Le petit Brusseleir illustré

Le petit Brusseleir illustré

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Français
170 pages

Description

Découvrez l’histoire d’un peuple à part… 

Au cœur de la Belgique de 1900 vit une tribu hybride mi-wallonne, mi-flamande dotée d'une forte personnalité : les Brusseleirs. Situés aux antipodes du politiquement correct, ils parviennent en prose et contre tout, à se moquer d'eux-mêmes comme aucun peuple du globe. Rien ni personne ne leur résiste tant ils font rire ! Même pas vous qui vous reconnaîtrez, en tout ou en partie, dans ces figures de proue du vieux Bruxelles qui inspira tant le grand Jacques.

Un guide plein d’humour qui ravira les esprits !

A PROPOS DES AUTEURS

Curtio alias George Garnir (1868-1939) fut à la fois journaliste, poète, conteur, romancier, dramaturge et académicien.

Georges Lebouc, chroniqueur membre du Cercle d'Histoire de Bruxelles et spécialiste du langage bruxellois a écrit l’introduction, le lexique et les commentaires de l’ouvrage.

A PROPOS DE L’ÉDITEUR 

Soliflor est une maison d’édition à l’ambiance familiale où germent des idées à foison, rassemblées en de petits livres carrés et colorés, balayant des thématiques variées centrées sur l’art de vivre, de la cuisine au jardin, en passant par toutes les autres pièces de la maison. Oui, les thèmes sont ceux de la vie quotidienne, que nous aimons appréhender de la façon la plus naturelle et respectueuse possible.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2014
Nombre de lectures 0
EAN13 9782930543475
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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S o l i f l o rLe P e t i t
B r u s s e l e i r
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Tous droits de reproduction, traduction, adaptation réservés pour tous pays.Le P e t i t
B r u s s e l e i r
i l l u s t r é
Cur t io
D essins Gustave Flasschoen & Am édée Lynen
Couleurs AtsePréface
M algré que C urtio eût regretté déjà en 1906 un B ruxelles qui s’en
va, malgré l’avènement de l’Europe en notre capitale, malgré le
métissage de la population bruxelloise, malgré la gentrifi cation qui
s’opère dans les néanmoins indémodables M arolles… malgré tous
ces malgrés, il se trouve encore un éditeur bien avisé pour ressusciter
un ouvrage à la gloire du B russeleir.
En toute modestie, j’ose toutefois prétendre que notre magazine
communal « L e B russeleir », que certaines fêtes très populaires à la
gloire des joies d’antan et que l’éblouissante Zinneke Parade — pour
ne citer que quelques exemples — contribuent également à sauver
de l’oubli notre précieux dialecte.
5L e Petit B russeleir illustré
N otre identité est le résultat de nos us et coutumes et des rapports
sociaux qui en découlent. Dès lors, nul doute que le B russeleir fait
partie intégrante de notre génome. M adame Chapeau, le succès de
T oone, de B ossemans et C oppenolle, du M ariage de M ademoiselle
B eulemans, notre folklore dans toute sa splendeur… c’est la réalité
du B russeleir d’aujourd’hui et de son terrain d’expression !
Désormais, grâce à l’initiative de Soli flo r, le B russeleir va à nouveau
rejoindre les foyers et alimenter des conversations que je devine
hautes en couleur. M erci d’avoir voulu perpétuer cette tradition
langagière tellement savoureuse.
M ais je vous sens un peu déçu à la lecture de mes réfl e xions un peu
trop arrondies. A lors c’est entendu, j’arrête de ziverer, sinon vous
allez me prendre pour un brommelpot !
Freddy Thielemans
B ourgmestre de la V ille de B ruxellesIn t ro d u ct io n
Si l’on me demandait deux mots pour caractériser C urtio
(1868-1939), je n’hésiterais pas à parler d’un polygraphe et d’un
maître-z w anzeur.
M ais d’abord, faut-il l’appeler C urtio ou G arnir ? G eorges ou
G eorge ?
Pour ce livre-ci, pas de doute, c’est C urtio, le pseudonyme qu’il
employait pour signer ses Portraits dans L e Petit B leu, l’ancêtre de
notre actuelle Dernière Heure.
G eorges était son prénom mais, comme il se voulait dandy,
il revendiquaitce prénom sans s, se prétendant (à juste titre) unique
en son genre.
7L e Petit B russeleir illustré
Polygraphe donc, comme l’étaient beaucoup de journalistes de
son époque (et de la nôtre ?) puisqu’il signa les Portraits auxquels
je viens de faire allusion mais aussi des souvenirs (d’un revuiste),
des revues, très nombreuses, avec son complice M alpertuis,
des romans et même un guide touristique.
Sans oublier qu’il fut aussi, avec Souguenet et Dumont-W ilden,
un des trois mousquetaires fondateurs de l’hebdomadaire
Pourquoi pas ? qui lui survécut jusqu’en 1988.
De cette énorme production, ce sont manifestement ses Portraits
(ici réunis en partie sous le titre L e petit B russeleir illustré) qui ont
subsisté.
D’abord publiés dans L e Petit B leu, ils connurent un tel succès
(amplement mérité) que G eorge G arnir les rassembla en un album
puis deux, puis trois et que cela donna, en 1906, un des titres les
plus longs de la littérature bruxelloise : Zievereer, K rott et Cie,
A rchitek ! B aedeker de psysiologie (sic !) bruxelloise. Pour ceux qui
l’auraient oublié, le B aedeker était, à l’époque, ce que le G uide du
R outard est à la nôtre.
8Introduction
Le seul reproche qu’on pourrait lui adresser serait celui d’employer
force insultes et autres mots malsonnants (en B russeleir) qu’il ne
se donne pas la peine de traduire. Si c’était logique à son époque,
ce ne l’est plus du tout à la nôtre. C’est la raison pour laquelle vous
trouverez un lexique à la fin de cet ouvrage.
L ’autre reproche — mais il ne tient pas à l’auteur — c’est que son
ouvrage était bien di c ile à trouver aujourd’hui. C’est donc là le
grand mérite des éditions Soli flo r d’avoir ressuscité des textes plus
joyeux les uns que les autres, agrémentés des merveilleux dessins
de l’édition originale, délicatement coloriés par l’éditrice.
C urtio étaituntémoin de son temps, d’une époque où B ruxelles était
devenue la capitale d’un pays qui s’enrichissait et, parallèlement
peut-être, perdait quelque peu son âme, faite de gouaille, de rires
et de sourires propres à des gens pauvres mais qui aimaient leur vie
et leur ville.
C urtio avait des antennes assez sensibles pour s’en rendre
compte, lui qui écrivit… en 1906 : « B ruxelles s’en va […]. Il y a
à sa place, déjà, une grande cité cosmopolite, la capitale policée
9L e Petit B russeleir illustré
et confortable d’un royaume prospère, lequel s’est annexé un
Empire fantastique… »
C ette bou ée de nostalgie ne dura qu’un instant, aussitôt chassée
par sa deuxième nature (à moins qu’elle ne fût la première) : son
côté zw anzeur.
On croit aujourd’hui que le zw anzeur n’est qu’un blagueur. C’est
vrai, bien sûr, et C urtio adorait faire des blagues. Dans une de ses
pièces, deux acteurs qui voulaient se battre en duel ouvraient une
boîte où devaient se trouver deux pistolets… au jambon au lieu
de deux armes à feu ! La blague ne s’arrêta pas là car, le soir de la
générale, des fig urants a a més dévorèrent les pistolets au jambon,
ce qui laissa les deux acteurs tout à fait désemparés devant une
boîte vide.
C ependant, vers 1900, la zw anze était plus que cela : c’était la mise
en boîte de benêts à l’aide de canulars. C’est ainsi que G arnir adorait
promener ses visiteurs parisiens dans la rue de M érode, leur disant
que les B elges vénéraient tellement la danseuse Cléo de M érode
qu’ils lui avaient consacré une rue !
10Introduction
C ette joie de vivre, vous allez la retrouver dans ces portraits qui
comportent souvent insultes et a ro nts. En les lisant, songez qu’un
autre B elge célèbre s’est probablement inspiré de ceux-ci pour
buriner le caractère d’un certain capitaine Haddock.
G eorges LeboucL’Arch itek
A rchitek ! c’est la fin de « l’échange de vues » oral, c’est le m ot
suprêm e, celui après lequel il n’y a plus qu’à m ettre jasse bas,
à retrousser ses m anches de chem ise dans la posture du pugiliste,
à donner la parole à la tarte !
A rchitek ! c’est l’injure irréparable, unique, inimitable,
défi n itive. C’est l’élite de l’élite. C’est l’empyrée !
A rchitek !... Des analystes dignes de foi et dont vingt ans
d’expérience répondent, ont vu ceci — oui M onsieur, M adame et les
enfants ! — : deux autochtones de la rue Haute s’enguirlandent
sur la voie publique… les mots : Jan-menpute, muuge vet, rotte
boustring, longchamp-fl e uri, w allebak, lomperik, kreetzak, smaus
ont été échangés sans résultat… T out à coup l’un des deux
13L e Petit B russeleir illustré
adversaires lance : « A rchitek ! »… Le second pâlit, considère que
son insulteur est physiquement plus fort que lui, qu’essayer un
combat singulier c’est courir au-devant d’une rameling certaine,
d’une inévitable V ive l’amour !. .. A lors tout frémissant, le faible
fait le geste par lequel on s’incline devant le sort ; son attitude
rétractile est celle d’un lutteur à qui l’on vient de faire le coup
défendu de la fourchette. Il prend la galerie à témoin de la
déloyauté de son ennemi et il l’apostrophe avec dignité en ces termes :
- Si vous prendez tout de suite tout qu’est-ce qu’il y a de plus
meilleur, grand lâche que vous êtes là, je sais pas autre chose
faire que de s’en aller !
A rchitek !... A insi que sous le ventre arrondi d’une frégate,
les canots légers se rangent et s’abritent ainsi l’on peut ranger et
abriter sous la protection de ce mot monstre, l’escadrille des esquifs
fle uris de l’Invective M arollienne ! A rchitek !... C’est par-dessus la
cohue tumultueuse, grimaçante, grondante, grouillante,
cauchemarante, infernale et blasphématrice des injures du bas de la ville,
la tête horrible de la M éduse !L’Ar t ich e
Le M arollien distingue den artiche et den artiste.
Den artiche, c’est l’artiste de contrebande ; den artiste, c’est le hurluberlu
talentueux dont la principale caractéristique est qu’il m eurt de faim .
L ’a rtiche est aux gages de l’entrepreneur de peintures en
bâtiments ; c’est lui qui fait les bois et les marbres. Il se di é rencie
du vulgaire troupeau des façadeklachers en ce qu’il ne mange pas
sa tartine avec eux, ne porte pas leur blouse blanche, ne daigne
même pas la plupart du temps entretenir avec eux la moindre
conversation. Il est payé au mètre carré ; il n’est pas sous les ordres
du chef de poste ; il ne sou re aucun conseil : devant la porte de
sapin à laquelle il va donner les apparences du vieux chêne ou
devant le mur auquel il va prêter le fallacieux aspect d’un marbre
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