvre.

14

PREMIERE PARTIE

L’AGRICULTURE
PILIER DE L’ECONOMIE IVOIRIENNE

Chapitre 1

L\wconomie cafwivre et cacaoyvre en CDte d\Ivoire

Partie d’une production insignifiante au début du siècle, la Côte
d’Ivoire s’esthissée en peudetemps, aupremier rang des
5
producteurs mondiauxde café et.Cerde cacaotains
consommateurs ont, à l’époque, qualifié de«miracle»ces
performances. Un bref rappel historique permetde souligner
l’importance ducafé etducacao dans l’économie ivoirienne.

En 1870, à la fin dudix-neuvième siècle, la culture ducafé etdu
cacao a été introduite en Côte d’Ivoire par l’explorateur français
Arthur Verdier. En 1878, il faitréaliser les premières plantations
de caféiers etde cacaoyers à Elima, dans la région d’Assinie, au
bord de la lagune Abysur le littoral. Les plantations de caféiers
etde cacaoyers étaient, audépart, des créations exclusivement
européennes. Par la suite les cultures ducafé etducacao ontété
imposées par la contrainte auxpopulations autochtones par
l’administration coloniale. En effet, chaquevillage était tenu,
non seulementd’avoir aumoinsune plantation de caféiers etde
cacaoyers mais aussi de fournir aucommandantde cercleune
quantité bien définie de chacun de ces produits. Comme le
6
rapporte l’historien ivoirien Pierre Kipré«le refus oul’échec
de la culture étaitassimilé, par l’administration coloniale, àun
acte d’insoumission etpuni commetel»d’autantque«le
Ministre des colonies encourageaitces cultures par la

5
La Côte d’Ivoire exportait, en 1905,2 tonnes de cacao et 29tonnes
de café.
6
Pierre Kipré,"La conquête coloniale de 1908 à 1920", Mémorial de
la Côte d’Ivoire,tome2, pages 56et57.
17

distribution gratuite de plants et de semences». Il est donc
parfaitement compréhensible que la population autochtone ait
boudé, dès le départ, cette activité agricole imposée pour
satisfaire avant toutles besoins de la métropole.De surcroit, il
fallaitattendre plusieurs années (5 à6ans) pour pouvoir
commercialiser les premières récoltes età quel prix! Sur la
période 1900-1908, le prixdukilo ducafé étaitcompris entre
0,80et1 francCFA. La culture ducafé etducacao n’étaient
donc pasune activité rémunératrice etl’on comprend pourquoi
la production caféière etcacaoyère estrestée insignifiante
jusqu’à la première Guerre mondiale.
C’estseulementaprès que les planteurs ivoiriens, comme ceux
des autres pays africains, ontcommencé à s’intéresser à la
culture ducafé etducacao. Jetant un regard rétrospectif sur cette
période, le PrésidentHouphouët-Boignydéclare :«la
colonisation avait voulunous lancer dans les cultures ducacao
etducafé par des méthodes de lenteur». Des«spécialistes qui
avaientappris dans les grandes écoles d’agriculture de la
métropole la culture dublé, des pommes deterre etqui
ignoraient toutducacao etducafé,voulaient transposer ici les
méthodes culturales de chezeux, c'est-à-dire des petits carrés
pour levillage. Pendantcetemps, les colons développaientleurs
productions. Si, à cette époque, nous avions croisé les
bras…Nous serions parvenus à l’indépendance dans des
7
conditions extrêmementdifficiles» .
Depuis cette période jusqu’auseuil de l’indépendance, les
populations rurales ainsi que les nouvelles élites ivoiriennes ont
pris conscience de l’importance des cultures d’exportation pour
l’économie nationale, à condition qu’elles soientconçues et
orientées dans l’intérêtdes planteurs. Dès l’accession de la Côte
d’Ivoire à l’indépendance, le07 Août1960, le Président
Houphouët-Boignya définiune politique fondée surun certain
nombre d’options fondamentales. Il a égalementmis en place
des structures etdégagé des moyens financierstrès importants
pour maximiser la production ivoirienne parce qu’il ne«voulait

7
Pierre cheynier, "Yamoussoukro cœur de la Côte d’Ivoire", éditions
Fraternité-Hebdo, Abidjan, 1985, pages37 à 41
18

pas que la Côte d’Ivoire soit un des pays les plus pauvres de
l’Afrique mais, qu’aucontraire, elle puisse sortir du
sous-développementpar letravail dans l’union etla discipline de
8
tous ses fils»

LES OPTIONS FONDAMENTALES

Les observateurs objectifs de l’évolution sociale, économique et
culturelle dupays estimentque la Côte d’Ivoire a eulatrès
grande chance d’avoir euà satête, à cette période cruciale, Félix
HouphouëtBoigny,un homme d’une sainevision prospective
qui atoutimagine,toutconçuet toutfaitréaliser. De sorte que, à
l’époque,voire encore aujourd’hui, parler de la Côte d’Ivoire de
ses performances économiques, de son comportementsur la
scène internationale revientà décrire l’action duPrésident
HouphouëtBoigny. C’estcethomme, en effet, qui a forgé le
destin de la Côte d’Ivoire.

Avec à satête, le présidentFélixHouphouëtBoigny, la Côte
d’Ivoire a faità son accession à l’indépendance, des choix
précis : l’option libérale en matière économique etpolitique,une
économie reposantsur l’agriculture, lavolonté de construireune
société de croissance et un pays largementouvertsur le monde
extérieur.

Le libéralisme, système de conduite de l’économie

Son leader charismatique le présidentFélixHouphouët-Boigny
avaitdécidé de construire en Côte d’Ivoireune société libérale,
faisantconfiance à l’individu, à son sens de l’entreprise età son
goûtdurisque, c'est-à-direune société opposée à l’autoritarisme,
au«rigidisme» ;enun mot,une société ausein de laquelle les
Ivoiriens peuvents’épanouir librementetpleinement. Le

8
InterviewduPrésidentHouphouët-Boignyà Radio-Canada en avril
1978, reprise parFraternité Matin des 15, 16, 19 et 20juin 1978
19

président Houphouët pouvaitfacilementjustifier son choixen se
référantà l’histoire.En effet, comme le souligneun document
duParti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), «l’expérience
historique montre que, d’une part, c’estausein detelles sociétés
libres que se manifeste le grand dynamisme créateur des peuples,
sur les plans économique, scientifique, culturel etsocial etque
d’autre part, ce sontdans detelles sociétés que sontréalisées les
conditions les plus favorables à l’épanouissementde la
9
personnalité de chacun» .

Vingt-cinq ans après, le huitième Congrès duParti
Démocratique de Côte d’Ivoire (le PDCI-RDA)tenules 9, 10,
11 et12octobre 1985 à Abidjan renditauPrésident
Houphouët-Boigny unvibranthommage pour le choixde cette
option libérale fondée sur l’initiative individuelle etprivée et
l’ouverture sur l’extérieur. Présentantdevantle Congrès le
rapportde la commission «Économie etfinances», M. Maurice
SeryGnoleba, Ministre d’État, releva que « pourun pays envoie
de développementcomme la Côte d’Ivoire dontl’économie
alors embryonnaire à l’aube de l’indépendance, ne reposaitque
sur les secteurs primaire etsecondaire. Le choixdulibéralisme
comme système de conduite de l’économie nationale, a étéun
choixheureux, guidé par la raison etle réalisme. Un choixdont
les résultats attestentaujourd’hui de la lucidité etde la
clairvoyance de son inspirateur, le PrésidentFélix
Houphouët-Boigny». Le rapporteur expliquaitqula libree «
entreprise, grâce à l’émulation qu’elle suscite, mobilise etlibère
énergies, aiguillonne la créativité, permettantainsi detirer la
meilleure partdetoutes les énergies créatrices etproductrices
des hommes qui constituentla collectivité nationale. Le
PrésidentHouphouët-Boignyavoulula société ivoirienne riche
etprospère car, dit-il, «seule la prospérité économique peut
permettre de faire le reste, c'est-à-dire assurer la promotion des
hommes etdonnerune réponse satisfaisante à leurs aspirations ».
La Côte d’Ivoire a été aussivoulue ouverte sur l’extérieur.

9
DocumentduPDCI, Vllle Congrès, éditionsFraternité-Hebdo, page
174.
20