Nouvelle économie, net organisations

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L'objectif de cet ouvrage est de revenir sur les différentes facettes de la nouvelle économie et du e-management afin de les comprendre.


Chute boursière des valeurs liées au Net à la fin du premier semestre 2000, disparition de start-up française ayant misé sur un business model défaillant : les premiers signes de la fin de " l'état de grâce "de l'économie du Net semblent bien réels. Faut-il pour autant en conclure que la nouvelle économie n'aura été qu'un feu de paille sans lendemain ? Ce serait la pire des erreurs, car la troisième révolution industrielle est en marche. En s'appuyant sur de nombreux exemples, les auteurs abordent les fondements théoriques de l'économie de l'information et ses mécanismes de création de valeur. D'un contenu pédagogique, cet ouvrage s'adresse aux étudiants en économie-gestion, aux dirigeants d'entreprise, aux élèves ingénieurs et à tous ceux qui souhaitent mieux comprendre les bouleversements et les enjeux qui se cachent derrière l'Internet.

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EAN13 9782847692556
Langue Français

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NOUVELLE ÉCONOMIE,
NET ORGANISATIONSNOUVELLE ÉCONOMIE,
NET ORGANISA T I O N SLe logo qui figure sur la couverture de ce livre mérite une explication.Son objet est d’alerter le lecteur
sur la menace que représente pour l’avenir de l’écrit, tout particulièrement dans le domaine du droit,
d’économie et de gestion,le développement massif du photocopillage.
erLe Code de la propriété intellectuelle du 1 juillet 1992 interdit en effet expressément la photocopie à usage
collectif sans autorisation des ayants droit.Or, cette pratique s’est généralisée dans les établissements
d’enseignement supérieur, provoquant une baisse brutale des achats de livres, au point que la possibilité
même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les f a i re éditer correctement est
aujourd’hui menacée.
© Éditions EMS, 2000
Nous rappelons donc qu’il est interdit de r e p ro d u i re intégralement ou partiellement sur quelque support
que ce soit le présent ouvrage sans autorisation de l’auteur, de son éditeur ou du Centre français
d’exploitation du droit de copie (CFC) 3, rue Hautefeuille, 75006 P a ris (Code de la pr o p riété intellectuelle,
a rticles L. 1 2 2 - 4 ,L . 122-5 et L. 3 3 5 - 2 ) .
ISBN : 2-912647-61-4SOMMAIRE
Introduction générale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Première partie
Internet, portrait d’une révolution.com
Chapitre 1. La « Nouvelle économie », de quoi parle-t-on ?. . . . . . . . 17
1.1. Les quatre facettes de la « nouvelle économie » . . . . . . . . . . . . . 17
1.1.1 Des technologies de l’information de plus en plus
performantes et de moins en moins coûteuses . . . . . . . . . . 17
1.1.2. L’offre et la demande dopées par l’informatique . . . . . . . . 19
1.1.3. Le retour des créations d’emploi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.1.4. L’envolée et la chute des actifs financiers de l’Internet . . . 23
1.2. Les fondements théoriques de la Net économie. . . . . . . . . . . . . . 28
1.2.1. NTIC et concurrence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
1.2.2. Les lois pour l’économie de l’information. . . . . . . . . . . . . 38
Chapitre 2. Regards rétrospectifs45
2.1. Internet, troisième révolution industrielle ? . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
2.1.1. Notions de révolution industrielle et de système tech n i q u e. . 45
2.1.2. Les éléments constitutifs du système technique
edu XXI siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
2.2. Ce qui est vraiment nouveau dans la « nouvelle » économie. . . . 55
2.2.1. L’explosion des nouvelles entreprises . . . . . . . . . . . . . . . . 56
2.2.2. Le développement des technologies de l’information et
de la communication. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
2.2.3. Un système technique fondé sur l’exploitation
d’un réseau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
2.2.4. Des changements organisationnels profonds . . . . . . . . . . . 66
Chapitre 3. Les relations clients au centre de la révolution Internet. . . 69
3.1. Un nouveau cadre d’analyse : la postmodernité ? . . . . . . . . . . . . 69
3.2. Cyberconsommateur, Net économie et postmodernité. . . . . . . . . 75
3.2.1. De nouvelles possibilités techniques pour la mise en
œuvre du marketing relationnel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
3.2.2. Vers une société virtuelle : communautés et tribus. . . . . . . 81Seconde partie
Net économie : de la création de valeur à la Net organisation
Chapitre 4. Nouvelle économie, nouveaux Business Models . . . . . . . . 91
4.1. Le modèle communautaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
4.1.1. Les modèles communautaires « purs » . . . . . . . . . . . . . . . 93
4.1.2. Un modèle hybride : Le projet GNU et le système
d’exploitation Linux95
4.2. Le modèle publicitaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
4.3. Le modèle de la bascule . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100
4.4. Le modèle transactionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
4.5. Le modèle de l’abonnement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
Chapitre 5. Business models et chaîne de valeur . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
5.1. L’impact des NTIC sur la chaîne de valeur . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
5.1.1. Des changements dans le déroulement des activités . . . . . 110
5.1.2. De nouvelles manières de créer de la valeur . . . . . . . . . . . 115
5.2. Business models et activités critiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
5.2.1. Le modèle publicitaire : priorité au marketing. . . . . . . . . . 117
5.2.2. Le modèle transactionnel : reconstruire la chaîne
d’approvisionnement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120
5.2.3. Les modèles de la bascule et de l’abonnement :
établir la marque, renouveler l’offre . . . . . . . . . . . . . . . . . 129
Chapitre 6. Les organisations modèles de la Net économie . . . . . . . . 135
6.1. Quels modèles d’organisation pour les « jeunes pousses » ? . . . . 136
6.1.1. Les jeunes pousses, nouvelles formes entrepreneuriales . . 138
6.1.2. Le développement de la jeune pousse : devenir une
adhocratie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
6.2. Quel avenir commun pour les NTIC et l’organisation :
vers la Net organisation ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
6.2.1. Vers une taille optimale ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144
6.2.2. L’entreprise informationnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146
6.2.3. Vers quelle autonomie dans l’organisation ? . . . . . . . . . . . 150
6.2.4. L’individu et l’entreprise : quelles relations futures ?. . . . . 152
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
Bibliographie commentée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161
Bibliographie générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
Index . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169Introduction générale
« Tout ne commence pas et ne finit pas avec Internet,
qui n’est ni une refondation complète de l’économie,
ni une renaissance de l’humanité, mais la dernière
couche d’une transformation profonde du système
économique. » (E. Brousseau et A. Rallet, Le Monde,
21 avril 2000)
La démythification d’Internet et de la « Nouvelle Économie » a commencé.
Chute boursière des valeurs liées au Net à la fin du premier semestre 2000,
disparitions de « start-up » françaises ayant misé sur un « business model »
défaillant : les premiers signes de la fin de « l’état de grâce » sont dorénavant
bien réels. Faut-il pour autant en conclure que la nouvelle économie n’aura été
qu’un feu de paille sans lendemain ?
Ce serait la pire des erreurs. D’abord, parce que les possibilités techniques
offertes par le Web sont sans commune mesure avec celles des autres médias
(télévision, téléphone, minitel, …). Le B to C (Business to Consumer) et le
B to B (Business to Business) vont subir de profonds bouleversements grâce
aux (ou à cause des ?) Nouvelles Technologies de l’Information et de la
Communication (NTIC). Plates-formes d’achats, marketing « one-to-one »,
marketing viral sont des exemples parmi d’autres de nouvelles expressions
intimement liées à cette « transformation profonde » du système économique
et social.
Ensuite, parce que la « Net » Économie ne concerne pas que les start-up,
ces jeunes entreprises à croissance très rapide dont l’activité se fonde sur le
Net, mais bel et bien l’ensemble du monde des affaires. L’opposition trop vite
établie entre la Nouvelle Économie, parée de toutes les vertus et la « Vieille »
(pardon, l’Ancienne !) Économie définitivement surannée, n’est qu’un leurre.
Il est vraisemblable que ces deux économies, soi-disant si distinctes, auront
1fusionné d’ici quelques années et que les « brick and mortar » se seront
transformées pour donner naissance à des entreprises mariant activités d’origine et
1. « Brique et mortier » : expression caractérisant aux États-Unis les grands groupes
traditionnellement centrés sur l’industrie comme le secteur automobile, l’énergie ou le BTP, ce
dernier étant bien entendu à l’origine de l’expression.n
8 NOUVELLE ÉCONOMIE, NET ORGANISA T I O N S
2nouvelles activités liées au Net. Ces « click and mortar » , se développent déjà
comme l’attestent l’existence de « filiales.fr » dédiées au Net de grands
groupes français comme Vivendi, LVMH, Bouygues, …
Dans ce contexte de boulev e rsements pro fonds de nat u res div e rses (sociales,
économiques et tec h n i q u e s ) , un certain nombre de mythes se sont f o rmés dans
l’inconscient collectif. A grands r e n fo rts de superl atifs et de « u n e s » de
journaux de toutes tendances, la Nouvelle Économie a bénéficié de tr i bunes sans
cesse r e n o u ve l é e s , et souvent plus spectaculaires les unes que les autr e s : « L a
r é volution e-commer c e » , « I n t e rn e t , n o u vel eldorado de l’économie fr a
n3ç a i s e » , « N e t a m o rp h o s e » pour n’en citer que quelques-unes. Cet eng o u
em e n t , l a rgement part ag é , a de quoi laisser per p l exe le c h e rc h e u r. Fa u t - i l
comme l’invitent certains « r é i nventer le manag e m e n t » et brûler des bib l i
othèques entières d’ouvrages de gestion aujourd’hui obsolètes et in u t i l e s ?
Rien n’est moins sûr ! Il nous semble au contraire fort utile de revenir sur
les différents mythes de la Nouvelle Économie et du « e-management » afin
de les analyser, les disséquer pour séparer la fable de la réalité. Il ne faudrait
toutefois pas se méprendre sur nos intentions. Cet ouvrage n’a pas pour objet
de clore un débat qui s’annonce fructueux mais plutôt d’apporter une modeste
contribution aux réflexions centrées sur la Net économie. Dans cette optique,
ce livre n’est ni un plaidoyer ou un réquisitoire contre cette dernière, ni un
florilège de recettes économiques et managériales pour la dominer et y réussir.
Il se présente plutôt comme un recueil de réflexions, de clés de
compréhension pour mieux analyser le phénomène Internet et ses répercussions. Nous
avons repéré quatre mythes économiques et managériaux. Ils ont été passés au
crible tantôt de la réalité, de l’histoire, de théories managériales pour en
tester la robustesse et l’intérêt.
• Mythe 1 – La « Nouvelle Économie » est régie par de nouvelles lois et
nécessite donc de nouveaux fondements scientifiques.
Si l’économie traditionnelle semble au premier abord vite débordée pour
comprendre les mécanismes de la Net économie, c’est avant tout parce que
l’on cherche au mauvais endroit. La solution ne se trouve pas dans la remise
en cause des lois économiques mais dans la prise en compte des spécificités
du bien échangé : l’information. Une fois ces dernières prises en compte, la
pertinence de ces lois n’est plus contestable, un modèle comme celui de la
concurrence pure et parfaite en sortant peut être même renforcé. Cela n’exclut
pas pour autant l’apparition de nouvelles « lois », notamment d’origine
empirique, qu’il est important de prendre en compte.
2. Entreprises, souvent leaders dans leur secteur d’origine, ayant su modifier leur
organisation et leur(s) activité(s) en utilisant efficacement les capacités des NTIC, par exemple en
faisant évoluer leurs pratiques dans leurs activités classiques ou, plus radicalement, en ayant
développé de nouvelles activités directement liées au NTIC et au Web.
3. Respectivement, Le Figaro (juin 2000), Le Monde (mars 2000), L’Express (avril 2000).n
INTRODUCTION GÉNÉRALE 9
• Mythe 2 – La « révolution Internet » est un phénomène entièrement
nouveau qui n’a pas d’antécédent(s) dans l’histoire industrielle.
Q u ’ I n t e rnet soit une révolution cela va sans dire, mais ce phénomène n’est
que la der n i è re étape de la révolution inf o rm atique débutée il y a plusieurs
décennies. Même s’il est stupide de penser que l’on sait dès aujour d ’ h u i
m e s u rer avec certitude l’ampleur de cette rév o l u t i o n , il est possible de dr e
sser un premier bilan, une synthèse d’éta p e, du phénomène info rm atique dans
sa globalité. En remontant plus loin, il a p p a raît intéressant de replacer sur le
d evant de la scène les révolutions industrielles du chemin de fer et de
l’élect ricité et de les comparer aux phénomènes actuels. Des dif f é rences e x i s t e n t
mais les similitudes sont à bien des ég a rds tro u blantes… Si Internet est
certainement porteur d’une rév o l u t i o n , se pencher sur le passé pour analyser des
p é riodes peut-être similaires n’est donc pas sans intérêt pour mieux
c o m p re n d re l’av e n i r.
• Mythe 3 – Les décisions stratégiques relatives au Net sont peu complexes.
Le « one best way » est directement lié à la variable temps : il faut être le
premier (ou à défaut parmi les premiers) sur le marché, quel que soit le business
model choisi. C’est le retour en force de « l’avantage à l’attaquant ».
Il serait vain de nier que le rapport au temps est différent dans la Net
économie. Clairement, le temps s’accélère et la « chronocompétitivité » est au
cœur de chaque business model. Toutefois, ce phénomène d’accélération du
temps n’est pas nouveau en soi et se retrouve notamment dans l’ensemble des
secteurs de haute technologie. Par ailleurs, il ne s’agit pas simplement d’être
le premier sur un marché précis (le premier qui « attaque » gagne…) mais
plus précisément d’être le premier à atteindre une taille suffisante pour
assurer la rentabilité globale de l’entreprise : la nuance est de taille.
• Mythe 4 – Le management des « Net entreprises » (en particulier celui
des start-up) remet en cause les outils et les concepts du management
classique, notamment ceux directement liés aux choix organisationnels de
l’entreprise et aux mécanismes de création de valeur dans l’entreprise.
Cette affirmation est certainement la plus complexe à analyser parce que le
champ couvert est vaste (l’organisation et la création de valeur) et parce que
le démontage des mécanismes de la création de valeur est toujours un
exercice délicat. Notre propos cherche toutefois à montrer que :
– l’organisation des start-up, s’il se fonde sur certaines spécificités, n’est
toutefois pas sans rappeler celui des petites et moyennes entreprises et de
certaines formes organisationnelles décrites par Mintzberg. Le manager de
startup pourra sans doute tirer avantage de l’observation de ces pratiques et de ces
modèles ;
– la chaîne de valeur reste un outil très utile pour analyser le processus de
création de valeur dans la Net économie. Les NTIC modifient ainsi le
fonctionnement des activités traditionnelles et permettent d’imaginer de nouveaux
processus de création de valeur propres à chaque business model.n
10 NOUVELLE ÉCONOMIE, NET ORGANISA T I O N S
Ce livre est donc le résultat de ce passage au crible. La première partie est
plutôt centrée sur l’économie et s’attaque aux mythes 1 et 2. La seconde,
davantage managériale, tente d’analyser les mécanismes à l’œuvre dans la
création de la « e »-valeur et cherche à dresser le portrait de la Net
organisation. Il était tentant, mais sans nul doute hasardeux et périlleux, de terminer
par une approche prospective : une présentation de l’organisation du futur
clôture donc cet essai.PREMIÈRE PARTIE
Internet, portrait d’une révolution.comAu premier trimestre 2000, les États-Unis sont entrés dans le
trentesixième trimestre de croissance ininterrompue. Il s’agit du seul pays du G7
dont le taux de croissance ait dépassé les 2 % sur la décennie 90. Depuis
41996, ce taux de croissance a même franchi les 4 % par an. Apparue aux
États-Unis dans la seconde moitié des années quatre-vingt-dix, l’expression
« nouvelle économie » définit ainsi cette croissance économique qui serait
essentiellement tirée par les nouvelles technologies de l’information et de la
communication (NTIC) et notamment Internet. Le chiffre d’affaires
directement généré par Internet, estimé à 4 milliards de dollars en 1994, aurait
dépassé les 300 milliards de dollars en 1998. À titre de comparaison, le
chiffres d’affaires de l’industrie automobile américaine était à la même
5époque d’environ 350 milliards de dollars. De 1995 à 1998, les fabricants
d’équipements dans les NTIC, représentant environ 8 % du produit intérieur
brut, ont contribué à hauteur de 35 % à la croissance américaine. En France,
la production d’équipements, de logiciels et de services informatiques et de
6télécommunications assure déjà 5 % du produit intérieur brut.
De tels ch i ff res font déjà d’Internet une industrie phare et bon nombre de
spécialistes présentent déjà ce réseau comme le principal moteur de l’économie
ea m é ricaine du X X I s i è cl e. D’après le rap p o rt annuel sur l’économie
électronique du département du commerce américain de 1999, d’ici 2006, c’est près
7d’un américain sur deux qui trav a i l l e ra dans les tec h n o l ogies de l’info rm at i o n .
Encadré 1 : Petite histoire d’Internet
L’idée de mettre des or d i n at e u rs en réseau pour en f a i re un instr u m e n t
de commu n i c ation ap p a raît aux États-Unis dans les années soixante.
I n i t i a l e m e n t , ce type de réseau devait être réservé aux militaires. Il f a l l a i t
c o n c evoir un système permettant de connecter rapidement des or d i n at e u rs
situés aux qua t re coins du pays et pouvant fonctionner même si cer t a i n s
sites étaient mis hors d’usage par l’ennemi. En décembre 1 9 6 9 , un réseau
de quat re nœuds, b aptisé A rp a n e t , fut e x p é rimenté. Il s’agissait d’un
projet militaire financé par le D A R PA (Defense A dvanced Projects A ge n cy ) .
4. Le Merrer P., « À la recherche de la “nouvelle économie” », L’Internet, Cahiers
Français, n° 295, 2000, pp. 54-64.
5 . N o u velle economie . n e t, f é v ri e r 2 0 0 0 , h t t p : / / w w w. n o u ve l l e - e c o n o m i e. n e t / v. p h p / d e f. h t m l .
6 . L o re n t z F . , « Le deuxième âge de la “ N e t - é c o n o m i e ” » , S o c i é t a l, n °2 8 , m a rs 2 0 0 0 , pp. 4-8.
7 . L i b é ration - m u l t i m é d i a, j u i n 1 9 9 9 , h t t p : / / w w w. l i b e rat i o n . f r / mu l t i / a c t u / s e m a i n e 9 9 0 6 2 1 /
a rt 9 9 0 6 2 4 . h t m l .À partir de 1972, et les travaux de Vinton Cerf et Robert Kahn, les
potentialités du réseau vont attirer de nombreux scientifiques qui y voient
un important moyen de diffusion d’informations, de travail en groupes et
d ’ é ch a n ge de messages personnels. En 1986, la National Science
Foundation met en place dans les plus grandes universités américaines
des centres de super-ordinateurs, ce qui entraîne une augmentation
importante du nombre des connexions.
C’est au début des années quatre-vingt-dix que l’utilisation d’Internet
va véritablement exploser. En 1992, Tim Berners Lee, chercheur au
Centre Européen pour la Recherche Nucléaire, rend accessible
gratuitement au public un programme qui permet d’accéder à la plupart des
informations disponibles sur Internet : le World Wide Web. En 1994, au
N ational Center for Supercomputing A p p l i c ations (NCSA), M a rc
Endreesen met au point Mosaic, le premier logiciel de navigation. C’est
le complément indispensable du World Wide Web. Il est désormais
possible de « naviguer » sur le réseau en utilisant une interface extrêmement
conviviale. Le NCSA décide de diffuser gratuitement Mosaic. À partir de
cette époque bon nombre d’entreprises vont voir le jour, proposant des
logiciels de navigation comme Netscape, des services d’accès au réseau
comme CompuServe, des moteurs de recherche… En 1981, on estimait
à 200 le nombre d’ordinateurs « sites » dans le monde (c’est-à-dire
exécutant des applications informatiques en fournissant aux connectés des
services ou de l’information). Il y en aura plus de 13 millions en 1996.
Source : du Granrut C., « Une brève histoire d’Internet », Futuribles, novembre 1996,
p p . 7 3 - 8 0 ; « 40 ans d’innovat i o n » , I n d u s t ries et T e ch n i q u e s, nu m é ro spécial,
novembre 1998.
L’objectif de la première partie est de mieux cerner le « phénomène »
Internet et d’aborder les véritables spécificités de la nouvelle économie. Le
chapitre 1 propose une présentation des facettes les plus remarquables de la
Net économie et s’interroge sur ses fondements théoriques. Si l’explosion des
eNTIC est un événement majeur de la fin du XX siècle, cela ne signifie pas
pour autant qu’il est totalement inédit. Le chapitre 2 sera l’occasion de
montrer que « tout n’est peut être pas nouveau dans la Net économie » et qu’un
regard sur le passé permet sans doute de mieux comprendre les
bouleverse8ments actuels . Internet peut en effet se concevoir comme un des éléments
fondateurs d’une troisième révolution industrielle qui, sur bien des aspects,
8. D’ailleurs l’expression « nouvelle économie » n’est sans doute pas très judicieuse car
elle laisse croire à des changements sans équivalents dans l’histoire. Si nous l’utilisons c’est
qu’elle est aujourd’hui entrée dans le vocabulaire commun. Les appellations « Net économie »
ou « économie de l’information » semblent en réalité plus adaptées.e erappelle celles du XVIII et du XIX siècle. Si le mécanisme de cette nouvelle
révolution est conforme aux précédents, il reste qu’au travers d’Internet de
nouveaux comportements, une nouvelle culture font leur apparition. Le
chapitre 3 cherchera à montrer en quoi cette nouvelle société peut être qualifiée
de « postmoderne ».Chapitre 1.
La « nouvelle économie », de quoi parle-t-on ?
Si le terme de nouvelle économie est intimement lié à celui d’Internet, il
fait également référence à un ensemble de changements dans la structure, le
fonctionnement et les règles de notre système économique. Ces changements
semblent avoir conduit les États-Unis à un véritable « miracle économique » :
dix années de croissance ininterrompue sans inflation et un chômage au plus
bas (4 %).
1.1. Les quatre facettes de la « nouvelle économie »
Nous présentons ci-après les facettes les plus importantes du phénomène
n o u velle économie. Celles-ci peuvent s’articuler de la manière suiv a n t e. Les
i m p o rtants progrès réalisés dans les domaines des télécomm u n i c ations et de
l ’ i n fo rm atique (perf o rm a n c e s , a p p l i c at i o n s , p rix) ont permis une démocra t i s
ation de l’ord i n ateur et au-delà le développement du tr a fic Internet. Les
dépenses effectuées par les ménages ajoutées aux investissements réalisés par
les entre p rises contri buent à relancer la consommation. De nouveaux ser v i c e s
a p p a ra i s s e n t , des entre p rises se créent, une nouvelle f o rme de commerce
commence à se dév e l o p p e r. Les industries directement liées à ces nouvelles
techn o l ogies prennent une part croissante dans l’économie américaine et
c o n t ri buent largement à la création d’emplois. Le grand pub l i c, les chefs
d’ent re p ri s e, les spéculat e u rs bour s i e rs , les cap i t a u x - ri s q u e u rs , tout le monde v o i t
9dans Internet le « n ew deal de l’économie » . Du coup les v a l e u rs bours i è res de
la plupart des entre p rises liées de près ou de loin au développement des NTIC
ont connu à la fin des années qua t re-vingt-dix une croissance f o u d roya n t e.
1.1.1. Des technologies de l’information de plus en plus performantes
et de moins en moins coûteuses
L’explosion du trafic sur Internet est généralement présentée comme le
premier signe de naissance d’une nouvelle économie. Cette explosion a été
rendue possible par un certain nombre de progrès réalisés dans l’informatique et
les télécommunications. Il faut garder à l’esprit que le développement
d’Internet est antérieur à l’apparition de la micro-informatique. Si le premier
message e-mail est envoyé en 1969, il faut attendre 1975 pour voir apparaître
9. Titre d’un dossier consacré à la nouvelle économie, Les Échos, 5-10 juin 2000.