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La communication interalloglotte

De
284 pages
Les étudiants qui partent à l'étranger dans le cadre d'un programme d'échanges universitaires entrent souvent en contact avec d'autres étrangers avec lesquels ils communiquent dans la langue cible commune. Comment fonctionne ce type d'interaction où la langue de communication n'est la langue primaire de personne, mais celle que tous les participitants veulent acquérir ? Qu'est-ce qui se passe en cas de problèmes de formulation et de compréhension ? Comment les apprenants s'entraident-ils ? Comment parlent-ils de leur langue cible commune ?
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LA COMMUNICATION
INTERALLOGLOTTE@ L'Harmattan, 2007
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan l@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-04144-8
EAN: 9782296041448Sigrid BEHRENT
LA COMMUNICATION
INTERALLOGLOTTE
Communiquer dans la langue cible commune
L'HarmattanEspaces Discursifs
Collection dirigée par Thierry Bulot
La collection Espaces discursif.\' rend compte de la participation des discours
(identitaires, épilinguistiques, professionnels...) à l'élaboration/représentation
d'espaces - qu'ils soient sociaux, géographiques, symboliques, territorialisés,
communautaires,... - oÙ les pratiques langagières peuvent être révélatrices de
mod ifications sociales.
Espace de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains, dcs
approches et des méthodologies, et concerne - au-delà du scul espace
francophone autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les-
langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance ;
elle vaut également pour les diverses variétés d'une même languc quand
chacune d'elles donne lieu à un discours identitaire; elle s'intéresse plus
largement encore aux faits relevant de l'évaluation sociale de la diversité
linguistiquc.
Jeanne-Marie BARBERIS, Maria Caterina MANES GALLO (dir.),
Parcours dans la ville, 2007.
Aude BRETEGNIER (éd.), Langues et insertions, 2007.
Christine HELOT, Du bilinguisme en famille au plurilinguisl7le el
l'école,2007.
Gudrun LEDEGEN (Sous la direction de), Pratiques linguistÙjues
des je unes en terrains plurilingues, 2007.
Jean-Michel ELOY & Tadhg 6 hlFEARNÀIN (dir.), Langues
proches
- Langues collatérales, 2007.
Sabine KLAEGER, La Lutine, 2007.
P. LAMBERT, A. MILLET, M. RISPAIL, C. l'RIMAILLE (dir.),
Variations au cœur et aux marges de la sociolinguistiques, Mélanges
(dlerts elJacqueline Bi/liez, 2007.
Christine BIERBACH et Thierry BULOT, Les codes de la ville.
Cultures, langues etformes d'expression urbaines, 2007
Thierry BULOT, La langue vivante, 2006
Michelle VAN HOOLAND, Maltraitance communicationnelle,2006
Jan JAAP DE RUITER, Les jeunes Marocains et leurs langues,
2006.
UNESCO ETXEA, Un monde de paroles, paroles du monde, 2006.
Thierry BULOT et Vincent VESCHAMBRE (dir.), Mots, traces et
marques, 2006.Remerciements
Tout d'abord, j'adresse mes remerciements à Rita Franceschini et Ulrich
Dausendschon-Gay qui m'ont « encadrée» de manière unique. Malgré la
distance (temporaire), que je n'ai jamais sentie, ils m'ont toujours soutenue
du geste et de la voix. Je remercie également Wolfgang Schweickard d'avoir
accepté d'évaluer cette étude. Ma reconnaissance va aussi à Thierry Bulot
qui a généreusement ouvert sa collection à mon travail.
Ensuite, je tiens à remercier les « protagonistes» de la présente étude,
avant tout (dans l'ordre alphabétique) Fernando Albinarrate, Maike
Bartsch, Luca Castelli Aleardi, Diane Eydam, Roman Galetto, Bernd
Giesen, Anne Gregersen, Michael Huber, Judith Keilen, Linda Kiener, Anna
Korte, Teresa Krafft, Natalie Pauly, Maria Constanza Radavero, Ana
Beatriz Salas, Anahi Scharowsky, Sebastian Sklarfl, Luis Volta, Caroline
Weinand, ainsi que tous leurs amis provenant d'un peu partout dans le
monde, qui m'ont toujours chaleureusement accueillie à Paris et à Metz.
C'est surtout grâce à Maike Bartsch, Teresa Krafft et Sebastian Sklarfl que
j'ai pu réaliser la présente étude. Je les remercie de leur patience, de leur
amabilité et de leur ouverture d'esprit.
Pour la correction du travail, je remercie de tout cœur mon ami et ancien
collègue Franck Floricic. Je lui suis très reconnaissante et e5père pouvoir
un jour lui rendre la pareille. Je remercie aussi Loïc Raynal, Frédérique
Rehfeld, Agnès et Marc Herrmann ainsi que Jürgen Stemler de leur aide
spontanée pour la correction des passages ajoutés plus tard et de la
bibliographie. Et je ne voudrais pas terminer sans remercier ma famille,
mon mari et tous mes amis de m'avoir encouragée et supportée (hélas I)
pendant la dernière ligne droite...INTRODUCTION
Le film «Auberge espagnole », réalisé par Cedric Klapisch et sorti au
cinéma en 2002, raconte l'histoire de l'étudiant français Xavier qui part pour
une année à Barcelone dans le cadre du programme d'échange Erasmusl.
Arrivé en Espagne, il cherche un logement et emménage finalement dans un
appartement qu'il partagera avec le Danois Lars, l'Espagnole Soledad, la
Belge Isabelle, l'Italien Alessandro, l'Anglaise Wendy et l'Allemand
Tobias2.
Ce rassemblement d'autant de nationalités différentes paraît fictif ou au
moins exagéré, mais il correspond à l'expérience que font beaucoup
d'étudiants participant à un programme d'échange universitaire. L'étudiante
allemande C. Püllen écrit ainsi le 6 octobre 2004, après 2 semaines à Lyon,
dans un message électronique:
« Maintenant je suis aussi en contact avec des Français, mais ici, on
fait surtout la connaissance d'autres étrangers qui sont plus
intéressés de rencontrer d'autres personnes. De plus, il y a
beaucoup de cours qui sont choisis de préférence par des étrangers.
Mais il est super marrant de suivre un cours plein d'Espagnols, de
1 Ce programme de coopération et de mobilité dans le domaine de l'enseignement
supérieur, qui porte le nom du célèbre humaniste Erasmus de Rotterdam (1469-
1536), a été créé en 2001 par le Conseil de la Communauté Européenne. Depuis
1995, il fait partie de l'ensemble du programme de formation Socrate de l'Union
Européenne (pour plus d'informations, cf.: http://europa.eu.int/comm/education/
programmes/socrates/erasmus/erasmus _fr.html)
2
D'une certaine manière, le sujet de la rencontre européenne 'à la Erasmus'
semble être à la mode. Ainsi, les 16 candidats du loft «Nice people» (émission
produite par Endemol et diffusée sur TF1 en 2003), installés dans une villa à Nice où
ils sont filmés 22 heures sur 24, 7 jours sur 7, pendant trois mois, proviennent de 16
pays différents de l'Union européenne et sont en majorité également des participants
au programme d'échange Erasmus. Cf. aussi l'intérêt scientifique pour l'expérience
étudiante de la mobilité Erasmus, qui se manifeste dans les deux publications
récentes suivantes: Papatsiba (2003) analyse, à travers des rapports d'étudiants
Erasmus, la contribution du séjour à l'étranger à l'évolution personnelle des
étudiants, au développement de leur identité culturelle ainsi qu'aux modes
d'approche et de négociation de l'altérité. Pellegrino Aveni (2005) étudie, sur la
base d'interviews et de journaux de bords, les facteurs qui compliquent, pour les
étudiants à l'étranger, la tâche de l'autoprésentation ainsi que les stratégies qu'ils
utilisent pour résoudre ces problèmes.10 La communication interalloglotte
Suédois, de Tchèques, de Russes, de Latino-américains, de Maro-
»3cains, de Libanais et d'Ivoiriens.
Pour nous, la question s'impose de savoir comment se déroule la
communication dans des situations où des locuteurs de langue primaire
différente sont mis en contact par leur volonté commune de progresser dans
une même langue cible.
Le présent travail se propose d'analyser le fonctionnement et les parti-
cularités de ce type de communication que nous appellerons « commu-
nication interalloglotte », définie comme l'interaction en situation de contact
entre interlocuteurs dont la langue de communication n'est pas la langue
primaire, mais la langue cible commune. Plus précisément, nous nous inté-
ressons à la question de savoir comment des apprenants du français dont la
langue primaire est soit identique soit différente communiquent entre eux
lors d'un séjour en France.
Notre intérêt pour ce type de communication provient premièrement de
l'observation que celui-ci est extrêmement fréquent dans le cadre de
programmes d'échanges universitaires, mais aussi dans d'autres contextes,
comme par exemple les cours de langue à l'étranger.
Deuxièmement, on peut constater que les études sur l'interaction en
situations de contact se sont jusqu'à présent surtout concentrées sur les con-
versations dites exolingues entre locuteurs natifs et non natifs. La communi-
cation entre interlocuteurs non natifs a seulement été analysée dans le cadre
de travaux portant sur la communication dans diverses linguae francae
(surtout l'anglais). La plupart de ces études pointent pourtant les particu-
larités du langage parlé par les non-natifs (et non pas les caractéristiques de
l'interaction) et négligent l'aspect acquisitionnel des situations. Cet aspect
est en revanche au centre des travaux sur les interactions entre apprenants
(learner interaction) qui s'intéressent cependant pour la plupart au milieu
scolaire (pour des références bibliographiques, cf. 1).
3 Version originelle allemande: « Mittlerweile habe ich auch einige Kontakte zu
Franzosen, hauptsachlich lernt man hier aber die anderen Auslander kennen, die
ihrerseits ein vergleichsweise grol3eres Interesse haben, neue Leute kennen zu
lernen. Aul3erdem gibt es hier viele Kurse, die vorzugsweise von Auslandern
gewahlt werden. Es ist aber auch superwitzig, mit lauter Spaniern, Schweden,
Tschechen, Russen, Lateinamerikanern, Marokkanern, Libanesen und Elfenbeinern
(oder wie heil3en die Leute von der Elfenbeinküste?) in einem Kurs zusammen-
zusitzen. »Introduction Il
L'étudiant qui séjourne à l'étranger participera très probablement à tous
les trois types de communication: à des conversations interalloglottes, exo-
lingues et éventuellement aussi à des en lingua franca.
Dans le film « Auberge espagnole », ces trois types de communication
apparaissent même tous les trois, l'un après l'autre, au sein d'une très courte
scène (de 52 secondes) qui se déroule au balcon de l'appartement de la
«communauté européenne ». Les colocataires viennent d'apprendre que le
propriétaire va augmenter le loyer:
Alessandro (Italien): cien ochenta mil pesetas'
Xavier (Français): SI
Alessandro: ciEn . ochEnta . mIl. pesEtas'
Xavier: sI: (3sec) creo que debemos coger una otra persona
(2sec) e conozco una persona muy simpatica . del
mi curso de: economia
Alessandro: quien es'
Xavier: es una chica ...muy seriosa e:: she's come from
Belgium
Tobias (Allemand): that means somebody has to share a room (3sec)
Lars (Danois): maybe it could be you two (1sec)
Wendy (Anglaise): Xavier '.. what does it mean. when you say. lafac '
Xavier: lafac '
Wendy: yeah
Xavier: l guess it's. lafac . it means. euh. university. it 's
the same word of. faculty. but. shorter
Wendy: so you say lafac' to say university'
yesXavier:
Wendy: you say .. je vais le fac '
Xavier: yes .je vais. À: lafac
Comme il est graphiquement indiqué dans la transcription, la conver-
sation au balcon commence par une séquence interalloglotte en espagnol
entre l'Italien et le Français, continue avec un échange en anglais, lingua
franca, entre le Français, l'Allemand et le Danois (énoncés soulignés), et se12 La communication interalloglotte
tennine par une séquence exolingue en anglais et français entre Wendy,
native anglaise et Xavier, natif français (en italiques)4.
Pour la présente étude sur la communication interalloglotte, nous avons
contacté, avec l'aide du Bureau des relations internationales de l'Université
de la Sarre, des étudiants allemands qui s'étaient inscrits à un programme
d'échange pour partir à Paris ou à Metz5. Quelques-uns de ces étudiants ont
donné leur accord pour un « accompagnement scientifique» de leur séjour
en France. De plus, nous avons pu motiver trois étudiants de l'Université de
Bielefeld à participer comme informateurs à notre projet de recherche.
Entre les mois d'octobre 2001 et mars 2003, nous nous sommes régu-
lièrement (une fois toutes les 4 semaines) rendus à Metz et à Paris pour
enregistrer les conversations de nos informateurs avec d'autres étudiants
étrangers6. Nous avons également enregistré leurs conversations françaises
avec leurs compatriotes allemands. Ce deuxième type de communication
interalloglotte paraît étrange puisque le choix de la langue primaire comme
moyen de communication serait nettement plus naturel et plus économique.
Et en effet, certains étudiants ont déclaré dans les interviews qu'ils ne parlent
pas français avec d'autres Allemands parce qu'ils trouvent ça « ridicule» ou
bien pour d'autres raisons7. Les étudiants que nous avons enregistrés pendant
qu'ils communiquaient en français avec d'autres Allemands nous ont
4 Dans cette dernière séquence, ('aspect acquisitionnel mentionné plus haut est
observable: le Français explique à la demande de l'Anglaise la signification et
l'usage de l'apocopefae ('faculté').
5
Nous avons limité notre recherche à ces deux endroits en raison de leur proxi-
mité de notre domicile: à partir de Sarrebruck, Metz est joignable en une heure,
Paris en quatre heures de train.
6 Après un certain temps, quelques informateurs se sont avérés moins intéressants
pour notre recherche parce qu'ils fréquentaient soit seulement des natifs, soit seule-
ment d'autres Allemands. D'autres étudiants nous ont donné accès à des groupes
plurinationaux très intéressants comme ceux présentés au chapitre 2.
7
L'étudiante Anja ne veut par exemple pas parler allemand avec d'autres
Allemands parce qu' «on parle pas si bien français, (...) on fait les mêmes fautes,
on peut pas se corriger parce qu'on s'aperçoit pas si quelqu'un fait une faute et c'est
pas pareil avec un Français (...) et puis aussi on cherche un mot, on trouve pas et on
dit en allemand et puis on est retombé dans l'allemand. » Seulement quand elle sort
avec des Allemands et un Français, ils parlent français, « mais là aussi, pas tout le
temps, juste pour lui qu'il comprenne tout ce qu'on dit» (INTERVIEW AVECANJA).
D'autres étudiants racontent avoir abandonné cette résolution avec le temps: « au
début on a essayé de parler français entre nous, mais en attendant, on n'est plus
arrivé à parler le français entre nous» (INTERVIEW FINALE AVECBaDa).Introduction 13
pourtant assuré qu'ils n'ont pas ressenti ces situations comme artificielles.
Certains d'entre eux sentaient même le contraire désagréable,
comme le montre la citation suivante tirée d'une conversation entre une
Allemande et un Suisse-Allemand:
« nous, on parle toujours enfrançais (...) il Y avait des Allemands ici, il y
a une semaine (...) on était à quatre dans la cuisine et (...) il Y avait un
qui parlait pas (...) le français et on a DU parler (...) allemand, c'était
terrible. » (PREPARATION FETELEON2, [2-6])
L'existence de ce type de communication interalloglotte résulte de
facteurs tels que le désir de progresser rapidement dans l'acquisition, de
s'assimiler aux natifs ou la peur d'exclure ces derniers de la conversation.
À part les deux types d'interaction entre non-natifs, nous avons égaIe-
ment enregistré des conversations exolingues pour pouvoir comparer le com-
portement interactif des mêmes locuteurs dans différents contextes de
communication. De plus, les informateurs principaux ont été interviewés au
début, pendant et à la fin de la période d'enregistrement.
Les analyses reposent ainsi sur un corpus comprenant des enregistrements
de conversations et d'interviews d'une durée de 55 heures au total. Les interalloglottes représentent la majorité du corpus avec 36
heures dont 21,5 sont des conversations entre non-natifs de langue primaire
différente et 14,5 des entre de
identique. Le reste du corpus est formé par les interactions exolingues (7,5
heures) et les interviews (II,S heures).
Des extraits des conversations ont été ensuite transcrits suivant les
conventions présentées en annexe. Les transcriptions des séquences les plus
représentatives sont incluses dans le texte pour illustrer les particularités de
la communication interalloglotte.
L'analyse entend décrire la façon dont les participants à une situation de
contact communiquent dans une langue qui n'est pas leur langue primaire et
qui est leur langue cible. Plus précisément, nous nous intéressons aux aspects
suivants:
- Quelles sont les méthodes qui permettent le fonctionnement de la
communication, c'est-à-dire comment les interlocuteurs réussissent-ils à
communiquer et à se comprendre dans la langue étrangère?
- Qu'est-ce qui se passe quand les interlocuteurs rencontrent des problèmes
d'intercompréhension?
- Les non-natifs peuvent-ils assumer le rôle d'expert de langue comme les
natifs dans la communication exolingue? Si oui, sous quelles conditions?14 La communication interalloglotte
S'aident-ils mutuellement?
Se corrigent-ils entre eux?
- En comparaison avec des natifs, expliquent-ils des aspects linguistiques
différemment?
- Comment parlent-ils de leur langue cible commune?
- Le déroulement de l'interaction est-il influencé par le fait que la langue
de communication est en même temps langue cible et si oui dans quelle
mesure?
y a-t-il des indices qui permettraient d'avancer des hypothèses quant au-
potentiel acquisitionnel de la communication interalloglotte ?
Le travail est structuré de la façon suivante: Pour commencer, nous
proposerons une définition plus précise de la notion de communication
interalloglotte et délimiterons notre recherche des travaux portant respective-
ment sur la communication exolingue, interculturelle, en lingua franca et
entre apprenants (ch. 1). Ensuite, nous présenterons en détails le corpus de
conversations sur lequel est basée notre étude (ch. 2). Nos réflexions quant
aux méthodes d'enregistrement et d'analyse ainsi que les concepts et notions
clés employés seront expliqués aux chapitres 3 et 4. Cette partie introductive
et théorique sera suivie des deux centraux du travail qui présentent
les résultats de notre analyse: tandis que le chapitre 5 explicite les points
communs et les différences entre conversations interalloglottes et exo-
lingues, le chapitre 6 est consacré aux particularités propres à la
communication interalloglotte. En guise de conclusion, nous résumerons les
particularités de ce type de situation de contact, discuterons son potentiel
acquisitionnel et présenterons quelques implications pour la didactique des
langues étrangères. Le travail se clôt avec quelques perspectives de
recherches. Dans l'annexe, le lecteur trouvera les conventions de transcrip-
tions, la grille d'autoévaluation des compétences langagières ainsi que des
collages et des dessins des étudiants.CHAPITRE 1
LA NOTION DE COMMUNICATION INTERALLOGLOTTE
Le terme alloglotte, composante de la notion proposée ici, combine deux
morphèmes d'origine grecque: allo-, du gr. rinoS ('autre') et glotte, du gr.
YAcOcrcrŒ ('langue'). Un locuteur « alloglotte » peut ainsi être décrit comme
un locuteur qui parle « une autre langue », autrement dit comme un locuteur
dont la langue de communication n'est pas la langue primaire (L 1). Partant
de cette notion, le terme de communication interalloglotte se réfère donc à
l'interaction dans des situations de contact entre interlocuteurs dont la langue
de communication n'est la langue primaire d'aucun d'eux8.
La entre locuteurs non natifs a déjà fait l'objet de
nombreuses études sous la dénomination «communication en lingua
franca »9. Or, les situations de contact analysées dans le présent travail se
distinguent par le fait que la langue de communication est en même temps
langue cible des interlocuteurslO. Cette particularité laisse des traces à tous
les niveaux de l'interaction et justifie à notre avis le choix d'une dénomina-
tion différente.
8 Comme la langue de communication peut changer au cours d'une conversation,
la notion de « communication interalloglotte» représente - comme celle de
« locuteur alloglotte » - une simplification de la réalité.
9
Les travaux dans le domaine de la lingua franca peuvent être classés dans
différentes catégories, comme le fait Meierkord dans sa bibliographie sélective
(http://www.sw2.euv-frankfurt-o.de/Doktoranden/ling.franca.html). Meierkord dis-
tingue entre introductions, bibliographies, travaux généraux et monographies, as-
pects sociolinguistiques de l'usage (comme par exemple politique linguistique,
planification linguistique, domaines d'usages), aspects historiques, aspects
géographiques et analyses linguistiques. Parmi ces dernières, qui sont minoritaires,
elle distingue entre études portant sur l'intelligibilité réciproque et travaux
concernant la pragmatique de ces interactions.
10
De façon similaire, Firth (1996 :241) délimite la notion de lingua franca de
celles de foreigner talk, interlanguage talk et learner interaction en soulignant que
« the term 'lingua franca' attempts to conceptualize the participant simply as a
language user (...) rather (...) than as a person conceived a priori to be the
possessor of incomplete or deficient communicative competence, putatively striving
for the 'target' competence of an idealized 'native speaker' ».16 La communication interalIoglotte
Ill. 2 : Dé mition de la notion de communication interallo lotte
COMMUNICA TION INTERALLOGLOTTE
l'interaction entre interlocuteurs
communiquant dans une langue cible commune
qui ne correspond à aucune de leurs langues primaires.
Le terme comprend les interactions entre locuteurs dont la langue pri-
maire peut être identique ou différente; la langue qui leur sert de moyen de
communication ne correspond pourtant à aucune de ces langues.
En choisissant le terme de communication interalloglotte nous voulons
aussi distinguer notre analyse des études sur les conversations en lingua
franca, et cela pour différentes raisons:
Premièrement, les études linguistiques portant sur différentes linguae
francae se concentrent souvent sur les particularités de la langue parlée par
les non-natifs et les différences entre cette variété et celle des natifs (non-
native speaker variety), et non pas sur les caractéristiques de l'interaction
(cf. à titre d'exemple Nelson 1984). De plus, la grande majorité des travaux
portent sur l'usage d'une seule lingua franca, à savoir l'anglais, dans un
contexte professionnel ou institutionnel. Deuxièmement, les chercheurs dans
le domaine des linguae francae mettent en général l'accent sur l'aspect
interculturel des situations. Meierkord (1996), qui travaille également sur des
conversations entre étudiants d'origines différentes pendant leur séjour
linguistique (en Angleterre), s'intéresse ainsi surtout aux phénomènes de
politesse et les relations entre le comportement des locuteurs et leurs
cultures. Une dernière raison concerne les méthodes employées pour
l'analyse des conversations en langue véhiculaire. Un aspect innovateur de la
présente étude consiste dans l'application de la mentalité analytique de
l'analyse conversationnelle d'origine ethnométhodologique (cf. 3) qui a déjà
fait ses preuves dans l'analyse de la communication exolingue. Quant aux
travaux sur la communication en « lingua franca », seul Firth (1990, 1996)
recourt à cette approche pour étudier les conversations anglaises de
managers et clients non natifs (cf. 3.2.4).
Notre étude de la communication interalloglotte se distingue aussi des
travaux sur la learner interaction qui s'intéressent, sur la base de données
expérimentales, seulement aux aspects acquisitionnels de l'interaction entre
apprenants en milieu guidé (et surtout scolaire; cf. à titre d'exemple
Long/Porter 1985).
La présente étude se rapproche plutôt - tout en s'en différenciant - des
travaux sur la communication exolingue. Avant de présenter les résultatsLa notion de communication interalloglotte 17
nombreux et importants de ce domaine de recherche européenne (cf. 5), nous
esquisserons ici différentes acceptions de sa désignation.
Pour « identifier la dimension spécifique des stratégies de communication
en langue non-maternelle », Porquier propose en 1979 le terme de communi-
cation exolingue. Sa définition (remaniée en 1984 et en 1994) précise qu'il
s'agit de la communication «qui s'établit par le langage par des moyens
autres qu'une langue maternelle éventuellement commune aux participants»
(Porquier 1984 :18) Il.
Définie de cette manière, la communication exolingue comprend les
conversations interalloglottes. Dans la majorité des travaux des années 80 et
90, la notion de communication exolingue est pourtant utilisée dans un cas
particulier de situation exolingue, à savoir la communication entre locuteurs
natifs et non natifs: pour des conversations, donc, dans lesquelles la langue
utilisée est première pour un (ou plusieurs) participant(s) et seconde pour
l'autre (ou les autres).
Une caractéristique fondamentale de la communication exolingue est
ainsi « l'asymétrie linguistique» entre les interlocuteurs (cf. 5.2). Ce terme
renvoie à la «divergence des répertoires langagiers» qui «peut être
considérée comme négligeable ou simplement passer inaperçue dans la
communication endolingue, mais [qui] est constitutive de la conversation
exolingue » (Matthey 22003 :55)12.
Sur la base de cette caractéristique, la définition de «communication
exolingue» se trouve dans quelques travaux élargie jusqu'à comprendre
toutes les situations de contact entre individus ne disposant pas du même
«répertoire linguistique ». Ainsi, la communication entre un natif et un
aIIoglotte n'est qu'un exemple de conversation exolingue selon de Pietro
(l988b :71): entrent également dans la même catégorie les conversations
entre médecin et patient, parent et enfant, etc. Py (2000 :82) précise pourtant
Il
Pour appréhender la diversité des situations exolingues, Porquier (1984)
esquisse une typologie qui comprend quatorze situations différentes selon les
langues connues des participants et le milieu linguistique de l'interaction. Comme
l'apport d'une telle typologie nous paraît douteux, nous nous limitons ici à la
remarque que les conversations interalloglottes analysées dans la présente étude
correspondraient aux situations numéro 14.1a et 14.1b de la typologie (les
participants x et y de LI commune (a) ou différente (b) se trouvent en milieu z et
communiquent en z qu'ils ont en commun).
12
Selon Alber/Py (1985 :3) « conversations exolingue et endolingue constituent
les pôles idéaux d'un axe de variation continue ».18 La communication interalloglotte
« qu'il n'y a exolinguisme à proprement parler que si les différences entre
les répertoires verbaux respectifs des interlocuteurs sont traitées comme
telles ».
L'asymétrie linguistique ne peut pas servir de critère définitoire pour la
communication interalloglotte. Au contraire, on pourrait supposer une sorte
de symétrie entre les interlocuteurs qui consiste en ceci que les participants
partagent la caractéristique de non-nativité, une compétence imparfaite de la
langue qui leur sert de moyen de communication, la perspective d'apprenant
et éventuellement la langue primaire. Or, il s'agit plutôt d'observer comment
la situation de contact est définie par les interlocuteurs eux-mêmes: comme
symétrique pour les raisons mentionnées ou comme asymétrique à cause
d'un décalage entre les niveaux de compétence respectifs.
Selon de Pietro (1988b :76), l'asymétrie inhérente à toute situation
exolingue peut « s'exprimer dans des comportements tout à fait différents de
la part des interactants ». Pour rendre compte de ces différences, il propose
de distinguer entre «exolingue communicatif» où les efforts des
interlocuteurs visent à la réussite de la communication, et «exolingue
didactique », caractérisé par une concentration sur la forme de l'échange et
sur l'amélioration de la compétence linguistique du non-natif. Sans qu'on s'y
attende, cet aspect joue également un rôle important pour la communication
interalloglotte.
Le choix et l'évolution du terme de communication exolingue13 sont
passés en revue par Porquier en 1994. Il revient entre autres sur un modèle
des situations de contact de langues proposé par de Pietro (1988b) et repris
par Lüdi/Py e2002). Ce modèle définit des formes prototypiques de com-
munication qui seraient situées dans un espace bidimensionnel formé de
deux axes allant de l'exolingue à l'endolingue et du bilingue à l'unilingue:
13 Sur l'évolution de la notion de communication exolingue, cf. aussi
Rosen/Reinhardt 2003 et les autres contributions au numéro thématique de la revue
LINX 49/2003 (= Porquier/Rosen 2003).La notion de communication interalloglotte 19
Ill. 3: Lesformes prototypiques de communication selon de Pietro (1988b)
et LüdilP (22002
exolingue
I II
bilingue unilingue
III IV
endolingue
Le premier axe se rapporte au degré de partage du ou des codes par les in-
terlocuteurs et ses manifestations dans l'interaction: une situation exolingue
se définit ainsi par une asymétrie constitutive entre les compétences des
interactants. Le second rend compte de la probabilité de l'usage effectif
d'une deuxième langue dans le discours: une situation est bilingue si
l'emploi alternatif ou simultané de deux langues est jugé approprié par les
interlocuteurs (cf. Lüdi/Py 22002 :160)14.Ce deuxième axe, modifié en axe
unilingue-plurilingue, présente également un paramètre d'observation
intéressant pour la communication interalloglotte (cf. 6.4).
Une autre filière de recherche (de tradition anglo-saxonne) s'intéresse
non seulement aux traces et aux conséquences de l'asymétrie des répertoires
linguistiques, mais aussi et surtout aux divergences entre les
culturels. Les études qui analysent les conversations en situation de contact
sous la dénomination de communication interculturelle mettent j'accent sur
les malentendus et autres problèmes d'intercompréhension dus aux diffé-
rences entre les présupposés culturels. Dans la présente étude, la dimension
culturelle sera prise en considération lorsque cela nous paraît nécessaire, ce
qui est pourtant rarement le cas. Nous nous intéressons ainsi, comme le
14
Lüdi/Py (2002) utilisent la notion de bilingue pour caractériser la compétence
d'un individu et en distingue celle de diglossie « utile pour désigner la juxtaposition
fonctionnelle de deux langues dans une population» (13).20 La communication interaIJoglotte
remarque Giacomi (1991 :87) à « la dimension linguistique de la communi-
cation interethnique ».
L'introduction de la notion de communication interaIloglotte indique la
particularité de la présente étude et la distingue de travaux similaires.
Pourtant, on peut discuter la question de savoir si la définition externe d'un
type d'interaction est judicieuse. Déjà de Pietro (l988a :265) remarque
qu'« il serait (...) erroné de définir univoquement de l'extérieur une
conversation comme 'exolingue' ou 'endolingue' » parce que la définition
de la situation « est souvent (re)négociée au cours même de l'interaction ».
Dausendschon-Gay (2003a :43) va encore plus loin en soulignant que
l'exolingue n'est qu' «une perspective de recherche de l'observateur
extérieur et qu'il n'est ni une qualité intrinsèque de l'événement commun ica-
tionnel ni une donnée empirique à priori. » Nous proposons donc la notion
de communication interalloglotte uniquement comme catégorie d'obser-
vation que nous avons choisie pour décrire et distinguer notre objet de
recherche. La conscience de ce fait nous empêchera de projeter nos critères
externes sur les données et de déformer ainsi les résultats (cf. 3). Nous
verrons pourtant aussi que la notion a « some real-world ('members')
validity» (Firth 1996 :241) dans la mesure où les participants rendent leur
compétence réduite ainsi que leur but commun pertinents dans le déroule-
ment de l'interaction.
Le terme de communication interaIloglotte peut également être critiqué
en vertu du fait qu'il regroupe deux types de communication différents:
celle entre non-natifs de LI différente et celle entre non-natifs de LI
commune. Ce choix terminologique n'entravera pourtant pas la prise en
compte des différences entre les deux types. Un autre argument contre la
séparation terminologique des deux types est le fait que dans les groupes
d'apprenants de L1 différente que nous avons enregistrés, il y avait souvent
plusieurs locuteurs de la même langue primaire. Il faudrait donc en principe
distinguer un troisième type de communication interalloglotte, qui serait un
mélange des deux autres; cette distinction nous semble pourtant superflue
parce que les différences se limitent à des détails.CHAPITRE 2
PRESENTATION DU CORPUS
Le corpus sur lequel est basée la présente étude se compose de trois types
de données: premièrement les conversations interalloglottes entre appre-
nants du français dont la langue primaire est identique ou différente,
deuxièmement les conversations exolingues des mêmes locuteurs avec des
natifs français, et troisièmement les interviews menées avec les informateurs
principaux au début, pendant et à la fin de leur séjour en France. La majorité
des conversations a été enregistrée par l'observatrice, environ 1/5 par les
participants eux-mêmes (cf. 3). Les illustrations 7 et 8 au sous-chapitre 2.4
donnent une vue d'ensemble des données qui forment le corpus.
Une grande partie des enregistrements a été réalisée à la Cité universitaire
internationale de Paris, résidence qui réunit 5.500 étudiants de 132
nationalités différentes dans 37 maisons situées dans un parc boisé de 34
hectares au sud de la capitale française (cf. www.ciup.fr). Chacune des
maisons, qui sont les fondations de différents pays (par exemple Fondation
Biermann-Lapôtre - Maison des étudiants belges, Maison du Cambodge,
Fondation d'Argentine, Maison Heinrich Heine - Maison de l'Allemagne,
Collège Franco-Britannique, etc.)
« accueille chaque année environ 30% de résidents d'autres nationalités,
établissant ainsi un « brassage» qui assure la multiplicité des contacts
entre les étudiants. C'est là une idée fondamentale, née avec l'institution
elle-même et qui est aujourd 'hui plus que jamais au centre de la politique
de la Cité. » (www.ciup.fr)
La Cité universitaire internationale de Paris constitue ainsi un lieu de
recherche idéal pour une étude des conversations interalloglottes.
La plupart des conversations enregistrées se déroulent lors de la
préparation d'un repas à la cuisine ou pendant un repas (petit déjeuner,
brunch, pause café/gâteau, dîner). Il s'agit donc de situations « naturelles»
ou «authentiques », c'est-à-dire que «l'interaction de la situation en
question a un but propre, autre que celui de faire un enregistrement»
(Dausendschon-Gay/Gülich/Krafft 1989 :393).
Dans la suite, nous présenterons nos informateurs principaux (2.1) ainsi
que les membres de deux groupes d'étudiants (particulièrement intéressants)
avec lesquels nous avons réalisé un grand nombre d'enregistrements (2.2).
Nous présenterons ensuite brièvement le contenu des interviews (2.3).22 La communication interalloglotte
2.1 Les informateurs allemands principauxl5
Maja [MA], Tabita [TA], Bodo [BO] et Lisa [LI] participent tous à un
cursus intégré franco-allemand en histoire qui comprend deux années à
l'Université de Bielefeld en Allemagne suivies de deux années à l'Université
Paris 7 (Denis Diderot)16.
Lors de leur séjour à Paris, Maja et Tabita sont logées à la Cité
universitaire internationale; Tabita à la Maison des étudiants belges, et Maja
d'abord à la Maison des industries agricoles et alimentaires et ensuite à la
Fondation d'Argentine. À la résidence, elles rencontrent beaucoup d'autres
étudiants français et étrangers: quant aux étrangers, Tabita est constamment
en contact avec des Flamands, des Libanais, une Brésilienne et un
Luxembourgeois d'origine iranienne et Maja avec des Argentins, des Italiens
et une Danoise (cf. 2.2). Inspirées de ce contact avec d'autres langues
pendant leur séjour en France, Maja et Tabita suivent des cours dans une
autre langue étrangère: Maja suit un cours d'espagnol (cf. 2.2.1) et Tabita
un cours d'arabe.
Bodo et Lisa se sont procuré des studios indépendants et rencontrent par
conséquent moins d'étudiants étrangers que les filles logées à la Cité
universitaire internationale. Tous les « historiens» de Bielefeld se voient
régulièrement dans les cours et sortent aussi ensemble. De temps en temps,
ils communiquent également en français. C'est surtout Lisa qui essaie
d'imposer le français comme moyen de communication. Avec ces deux
informants, nous avons seulement réussi à enregistrer des conversations
interalloglottes du type 2 (non-natifs de langue primaire identique).
Grâce à Maja, nous avons fait la connaissance de Dagmar [DA] qui était
sa voisine à la Maison des industries agricoles et alimentaires. Dagmar est
étudiante en géophysique et participe à un programme Erasmus. Elle dit
parler parfois anglais avec les autres étrangers (par exemple avec Daniel
[DL], natif anglais: cf. MANIF'). Avec Maja, elle échange des collages et
des dessins illustrant des mots supposés inconnus de l'autre, ce qui manifeste
le désir des deux étudiantes d'apprendre davantage (cf. annexe c). Nous
15
Les noms des informateurs ainsi que ceux de leurs interlocuteurs ont été
changés pour garder l'anonymat. Les informations sur leurs cursus et leur séjour en
France ainsi que les citations proviennent des interviews. Les noms des
conversations sont indiqués en PETITES MAJUSCULES.
16Pour plus d'informations, cf. : http://www.diderotp7.jussieu.fr/cifah/Présentation du corpus 23
avons enregistré les conversations des deux amies avec d'autres Allemands
(par exemple Hans [HA], enregistrement MIRACOLI),avec étrangers
et avec leur copine française Naomi [NA] (P'TIT DEl' BRETON).
Natascha [NA], Anja [AN] et Christine [CH] sont parties de l'Université
de la Sarre dans le cadre du programme Erasmus.
Natascha fait des études en allemand et en sociologie, Anja en communi-
cation interculturellel7 et en littérature française. Toutes les deux ont loué de
petits studios où elles vivent seules. En dehors des cours et des soirées
organisées pour les étudiants Erasmus, elles ont très peu de contact avec
d'autres étrangers et fréquentent plutôt d'autres Allemands et quelques
Français. Nous n'avons ainsi pas pu enregistrer de conversations inter-
alloglottes du type l avec elles (non-natifs de langue primaire différente).
Christine, étudiante en informatique, se rend en France pour améliorer sa
compétence dans une deuxième langue étrangère à côté de l'anglais et donc
« pour être Européenne» (INTERVIEWAVEC CHRISTINE). À la Cité
Universitaire, elle rencontre d'autres étrangers issus des États-Unis, du Chili,
du Danemark, du Cambodge. Entre autres, elle fait la connaissance d'une
étudiante Erasmus d'Angleterre, qu'elle décrit comme « compagnon d'infor-
tune» parce qu'elle « peut parler un peu moins de français que moi ». Les
deux communiquent plutôt en anglais. Christine ne se sent pas vraiment à
l'aise à Paris et rentre déjà après 4 mois en Allemagne. Ainsi nous n'avons
pu réaliser qu'un seul enregistrement interalloglotte avec elle et le Cam-
bodgien Peer [PE] (RENDEZ-VOUS CAMBODGIEN).
Soren [SO] et Gabi [GA] participent tous les deux à des programmes
d'études binationaux entre les Universités de la Sarre et de Metz.
Soren fait ses études d'informatique à l'Institut Supérieur Franco-
Allemand de Technique, d'Économie et de Sciences (ISFATES)18. Les étu-
diants qui suivent ce cursus de quatre ans (20 Allemands et 40 Français)
passent tour à tour une année à Sarrebruck et une année à Metz. Ils fré-
quentent presque tous les cours ensemble. Pendant son séjour à Metz, Soren
tombe amoureux d'une Française, Rose. Au Foyer d'étudiants, il est aussi en
contact avec d'autres étrangers. Nous l'avons pourtant surtout enregistré en
conversation avec \'Allemande Julia [JU] et avec sa copine Rose [RO].
17
Pour plus d'informations sur ce cursus à j'Université de la Sarre, cf. www.phil.
uni -sb .de/FR/Roman istik/IK/
18Pour plus d'informations, cf. : http://www.isfates.com/24 La communication interalloglotte
Gabi fait un second cycle d'études franco-allemandes transfrontalières
(SCEFAT)19. Ce cursus prévoit une licence à Sarrebruck et une maîtrise à
Metz. Comme les participants (10 Allemands, 10 Français) fréquentent tous
les cours ensemble et qu'à la résidence privée où Gabi loue un studio, il n'y
a pas d'autres étrangers, cette étudiante ne rencontre pas beaucoup de situa-
tions interalloglottes. Nous avons donc arrêté les enregistrements après
quelques semaines.
Les étudiants sont partis en France avec différents niveaux de français.
De façon très sommaire20, on peut les classer dans trois catégories:
1. niveau élevé: les étudiants qui parlent avec aisance, avec un débit de
parole rapide, presque sans fautes (Tabita, Gabi)
2. niveau moyen: ceux qui parlent couramment, mais avec des hésitations,
quelques fautes et des lacunes lexicales (Maja, Lisa, Anja, Bodo)
3. niveau élémentaire: ceux qui parlent avec beaucoup d'hésitations, de
fautes et d'interférences (Dagmar, Natascha, Christine, S6ren).
Quelques informations supplémentaires concernant les compétences
linguistiques des étudiants au début de leur séjour en France sont réunies
dans l'illustration 4.
19
Pour plus d'informations, cf. : http://www.phil.uni-sb.de/fr/romanistik/grenz/-
DGDFS-SCEF AT.htm
20 Comme l'aspect acquisitionnel n'est pas au centre du présent travail, une
classification plus exacte ne nous paraît pas nécessaire.Présentation du corpus 25
Ill. 4 : Compétences lin uistiques des informants principaux
autoévaluation21français
Nom Ulveau corn pren dre-éco uter /compren dre-I ire/
à l'école
participer à des conversations/parler/écrire
Maja 9 ans 2 B2 / C 1 / B2 / B2 / C 1
Tabita 7 ans 1 B2+ / B2 / C 1 / B2+ / B2
Bodo 5 ans 2 81 / 82+ / B 1 / A2+/ 81+
Lisa 6 ans 2 C 1 / C 1 / B2 / 81+/ C 1
Dagmar 4 ans 3 B2+ / B2+ / B2 / 82 / CI
Natascha 9 ans 3 81 / B2- / B 1 / 81 / B1
Christine 6 ans 3 B1+ / B1+ / B1+ / B1+ / B1+
Anja 4 ans 2 B2 / B2 / B 1 / B 1 / B2
Soren 6 ans 3 A2 / A2 / A2 / 81 / A2
Gabi 9 ans 1 C2 / C 1/ C 1/ B2+ / B2
21
En début de leur séjour, nous avons demandé aux informants principaux
d'autoévaluer leurs compétences linguistiques à l'aide d'une grille basée sur celle
proposée par le Cadre européen commun de référence (cf. annexe b). Cette grille
d'autoévaluation permet de visualiser de manière rapide les compétences dans les
quatre domaines suivants: compréhension de l'oral, compréhension de ['écrit,
expression orale et expression écrite. Les paires de lettres + chiffres (A l, A2, B2,
B2, CI, C2) correspondent aux différents niveaux.26 La communication interalloglotte
2.2 Les groupes plurinationaux
2.2.1 Le groupe argentino-germano-suisso-italo-danois
Quand Maja a déménagé à la Fondation d'Argentine, elle a rapidement
fait la connaissance des étudiants argentins Alicia, Carla, Daria, Eva, Léon,
Raoul et Francesco, du Suisse-Allemand Nicolas, de la Danoise Emma et des
Italiens Eleonora et Lorenzo, qui vivaient presque tous au même étage que
Maja.
Les membres de ce groupe international font des choses assez
différentes:
Daria [DI] et Léon [LE] sont venus à Paris pour faire un stage de six mois
dans la neuropsychiatrie de l'hôpital Sainte Anne de Paris qui fait partie de
leur formation en tant qu'internes de psychologie cliniques. Ensuite, trois
des Argentins sont musiciens: Francesco [FR] est compositeur, sa femme
Alicia [AL] chanteuse d'opéra, Eva [EV] celliste (après un diplôme
supérieur, elle suit des cours de perfectionnement en musique de chambre à
l'École Normale de Paris, Alfred Cortot). Carla [CA] fait une maîtrise en
histoire. Raoul [RA] est post-doctorant en biologie moléculaire à l'Institut
Pasteur; plus précisément il travaille sur les mécanismes de recombinaison
génétique du virus du SIDA. Nicolas [NI], étudiant en droit, passe une année
à l'Université Panthéon Assas (Paris 2). Emma [EM] fait ses études en
histoire de l'art. Lorenzo [Lü] est venu pour un DEA en mathématique/
informatique, Eleonora [EL] pour un DEA en philosophie.
Les amis cuisinent et/ou mangent ensemble et organisent des soirées ou
des rencontres pour tout le monde. La photo à la page suivante (ill. 5), qui
représente l'invitation à un « brunch romantique », n'est qu'un exemple pour
la collectivité et la créativité de ce groupe.
Les membres non hispanophones du groupe ont également mis sur pied
un cours d'espagnol dirigé par un habitant argentin de leur maison. Ce cours,
qui avait lieu deux fois par semaines, était suivi par 5 à I0 étudiants.
L'autoorganisation de ce cours est un produit extraordinaire de la politique
de «brassage» de la Cité. Léon et Nicolas profitent en outre de l'occasion
pour faire un tandem espagnol-allemand (tous les deux sont débutants dans
la langue de l'autre).
C'est avec ce groupe argentino-germano-suisso-italo-danois que nous
avons réalisé le plus grand nombre d'enregistrements.Présentation du corpus 27
Ill. 5 : Invitation à un « brunch romanti ue»
Le texte en tête de la liste dit: « Inscrivez-vous et écrivez ce que vous allez
ramener (nous achetons des baguettes !) » Sous la publicité à gauche, on peut lire:
« Das schonste am Morgen danach ist das Frühstück davoL » (La chose la plus
belle le matin d'après est le petit déjeuner d'avant.) Un des étudiants a ajouté la
traduction espagnole: « Lo mejor de la manana seguente es el desayuno previa. »
2.2.2 Le groupe germano-belgo-libano-brésilo-Iuxembourgeois
Tabita s'est rapidement fait de nouveaux amis dans la Maison des
étudiants belges: les Wallons Charlotte, Ela, Véronique, Herbert, Patrick et
Dennis; les Flamands Fabien et Sabine; les Libanais Sleman et Ali; le28 La communication interalloglotte
Luxembourgeois d'origine iranienne Miro; le Luxembourgeois d'origine
allemande Pascal; la Brésilienne Liana et le Français Mattis.
Charlotte [CO] fait des études en journalisme, Ela [EA] en théâtre/chant,
Véranique [VE] en communication/film, Herbert [HE] en linguistique infor-
matique. Patrick [PK] fait une école de film et Dennis [OS] est médecin.
Fabien [FA] est étudiant en histoire et Sabine [SA] fait une école pour
marchands d'art; Sleman [SL], Ali [AI] et Mira [MI] fréquentent une école
de commerce. Pascal [PA] fait ses études en communication interculturelle,
Liana [LA] en littérature, Mattis [MT] en informatique.
Comme le français est la langue primaire de plusieurs membres du
groupe, une partie des conversations fait plutôt partie de la catégorie d'ob-
servation « exolingue ».
2.3 Les interviews
Dans les interviews au début du séjour, nous avons posé des questions sur
la biographie linguistique des étudiants,
le logement à Paris / à Metz,
le cursus et les cours à la fac,
leur vie quotidienne,
- leurs rencontres / contacts avec d'autres étudiants et
leurs premières impressions / expériences.
Tandis qu'une partie des questions avait pour but de récolter des
informations générales sur les informants, d'autres servaient simplement à
faire parler les étudiants pour avoir une idée de leur compétence linguistique.
Lors des interviews pendant le séjour en France, nous avons posé des
questions susceptibles de faciliter l'interprétation des données. Les questions
qui portaient explicitement sur des aspects de langue - par exemple « As-tu
appris de nouveaux mots? » - nous ont fourni des informations précieuses
sur (le développement de) la conscience linguistique des étudiants (cf. 4).
Voici à titre d'exemple une déclaration intéressante à cet égard:
«J'avais toujours un problème avec les verbes, parce que j'ai
l'impression qu'il y a beaucoup de verbes en français, plus qu'en
allemand - je sais pas si c'est vrai, mais quand tu regardes dans le dic-
tionnaire, il y a beaucoup de verbes. Et c'est difficile à apprendre pour
moi, parce que quand j'apprends d'autres mots, il y a toujours quelque
chose que je peux m'imaginer, mais avec les verbes, c'est difficile et en
plus, très souvent, il y a plusieurs significations. Mais maintenant j'arrive