PARLONS POULAR

PARLONS POULAR

-

Livres
285 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Nomades ou sédentaires, les Peuls sont présents dans de nombreux pays d'Afrique et particulièrement en Afrique de l'Ouest. En Guinée, les peuls musulmans se sont implantés dès le XVII siècle dans le Fouta Djalon, tandis qu'une minorité restait nomade. Aujourd'hui, ils forment une communauté qui se distingue par une langue et une culture riche et singulière malgré des ressemblances avec celles des autres communautés peules et occupent une place de plus en plus importante dans le secteur commercial du pays. C'est donc à travers son histoire, sa culture mais aussi sa langue que sera présentée la communauté peule du Fouta Djalon.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 janvier 2003
Nombre de lectures 985
EAN13 9782296306455
Langue Français
Signaler un abus

Anne LEROY - Alpha Oumar Kona BALDE

PARLONSPULAR
DIALECTE DU FOUTA DJALON

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALŒ

@L'Hrunnattan,2002 ISBN: 2-7475-3483-9

Nous remercions

tous ceux qui à titres divers, en Guinée et en

France, nous ont aidés à réaliser cet ouvrage.

QUI PARLE PULAR EN AFRIQUE?

Dispersés dans la savane et le Sahel africain, des bords de l'Atlantique aux rives du Logone, les Peuls sont plus de six millions à vivre dans des conditions écologiques différentes, au milieu de sociétés dont 1'histoire et la culture sont diverses et où ils forment des communautés d'une importance variable. Parfois nomades comme certains « Bororo » du Niger, plus souvent transhumants ou totalement sédentaires, comme les «Foula» de Guinée ou les «Fulbhe» du Nord Cameroun, ils ne sont pas non plus uniformément et exclusivement pasteurs. S'ils ont une prédilection pour l'élevage de zébus, beaucoup sont aujourd'hui des agriculteurs-éleveurs et quelques-uns même ont abandonné la savane pour venir dans les villes augmenter le nombre des commerçants et des fonctionnaires, voire même occuper d'autres professions. REPARTITION GEOGRAPHIQUE

Présents dans tous les Etats de l'Afrique de l'Ouest ainsi qu'au Tchad, en République centrafricaine et au Soudan, nombreux dans le Inord du Nigeria, en Guinée, au Sénégal, dans le nord du Cameroun et au Niger, les Peuls ne constituent pas le peuplement majoritaire de ces régions de l'Afrique. Les six millions de Peuls dénombrés en 1980, se répartissent sur la carte en groupes d'importance inégale suivant une longue bande longitudinale ne dépassant pas en général le seizième degré de latitude nord d'une part et le huitième degré d'autre part, mais s'étendant d'ouest en est sur plusieurs milliers de kilomètres. Cette distribution se justifie par la fonction sociale des Peuls fondamentalement pasteurs et éleveurs de zébus et dont le bétail sensible à la trypanosomiase bovine ne peut vivre ni en zone
1 Les termes nord, sud, est et ouest seront écrits avec une majuscule lorsqu'ils désigneront une région définie; ils seront écrits avec une minuscule lorsqu'ils désigneront une partie ou une direction. 9

forestière ni à ses abords; par ailleurs la nécessité d'un abreuvement régulier et conséquent interdit un séjour trop loin de points d'eau. Ces deux impératifs confinent dès lors les Peuls et leurs troupeaux entre les régions désertiques du Nord et celles très boisées du Sud. L'ETHNIE PEULE

Si un certain nombre de traits physiques comme le teint clair, les cheveux peu crépus et légèrement ondulés, le front haut, les extrémités et les attaches fines ont pu permettre à l'étranger de caractériser le Peul et au Peul lui-même de définir ses canons de la beauté, cela ne suffit pas. En effet, des types physiques très variés évoquent des métissages multiples et complexes différenciant à la fois les individus au sein d'une même communauté et aussi l'ensemble de cette communauté des autres. C'est en fait plutôt le rapport des Peuls à leur troupeau qui pourrait fournir un des éléments essentiels permettant de les définir en tant que groupe humain. En effet, chez tous les Peuls se retrouvent des liens étroits entre la vie des hommes et celle du bétail, liens qui se manifestent tant au niveau du comportement que des activités sociales. Ainsi, toute communauté privée de son troupeau se trouve très rapidement assimilée à la communauté qui l'entoure et perd ses caractères déterminants. Parmi ceux-ci, il en est un fondé sur la reconnaissance d'un ensemble de valeurs considérées comme essentielles et dont la non-observance, sanctionnée par l'opinion publique, peut même entraîner chez les populations nomades l'exclusion du groupe, véritable mort sociale. Les principales de ses valeurs, discernement ou «hakkiilo », maîtrise de soi ou «munyal », réserve ou «semteende» ou « surritagol» forment le « pulaaku », sorte de code moral qui dicte l'attitude du Peul en toute circonstance, qui fait partie de ses traditions et de son héritage.

10

Un autre caractère déterminant des Peuls est la langue, langue qui selon la légende aurait été donnée en même temps que les vaches à leur premier ancêtre. Cette langue, perception des êtres et des choses qui leur est propre et dont nous parlerons dans les prochains chapitres, constitue un élément d'unité à l'intérieur de la diaspora peule. ORIGINE ET HISTOIRE Historiens, sociologues, ethnologues, africanistes et linguistes africains ont tour à tour avancé des hypothèses parfois fort divergentes voire même contradictoires et fantaisistes sur l'origine des Peuls (sémitique, judéo-syrienne, berbère, hindoue, ...). La majorité de ces spécialistes cependant est d'accord aujourd'hui pour dire que les Peuls seraient venus des environs de la vallée du Nil entre le VIème siècle avant Jésus-Christ et le VIIIème siècle après Jésus-Christ en passant par la lisière nord du Sahara. Les traditions du Fouta Toro (Fuuta Toro) les représentent abordant le fleuve Sénégal et le pays sérère par le nord. Leurs migrations auraient eu lieu à des époques différentes, elles pourraient être divisées en deux phases. La première aurait eu lieu à travers le Sahara, un Sahara humide qui n'était pas encore le désert. Partis de la vallée du Nil, les Peuls ou leurs ancêtres, ces pasteurs à bovidés dont les traces subsistent dans les gravures rupestres du Tassili et du Hoggar, seraient arrivés dans le Hodh de la Mauritanie actuelle à une époque très ancienne, « préhistorique». La seconde, commencée dans le haut Moyen-Age se prolonge jusqu'au XXème siècle. Après avoir atteint les rives du Sénégal, les Peuls commencèrent à reprendre le chemin inverse de l'ouest vers l'est, en direction du lac Tchad. Cette phase dite «historique» se déroula à travers la savane beaucoup plus au sud du Sahara devenu entre temps un désert. Après la fondation au XIème siècle de l'empire almoravide englobant le Maroc et la Mauritanie, les tribus peules qui dans un premier temps avaient été converties mais avaient alors abandonné Il

la religion musulmane furent contraintes de se convertir à nouveau. Persécutées par ces religieux, elles durent fuir vers le sud ~ un premier groupe trouva refuge dans le Boundou et en Sénégambie, un second groupe se réfugia dans le Bas-Sénégal créant par la suite l'empire du Tékrour qui deviendra plus tard le Fuuta Toro. Le troisième groupe gagna le Macina et fut rejoint par les tribus foulas qui s'étaient dirigées vers le Nil. Au XVlème siècle, un grand nombre des pasteurs du premier groupe d'émigration, appelés « Puli » poursuivirent leur route vers le Sud et parvinrent dans la région montagneuse du Fuuta Jaloo2 (Fouta Djalon) aux riches pâturages herbeux. Ces Puli furent bien accueillis par les populations autochtones, les Jalonké (Djalonké), mais quelques-uns parmi eux continuèrent à l'ouest dans le N'Gâbou pour créer une confédération avec les tribus de cette région. Le chef de cette confédération, le célèbre et puissant Tenguella, fut à sa mort remplacé par son fils, Koli Puli ~celui-ci à la tête d'une armée redoutable envahit les territoires du Boundou (Sénégal), du Fuuta Jaloo et du N'Gâbou et forma le royaume kolianké. Peu à peu, après avoir soumis les Wolofs et les Sérères, annexé l'empire toucouleur (c'est-à-dire du Tekrour), repoussé les Maures,... il parvint à conquérir toutes les contrées s'étendant entre le Haut-Niger à l'est, le Bas-Sénégal au nord et à l'ouest, le Fuuta Jaloo au sud, se constituant ainsi un vaste royaume. Un peu partout dans ce royaume devenu trop étendu où les communications étaient difficiles, les populations, Jalonké au sud, Torodos au nord, Wolofs et Sérères se rebellèrent et se libérèrent du joug de Koli dont le royaume éclata.. Dès le XVIlème siècle, au terme de longues migrations, les populations peules occupèrent les régions qu'elles habitent actuellement sans toutefois y exercer généralement une prééminence politique. Au cours des siècles suivants en revanche, ils fondèrent d'importants Etats: en Guinée, dans le Fuuta Jaloo, au XVlllème siècle, au Mali et surtout au Nigeria, et Cameroun au XIXème
2

Cf. carte 2 en annexes 12

siècle. Ces Etats perdurèrent à des degrés divers pendant la période coloniale et même au-delà. L'islam présent dans ces communautés dès le XIVème siècle fut au cœur des luttes des Peuls avec leurs voisins. La fondation de ces Etats résulte de «guerres saintes» organisées et menées par des religieux comme Karamoko Alpha au Fuuta Jaloo en Guinée, Ousmane Fodouyé (Osman dan Fodio) au Nigeria, Sékou Ahmadou et El Hadj Omar au Mali. Ces guerres furent menées contre des suzerains musulmans jugés infidèles ou des chefs et des populations non peuls voire parfois peuls demeurés animistes. Il en résulta à la fois une victoire de l'islam, de nouvelles implantations de Peuls notamment en Guinée, dans la partie moyenne du Nigeria et au Cameroun et la fondation d'Etats théocratiques particulièrement bien organisés. L'accession au contrôle de terres considérables et la domination sur des populations non peules assujetties ou capturées lors de razzias accéléra le métissage et la sédentarisation des vainqueurs qui sans cesser d'être éleveurs abandonnèrent la vie nomade aujourd'hui pratiquée par une minorité et se livrèrent aussi par l'intermédiaire de leurs captifs aux activités agricoles à côté de l'élevage. LE PULAR EN AFRIQUE Comme nous l'avons évoqué, c'est sous la pression de multiples facteurs socio-économiques mais surtout biogéographiques et écologiques (désertification du Sahara) liés à un mode de vie pastorale entraînant des déplacements incessants à la recherche de conditions propices pour I'homme et son bétail, que la communauté peule aurait éclatée en de vastes mouvements migratoires; ainsi serait née la diaspora peule dans l'espace géographique soudanosahélien. Les multiples migrations que connurent ces ancêtres peuls eurent pour conséquences inévitables non seulement le relâchement de leurs contacts mais aussi « l' atomisation » dialectale de leur langue. L'éclatement de ce parler «mythique commun» serait à l'origine des nombreux dialectes peuls d'Afrique. 13

Selon l'Anglais D.W Arnott3 il y a six aires dialectales du pular : -le Fuuta Toro (nord-est du Sénégal) - le Fuuta Jaloo (centre et nord-ouest de la Guinée) -le Macina (Mali) - le Sokoto ( nord du Nigeria) et Niger occidental - la zone centrale du Nord-Nigeria et le Niger oriental -l'Adamawa ( zone frontalière entre le Nigeria et le Cameroun) La langue pular ou fulfulde change de nom selon les régions et les chercheurs: au Nigeria le terme haoussa, Fulani, est le plus répandu, ce terme désigne à la fois la langue et la communauté peule. Au Soudan, les Peuls sont connus sous le terme générique de « Fellata » qui de nos jours sert aussi à désigner les communautés est-africaines implantées dans le pays. Selon qu'ils sont anglophones, francophones ou germanophones, les africanistes emploient des termes différents. Les germanophones utilisent le terme «FuI », de «Ful-Sprache» pour la langue fuI ou fulfulde. Les anglophones utilisent le terme «Fula» et les francophones le terme wolof, « Peul », pour désigner aussi le peuple et sa langue. Les locuteurs natifs s'appellent eux-mêmes Fulbhe (au singulier PulIo) ; au Fuuta Toro, on utilise le terme Haalpulaar, locuteurs du pular, qui réunit à la fois les appellations Peul et Toucouleur. CLASSIFICATION DES LANGUES AFRICAINES ET NOMBRE DE LOCUTEURS En ce qui concerne la classification des langues africaines et parmi elles le pular ou fulfulde, la tendance communément admise chez les africanistes après Maurice Delafosse4 est de ranger le pular, le wolof et le sérère dans le groupe sénégalo-guinéen ou selon

3

ARNOTT.D.W, The Nominal and verbal Systems of Fula, Oxford,
Press, 1970.

Clarendon
4

DELAFOSSE.M, Les langues de l'Afrique, Masson et Cie, / n.d, 1920. 14

la dénomination de Westerman et BryanS « West atlantic Gruppe » ou encore selon Greenberg6 « West atlantic branch». A l'échelle du continent africain, le pular ou fulfulde figure parmi les langues de grande diffusion, elle est parlée dans dix neuf pays et le nombre de locuteurs de langue maternelle pular est estimé à plus de douze millions. Le pular de Guinée plus communément appelé pular du Fuuta Jaloo correspond à l'aire dialectale numéro deux selon D.W.Amott.

S WESTERMAN ET BRYAN, Handbuch der Ful-Sprache, Woterbuch, Grammatik, Übungen und Texte, Berlin, Dietrich Reimer, 1909. 6 GREENBERG.I, The languages in Africa, La Haye, Mouton, 1963. 15

LE PULAR EN GUINEE

LA REPARTITION La plupart des locuteurs natifs du pular occupent la partie nord de la Guinée connue sous le nom de Fuuta Jaloo. Le pular de Guinée est parlé dans un espace géographique qui va de l'est du Fuuta Jaloo à la frontière ouest avec la Guinée maritime.
Cet espace est subdivisé en trois zones délimitant trois variantes
7

de

pular : le pular oriental, le pular central et le pular occidental. Le pular oriental est parlé dans les régions de Dinguiraye et Daboia; il se caractérise par une légère ressemblance avec le pular du Fuuta Toro notamment à travers l'absence de formes de politesse, la prédominance du tutoiement par rapport au vouvoiement, et aussi par une plus grande influence de la langue mandinka (ou mandingue). Le pular central parlé à Labé, Pita, Mali, Mamou,Tougué, Lélouma, Koundara, Koubia et Gaoual est considéré comme la forme standard du pular à cause de son homogénéité. Le pular occidental est parlé dans les régions de Boké, Fria, Kindia, Télimélé. Il se caractérise par l'abondance d'emprunts au soso et surtout au français dans les centres urbains. Même si le Fuuta Jaloo est occupé majoritairement par les Peuls, il ne l'est pas uniquement. En effet, on trouve également d'autres ethnies comme les Jalonké (Mali, Koubia) dont la langue, le jalonka est un dialecte de la langue soso, les Jakanké, les Bajaranké (Gaoual), les Konyagui et les Bassari (Koundara). Les Jakanké parlent le jakanka, langue très proche par ses structures de la langue maninka. Les Konyagui et les Bassari ont respectivement comme parlers maternels le onéyan et le wamey, langues très proches du pular sur le plan morphologique (cf. répartition en classes nominales par exemple). Néanmoins toutes ces communautés utilisent le pular comme langue véhiculaire.

7

Cf. carte 3 en annexes. 19

LE STATUT DU PULAR EN GUINEE En Guinée, la langue officielle est le français à côté de laquelle cohabitent huit langues nationales: le pular, le maninka, le soso (ou soussou), le kisie, le wamey, l'oneyan, le kpelewo et le loma. Parmi ces langues trois dominent le pular, le maninka et le soso qui sont régulièrement utilisées à la radio nationale, dans les radios rurales, à la télévision et dans la presse écrite. Elles ont aussi été utilisées dans un passé récent (de 1968 à 1984) comme langues d'enseignement dans les écoles, chaque langue étant enseignée dans sa région d'origine (le pular en Moyenne Guinée, le maninka en HauteGuinée, ...). Il n'est pas aisé de donner aujourd'hui un chiffre exact du nombre de locuteurs du pular en Guinée. D'après les résultats d'un recensement effectué en 1983 le nombre de locuteurs virtuels du pular en Guinée a été estimé à 2.900 000 soit 40 % de la population (7,8 millions d'habitants). Ce chiffre est contesté par certains qui estiment qu'en raison des privilèges officiels accordés au pular figurant parmi les trois langues à grande diffusion et aussi de l'intervention des Peuls tant dans le commerce que dans un grand nombre de secteurs d'activités divers et variés, le nombre de locuteurs du pular serait de loin supérieur à ce nombre. Les particularités linguistiques de la variante peule du Fuuta Jaloo par rapport aux autres variantes sont largement tributaires des divers contacts qu'elle a eus avec les langues mandés proches: soso, maninka, jalonka, jakanka. Ces divergences sont surtout frappantes sur le plan lexical par l'abondance des mots empruntés aux langues voisines et sur le plan morphologique par la disparition des alternances dans les conjugaisons. Se fondant sur cette dernière particularité, les linguistes considèrent le pular du Fuuta Jaloo comme «non conservateur» par opposition à celui du Fuuta Toro qu'ils qualifient de « conservateur» surtout au niveau morphologique (maintien des alternances consonantiques verbales par exemple).

20

LA LANGUE

L'ORTHOGRAPHE

ET LA PRONONCIATION

L'alphabet utilisé dans ce livre est le nouvel alphabet national en vigueur élaboré par l'Institut de Recherche en Linguistique Appliquée (I.R.L.A) en 1989. Le pular possède 42 unités graphiques qui se répartissent en deux systèmes: vocalique et consonantique.

Le système vocalique
~ Les voyelles brèves Les voyelles brèves ou voyelles de base, sont au nombre de 5 et s'écrivent comme en français: a, e, i, 0, u. Elles se prononcent comme en français, excepté le u qui se prononce « ou ». Correspondants français -a comme dans ami -e prononcé « é » comme dans lève -i comme dans livre -0 comme dans pot -u prononcé « ou » comme dans sourd Exemples pular aru viens eda buffle sari lapin tono bénéfice unugol piler

~ Les voyelles longues Elles sont marquées par le doublement de la voyelle de base à l'écrit et par un allongement dans la prononciation à l'oral.
Correspondants français -aa comme dans tâche -ee comme dans tête -ii comme dans gîte -00 comme dans hôte -uu = ou long comme dans tour

Exemples pular -aanugol être dans l'embarras -neene mère -yiite gîte -Iootagollaver -uurugol sentir bon

23

*

Remarque

Ne pas marquer la longueur ou le redoublement vocalique est une faute grave puisque certains mots ne se distinguent que par cette opposition de longueur. Exemples - amugol danser / aamugol se décourager

- finugol

se réveiller / fynugolfaire

lire

~ Les voyelles nasales Elles s'obtiennent par l'adjonction à la voyelle brève de la consonne nasale [n] et se prononcent le plus souvent comme en français. Correspondants français - an comme dans bande, tente Exemples pular -ande ennui

- en commedans pain, lapin, sein -enndu - in commedans ping-pong -innde - on commedanston -soondu - un commedans toundra, soumbara -sunture

sein nom oiseau tapade

Le système consonantique
Les consonnes sont au nombre de 27 en pular. 17 ont leur correspondant en français. ~ Les consonnes qui ont leur correspondant en français. Ce sont: b, c (tch), d, f, g, h, j (dj ou dy), k, l, m, n, p, r, s, t, w, y.
*

Remarques

- g se prononce toujours
gomme. Exemples

dur comme le «gu » dans guide, Guinée,

- goro - gere - gamol

colas bagarre danse

24

- j se prononce comme dj ou dy comme dans diamant.
Exemples

- jaarama - jenma
- h se prononce
Exemples - hiraande - horde - hikka

bonjour nuit

toujours h aspiré comme dans hache, houe, haie.

dîner calebasse cette année

- s se prononcetoujours commele s français à l'initiale. Exemples sac -saku distance - sagara samedi - asewe
~ Les consonnes qui n'ont pas de correspondants français Il s'agit de 6 (B), â('D), g'(G), 1{Y),]1(Jl), D(D), en

- 6 se prononce
Exemples

comme b aspiré (bh), il est impulsif. dos, derrière épouse

- 6aawo - 6eyngu

- â se prononce comme d aspiré (db). Exemples
- ûiûi - âuma
deux chose

- It se prononcecomme«gu » français avec un h aspiré; Exemple

- 1faburu
- y se prononce

tombe

comme y mais plus aspiré.

25

Exemples

- j'awgol - j'akkugo - j'oyre

monter croquer malice

-p

se prononce comme dans agneau.

Exemple - paakii abei lie

- il se prononce comme « ng » en anglais dans singing. Exemple beauté - il ari ~ Les consonnes nasales - mb, les consonnes m et b s'articulent en un seul son. Exemples - mbeewa chèvre - mboddi serpent - nd, les consonnes n et d s'articulent en un seul son. Exemples - ndoondi cendre - innde nom - nj se prononce comme dans N' djaména Exemples miel - njuuri oppression - njaguu - ng, les consonnes n et g s'articulent en un seul son. Exemples taureau - ngaari virilité, bravoure - ngorgu

26

Les consonnes sur la base de leur point d'articulation peuvent s'ordonner ainsi: p, b, 6, mb, w, m, t, d, cf, nd, n, c, j, nj, y, y, p., k, g, ng, ff, l), f, s, f, 1, h.

LE SYSTEME NOMINAL PULAR Le nom simple pular Le pular est une langue dite à classes nominales du fait que les noms y sont répartis en catégories ou classes formellement marquées par des suffixes. Cette répartition des noms en classes est une caractéristique commune mais non uniforme à toutes les langues à classes nominales dans la mesure où à côté de ce trait qu'elles partagent, ces langues présentent quelques diversités tant par le nombre de classes que par les marques formelles de classes et l'étendue de leurs schèmes d'accord. Pour ce qui est des marques formelles de classe en pular par exemple, on sait que ce sont des suffixes qui selon leur structure influencent la nature du nom. En effet, ceux-ci se présentent généralement sous la forme d'un syntagme minimal analysable en deux unités: - un lexème ou radical (nominal ou verbo-nominal) de structure:
CVC- ; CVCV - ; CVCC- ;

- une modaliténominaleou suffixe nominalde structure: -v ;-YC ;
-CVou -CYC. Ainsi, dans sa forme simple, le nom pular peut-il être schématisé comme suit:
Base radicale + suffixe nominal ou Base radicale + classificateur ou marqueur de classe nominal (M.C)

Cet ordre de succession est rigoureux et strict, seul son respect garantit la grammaticalité de l'expression nominale en pular. 27

Le suffixe nominal pular est une marque formelle de classe; ce suffixe en se combinant avec les bases radicales des noms qui composent une même classe nominale peut avoir une ou plusieurs variantes étroitement liées au contexte phonologique des bases radicales qui le portent. Si l'on considère le suffixe marquant les noms de la classe ngo par exemple, on peut enregistrer les formes suivantes comportant chacune une variante de ce suffixe:

- hoâ-o - feetee-wo - hog-go - Jun-ngo

habitation van haie bras

A travers ces exemples, on constate donc que le suffixe de cette classe apparaît tantôt sous forme de voyelles simples, -V, tantôt sous forme de syllabes, -CV ; les unes et les autres représentant ce que A.W. Amott8 appelle les différents degrés de l'indice de classe ngo, au nombre de quatre ainsi répartis. - 1-01du degré l, réduit à une voyelle simple: -V ; - I-wol du degré 2, caractérisé par une consonne continue: -CV; - I-gol du degré 3, caractérisé par une occlusive: -CV; - I-ngol du degré 4, caractérisé par la prénasalisation d'une occlusive, -CV. Ce degré formalise le radical et lui confère son statut de nom; il permet aussi d'identifier le nom et de l'intégrer dans une classe morphologique définie. Autrement dit, chaque degré de l'indice de classe est un classificateur «potentiel », mais par convention on désigne en général la classe nominale par la forme pleine du suffixe, c'est-à-

8ARNOTT.D.W., The nominal Clarendon Press, 1970.

and

verbal

systems

of Fula,

Oxford,

28

dire le degré 4 qui est représenté dans ce cas précis par le morphème: -ngo. Un même marqueur de classe ne se présente pas toujours sous 4 degrés différents, le plus souvent les marqueurs de classe se présentent sous trois degrés comme le montre ce tableau. Marqueur de Degré 1 classe -mba -a -6e -âan -âan -âe -e -âi -I -<fo -0 -âun -un -nde -ndi -ndu -ngal -al -n2e -e -n2el -el -ii (-il) -n2ii -ngo -0 -n201 -01 -n2u -u -ka -a -kal -al -ki -I -ko -0 -kol -01 -koy -oy -kun -un degré 2 -wa -jan -je -ji -jo -jun -re -ri -ru -wal -we -weI -wii (-wil) -wo -wol -wu -ha -hal -hi -ho -hol -hoy -hun degré 3 -ba -6e -âan -âe -âi
-<Co

degré 4 -mba

-<fun -de -di -du -gal -2e -2el -2ii (-2il) -go -201 -2u -ka -kal -ki -ko -kol -koy -kun

-nde -ndi -ndu -ngal -n2e -n2el -n2ii (-n2il) -ngo -n201 -ngu

29

Sur cette base on peut définir avec W.A. Wilson la classe nominale comme «un groupe réunissant tous les substantifs qui portent un même affixe d'accord et qui régissent un même accord dans les mots qui en dépendent grammaticalement». L'exemple suivant permettra de mieux comprendre ce phénomène d'accord grammatical:

- Leggal keccal ngal soppu-aa ngal no yoorude. l/Leg~V keccaV neaV sopp-u-âaal neaV no I yoor-udell II arbre I frais I le ltu as coupé / quel en train! de sécherl/
L'arbre frais que tu as coupé est en train de sécher.

C'est donc la reprise de la modalité nominale (modalité de classe) qui sert de signe grammatical entre le nom et les termes avec lesquels il est en relation (déterminant lexical, grammatical et pronom). On a coutume de représenter la classe nominale par le classificateur ou marqueur de classe (morphème mis entre parenthèses dans les exemples qui suivent) qui la définit. Cette marque de classe se confond d'ailleurs avec l'article. Exemples Singulier -debb-o (0) lafemme -pay-kun (kun) l'enfant -6er-nde (nde) le cœur -jun-ngo (ngo) le bras -rawaa-ndu (ndu) le chien -goâ- âun (âun) quelque chose Pluriel rew-6e (6e) les femmes pay-koy (koy) les enfants 6er-âe (e) les cœurs juu-âe (âe) les bras dawaaâi (di) les chiens

30