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Syntaxe et lexicologie du fon-gbe

De
369 pages
Cette étude prend appui sur la description des sons de la langue fon (Bénin) qu'elle approfondit au moyen des notions de phonologie paradigmatique et de phonologie syntagmatique. Elle revient ensuite sur toutes les autres étapes de la description linguistique pour offrir de la langue fon une analyse exhaustive et rigoureuse. Une partie de l'ouvrage est consacrée à l'étude du lexique fon avec une approche adaptée aux spécificités structurelles de la langue fon.
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SYNTAXE ET LEXICOLOGIE DU FON-GBE

Albert Bienvenu AKOHA

SYNTAXE ET LEXICOLOGIE DU FON-GBE Bénin

L':Htmattan

@ L'Harmattan, 2010 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr hannattan I@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-IIIOO-4 EAN : 9782296111004

A mesfils

Babatunclé SÉmanu Sonyawan et Cejiunkp6n

Nù v£ nu mE:WE: yi cf} kaka... n

REMERCIEMENTS
Ce travail de recherche n 'a pu être conduit à terme que grâce aux sacrifices consentis par Jeanne ACACHA-AKOHA, ma compagne et ma complice de tous les instants. Qu'elle trouve dans la publication de ces résultats le couronnement de nos efforts et le témoignage de ma reconnaissance. Que le professeur Luc BOUQUIAUX qui m'a éclairé et balisé le chemin au plan théorique et méthodologique et toute l'équipe du Laboratoire des « Langues et Civilisations à Tradition orale» des années 80 du Centre National de la Recherche Scientifique français, reçoivent mes très sincères remerciements.

Sommaire
AVANT-PROPOS... .., ... ... .. .. .... .., ... .. .... ... ... INTRODUCTION..... ... ... .. .... ... .. .. .. . .... ... ... ... .. ...... ... ... .....

9 13 35 37 55 61 65 85 111 129 133 133 146 185 185 188 191 203 211 231 237 253 347 349 361

Première partie: LE FON-GBE : ÉTUDE DESCRIPTIVE ................ Chap. Chap. Chap. Chap. Chap. Chap. 1- Phonologie... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... 2- Morphologie... .. . .., .. . .... ... ... ... ... ... ... ... ..... 3- Catégories grammaticales .. ... .. .. . ... .. .... .. .. ... . 4- Synthématique (dérivés, composés)... ... ... ... ... ... .... 5- Syntagmatique (syntagme nominal, syntagme verbal). .. ...... ......... 6- Fonctionématique (Prédicats, Sujets, Compléments, Rapports)......

Deuxième partie: L'ÉNONCE FON.............................................. Chap. 1- Les énoncés simples... .., ... ................. 1Enoncés simples non marqués......................................... IIEnoncés simples marqués... ... ... ... .. ... Chap. 2- Les énoncés complexes ..... 1Enoncésjuxtaposés... ... ... ................. IIEnoncés coordonnés... ... ... ... ... ... IIILa subordonnée relative................................................ IVLa subordonnée complétive ..... VLes subordonnées circonstancielles................................... Troisième partie: LE LEXIQUE FON...........................................
Chap. 1- Une démarche lexicologique originale.................................... Chap. 2- Structure du lexique et discussion. . . . .. . .. .. .. . . . .. . . . ... . . . . .. . .. .. . .. . .

CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE TABLE DES MATIERES ... ... ... .,. ... .., .. . ... ... ... .

... ... ..

7

AVANT -PROPOS Le présent ouvrage devait être publié déjà en 1991, année au cours de laquelle la thèse du doctorat d'Etat dont il diffuse l'essentiel, a été soutenue. Mais les multiples difficultés auxquelles l'auteur a été confronté lorsqu'il s'est impliqué dans des actions concrètes pour mettre en pratique les idées contenues dans ce document, ne lui ont pas permis d'honorer cet engagement. Fort heureusement, ces initiatives, ainsi que les nombreuses autres actions menées par des personnes qui poursuivent les mêmes idéaux, ont abouti à la reconnaissance officielle de l'importance des langues africaines dans le développement des nations du continent. Les conclusions du Forum National sur le Secteur de l'Education qui s'est tenu en République du Bénin, à Cotonou du 12 au 16 février 2007, ont décidé de « l'introduction effective des langues nationales comme matière» dans le système éducatif formel. Il est alors tout à fait opportun de mettre à la disposition des étudiants, du corps enseignant et des chercheurs, les résultats de ces investigations en appui pour l'élaboration de précieux outils didactiques, de manuels et autres. La publication actuelle a conservé, au niveau de l'introduction, les statistiques de population propres à l'année de soutenance de la thèse afin de rester fidèle aux analyses des auteurs cités, entre autres raisons. Le respect de ce contexte n'entame en rien la rigueur, la pertinence, l'actualité et la fécondité du contenu de l'œuvre, vu que l'actualisation de ces chiffres, sommairement indiquée dans des notes de bas de page, ne fait que les confirmer. Nous souhaitons bon usage à tous ceux qui liront cette étude.

9

ABREVIATIONS ET SIGNES UTILISES
act anaph. aor aor.gn. B BH C Dé déf Dt dt-é dt-t E Ex fot fut. H hab. inacc indéf in}. interr. M
actualisateur anaphorique aoriste aoriste gnomique ton bas ton montant bas-haut consonne: complément déterminé défini déterminant déterminant qui est déterminé (double détermination) déterminant de déterminant (double détermination) énoncé: énoncème régissant énoncème régi fonctionnel futur ton haut habituel inaccompli indéfini injonctif interrogatif ton moyen modalité d'énoncé morphème ouvreur modalité verbal négation optatif prédicat permiss if pluriel subordonnée relative relatif règle morphotonologique révolu répétitif syntagme: ou sujet syntagme nominal syntagme verbal syntagme d'agent

ME (mé)
mph. 0. mv nég. opt. p perm. plur. R r RMT rév. répét. S SN SV Sagt

-

11

s.dim. s. Org sp. s. poss. tot. V
VO

suffixe diminutif

suffixe marquant l'origine
espèce de suffixe de possession totalisateur voyelle quel que soit le ton de la voyelle verbo-nominal sépare des énoncés indépendants;

VN (vn) Il
/I

c'est une limite de phrase

ou

#

I

Il... Il +

d'énoncé. sépare des propositions (énoncèmes) en relation de dépendance ; c'est une limite de proposition indique les limites d'une proposition déterminante, d'un terme non verbal de l'énoncé, comme la proposition relative, c'est-à-dire une proposition indépendante incluse dans les limites d'une autre propos ition. sépare les éléments primaires les uns par rapport aux autres; c'est une limite de fonction. sépare les termes d'un syntagme en relation de détermination les uns par rapport aux autres, c'est-à-dire les éléments d'expansion secondaire. indique le caractère discontinu d'un syntagme indique un amalgame séparation d'un syntagme, des éléments qui sont dans un rapport de coordination, de juxtaposition ou de double détermination.

Il FB

marque une pause appositive ou une pose syntaxique.
précédera les informations concernant à la fois la forme biolo gique de la plante, son origine et la zone (forêt, savane, marécage...) où on la trouve. Ce signe précédera les informations à caractère ethnologique 11()tamment les crédences pour les plantes. Médt. : précédera les informations concernant la médecine traditionnelle. Cette mention indiquera que l'usage médicinal rapporté est scientifiquement corifirmé. (selon la science occidentale) français local

SG. Médt. use. fi

12

INTRODUCTION

« Dans des pays sans écriture les langues constituent des archives vivantes qui permettent, non seulement par les traditions orales dont elles sont le vecteur, mais en tant que telles, de reconstituer le passé, aussi ont-elles toutes une valeur essentielle» (L. BOUQUIAUX, 1978 :15)

13

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Carte n° 1
Extrait de: Carte générale (au l : 600,000) de la République Populaire du BENIN, Paris, lNG-France,

14

Où parle-t-on le fon-gbè ?
Fon-gbè (f:m-gbè) signifie "langue fon" ; c'est ainsi que les "Fon" fon-nù originaires du pays fon, comme ils s'appellent eux-mêmes, désignent la langue qu'ils parlent. Le fon-gbé est parlé essentiellement au Bénin, dans la partie méridionale et dans le centre du pays. Il est utilisé comme langue véhiculaire. L'Atlas sociolinguistique du Bénin (CNL, 1983 : 56 - 57)1 signale sa présence dans les villes, localités et régions suivantes: a) « Dans la province du Zou :

-

Sur tout le territoire

des Districts

de :

Gb:Jxibn, ZogbodomF, Za-kpota, AgbomF, Agbanlinzun, Wmxi, K:JVF. - Dans les districts de : Jijà (sauf dans la commune d'Agynà, Zanjannado (sauf dans le village d'Ag:Jnlin Xwégbo) où se parle aussi le edeyoruba), Savalu (sauf dans les villages de ati, DumF, Jaloku Odoagb:Jn). - Dans les communes de Lamine et Gbanlin et dans les villages de WFSF, Adugu, Lakoko, Zogbagawu, et JFgbe, tout le district rural de WFSF. b) Dans la province de l'Atlantique:

-

Dans la ville de Ouidah

(district rural de Ouidah),

Dans la commune urbaine d'AgbomF-Calavi à GodomF, Akassato, à Zinvié, dans le district rural d'AgbomF-Calavi, - Dans les village de Hinvi-axito, Lot:J-denu, - Dans la commune rurale d'Atog:Jn et dans la commune urbaine du district rural d'Alada. - Dans les villages de Wawata et de Zunto-hunsagodo, dans la commune rurale de Tangbo-jevie du district rural de Ze. c) Dans la province de l'Ouémé Dans la commune rurale de Ewé et dans le villages Veji, Kpanku, Gannyig:Jn et Atakplame, tous les villages du district de Ketu. d) Dans la province du Mono - Dans les villages de Tanji et de Zali dans le district rural de Lalo, - Dans les communes rurales de Ci-ax:Jma-degbe et de Ci-ax:Jjanab dans le district rural de Lalo, - Dans les villages de : F:Jnbme et de Dekanji (en famille et surtout entre

vieux), Dans les villages de MademF, de AX:JnY:Jya, Daji, de Losu, Agblali, de Kplakatagon, de Jixami, de la commune rurale de Ax:Jgbeya». (cf. Carte n° 1).

1 Commission Nationale de Linguistique du Bénin: 1983, Atlas Linguistique du Bénin, études sociolinguistique des Etats du Conseil de l'Entente (ASOL), Paris, ACCT-ILA, dernière version (encore sous presse) ne modifie pas fondamentalement ces informations; tate une accentualisation du caractère véhiculaire de la langue fon et son usage accru dans urbains, y compris ceux des départements du nord Bénin.

in Atlas et 125 p. La elle consles centres

15

L'enquête de terrain minutieusement menée par une équipe pluridisciplinaire sous l'égide de la Commission Nationale de Linguistique du Bénin (C.N.L) repose essentiellement sur le "sentiment du locuteur" aussi les auteurs insistent-ils lourdement sur le caractère "provisoire" de ses résultats. L'enquête révèle quand même que dans les centres et localités énumérés, les populations se réclament de la langue et de la culture fon, ce qui constitue tout de même une indication précieuse en matière de dialectométrie. La distribution géographique (cf. carte n° 1) de ces centres et localités donne aussi une idée de la configuration de l'aire culturelle fon. On conviendra donc avec les auteurs de ce document que «ce travail, fruit d'efforts soutenus d'enquêtes de terrain, se présente comme provisoire tout en constituant néanmoins une base sérieuse de départ pour la réalisation de la phase suivante. » (Atlas... p. 55). En attendant les études dialectologiques et sociolinguistiques de cette phase suivante, ce document reste muet sur l'importance numérique et le degré de véhicularité du fon-gbè (et des autres langues du Bénin); de même, il évite de citer Cotonou et Porto-Novo parmi les villes où l'on parle fon. En se fondant sur des données historiques, on peut émettre l'hypothèse que l'aire couverte par la distribution géographique du fon-gbé correspond à peu près au territoire de l'ancien royaume du DanxomÈ dont le fon-gbè était la langue officielle. On note cependant des différences - parfois profondes - entre les parlers fon de plusieurs localités dont les habitants se proclament Fon et ont "le sentiment de parler fon-gbé". Seule une étude dialectologique de l'ensemble des parlers pourra permettre des regroupements et des recoupements autorisant à se prononcer sur chaque cas en toute objectivité. Dans le cadre de notre thèse sur le fon-gbé, langue de l'ancien royaume fon, ces variantes seraient interprétées comme des formes spécifiques que le fongbè aurait prises dans d'anciennes provinces ou localités du royaume avec le temps, la dislocation du royaume et l'éloignement (isolement) géographique. On le voit, ces questions méritent approfondissement. Pour l'heure, elles soulignent et rappellent à notre attention que l'étude d'une langue « sans tradition écrite (comme le fon-gbè), dont on ignore tout ou presque des civilisations, ne peut s'envisager sans qu'on mène parallèlement une étude de leurs cultures, faute de quoi l'étude linguistique demeure une coquille vide, un squelette sans la chair »2. Il est donc important, avant d'entamer l'étude proprement dite du fon-gbè, que nous présentions brièvement le peuple fon ou les "F:mnù", locuteurs de cette langue, à travers leur histoire et les caractéristiques essentielles de leur culture. Nous le ferons en rapport avec le présent et le devenir du fon-gbè.

2

BOUQUIAUX L. et mOMAS
Paris, SELAF, p. 26.

J.M.c. 1987(2), Enquête et description des langues à tradition

orale,

16

Qui sont les Fonnù et d'où vient le fon-gbè ?
Selon Maurice AHANHANZO-GLELE3, les Atlas de Mercator (1560) et d'Ortelius (1507), le récit du voyage au Soudan de Léon l'Africain en 1507 et la cosmographie de Belfort (1575) indiquaient déjà, sous les vocables de pays de Daume ou Dauma, la présence des Fon ou Guédévi sur le Plateau d'Abomey; Daume ou Dauma n'étaient que des déformations de Dan-zun-mE: (dans la forêt de Dan), du nom du dernier chef Guédévi. Ce pays s'étendait vraisemblablement sur une aire comprenant Abomey et sa banlieue actuelle et les villages de Hwawé, Za, Sinwé, GbOli etc. (cf. carte n02). Qui étaient ces Fon-Guédévi? Quelle était leur origine? Quel mode d'organisation sociale pratiquaient-ils? A ces questions les historiens n'ont encore apporté aucune réponse rigoureuse et définitive. On ne connaît aujourd'hui l'histoire des Fon-Guédévi qu'à travers, et à partir de l'histoire du royaume du Danxome, fruit de leur fusion historique avec les Aja (Aladaxonù). Dès la fin du XVIe siècle en effet, les Fon-Guédévi furent rejoints sur ce plateau par un groupe d'Aja originaires de Tado, dans l'actuel Togo. Ce groupe de descendants d'Aja-hUt6 (tueur des Aja) avait été « contraint de fuir Tado vers l'Est, à la suite d'une querelle autour du trône... 4 » Il s'était installé d'abord à Allada-T()gudo (d'où le nom Aladaxonù "originaire de la maison d'Alada"). Suite à une nouvelle dispute entre frère, toujours autour du pouvoir, une partie du groupe, conduit par Dogbali -Gennù, quitta Alada et vint s'installer plus au nord, sur le plateau d'Abomey, parmi les Guédévi (voir carte n° 3). Quelques années après, par ruses, alliances et coups de forces, les descendants de Dogbali-Gtnnù (les Aladax:mu) conquirent tout le pays de Dauma ou Dan-zun-mÈ et fondèrent avec ses habitants (toutes ethnies confondues) le royaume du DanxomÈ dont la langue officielle était le fon-gbè, langue des Fon-Guédévi et la capitale Abomey (agbo-mÈ : "à l'intérieur de la grande forteresse"). Pendant trois siècles, les Aladaxonù dirigeront ce royaume, jusqu'à la fin du XIXe siècle. La conquête coloniale (1894) détruira ce royaume au moment où celui -ci connaissait son apogée. Telle est en substance, ce qu'on peut retenir de l'histoire du DanxomE, une histoire que retrace et magnifie la tradition orale fon à travers des chants et des récits où la fiction et l'imaginaire couvrent souvent d'un voile édulcorant les faits et vérités historiques. Ces trois siècles de l'histoire des Fon-Guédévi et des Ajaaladaxonù d'Abomey, nous la connaissons aussi relativement bien grâce aux nombreux écrits des explorateurs, des missionnaires et plus tard des administrateurs coloniaux: la surprise et l'intérêt que suscitait le DanxomÈ auprès de ces étrangers « nous valut, dit M.A. GLELE, une documentation abondante et diversifiée sur son
3

AHANHANZO-GLELE M. : 1974, Le Danxome : du pouvoir aja à la nation fan, NUBIA, p. 40. Les causes et les péripéties de cette migration ont été relatées dans un mythe qui connaît plusieurs versions. Nous en donnons une dans l'esquisse de l'anthologie de la littérature orale fon que nous proposons dans la seconde partie de ce travail (voir le mythe d' Ajahut6). 4

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organisation administrative et politique» (GLELE, 1974: 24). On regrettera cependant que la tendance générale ait été "d'écrire l'histoire des rois" ou des insti~ tutions administratives et politiques, sans penser à écrire du peuple", en l'occurrence l'histoire des Fon-Guédévi relégués au rang d'Anato "roturiers, hommes du peuple" par leurs vainqueurs, les Aja- aladaxonù qui se proclamèrent ax6-vi (= fils ou filles de roi) "princes". On se demande encore aujourd'hui quelles sont les raisons historiques qui ont fait du fon-gbè la langue du DanxomÈ:puis celle de la "nation fon".

Carte n° 2 Extraitde : AHOYOJ. R., 1976, Les villes d'Abomey et de Bohicon, une capitale historique et un centre commercial moderne dans le centresud du Dahomey (étude d'un doublet urbain en pays sousdéveloppé), p. 384.

18

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Carte nQ 3 SITUATION DU PLATEAU D'ABOMEY Extrait de: AHOYO J. R., 1976,

Les villes d'Abomey et de Bohicon, une capitale historique et un centre commercial moderne dans le centre-sud du Dahomey (étude d'un doublet urbain en pays sous-développé), p. 27,figure J J.

19

Et la langue de conquérir le conquérant
Les historiens sont unanimes pour reconnaître que les Aja-Aladaxônù, ont abandonné leur langue le aja-gbé (langue Aja) pour adopter la langue des FonGuédévi qu'ils ont pourtant vaincus. Cette assimilation (culturelle) des conquérants par les conquis est rare dans l'histoire. Certains y ont vu la preuve d'une supériorité de la culture fon Guédévi par rapport à la culture des Aja. En effet, le plus souvent c'est le conquérant qui impose sa langue et sa culture au vaincu. Dans le cas d'espèce, l'adoption de la langue fon par les Aja pourrait s'expliquer par deux causes fondamentales: la première est que les Fon-Guédévi, majoritaires et maîtres des lieux depuis longtemps, pratiquaient un système politique souple qui reposait sur une organisation administrative et politique peu centralisée et faible: certains historiens n'hésitent pas à comparer les chefs Guédévi de l'époque à des "roitelets". La seconde cause des immigrés aja, bien que minoritaires, étaient mieux organisés et avaient un programme précis, préétabli, de fondation d'un royaume fort. C'est semble-t-il, ce qui leur a valu leurs explosions successives de Tado puis d'Alada. Les immigrés aja ont donc profité de cette faiblesse de l'organisation sociale des Fon-Guédévi pour prendre la tête de l'ensemble et s'imposer par un régicide, en l'occurrence le meurtre de Dan, le dernier chef ou roi des Fon-Guédévi comme le relate la Tradition orale5. .. Malgré leur victoire, les Aja-Aladaxônù demeuraient minoritaires dans le milieu et surtout des étrangers; alors «pour utiliser ceux qu'ils ont conquis, les maîtres adoptent leur langue; le fon-gbè noyaute peu à peu la langue aja.» 6 L'histoire des institutions politiques mises en place par les Aladaxônù montrera d'ailleurs qu'ils ne se contentèrent pas d'utiliser les Fon-Guédévi comme de vulgaires "roturiers" (anato), "taillables et corvéables à merci" : ils les ont toujours intimement associés au pouvoir en leur réservant tous les postes de ministres, de hautes distinctions dans l'armée (cf. M. A. GLELE, 1974: 127-165), puis en leur confiant des responsabilités religieuses importantes7. Les rois du DanxomE ne confiaient les fonctions de ministres qu'aux roturiers fon-Guédévi sans doute, au début, pour s'assurer la main mise sur une population parmi laquelle ils étaient des étrangers, mais aussi pour se prémunir des appétits de pouvoir de leurs frères les princes; enfin un roturier qui devenait ministre par la seule volonté du roi devait tout à ce dernier et par conséquent, il lui est très soumis.
5

La tradition orale rapporte à propos de ce meurtre qu'un jour, excédé par les demandes de terre

répétées d'Akaba, Chef des immigrés aja (les aladaxonu), Dan, le dernier roi des fon-Guédévi explosa: "Tu ne voudrais tout de même pas étendre ton domicile jusque dans mon ventre ?" Le malheureux chef de terre ne croyait pas si bien dire: il fut tué sur le champ par Akaba qui planta dans son ventre une bouture de support de palissade (kpâtin) voilà comment ce pays a pris le nom de Dan-xoml: (= Dans le ventre de Dan). 6 DJIVO A. : 1978, Ghézo: la rénovation du Dahomey, XIX" s., Paris, ABC, p.38.
7

On consultera à ce sujet les études de l'abbé B. ADOUKONOU et tout particulièrement son ouvrage paru en 1979: Jalons pour une théologie africaine, essai d'une herméneutique chrétienne de Vodun
dahoméen, Paris, P. Lithielleux (Le Sycomore), 245 p.

20

Cette promotion de plusieurs générations successives de roturiers fut aussi celle de leur langue, le fon-gbè. Elle participait surtout d'une politique de brassage, voire de métissage ethnique soigneusement mise au point et institutionnalisée au plan démographique: Les princes Aladaxonù pouvaient épouser des roturières et même des esclaves, il en naissait des princes et des princesses à part entière. Le roi lui-même devait épouser des roturières: les rois du DanxomE ne choisissaient leur successeur que parmi leurs enfants dont les mères étaient des roturières. Les princesses aussi pouvaient "s'offrir" des alliances avec des roturiers ou des esclaves et donner naissance à des princes; dans ce cas, on dira de l'heureux mari qu'il "n'est qu'un bouc qu'on a placé auprès de sa chèvre" ; une expression consacrée dit à ce sujet: "on n'épouse pas une princesse, c'est la princesse qui vous épouse". Lorsque des roturiers épousaient des esclaves et lorsque les esclaves se marient entre eux, les enfants de ces unions étaient des "citoyens libres" (anat6) ou roturiers et ne pouvaient ni être utilisés comme esclaves ni être vendus. Grâce à ces institutions et à cette politique démographique, nation et une culture se sont formées autour de la langue fon, d'Abomey. L'extension par la suite du royaume du DanxomÈ et son très centralisée ont ensuite considérablement accru l'importance et fon-gbè, langue officielle du royaume. une véritable sur le plateau administration l'influence du

Le milieu physique.
Le plateau d'Abomey est donc le berceau du fon-gbè. Ce plateau, d'après le géographe l.R. AHOY08 est « nettement délimité» par la vallée du Couffo à l'ouest, la vallée du Zou à l'est et la dépression de la Lama au sud; un plateau sec et couvert d'une savane de type guinéen dont le climat « subéquatorial est marquée par une certaine sécheresse» (voir carte n° 3).

Le fon-gbè, langue menacée.
On ne connaît pas de chiftres exacts sur la population fonphone : les autorités politiques, sans doute préoccupées par la recherche de solution aux rivalités inter-ethniques n'ont jamais encouragé ce genre de statistique9. On conviendra cependant que cette population fonphone est tout à fait à l'image de la population globale du Bénin qui se caractérise par une forte croissance et une forte proportion de jeunes de moins de 15 ans. A ce sujet, les chiffres de l'année 1980 que donne
8

AHOYO J.R 1976, Les villes d'Abomey et de Bohicon, Paris, Thèse de Doctorat, Paris VII. 9 Les mentions "coutume" et "race" que nous avons sur les pièces d'identité et certaines statistiques ne sont que des faibles indicateurs du nombre de locuteurs d'une langue: on peut se réclamer d'une ethnie (par réaction) et ne parler couramment que la langue d'une autre ethnie.

21

l'Atlas linguistique du Bénin sont très significatifs: un taux de fécondité de 5,4 %, un taux de mortalité de 2,6 %, soit un accroissement de 2,8 %. En langage concret, explique ce document, cela signifie que « chaque année, depuis 1970, on compte 90.000 béninois de plus... Un béninois sur quatre (25 %) a moins de 5 ans, 49 % (presque un béninois sur deux) a moins de 15 ans alors que les plus de 60 ans forment à peine 6 %. La population active représente (seulement) 42 % de la population totaleIO. » Cette croissance s'est maintenue ces dix dernières années où elle a connu même une accélération: selon la Banque mondialell, la population du Bénin est passée de 3.350.000 habitants en 1980 à 4.500.000 habitants en 1988, avec un indice de fécondité de 6,4 enfants et un taux de scolarisation de 45 %. Ces chiffres concernent tout le Bénin certes, mais en termes de proportions et de pourcentages, ils correspondent parfaitement aux caractéristiques de la population fon actuelle. En guise de conclusion, les auteurs de l'Atlas linguistique du Bénin soulignent que cette « forte augmentation» et « cette jeunesse de la population posent le problème de l'emploi et engendre des migrations importantes.»12 Sur le plan linguistique, les conséquences de cette croissance rapide de la population et des migrations qui en découlent sont aussi importantes. Le rajeunissement très rapide de la population locutrice du fon-gbè a tendance à accélérer le vieillissement des normes linguistiques qui régissent sa production littéraire. Il en résulte que le patrimoine littéraire que véhicule la langue fon (contes, mythes, chants, proverbes, pictogrammes, devinettes etc.) est de moins en moins accessible aux jeunes. Si l'on ajoute à cela une scolarisation (en français) inachevée et souvent bâclée (cf. les forts taux de déperdition scolaire), la paupérisation et l'exode rural, il y a lieu de craindre que les foyers culturels fon que constituent les villages éclatent les uns après les autres. Dans les bidonvilles, destinations obligées de la plupart des candidats africains à l'exode rural, cet éclatement culturel est manifeste : on y parle souvent un pidgin, au mieux une langue véhiculaire réduite à sa simple expression. Dans de nombreux centres urbains du Bénin (dans la partie méridionale surtout) le fon-gbè sert de langue véhiculaire. On peut s'en réjouir, mais en même temps il faudrait soutenir ce processus par des mesures linguistiques de manière à enrichir constamment ce parler véhiculaire à partir du patrimoine littéraire dispo10Les Commission Nationale de Linguistique du Bénin /1983, Atlas linguistique du Bénin. La CNL qui s'est muée en Centre Nationale de Linguistique Appliquée en 1984 demeure l'institution spécialisée de l'Etat béninois en matière de langues et de politique de langue. Entre 1988 et 2006, la croissance de la population du Bénin s'est maintenue. Les commentaires mis entre parenthèses sont de nous. 11Sources: Bilan économique et social 1989, Le Monde n° spécial de dossier et document du Monde, Janvier 1990. 12 L'enquête Démographique et de Santé publiée à Cotonou en 2007 (sur la base des informations recueillies en 2002 par l'INSAE et le PNLS estime la population du Bénin à 6.967.914, avec un "indice synthétique de fécondité de 5,6 enfants. La population reste très jeune: 46,8 % des Béninois ont moins de 15 ans. Le même document évalue l'ethnie fon à 39,2 % de la population du Bénin, soit environ 2.731.423.

22

nible du fon-gbè. Il est donc urgent d'étudier le fon-gbè, ce parler fon-gbé qui risque de n'être bientôt plus que celui des « 6 % de plus de 60 ans» de la population fonphone ; urgent aussi de rassembler une véritable anthologie de la littérature orale fon et d'élaborer un dictionnaire fon-français pour son étude; c'est l'objectif de notre travail, nous y reviendrons.

Le fon-gbè, langue d'immigrés.
Les Fon sont les premiers candidats à l'émigration du Bénin: peut-être que leur histoire, faite d'expansionnisme l'avait inscrit dans leur tradition, leur culture. Malthusiens à leur manière, ils estiment qu'ils n'y a pas pire déshonneur que de rester dans son "pays natal" à ne rien faire, à exposer son infortune aux commentaires, voire à "la risée des voisins" : dans ce cas, pensent-ils, "la nature vous ordonne de fuir", de vous éloigner du bercail pour aller loin "cacher votre odeur" (bi: wan) c'est-à-dire "cacher votre misère". L'immigré fon est alors généralement prêt à faire consciencieusement n'importe quel travail hors de chez lui pour survivre. Très parcimonieux, il épargnera pour s'offrir souvent un "retour" triomphal "au pays natal", notamment lors des cérémonies coutumières. On retrouve ainsi les Fon un peu partout au Bénin, surtout dans les zones urbaines. Cette disposition presque traditionnelle des Fon à l'exil volontaire, "l'aventure" (comme on l'appelle en français local) les conduit souvent très loin: ils sont installés en Côte-d'Ivoire, au Gabon, au Cameroun, au Zaïre, au Niger, au Togo etc. et même en France. Dans leur pays d'accueil, les immigrés fon ne viennent pas en groupe comme le font certaines ethnies africaines - dans des quartiers qui leur sont réservés ; mais leur situation d'étrangers les rend plus solidaires et ils éprouvent un réel plaisir à parler le fon-gbè entre eux, et c'est toujours - nostalgie oblige - avec des expressions et tournures recherchées, un parti pris évident de purisme. A l'exception de la France où les parents, travailleurs immigrés sont moins avec les enfants, dans toutes les villes africaines où nous sommes passés, Abidjan, Dakar, Niamey, Lomé, Douala, Brazzaville, la plupart des immigrés fon parlent le fon-gbè en famille avec leurs enfants. Ils sont donc bilingues, voire trilingues, parlant couramment la langue africaine dominante dans leur milieu d'accueil, le fon-gbè (en famille) et le français (la langue apprise à l'école) ou l'anglais (au Ghana et au Nigeria). Chez les fon qui résident dans les villes et centres urbains du Bénin, ce phénomène est encore plus accusé; certains n'arrivent même pas à parler la langue dominante de leur région d'accueil. Ceci explique pourquoi le fon-gbè est utilisé dans la plupart des grands marchés du Bénin y compris ceux des régions où le fongbè n'est pas une langue autochtone. Cela amène de plus en plus de population dont le fon-gbè n'est plus la langue maternelle à l'utiliser comme langue véhiculaire. Il faut souligner que, contrairement à leurs parents, les enfants des immigrés fon n'ont pas un niveau de langue élevé et que leur connaissance de la littéra23

ture orale fon est très limitée. Il n'est pas du tout certain que ces enfants, une fois devenus grands, puissent à leur tour parler le fon-gbè à leurs enfants. A combien peut-on évaluer les Fon qui vivent hors du Bénin? On ne dispose pas de chiffres précis au Ministère des Affaires Etrangères : les immigrés fon boudent les ambassades du Bénin de leurs pays d'accueil pour des raisons politiques. Il faut malheureusement attendre des tragédies comme « les expulsions de ressortissants béninois» pour apprendre qu'ils sont environ 20.000 au Gabon, presque autant au Cameroun et au Zaïre, le double en Côte-d'Ivoire...

Des activités économiques de subsistance.
Sur le plateau d'Abomey, les Fon pratiquent surtout l'agriculture, mais les sols appauvris par des siècles d'exploitations ne produisent que de maigres récoltes de palmistes et quelques produits vivriers comme le maïs, le mil, le sorgho, les haricots et de l'arachide; une agriculture de subsistance donc que complète un artisanat rudimentaire orienté vers la satisfaction des besoins locaux et le petit commerce de détail. Les forgerons et les tisserands fabriquent des objets d'art pour le tourisme, mais leur production non soutenue par une industrie touristique dynamique reste limitée. On signalera la présence de quelques salariés dans les villes, notamment dans le doublet urbain Abomey-Bohicon, à Cotonou et à Parakou. Les immigrés fon sont plus enclins aux emplois salariés, à l'artisanat et au petit commerce qu'au grand commerce ou aux grandes exploitations agricoles. D'une façon générale, leur importance économique est faible. Ce faible niveau de développement des techniques, du commerce et de l'artisanat se reflète dans le lexique du fon-gbè où l'on ne relève que quelques termes liés à ces secteurs, alors que le vocabulaire afférent à l'organisation sociale et aux croyances est pléthorique.

Le fon-gbè support fragile d'une culture désarticulée
«Les langues passent et se dégradent en suivant le déclin de l'Etat» écrivait déjà RIVAROL en 1783 dans son célèbre Discours sur l'universalité de la langue française. Tant qu'il était la langue officielle d'un royaume prospère et en pleine expansion, le fon-gbè était le support, le véhicule recherché et adulé d'une culture rayonnante, intervenant dans tous les domaines de la vie sociale, de l'activité économique et politique. C'est à cette époque que furent créés la plupart des rythmes de musique (hun), les airs fondamentaux des chants et chansons, les danses que nous connaissons. Rien que pour "la musique populaire" (par opposition aux musiques de cour et celles aux rythmes desquels dansent les vodun) B. KOUDJ013 a identifié une trentaine environ de rythmes fon dont les deux tiers au moins sont très anciens. Le premier dépouillement qu'il vient de faire d'une enquête que nous avons conjointement menée sur la musique de cour à Abomey en décembre 1989 a révélé une quinzaine de rythmes spécifiques conservés par les
13

KOUDJO B. 1989a, La chanson populaire en milieu fan et gun du Bénin: aspects sémiotique et
Paris, Thèse de Doctorat d'Etat ès Lettres, Paris XII, Val de Marne, 1278 p.

sociologique,

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descendants du roi GLELE14. Chaque vodun a sa musique et ses rythmes qui lui sont propres. Si l'on s'en tient aux douze "principales divinités publiques" que mentionne M. QUENUM15, l'on retiendra au moins douze rythmes de musique religieuse. Cette fresque de rythmes musicaux en dit long sur l'intensité de la vie culturelle et artistique dans le royaume du Danxome. Les manifestations culturelles suscitées et sélectionnées étaient promues et articulées par un calendrier annuel de réjouissances de tout genre. L'organisation de la société elle-même favorisait la création artistique. On distinguait les princes (àx3-vi), les hommes libres (anal:» et les esclaves (kannum3), mais on faisait surtout une différenciation radicale entre l'élite cultivée, vodunsi -constituée de certains princes et princesses et des roturiers initiés au vodun -et la plèbe (ahè) inculte, grossière et indiscrète par définition. Et de ce fait, les meilleurs artistes sortaient presque toujours des rangs des princes qui animaient la vie culturelle des palais et de ceux des roturiers initiés au vodun (vodun-si) qui étaient tenus de chanter et de danser lors des cérémonies religieuses. Les chants faisaient souvent référence à I'histoire du royaume, à des contes, des mythes, des proverbes, des dictons répandus et bien connus de la population. Des chants relataient aussi des événements de la vie courante, dénonçaient les crimes, fustigeaient les vices et exaltaient le courage et la vertu. Lorsqu'une femme bien élevée et cultivée était en colère contre une coépouse, elle devait lui adresser ses invectives par des chants allusives composées par elle-même pour la circonstance. Les artistes, entretenus par les rois et des mécènes vivaient grassement de leur art. Toutes les manifestations culturelles (cérémonies, vodun, culte des ancêtres, hommage au roi etc.) étaient ponctuées de spectacles, de chants et de danses; elles étaient toujours entièrement financées par la collectivité. La conquête coloniale, en provoquant « l'éclatement du pays» a brisé cet ensemble socio-politique structuré sur lequel reposaient la culture et la langue fon. Avec le nouveau système mis en place par la colonisation et la création d'une nouvelle élite tournée vers les valeurs et la culture occidentales, la langue fon a du mal à retrouver son équilibre: sa créativité s'estompe et sa littérature s'étiole. Après la colonisation, c'est paradoxalement du régime "marxisteléniniste" que la langue et la culture fon ont reçu les agressions les plus virulentes. Il n'est pas exagéré de dire qu'« avec l'ouverture de l'ère de l'idéologie marxisteléniniste, le Bénin (ancien Dahomey) porte la main sur la structure sociale minimale, le h£nnù (famille large)... » En effet, sous le couvert de la « lutte contre la féodalitë6 », de la « lutte antisorcière et de la campagne de production », on s'en est pris violemment à « l'autorité du père (dati), l'autorité de la famille (htnnù) et au vodun ». Des chants et des contes enregistrés par la radio nationale (unique) ont
KOUDJO B. 1989b, « GLELE. le musicien-chorégraphe: la musique et la danse comme outils d'historicisation au DanhomÈ:, Abomey», Communication au colloque international sur la vie et l'œuvre du roi GIdE, 27 - 29 Décembre 1989, Document dactylographié 19 p. IS QUENUM M., 1983a, Au pays des Fons. us et coutumes du Dahomey, Paris, Maisonneuve et Larose, 168 p. 16ADOUKONOU B. : 1979 Op. cil. P. XVI.
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été détruits et d'autres interdits de diffusion parce qu'ils « véhiculaient de l'idéologie réactionnaire et contre révolutionnaire ». Des couvents vodun ont été fermés et leurs occupants envoyés de force à "la formation patriotique et idéologique" et à "la production"... Obligation est faite aux artistes de ne produire que des "œuvres révolutionnaires", etc. Quand on sait que les palais et les couvents vodun étaient, dans le royaume DanxomÈ, de hauts lieux de culture, de véritables écoles d'artistes et de créations littéraires, quand on sait qu'après la destruction de la royauté et la désertion des couvents vodun par les jeunes, la famille large (hEImu) constitue le dernier retranchement de la langue et de la culture fon, on mesure le drame que représentait pour elles ce mépris militant et dévastateur; mais les "marxistes" n'eurent pas longtemps "les moyens de leur politique", aussi leur combat contre "l'obscurantisme" (féodal et vodun) cessa-t-il bien vite, "faute de combattants".. . En réalité, dans le face à face qui les oppose à la modernité et aux "ultraprogressistes", les langues et cultures africaines en général et le fon en particulier redoutent moins les décrets, slogans et autres mots d'ordre des politiques que la paupérisation, l'exode rural, l'urbanisation sauvage... Les célébrations du Centenaire du roi GLELE17 ont prouvé que les chants et danses royales de la cour d'Abomey sont conservés pour l'essentiel par les familles princières, et qu'ils ne sont menacés de disparition que par les faibles "pouvoirs d'achat" de leurs dépositaires. Il y a donc urgence, si nous voulons agir sur le destin de la langue fon. Aujourd'hui, on observe un clivage de plus en plus net entre le parler fon-gbè d'Abomey et le parler fon-gbè véhiculaire qu'on retrouve dans les principaux centres urbains du Bénin et tout particulièrement au sud. Ce fon-gbè véhiculaire supporté par une population jeune, citadine et par des non-natifs fon prend lentement, mais sûrement ses distances vis-à-vis du parler fon-gbè d'AgbomÈ-da!!mÈ ("Abomey au Danxome"). En ville, locuteurs du fon-gbé véhiculaire reprochent pêle-mêle au fon-gbé d'Abomey (et de ses environs) "son archaïsme", "sa lourdeur", "ses allures paysannes" etc. Or, le fon-gbé véhiculaire, simple instrument de communication courante, n'a pas (encore) sa littérature orale propre. Les tentatives de production de chants "révolutionnaires" dans ce fon-gbè véhiculaire se sont soldées par un échec. L'on assiste alors à cette situation particulière où la quasi-totalité du patrimoine littéraire et la créativité artistique en général sont détenues et assumées par le parler fon-gbé d'Abomey à côté d'un fon-gbé véhiculaire limité aux seuls usages courants. Il en résulte que la littérature orale fon est de moins en moins accessible aux jeunes qui forment la majorité des locuteurs fon (49 % selon les statistiques citées plus haut) et l'avenir (à moyen terme) du fon-gbé. Le moins qu'on puisse
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GLELE, lOè roi du DanxomÈ, a régné de 1858-1889. La commémoration du Centenaire de sa mort

s'est déroulée à Abomey du 23 Décembre 1989 au 04 Janvier 1990. Nous y avons activement participé et avons recueilli, à l'occasion, un nombre très important de chants, de joutes oratoires et des récits historiques.

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dire, c'est que le parler fon-gbé d'Abomey - du moins sa structure actuelle héritée du 19è siècle - est menacée. Il est menacé, comme nous l'avons dit, par la paupérisation, l'émigration, l'exode rural, la sclérose de sa littérature orale... et l'absence d'une politique culturelle nationale. Nous avons choisi de décrire ce parler fon-gbé d'Abomey avant qu'il ne disparaisse, mais aussi et surtout pour permettre à ceux qui le voudront, d'avoir accès à ce patrimoine littéraire et historique qu'il est le seul à détenir aujourd'hui et qui renferme trois siècles au moins de notre histoire. Cependant, l'intercompréhension étant largement assurée pour l'instant, au niveau de la communication courante entre le fon-gbè véhiculaire et le fon-gbè d'Abomey, en décrivant ce dernier nous contribuons très largement à l'étude du premier dont la description des spécificités peut attendre.

Le parler fon-gbè d'Abomey.
L'objet de la présente étude est donc le parler fon-gbé d'Abomey, c'està-dire ce que les Fon appellent daami-gbè [da: mëgbè], "la langue du DanxomÈ et qui aujourd'hui n'est plus que le parler dominant d'Abomey et de sa région, à savoir les communes d'Abomey, de Bohicon, de ZogbodomÈ, de Zakpotà , d'Agbangnizùn et de Jijà(voir carte n° 1). Les parlers fon-gbè sont en général assez proches des maxi-gbè, du ayiz~-gbè et du wèm!>-gbè avec lesquels une intercompréhension partielle, variable selon les cas, est assurée. En revanche l'intercompréhension est faible et souvent nulle avec:

-

les variantes

dialectales

Yoruba

qui limitent

le fon -gbè au nord

(eele-

cab!>et ielaca) et à l'est (eele-nago, eele-yoruba), les variantes dialectales du aja-gbè à l'ouest, le t~fin-gbè, le xwéela-gbè, le g!>n-gbè (mina), le waci-gbè, gbè etc. au sud.

le xwla-

On ne dispose pas de statistique précise sur le nombre exact de locuteurs du fon-gbè d'Abomey; cependant l'intercompréhension étant assurée à différents degrés avec les variantes dialectales voisines, on peut retenir que les locuteurs des parlers fon-gbè correspondent aux populations que les statistiques officielles range sous le vocable de "l'ethnie fon".

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,~) "

,

Carte n° 4
S.D.C.G. Laboratoire de cartographie thématique, Paris (Ç) 1974, Centre National de ta Recherche Scientifique. Extrait de PERROT 1.,00., 1981, Les Langues dans le monde ancien et moderne, Afrique Subsaharienne (MANESSY G. éd.), Pidgins et créoles (VALDMAN A éd.) , vol. II (cartes), Paris éd. Du CNRS..

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Classification du fon-gbè
Les travaux de J. GREENBERG classent le fon-gbè dans le groupe des langues Kwa, dans la branche Niger-Congo de la grande famille Niger-Kordofan.18 A la suite de GREENBERG, G. HERAUL T19, proposant une délimitation de la "sous-famille Kwa", range le fon-gbè dans l'aire linguistique de l'éwé, une aire qui s'étend "depuis la rive du cours inférieur de la Volta du Ghana, atteint vers l'est la frontière occidentale du Nigeria" (cf carte n° 4). Le fon-gbè se situe précisément à l'est de cette aire. L'analyse que fait G. HERAULT résume, à notre avis, très bien la situation de la langue fon : « Le fon est, dit-il, au Dahomey (Bénin), et plus particulièrement dans le tiers sud du pays, la langue qui compte relativement le plus de locuteurs: 800.000 environ. Elle est parlée dans une région ayant pour centre Abomey, limitée à l'est par l'aire linguistique Yoruba, limitrophe de l'aja à l'ouest, bordée par les dialectes tofinu et gun au sud-est, le long de la côte, et s'avançant au nord, pour former une pointe vers Dadjo. Il existe également quelques enclaves fan dans le sudouest du pays et, au Togo, entre la frontière dahoméenne et le fleuve Mono. »20

Les études du fon-gbè.
Les études dont le fon-gbè selon leur nature et leur époque. a été l'objet se répartissent en trois groupes,

Les premières remontent au 19è siècle. Leurs auteurs, des missionnaires catholiques et des militaires, étaient préoccupés par l'apprentissage du "principal idiome des indigènes". A l'exception de l'étude de M. DELAFOSSE2\ tous ces travaux procédaient d'une démarche d'amateur. Si leur intérêt historique n'est pas négligeable, leur valeur scientifique est fort limitée. La seconde vague des travaux sur la langue se situe entre 1963, année de publication du dictionnairefon-:français du R.P.B. SEGUROLA et 1976, année de la soutenance de la thèse de G. GUEDOU, thèse intitulée xo et gbè, langue et culture chez les fan. Cette période, dominée par l'œuvre de l'Eglise Catholique, comprend aussi bien des travaux à caractère scientifique, comme l'Initiation à la tonalité et à la grammaire de la langue fan de G. GUILLET (1972), Eléments de grammaire fon-gbè de M. DUJARlER et G. GUILLET (1972), que de nombreux
\8 \9

GREENBERG

J., 1966, Languages of Africa, La Haye, Mouton, VIII + 177 p.

HERAULT G., 1981, "les langues Kwa", Les langues dans le monde ancien et moderne: Afrique

subsaharienne, pidgins et créoles, Paris, Ed du CNRS, p. 142. 20 HERAULT G., 1981, Op. cit., 142. L'auteur signale à ses lecteurs que "la rédaction de ce chapitre a été achevée en "1972". Le chiffre de 800.000 locuteurs qu'il avançait est aujourd'hui tout à fait dépassé. 2\ DELAFOSSE M., 1894, Manuel dahoméen. Grammaire, Chrestomathie, Dictionnaire françaisdahoméen et dahoméen-français, Paris, E. Leroux, 436 p.

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fascicules (syllabaires, manuel de conversation, recueil de proverbes, des contes, journaux. ..) portant sur la langue fon22. Enfin le dernier groupe des études sur le fon -gbè est composé de travaux strictement scientifiques menés dans des cadres souvent universitaires depuis 1976. Outre l'étude de G. GUEDOU que nous venons de citer, les principaux titres qui forment ce groupe sont les suivants23 : Problèmes des tons en lon-gbè : identification, combinaison de B. AKOHA, (1977) Etude descriptive du gungbè (phonologie, grammaire) suivie d'un essai de segmentation de ML HAZOUME (1979) Esquisse phonologique du parler ([on) de Massè et quelques points de comparaison avec celui d'Abomey sur le plan lexical de B. HOUNKPATIN (1979) La littérature orale Ion du Bénin: contribution à la recherche parémiologique de J. -N. VIGNONDE (1978) Quelques éléments d'une grammaire dulon-gbè : nominal et syntagme nominal de B. AKOHA (1980) Le verbal et le syntagme verbal dulon-gbè parlé à Massè de B. HOUNKPATIN (1985) La chanson populaire dans les cultures Ion et gun du Bénin: B. KOUDJO (1989). A ces principaux travaux scientifiques, il faudrait ajouter les nombreux articles publiés dans différentes revues sur les aspects particuliers de cette langue. Il faudrait souligner aussi la douzaine de mémoire de maîtrise en linguistique soutenue à l'Université Nationale du Bénin et dont les sujets portent sur la langue fon ou des parlers proches. Sans entrer dans les détails, nous retiendrons de tous ces travaux que le fon-gbè a été particulièrement étudié depuis 1976, mais qu'aucune de ces études publiées n'en a fait une description linguistique complète. Notre étude a pour objectif de combler cette lacune; elle propose donc: 1°) D'abord, un résumé et une synthèse à la fois de tout ce qui a été fait jusqu'ici concernant la description scientifique du fon-gbè. Cette première partie consacrée aux rappels aborde donc successivement: la phonologie paradigmatique et la phonologie syntagmatique la morphologie (amuïssement, amalgame, changement des voyelles et changement des tons) l'identification des catégories grammaticales la systématique (dérivés et composés) la synthématique (syntagme nominal et syntagme verbal)
22 On trouvera davantage de détails sur les travaux des deux premiers groupes de notre thèse: B. AKORA, 1980, Quelques éléments d'une grammaire dufon-gbè: nominal et syntagme nominal, Paris, Thèse de Doctorat de 3è Cycle, Paris, Paris III, pp. 12-20. 23 Se rapporter à la bibliographie pour les références complètes.

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la fonctionématique (fonction et rapport) A chacun de ces niveaux, notre démarche analytique s'inspire des travaux antérieurs - auxquels nous faisons des références explicites - mais dégage une synthèse critique et actualisée. 2°) Ensuite, une étude approfondie de l'énoncé fon. L'on se rendra compte en consultant la liste des titres cités que l'énoncématique n'avait jamais fait l'objet d'une étude systématique. Nous avons donc particulièrement développé ce niveau, abordant les énoncés de structure type, selon ce qu'ils sont: - simples non marqués - simples marqués - ou complexes Il faut souligner que ce travail sur l'énoncé exploite un corpus actualisé à des fins encyclopédiques et qu'il met un accent particulier sur les sociolectes et les niveaux de langue; à ce titre, il constitue une transition obligée vers l'étude du lexique. 3°) Enfin, une approche lexicologique et lexicographique du fon-gbè. On a trop souvent limité la description scientifique des langues aux études approfondies de leurs structures phono logique et grammaticale, le lexique étant "laissé de côté", alors que l'étude du lexique devrait être considérée comme le couronnement de la description scientifique de la langue, parce que le dictionnaire général qui en est l'objet constitue à la fois une somme et un résumé des connaissances acquises sur la langue et le peuple qui le parle. Cette opinion nous a amené à faire une étude détaillée du lexique fon. Cette étude combine une approche systématique fondée sur les structures syllabique de la langue avec la démarche lexicologique traditionnelle qui procède par questionnaire d'enquête thématique et textes. Elle exploite ensuite les résultats de la synthématique pour proposer un catalogue général des unités de signification du fon-gbè qui distingue trois grands groupes de mots-entrées : - ceux qui relèvent de la structure lexicale de base (les irréductibles) - les synthèmes (dérivés et composés) - les emprunts (à l'arabe, au portugais, à l'anglais et au français). Par les questions qu'elles abordent, ces études, aussi bien grammaticales que lexicales, constituent des prolégomènes à l'élaboration d'un dictionnaire fon-français que nous voulons" de langue", mais à vocation encyclopédique; aussi concluons-nous l'ensemble de notre description du fon-gbè par un échantillon représentatif des" articles" de ce dictionnaire qui sera rédigé avec les normes orthographiques officielles.

Méthodologie La configuration du présent travail met en relief quatre grandes parties distinctes apparemment indépendantes les unes des autres, mais dans les faits, cette autonomie est relative. Sans la synthèse des études effectuées sur la phonologie, la 31

morphologie, la synthématique, la syntagmatique et la fonctionématique, l'étude de l'énoncé fon ne serait pas possible, et sans cette dernière, l'étude du lexique serait, elle aussi, impossible. Est-il besoin de souligner que la "simple" transcription des textes oraux, leur découpage syntagmatique et leur traduction correcte ne peuvent se faire sans une description complète de la langue? Très tôt, nous nous étions rendu compte de cette réalité; mais contrairement à la situation qui était la nôtre en 1980 (étudiant à Paris), dans le contexte de cette étude, nous avons été aidé par deux éléments importants: les travaux et publications antérieurs sur la langue fon et notre situation de locuteur natif en immersion dans la langue et la culture depuis dix ans. Ce dernier aspect est incontestablement un avantage, en ce sens que cette situation permet au linguiste d'extraire ses hypothèses de travail de l'observation directe sur le terrain et de les soumettre directement à la vérification, au contrôle du milieu. Toutefois, cet avantage pourrait se transformer en inconvénient, voire en handicap si les mesures nécessaires ne sont pas prises pour se prémunir contre les projections, les calques et pour garantir l'objectivité. Les dispositions que nous avons prises en ce sens sont de deux ordres: les premières sont d'ordre théorique et les secondes d'ordre pratique.

Choix théorique
Nous avons opté pour la théorie descriptive de l'école structuraliste française et tout particulièrement pour la démarche que préconisent L. BOUQUIAUX et J.M.C. THOMAS (19762), ce qui suppose que nous considérons que: « la langue est conçue comme un ensemble de systèmes d'unités pertinentes à des niveaux d'articulation différents (phonologie, morphologie, synthématique - celui des catégories - syntagmatique, fonctionématique et énoncématique i4 » Cela suppose aussi que nous analyserons la langue « comme le résultat de la projection linéaire de l'emboîtement de ces différents niveaux25 ». Ce choix répond à notre souci de procéder par approches successives recourant à des questionnements et à des ordonnancements qui nous situent continuellement en dehors de l'objet étudié, notre langue maternelle. Les questionnaires d'enquête que propose cette méthode sont de ce point de vue un moyen pour le locuteur de prendre du recul par rapport à sa langue.

Dispositions techniques et pratiques
.

Déjà, en 1980, lorsque nous utilisions cette méthode pour étudier la

langue fon26 nous avions constitué un corpus formé de textes et de traduction des
24

CLOAREC-HEISS F., Dynamisme et équilibre d'une syntaxe: le banoo-linoo de Centrafrique,

Paris, SELAF (DLME), p. 37. 25 Idem. Op.cit. 26 AKOHA B., 1980, Op. cit.

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questionnaires (QIL et QEL). Nous avons alors pour la présente étude repris ce corpus et l'avons revu, corrigé et augmenté à des fins encyclopédiques, mettant à profit notre situation de résident permanent dans le milieu. Au terme de cette opération de remise àjour, le corpus comprend: - les éléments de littérature orale fon : 2 mythes, 10 contes, 300 proverbes, 100 pictogrammes, 5 panégyriques claniques, 2 panégyriques royaux. - des traductions de questionnaires (types d'énoncé et thématique) L'étude de l'énoncé fon a été réalisée en partie à l'aide des questionnaires, mais elle s'est surtout appuyée sur les acquis de la fonctionématique considérés d'entrée de jeu comme des hypothèses de travail, et sur le milieu. Nous reviendrons plus loin en détail sur la démarche que nous avons adoptée pour étudier le lexique (cf. introduction au lexique). Dans l'ensemble, nous pouvons dire que notre démarche a consisté à partir de ce qui avait été fait pour formuler des hypothèses théoriques que nous confrontons à la réalité de la langue directement sur le terrain; les résultats ainsi obtenus servant à corriger et à reformuler d'autres hypothèses que nous soutenons à nouveau aux "tests d'authentification" avant leur adoption. La langue décrite est donc le fon-gbè tel qu'il est parlé aujourd'hui; mais nous soulignons, chaque fois que c'est nécessaire, les usages jeunes ou citadins et les archaïsmes.

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Première partie

LE FON-GBE : ETUDE DESCRIPTIVE
(Rappels)