Le commerce international

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Ce livre présente l'état des débats entre économistes, les conséquences des politiques économiques ou de leur absence, les faiblesses de la gouvernance d'un monde de plus en plus intégré. Il montre comment des pays ont réussi leur développement, comment d'autres sont piégés par l'exportation de matières premières ou par l'importation de produits technologiques. Même perfectible, l'OMC peut être un modèle pour la coopération internationale et la gouvernance globale.

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Date de parution 01 novembre 2011
Nombre de visites sur la page 199
EAN13 9782296472327
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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LE COMMERCE INTERNATIONAL©L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.f
ISBN : 978-2-296-56424-4
EAN : 9782296564244Jean Bourdariat
LE COMMERCE INTERNATIONAL
Théories et pratiques actuellesCollection«L’espritéconomique»
fondée par SophieBoutillier etDimitri Uzunidis en 1996
dirigée par SophieBoutillier,Blandine Laperche,Dimitri Uzunidis
Si l’apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion,
toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L’esprit
économique » soulève le débat, textes et images à l’appui, sur la face
cachée économique des faits sociaux: rapports de pouvoir, de production
et d’échange, innovations organisationnelles, technologiques et
financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de
profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement...
Ces ouvrages s’adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs
en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion,
ainsi qu’auxexperts d’entrepriseet d’administration des institutions.
La collection est divisée en sixséries :
Dans la série Economie et Innovation sont publiés des ouvrages
d’économie industrielle, financière et du travail et de sociologie
économique qui mettent l’accent sur les transformations économiques et
socialessuite à l’introduction de nouvelles techniques et méthodes de
production. L’innovation se confond avec la nouveauté marchande et
touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations
institutionnelles.
La série L’économie formelle a pour objectif de promouvoir l’analyse des
faits économiques contemporains en s’appuyant sur lesapproches
critiques de l’économie telle qu’elle est enseignée et normalisée
mondialement.Elle comprend des livres qui s’interrogent sur les choix des
acteurs économiques dans une perspective macroéconomique, historique
et prospective.
Dans la série Le Monde en Questions sont publiés des ouvrages
d’économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies
nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l’étude des
ressorts fondamentaux de l’économie mondiale sont les sujets de
prédilection dans le choixdes publications.
La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes
économiques et sociaux d’aujourd’hui liés aux métamorphoses de
l’organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition
d’ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes
questions et des ouvrages d’histoire de la pensée et des faits
économiques.
La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde
économique. Les ouvrages contiennent photoset texte pour faire ressortir
les caractéristiques d’une situation donnée. Le premier thème directeur
est : mémoire et actualité du travail et de l’industrie ; le second : histoire et
impacts économiques et sociauxdes innovations.
La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples,
fondamentaux et/ou spécialisés qui s’adressent aux étudiants en
licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son
principe de base est l’application du vieil adage chinois : « le plus
long voyage commence par le premier pas ».PourAnne
A la mémoire deHouria etCassandre
Cet ouvrage est basé sur une travail réalisé dans le cadre de
l’Institut des Hautes Etudes d’Amérique Latine (Paris). L’auteur
remercie les enseignants et les chercheurs de l’Institut pour leurs
suggestions et critiques, ainsi que pour la richesse de l’approche
transdisciplinaire qu’ils partagent. Merci à France Bouayad-Agha,
pour sa relecture vigoureuse de l’ouvrage.D Lecture rapide : Lire l’introduction, la section Q1, puis les
encadrés à la fin des sectionsQ2 àQ19, enfin la sectionQ20.
SOMMAIRE
INTRODUCTION.................................................................................13
Objectifs et démarche .....................................................................13
Limites de cet ouvrage....................................................................16
Q1.Comment se forger une opinion en économie ?.......................18
CHI.CEQUEDISENTLESPENSEURSDEL’ECONOMIE.......25
Q2. Quelles idées ont fondé le commerce international il y a deu x
siècles ?................................................................................................25
Q3.Quelles critiquesà l’encontre de la théorie classique ?..........30
a)La dégradation des termes de l’échange.................................30
b)La théorie de la dépendance...................................................31
c)La théorie du pessimisme des exportations............................32
Q4.Quels sont lesarguments desavocats du libre-échange ?.......33
Q5. Quels sont les arguments en faveur d’une protection des pays
en développement ?..............................................................................39
Q6. Le commerce est-il la condition de la prospérité des pays
industrialisés ?.....................................................................................44
a)Porter :Les avantages compétitifs d’un pays.........................44
b) Krugman : Relativiser la contribution du commerce au
bienêtre...................................................................................................45
c)Rodrik :Le paradoxe de la mondialisation.............................47
CH II. ANALYSES PAYS: CHILI, MEXIQUE, FRANCE,
ALLEMAGNE............................................................................................51
Q7.Que disent les statistiques ?.....................................................51
a)Le commerce de marchandises double tous les 8 ans.............51
b)L’évolution du commerce des services..................................56
c)Echanges par catégorie de marchandises et de services.........62
d)Points forts et points faibles par pays.....................................66
9CH III. LES DETERMINANTS DU COMMERCE
INTERNATIONAL....................................................................................71
Q8.Quels sont les déterminants du solde commercial ?................71
a)Les différentiels de croissance desPIB..................................72
b)L’évolution des taux de change..............................................74
c)La spécialisation de l’économie dans les services..................77
d)Le prix des produits primaires sur le marché mondial...........78
Q9. Les investissements à l’étranger (IDE) se substituent-ils au
commerce?..........................................................................................83
Q10. Comment l’industrie parvient-elle à être compétitive et
exportatrice ?.......................................................................................94
a)Le positionnement produits....................................................96
b)LaRecherche etDéveloppement..........................................100
c)La productivité......................................................................105
d)Les salaires et le coût du travail...........................................107
e)Les marges des entreprises...................................................109
Q11.Commentapparaît un excédent ou un déficit commercial ?116
a)ComparatifAllemagne-France.............................................117
b)ComparatifMexique -Chili.................................................119
CH IV. POLITIQUES EN RELATION AVEC LE
LIBREECHANGE................................................................................................123
Q12. Quelle maladie menace les pays exportateurs de produits
primaires ?.........................................................................................123
Q13. Comment la mondialisation peut-elle affaiblir les pays
industrialisés ?...................................................................................129
Q14.Que dit l’OMC des effets défavorables du libre-échange?.134
Q15. Quelles sont les parties prenantes au libre-échange et leurs
attentes ?............................................................................................138
Q16.Que doivent faire les gouvernements ?................................142
Q17.Quelles pistes de politique économique selon les pays ?.....146
a)Chili......................................................................................146
b)Mexique................................................................................147
c)France...................................................................................148
d)Allemagne............................................................................148
10CHV.VERSUNENOUVELLEGOUVERNANCEMONDIALE153
Q18.Avons-nous perdu le contrôle de la mondialisation ?..........153
La perte de légitimité des institutions internationales..............153
a) Commerce international : acquis et améliorations nécessaires
.......................................................................................................156
b)La globalisation dans les autres champs d’interdépendance 158
Q19.Quelle gouvernance globale dans un monde multipolaire ?161
a)Au-delà de l’économie, l’économie politique internationale161
c)Interdépendance et biens communs mondiaux.....................163
c)Le besoin de règles mondiales..............................................166
d)La gouvernance globale en chantier.....................................168
e)La gouvernance du commerce et le futur de l’OMC171
CONCLUSION....................................................................................175
Q20.Faut-ilavoir peur du libre-échange ?..................................175
ANNEXES............................................................................................183
A. DETAILDESECHANGESPARCATEGORIEDEBIENS.......................184
B. DETAILDESECHANGESPARCATEGORIEDESERVICES.................187
C. LESSTRATEGIESDESFIRMESMULTINATIONALES........................190
D. ANALYSEDESPISTESDEPOLITIQUEECONOMIQUEPARPAYS......192
Chili ..............................................................................................192
Mexique.........................................................................................195
France...........................................................................................197
Allemagne.....................................................................................200
E.UNENTRETIENFICTIFAVEC ADAM SMITHET DAVID RICARDO...202
F. BIBLIOGRAPHIE.............................................................................206
G. SIGLES...........................................................................................214
H. LISTEDESFIGURES.......................................................................216
I. LISTEDESTABLEAUX.....................................................................218
11Introduction
Objectifsetdémarche
Le sentiment que le pouvoir d’achat stagne ou diminue et le chômage
persistant dans les grands pays industrialisés conduisent l’opinion à mettre
en cause le bien-fondé du libre-échange. «Et si on arrêtait la course au
1 2libre-échange ? ». «Le protectionnisme est-il notre avenir ? ». Des
chercheurs en sciences sociales publient des études de terrain sur les
difficultés économiques quotidiennes des gens, des familles, de groupes
sociaux, et en attribuent la cause au libre-échange. Pourtant une majorité
d’économistes considère que le libre-échange contribue fortement au
développement des pays et à la réduction de la pauvreté. «Le
protectionnisme est l’une des rares choses dont je peux dire qu’il s’agit d’un
3malabsolu », affirmeCharles Wyplosz .Nous avons voulu en avoir le cœur
net. Cet ouvrage propose au lecteur un voyage dans le commerce
international destiné à mieux comprendre, par le prisme de 20 sections qui
proposent des réponses à 20 questions, comment l’économie d’un pays est
impactée par la mondialisation, le commerce international et le
libreéchange. Nous avons appliqué la recommandation de Susan Strange à ses
étudiants : se faire son propre jugement, sans a priori et en rejetant les
4.stéréotypes
Le commerce mondial s’est considérablement développé depuis 1950,
grâce à la diminution des coûts de transports, à la formidable réduction des
coûts de communication entraînée par la diffusion universelle des
technologies de l’information et de communication, par les innombrables
accords commerciaux internationaux qui ont diminué les coûts de
transaction : accords commerciaux bilatéraux entre deux pays ;
1 Chavagneux Christian, 2011, Et si on changeait la mondialisation ?, Alternatives
Economiques, n° 49, avril 2011.
2Sapir Jacques, 2006, Retour vers le Futur. Le protectionnisme est-il notre avenir ?,
L'Economie politique n° 031 - juillet 2006.
3WyploszCharles, 2011,Entretien avec le journal LeMonde, 17 juin 2011, p. 12.
4StrangeSusan, 1988,I have tried to teachboth studentsand children (…) toavoid following
the crowd, but to trust your own judgment and to stand up for your own ideas. in Kruzel,
Joseph andJamesN.Rosenau,Journey throughWorldPolitics;Lexington,MA.
13appartenance à une zone de libre-échange, comme l’ALENA ou l’UE ;
accords multinationaux dans le cadre duGATT puis de l’OMC.De 1950 à
aujourd’hui, le volume du commerce international est passé de 6% à 20 % de
la valeur du PIB mondial. «Avant 1950, les superstars de la croissance
dépassaient rarement un taux annuel de 2% [taux de croissance du PIB par
habitant] sur de longues périodes. Après, les nouveaux champions de
l’activité économique (Japon, Corée du Sud, Chine) ont crû à un rythme
5annuel moyen de 6-8% ». Les résultats impressionnants obtenus font dire à
Pascal Lamy,Directeur de l’OMC : «L'accroissement du commerce profite
à tous les pays parce que la spécialisation de la production réduit les coûts
moyens et que les consommateurs ont accès à de nouvelles variétés de
6produits ».
Mais de plus en plus souvent dans les nations industrialisées, l’opinion
publique estime que le libre-échange et la mondialisation sont la cause
de difficultés vécues par les gens : stagnation du pouvoir d’achat,
délocalisations, chômage, hausse de la pauvreté. Certains auteurs rappellent
que si le volume des produits primaires exportés par les pays en
développement augmente avec le temps, leur prix a tendance à diminuer sur
longue période.Ils observent que des pays exportateurs, riches en ressources
naturelles, souffrent de la « maladie hollandaise » qui fait se dégrader
l’économie hormis le secteur exportateur. Ou encore que pour décider de
leurs investissements à l’étranger, les firmes multinationales mettent en
compétition les populations et les régions d’accueil de ces investissements,
les faisant entrer dans une spirale du moins-disant en matière de salaires et
de protection sociale. Ils affirment aussi que les pays émergents qui
bénéficient le plus de la mondialisation ne sont pas totalement ouverts au
commerce mondial et protègent de la concurrence des pans entiers de leurs
économies.
Après la crise de 1929, des théories ont été élaborées par les économistes
pour expliquer ces phénomènes et proposer des politiques publiques
destinées à corriger les anomalies qu’ils attribuaient au commerce, avec des
5Rodrik Dani, 2007, How to Save Globalization from its Cheerleaders, Jal of International
Trade andDiplomacy,Autumn 2007, traduction française,LaDécouverte 2008, p. 9.
6Lamy Pascal, 2010, Economie et commerce international, quelques fausses vérités,
Conférence à l’Ecole d’Economie deParis, 12 avril 2010.
14succès variables.De nos jours, les débats autour des politiques économiques
font se confronter trois lignes de pensée : les néo-classiques, porteurs d’un
corpus de doctrine de base favorable au libre-échange, peu contesté et
fortement enraciné au sein de la communauté des économistes, les
néolibéraux qui se donnent pour priorité la réduction des obstacles au
commerce et la réduction du rôle de l’Etat, et enfin, le groupe des
économisteshétérodoxes, ensemble hétérogène de ceux qui au contraire
demandent un renforcement de la régulation et du rôle des institutions (dont
l’Etat).La récente crise financière,puis économique a donné plus d’audience
à ce dernier groupe.
Une synthèse des théories économiques et du commerce est proposée
dans un premier chapitre de cet ouvrage, partant d’une relecture des textes
originaux des fondateurs de la pensée économique et de leurs principaux
esuccesseurs au XX siècle. La situation et les évolutions des pays de notre
7échantillon sont analysées dans le second chapitre, au travers de tableaux et
graphiques, établis à partir de données extraites des bases statistiques de
l’OCDE, l’OMC, la CNUCED, la Banque Mondiale, le FMI, etc. Des
données nationales sont parfois utilisées (INSEE, Banco de Mexico, Banco
de Chile). Dans le troisième chapitre, nous cherchons à identifier les
déterminants, les facteurs qui permettent à un pays de se développer plus
rapidement grâce dans un contexte d’ouverture commerciale, ou au contraire
ceux qui freinent le développement attendu de l’ouverture commerciale.
Nous abordons le domaine des politiques économiques en relation avec le
commerce international dans le quatrième chapitre. Dans le cinquième et
dernier chapitre, nous nous posons la question de la gouvernance globale
dans le contexte de la mondialisation et faisons le point des débats actuels,
en particulier pour ce qui concerne la gouvernance globale du commerce.
7L’échantillon – constitué de quatre pays de l’OCDE,Chili,Mexique,France,Allemagne – :
réunit des caractéristiques complémentaires pour notre analyse : paysémergents et
industrialisés, exportateurs de produits industriels ou primaires, commerce extérieur
excédentaire ou déficitaire.L’appartenance de ces pays à l’OCDE nous a permis d’accéder à
des bases de données statistiques très complètes, très utiles pour réaliser cet ouvrage (à
l’exception duChili dont l’adhésion est toute récente, et pour lequel des données sont encore
manquantes).
15Limitesdecetouvrage
Deux dimensions importantes de la mondialisation et de ses effets ne sont
pas prises en compte dans le présent ouvrage et constituent deux limitations
ànotreétude.
1. La mondialisation des marchés financiers. La mondialisation
comporte différentes facettes : la libéralisation du commerce international,
les investissements étrangers des entreprises (IDE), les mouvements
transfrontières de capitaux, les migrations internationales et la circulation
8,9des droits de la propriété intellectuelle .Nous n’abordons dans cet ouvrage
que la libéralisation du commerce et les IDE. Les questions monétaires, la
dérégulation des marchés financiers, le développement des institutions
financières depuis 25 ans, qui influent fortement sur l’évolution économique
des nations, ne sont que sommairement abordées (voirQ18).Nous verrons à
quel point il est nécessaire de bien distinguer ces différentes facettes de la
mondialisation, et en particulier de ne pas confondre les échanges
internationaux de biens et de services avec les échanges de capitaux sur
les marchés financiers, lesquels ont été libéralisés comme on le sait depuis
les années 1980.
2. Le contenu de la croissance, c’est-à-dire la question de savoir si elle
est durable et si elle bénéficie vraiment aux populations, un vaste thème de
recherche et de débats, et un enjeu qui conditionne le futur de notre planète.
La notion de bien-être serait plus adaptée que celle de PIB, mais il
n’existe pas encore d’indicateur pour lequel des statistiques seraient
10disponibles, encore moins sur une période suffisamment longue . Par
exemple un pays qui renoncerait à exploiter et exporter son pétrole
apparaîtrait dans cette étude comme ralentissant sont développement, alors
que dans une optique de développement durable, une valeur mesurable
devrait être associée à la préservation des ressources et de l’environnement
et à la moindre émission de CO2. Nous restons dans cet ouvrage à une
8 BIT, 2004, Rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la
mondialisation, février 2004, p. 27.
9BhagwatiJagdish, 2002, déjà cité, p. 14.
10L’OCDE a élaboré récemment un indice de mesure du bien-être : le«Better Life Index ».
Voir www.oecdbetterlifeindex.org .
16mesure du développement par la progression du PIB, ce qui en est une
limite, suivant l’idée ancienne clairement formulée en 1840 par
JeanBaptiste Say, selon lequel l’existence de l’homme est « d’autant plus
complète, ses facultés s’exercent d’autant plus qu’il consomme
11davantage ».Cette idée n’est remise en cause que depuis quelques années,
et, il faut le souligner, surtout dans les pays industrialisés.
11 inMédaDominique, 1999,Au-delà duPIB.Pour uneautre mesure de la richesse,Champs
ActuelsEd,Paris, p. 129.
17Q1. Comment se forger une opinion en
économie?
Le non-spécialiste rencontre d’importantes difficultés lorsqu’il cherche à
appréhender les théories, études et opinions des auteurs en économie,
difficultés qui peuvent lui donner le sentiment que la science économique
serait une sorte de mille-feuilles, construit couche après couche depuis le
siècle des lumières par des générations de penseurs, une accumulation
d’idées et de théories élaborées et validées empiriquement dans une région et
à un moment donné. Une personne formée aux sciences humaines peut
imaginer que l’économie est une science exacte qui laisserait de côté les
questions de société. Il est vrai qu’un certain nombre de principes et
d’indicateurs de la science économique ont été suffisamment discutés et
mesurés pour reconnaître le consensus qui existe sur un corpus de règles
décrivant assez bien le fonctionnement de l’économie d’un pays.C’est le cas
en particulier du commerce international dont les règles ont été formulées
e eempiriquement aux XVIII et XIX siècles, et validées au plan théorique au
eXX siècle. En revanche, il n’y a pas de consensus entre les spécialistes
(auteurs, chercheurs, responsables économiques et politiques) pour
reconnaître les causalités et les implications entre les questions économiques
et les questions sociales dans les faits que nous observons au quotidien : les
impacts sociaux de l’économie sont considérés comme des « externalités »,
un terme qui aide à fixer la périmètre de l’enseignement de la discipline des
sciences économiques. Pour un physicien, un mathématicien, un ingénieur,
la science économique ne dispose pas d’une architecture théorique
unificatrice comme en ont les sciences exactes, laquelle facilite la
confrontation des points de vue et le consensus des chercheurs. Cette
absence et le dissensus sur les impacts politiques et sociaux sont
particulièrement gênants quand on aborde le sujet des politiques
économiques.
Les déséquilibres du commerce de grands pays industrialisés,
eapparus vers la fin du XX siècle, ont suscité dans l’opinion de ces pays
une vague de réactions hostiles à la mondialisation, et plus
particulièrement au libre-échange, alors qu’une majorité des économistes est
convaincue de ses avantages. Pour Jagdish Bhagwati, un des plus écoutés
18des avocats du libre-échange, qui passa sa vie à analyser les distorsions et les
dysfonctionnements des marchés, « l’argument selon lequel le libre-échange
12accroît le bien-être général ne va pas de soi ». La formulation de
l’avantage comparatif est « contre-intuitive»: si l’on peut convenir aisément
qu’il est bon qu’un pays privilégie les activités économiques dans lesquelles
il excelle, cela l’est moins d’accepter de fermer les pans d’activité où son
économie est moins performante. Bhagwati relativise la contestation de la
mondialisation qui serait le fait d’une coalition d’opposants poussés par la
« tyrannie de l’absence d’alternative » depuis la fin du communisme, le
capitalisme se trouvant sans rival. Il relève les confusions sémantiques :
libre-échange, marché libre des capitaux, libéralisme, …Favorable au
libreéchange, il a été très tôt hostile au laisser-faire financier et écrivait dès 1998 :
« il est temps de faire pencher labalance, non pas en faveur de ceux qui sont
partisans d’une libéralisation des marchés de capitaux, mais de ceux qui y
13sont opposés ».Il est donc important de distinguer les points de vue sur la
mondialisation, selon qu’ils portent sur les marchés des biens et services
(objets de cet ouvrage) ou sur les marchés financiers (que nous n’abordons
pas).
Les idées et les pistes d’action formulées par un auteur ou un
commentateur en science économique nécessitent souvent un décodage pour
comprendre à quelle école ou groupe d’opinion il se rattache. C’est une
grande difficulté pour le non-spécialiste, qui ne parvient pas aisément à
discerner d’emblée le champ, la justification et l’objectivité d’un propos.
Une lecture superficielle d’articles d’économistes d’origines différentes peut
laisser penser que certains sont porteurs d’une idéologie, tandis que d’autres
défendent des orientations favorables à tel ou tel groupe d’intérêt (Bhagwati
14a été accusé d’être le défendeur des intérêts de l’OMC , ce dont il s’est
défendu).De plus, les points de vue sont évolutifs, ce qui n’est pas en soi un
problème mais rares sont ceux qui le reconnaissent. «Winston Churchill
racontait souvent qu’une conversation avec Keynes était très féconde : au
12 Bhagwati Jagdish, 2002, Eloge du libre-échange, Editions d’Organisation, Paris, 2005,
page 21.
13BhagwatiJagdish, 1998, TheCapital Myth: theDifference between Trade in Widgets and
Dollars,ForeignAffairs,May-June 1998.
14
BhagwatiJagdish, 2002, déjà cité, p. 23.
19début de la conversation il défend un point de vue,au milieu unautre età la
fin un dernier, avec suffisamment de conviction et d’arguments pour qu’on
15le croie tout le temps sincère ». Krugman a reconnu l’évolution de son
point de vue sur les apports et limites du libre-échange dans deux articles
16espacés de 13 ans (1994 et 2007 ). Ricardo lui même aurait voilé certaines
de ses conclusions (sur la relation entre importations bon marché et bas
salaires, et sur l’échange inégal) pour ne pas donner d’argument allant à
l’encontre de la politique de libre-échange imposée par laGrande-Bretagne à
eses colonies et partenaires dans le seconde moitié du XIX siècle. De nos
jours, les apôtres du libre-échange omettent de rappeler que la réallocation
du travail consécutive à la spécialisation ne peut s’opérer que s’il y a plein
17emploi , alors que la situation actuelle dans une majorité de régions du
monde est celle du sous-emploi. Les marchés sont imparfaits et les
réallocations de facteurs provoquées par la division du travail ne se réalisent
pas aussi aisément et rapidement que le suppose la théorie, or «l’expertis e
économique peine à évaluer correctement l’importance et la forme des
18défaillances de marché ».
Déterminé, Jacques Généreux dénonce dans son dernier livre une
manipulation à grande échelle des détenteurs de capital et des politiciens
conservateurs qui se seraient abrités, selon lui, sous le parapluie de la
doctrine de «marché libre », les premiers pour relancer la rentabilité des
entreprises en déconstruisant les compromis antérieurs passés avec les
travailleurs, les seconds pour prendre ou garder le pouvoir « en exploitant la
19crise du modèle d’économie mixte et la montée de l’individualisme ». Les
mots employés sont forts, parfois même violents : Généreux évoque une
« nouvelle ère d’obscurantisme sectair e ».Au moment où les neurosciences
démolissent le concept d’homoeconomicus autonome et rationnel qu’avait
postulé Adam Smith, il dénonce le retour de la science économique à «un
corpus d’idées et de prescriptions sagement remisées par nos
grands15 Daniel Jean-Marc, 1997, Le Nouvel Economiste, n°1084, 18 juillet 1997. Repris dans
Problèmes économiques n°2550, 7 janvier 1998.
16Les idées deKrugman dans ces deux articles sont abordées dans la questionQ6.
17OMC,Rapport sur le commerce mondial 2008, p. 133.
18KrugmanPaul etObstfeldMaurice, 2009,Economie internationale,Pearson,Paris, p. 221.
19
GénéreuxJacques, 2010,La grande régression,Seuil,Paris, oct 2010, p 28 à 37.
20parents » après la grande crise des années 1930. Pourtant même des
économistes partageant les idées de la famille socialiste ont défendu cet
« obscurantisme », par exemple Jacques Delors, alors président de la
Commission Européenne et Pascal Lamy, dont les convictions affirmées en
tant que directeur de l’OMC sont résumées dans le premier chapitre de cet
ouvrage, à la fin de le sectionQ4.
20Krugman raille ce qu’il appelle l’ «arithmétique négligente »
(« careless arithmetic ») dans laquelle s’engagent des auteurs « hautement
intelligents », qui ne retiendraient parmi les données que celles qui viennent
en soutien de leurs assertions. Il cite un article de Lester Thurow qui, pour
expliquer les pertes d’emploi dues au commerce affirme [en 1994] que le
déficit des échanges avec le Japon a fait perdre aux Etats-Unis un million
d’emplois dans l’industrie, et provoqué une baisse des salaires de 6% :
Krugman refait le calcul avec les données de l’auteur et parvient à une baisse
des salaires de 0,3% seulement. Magaziner et Reich, conseillers de Bill
Clinton, militent pour une politique industrielle en faveur des « secteurs à
haute valeur ajoutée ». Krugman relève que dans leur livre «Minding
America’sBusiness » rempli de faits et de données, les auteurs confondent la
notion de «haute valeur ajoutée » avec celle de « haute technologie », et
choisissent de ne présenter de données que pour des secteurs d’activité dont
les caractéristiques ne viennent pas atténuer l’importance qu’ils accordent à
la haute technologie : c’est ainsi qu’ils omettent de citer les secteurs qui
avaient à l’époque la plus forte valeur ajoutée, comme le raffinage ou
l’industrie du tabac. Krugman s’interroge sur les propositions faites par
JacquesDelors en juin 1993 aux dirigeants politiques européens pour réduire
le chômage structurel grandissant dans l’Union.Delors sait qu’il ne peut pas
parler des « vraies » causes (qui étaient selon Krugman le haut niveau de
taxes et de protection sociale, et le coût de la réunification de l’Allemagne)
et défend l’idée (rejetée par les économistes à l’époque) que c’est le manque
de compétitivité vis-à-vis desEtats-Unis et duJapon qui crée cette situation
de chômage. Les décideurs publics sont plus influencés par les intérêts
domestiques que par les règles du commerce international.Dans un éditorial
20 Krugman Paul, 1994, Competitiveness : A Dangerous Obsession, Foreign Affairs,
March/April 1994, p. 35-39.
2121sur la dette souveraine , un économiste français réputé, Philippe
22Askenazy », dont l’inclination politique est plutôt à gauche , écrit: « les
marges de manœuvre budgétaires (…) ont été dilapidées en réductions
d’impôts concentrées sur les hauts revenus et les grandes entreprises : la
France se préoccupe de réduire sa dette en période difficile mais oublie de
le faire en période de vaches grasses ». Or les deux dernières périodes de
« vaches grasses » ont été en France la fin des années 1980 et la fin des
années 1990 : en ce temps-là, les gouvernements socialistes de Michel
Rocard puis de Lionel Jospin ont choisi pour des raisons politiques de
poursuivre les augmentations de dépenses et de ne pas réduire le déficit
public autant que l’aurait permis la conjoncture favorable, le premier
invoquant même un «risque de paupérisation de l’Etat » alors que les
prélèvements obligatoires atteignaient 45% du PIB. Contrairement aux
affirmations de Philippe Askenazy, on peut penser que ce n’est pas en
consentant des réductions d’impôts aux personnes bénéficiant des plus hauts
revenus et aux grandes entreprises que ces gouvernements socialistes ont
maintenu un déficit public élevé.
La question des conflits d’intérêts a été peu abordée jusqu’à la crise
financière récente. La science économique considère que les rapports de
pouvoir et le phénomène des«lobbies » ne relèvent pas de cette discipline,
mais de la science politique : il faudrait mieux mettre en perspective les
différentes parties prenantes du commerce et du développement. Une des
vingt questions posées dans cet ouvrage sur le commerce international porte
justement sur les parties prenantes (voir plus loin, section Q15). La
mondialisation a fait «apparaître un espace économique de plus en plus
23. Les Etats sont en concurrence pour attirerdéterritorialisé et autonome »
les investissements, les firmes internationales bénéficient à fond de la
libéralisation des économies nationales. «Les acteurs publics sont enfermés
dans le dilemme du prisonnier » : à défaut de pouvoir exercer un contrôle sur
lesFMN, ils pactisent avec elles en allégeant les contraintes règlementaires
21AskenazyPhilippe, 2011,Une dette « insoutenable » ?,LeMondeEconomie, 12 avril 2011
22Ph.Askenazy est l’un des initiateurs et signataires du «Manifeste d’économistesatterrés »,
LLLEd,Paris, 2011.
23 Rioux, Michèle, 2005, «Une gouvernance globale : les défis institutionnels de la
globalisation », dans Globalisation et pouvoir des entreprises, Athéna Éditions, collection
Économie politique internationale.
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