Discriminations, identités, altérité, langues

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Français
140 pages
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La question des identités occupe une place centrale dans les recherches en Sciences Humaines et Sociales : la construction identitaire jalonne les discours dans le champ politique européen et dans la mise en mots de l'altérité. Les migrations nous invitent à penser les identités comme étant plurielles, variées et dynamiques, à l'instar de ce que sont toutes les langues. C'est pourquoi il apparaît capital d'interroger les conditions et les modalités d'action qui permettraient de faire reconnaître ces migrations comme un catalyseur dans le processus de construction européenne.

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Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 63
EAN13 9782296495036
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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DISCRIMINATIONS,IDENTITÉS, ALTÉRITÉ,LANGUES
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-96575-1 EAN : 9782296965751
THIERRYBULOT ETNICOLASCOMBES(DIRS.) DISCRIMINATIONS,IDENTITÉS, ALTÉRITÉ,LANGUESAvec les contributions de : Remus Gabriel Anghel, Àngel Belzunegui, Thierry Bulot Toma Burean, Nicolas Combes, Thierry Deshayes, Pascal Nicolas-Le Strat, Claire Lesacher, Romain Louvel, Anne Morillon, Inma Pastor Illustration de couverture :¤Xavier Trobat Escanellas
L’Harmattan
Espaces Discursifs Collection dirigée par Thierry Bulot
La collectiondiscursifs Espaces compte de la participation des rend discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels…) à l’élaboration/représentation d’espaces – qu’ils soient sociaux, géographiques, symboliques, territorialisés, communautaires,… – où les pratiques langagières peuvent être révélatrices de modifications sociales. Espace de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains, des approches et des méthodologies, et concerne – au-delà du seul espace francophone – autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance ; elle vaut également pour les diverses variétés d’une même langue quand chacune d’elles donne lieu à un discours identitaire ; elle s’intéresse plus largement encore aux faits relevant de l’évaluation sociale de la diversité linguistique.
Derniers ouvrages parus
Rada TIRVASSEN,L’entrée dans le bilinguisme, 2012. Yves GAMBIER, Eija SUOMELA-SALMI,Hybridité discursive et culturelle, 2011. Alexei PRIKHODKINE,Dynamique normative du français en usage en Suisse romande, 2011. Claude VARGAS, Louis-Jean CALVET, Médéric GASQUET-CYRUS, Daniel VÉRONIQUE, Robert VION (Dirs.),Langues et sociétés. Approches sociolinguistiques et didactiques, 2010 Logambal SOUPRAYEN-CAVERY,L’interlecte réunionnais. Approche sociolinguistique des pratiques et des représentations, 2010. Jeanne ROBINEAU,Discrimination(s), genre(s) et urbanité. La communauté gaie à Rennes, 2010. Zsuzsanna FAGYAL,Accents de banlieue. Aspects prosodiques du français populaire en contact avec les langues de l'immigration, 2010.
INTRODUCTIONCITOYENNETÉ ET INTERVENTION: CORRESPONDANCE(S) ENTRE RECHERCHE&ART OU UNE AUTRE FAÇON DE PENSER LA MIGRATION ENEUROPE1 Nicolas Combes, Thierry Bulot 1. Une mise en contexte Les textes réunis dans cet ouvrage ont été rédigés par une partie des artistes et chercheurs qui ont participé au séminaire internationalDiscriminations / Identités / Altérité / Langues, co-organisé par le laboratoire de sociolinguistiquePREFics de l’Université Rennes 2 (EA 3207) et l’association d’artistes L’âge de la Tortueinstallée à Rennes depuis 2001. Il a constitué le premier temps de restitution publique du projet de coopération transnationaleCorrespondances Citoyennes en Europe – Les migrations au cœur de la construction 2 européenne, soutenu par la Commission européenne . Il a réuni 70 personnes à la Maison des Sciences de l’Homme en Bretagne les 8 et 9 avril 2011. À cette occasion, cinq artistes et sept chercheurs espagnols, roumains et français ont présenté le fruit des travaux qu’ils ont réalisés entre septembre 2010 et février 2011 à Rennes, Tarragona et Cluj-Napoca. Ce séminaire a inauguré une série de soixante évènements organisés par la suite en France, en Espagne et en Roumanie qui ont permis de disséminer les productions issues de cette aventure européenne (un livre, une exposition, un reportage vidéo) auprès de 5600 personnes.
1  Nicolas Combes (coordinateur deCorrespondances Citoyennes en Europeet de l’associationde la Tortue L’âge ) et Thierry Bulot (Professeur des Universités,PREFics, EA 3207, Rennes 2). 2 Le lecteur trouvera de plus amples informations sur le projet dans sa globalité sur le site Internetwww.correspondancescitoyennes.eu.
6Discriminations, identités, altérité, langues La question des identités occupe de plus en plus souvent une place centrale dans les recherches en Sciences Humaines et Sociales. Cela s’explique en partie par le fait que sa construction jalonne les discours dans le champ politique européen et dans la mise en mots de l’altérité. En nous intéressant à cette question à travers le prisme des pratiques langagières, il apparait capital de nous interroger sur l’une des dimensions incontournables des discours relatifs à l’identité et à l’altérité : les pratiques discriminatoires.
Politique, polémique, le terme même de discrimination interroge la complexité des situations sociales (minoration de populations, de genre…), sociolinguistiques (minoration des langues et, partant, de leurs locuteurs), urbaines (minoration des espaces, ségrégation active et assumée) et culturelles (assignation à une altérité dépréciée). Vilipendé par la morale sociale, ce terme est à rapporter à des actions récurrentes, à des constantes, voire à des contraintes idéologiques visant à élaborer une forme d’altérité négative où l’Autre demeure un obstacle plutôt qu’une ressource. Autrement dit, si les aspects délétères des pratiques discriminatoires semblent acquis pour la communauté scientifique et les acteurs de terrains, il apparait par ailleurs qu’elles constituent – par la visée performative des discours – l’une des dynamiques structurant le corps social.
Notre projet de recherche a été l’occasion d’associer non seulement des chercheurs de disciplines et de terrains différenciés mais encore ces mêmes chercheurs avec des artistes. Il a ainsi eu pour objectif, à partir des confrontations et croisement d’expériences professionnelles et de pratiques de terrain, de concevoir une réponse critique à un tel dilemme et de proposer aux acteurs sociaux une analyse croisée des approches.
Un rapide retour sur la chronologie et le contexte du projet permet de comprendre l’originalité de la démarche et des résultats obtenus.L’âge de la Tortueorganisé la première a édition du projetCorrespondances Citoyennes en 2007 dans le quartier du Blosne à Rennes. À cette époque nous ne travaillions qu’avec des artistes résidant en France. Après trois années d’expérience, nous avons souhaité explorer à nouveau le
Citoyenneté et intervention…7 potentiel de ce projet en en modifiant certains paramètres. Sur une idée de la comédienne Paloma Fernández Sobrino (Fernández Sobrino, 2011), nous avons alors réuni en 2009 une nouvelle équipe d’artistes et de chercheurs en Sciences Humaines et Sociales afin d’expérimenter ensemble la mise en œuvre de nos principes d’action habituels non plus uniquement à Rennes, mais aussi à Tarragona en Espagne et à Cluj-Napoca en Roumanie. D’un côté, l’hétérogénéité de l’équipe démultipliait les possibilités de coopération. D’un autre côté, la diversité des langues et des territoires de travail complexifiait les données du problème. Au fil des discussions, nous avons construit ensemble cette nouvelle formule que nous avons intituléeCorrespondances Citoyennes en Europe – Les migrations au cœur de la construction européenne. En novembre 2009, nous avons proposé au PREFics EA 3207 (université Rennes 2) de s’associer à notre projet. Notre interlocuteur, Thierry Bulot, nous a présenté Claire Lesacher et Thierry Deshayes, qui ont vite rejoint notre équipe d’intervenants. Nous sommes allés chercher les autres partenaires et intervenants du projet dans les domaines de la recherche en sciences humaines, de la création artistique et de l’éducation de rue. En France, nous avons travaillé avec Pascal 3 Nicolas-Le Strat (sociologue et politiste, Université de Montpellier), Paloma Fernández Sobrino (comédienne, Rennes), Romain Louvel (artiste plasticien, Pornic), Anne Morillon (sociologue, collectifTopik, Rennes) et l’Association Rennaise des Centres Sociaux. En Espagne, avec Nani Blasco (vidéaste, collectifAriadna, Tarragona), Xavier Trobat Escanellas (architecte et peintre, collectifAriadna, Tarragona), Maria Pallarès Serena (éducatrice de rue et anthropologue, Fundació Casal L’Amic, Tarragona) et Ángel Belzunegui (sociologue, UniversitéRovira i Virgili, Tarragona). En Roumanie, avec Andreï Fărcăsanu (photographe, Bucarest), Remus Gabriel Anghel (sociologue, Institut roumain de recherche sur les minorités ethniques, ISPMN Cluj), Toma
3 Voir Nicolas-Le Strat, 2011 pour son regard sur le projet.
8Discriminations, identités, altérité, langues Burean (politiste, Université de Cluj), ainsi que les fondations AltArt(arts visuels) etPATRIR(action pour la paix). Dans le cadre de ce projet, chaque artiste et chaque chercheur a conçu et mis en œuvre une méthodologie particulière pour explorer la thématique des migrations en Europe. À partir de récits de vie, d’opinions politiques ou de rêves collectés auprès de personnes qu’ils sont allés rencontrer dans l’espace public, ces intervenants ont combiné leurs compétences respectives pour produire collectivement une exposition ainsi qu’un livre (CCEU, 2011) et un film (Blasco, 2011) édités parL’âge de la Tortuejuillet 2011. En en organisant ce séminaire interdisciplinaire, nous avons essayé de mettre en lumière la plus-value apportée par ce croisement des approches. Afin d’avoir une idée claire du contexte de production des textes du présent ouvrage, une présentation des intentions d’origine du projetCorrespondances Citoyennes en Europe s’impose. 2. Les migrations comme moteur de la construction européenne ? L’actualité politique récente en Europe suscite des questions troublantes que nous ne pouvons pas ignorer. Les images de reconduites à la frontière alimentent régulièrement les journaux télévisés, les règlementations nationales sur l’entrée et le séjour des étrangers s’opposent de plus en plus fréquemment aux actions de solidarité en faveur des migrants… Mais où est donc cette société d’ouverture, de liberté et d’égalité qui nous est promise à chaque échéance électorale ? Comment renouveler nos modes d’action en faveur du dialogue interculturel quand le refus de résoudre des problèmes politiques et économiques se dissimule par opportunisme derrière des arguments culturels et/ou religieux estimés plus porteurs électoralement ? Comment mettre en évidence et agir sur les écarts constatés quotidiennement entre les valeurs humanistes défendues par les textes de l’UNESCO et la Commission européenne et les politiques menées en France (la polémique sur la burqa, le droit
Citoyenneté et intervention…9 de vote des étrangers), en Espagne (l’intégration des immigrés) ou en Roumanie (l’exclusion des familles Roms) ? L’exode rural, les migrations transnationales, voire transcontinentales, ont développé de nouvelles formes de cosmopolitisme au sein de l’Europe. Ce brassage des populations se traduit par une diversification croissante des références culturelles au sein de nos cités. Parallèlement à ce processus, émerge la crainte d’une dilution des liens sociaux et des repères communs, favorisant les replis identitaires et la montée de la xénophobie. Face à ces phénomènes, les acteurs de la société civile peuvent mener des actions à leur niveau qui, si modestes soient-elles, combattent les discours et les politiques réactionnaires stigmatisant les populations immigrées. C’est dans cette perspective que l’associationL’âge de la Tortueinitié avec a l’Association Rennaise des Centres Sociauxet le collectifTopik(Rennes), les fondationsPeace Action Training and Research Institue of RomaniaetAltArt(Cluj) ainsi qu’avecAriadnaet la Fundació Casal L’Amicle projet de coopération (Tarragona) Correspondances Citoyennes en Europe – Les migrations au cœur de la construction européenne.
La Déclaration de l’UNESCO sur la Diversité culturelle nous rappelle que la vie collective se construit de manière plus durable et plus sereine une fois que chacun se sent reconnu dans la pluralité et la singularité de son identité. Pour avancer dans cette voie, nous avons expérimenté de nouveaux modes de rencontres et d’échanges entre citoyens issus d’horizons sociaux, culturels et professionnels très divers. Nos objectifs consistaient à faire en sorte que chaque participant s’exprime sur ses valeurs et le sens qu’il donne à sa vie, puis à organiser la confrontation de ces valeurs dans l’espace public, dans le respect de l'égale dignité des personnes.
Dans cette perspective, nous avons organisé trois séjours d’un mois chacun réunissant des artistes, des chercheurs et des travailleurs sociaux espagnols, français et roumains, au cœur de trois quartiers populaires en Europe. Parce que les migrations intérieures et internationales ont façonné leur histoire et la
10Discriminations, identités, altérité, langues mémoire des personnes qui y vivent, ces territoires nous paraissent emblématiques des défis qui se posent aujourd’hui aux États européens. 3. Réunir des artistes, des chercheurs et des travailleurs sociaux… Devant la complexité des enjeux, il nous a semblé que la démarche la plus adaptée était celle de l’expérimentation. Nous n’avions pas de solutions préconçues, nous avons donc choisi d’articuler nos compétences complémentaires pour élaborer en commun des questions sur la place des migrants dans la vie de la cité.
Dans le cadre du programme de la Commission européenne « L’Europe pour les citoyens », qui s’étalait d’août 2010 à juillet 2011, notre équipe a travaillé aux côtés de personnes vivant à Rennes (quartier du Blosne, France), Tarragona (quartiers du Ponant, Espagne) et Cluj (Roumanie). Dans chaque ville, quatre artistes et deux chercheurs se sont installés ensemble pendant un mois dans un appartement qui a servi à la fois de logement, d’espace d’accueil, de rencontres et de travail. En Espagne, ces intervenants étaient Roumains et Français ; en France, ils étaient Espagnols et Roumains, etc.
Sur place, un réseau d’accompagnateurs (travailleurs sociaux, interprètes) les a accueillis et a facilité leur immersion dans le quartier. Toutefois, ce sont les artistes eux-mêmes qui ont pris l’initiative des rencontres, d’abord informelles, avec les personnes qui vivent ou travaillent dans le quartier. Nous avons essayé de cette façon de renverser le schéma classique de la relation artistes-habitants : s’intéresser à chaque personne avant d’essayer de l’intéresser à ce que nous faisons. Il n’existait donc pas de « public » constitué, il revenait à ces artistes d’expérimenter des modes « d’entrer en relation » avec des personnes qui leur étaienta prioriet dont, de inconnues, surcroît, ils ne parlaient pas toujours la langue. Chaque artiste était ainsi tenu d’inventer sa manière de communiquer, d’échanger, en cherchant un langage commun, oral, gestuel, plastique, etc.