Traductions et contextes, contextes de la traduction
134 pages
Français

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Traductions et contextes, contextes de la traduction

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Description

Aborder les contextes en traduction semble créer un écart entre la lettre du texte à traduire et le texte traduit, et donc s'éloigner des questions traductologiques propres à la langue et au texte. Or, la prise en compte des contextes peut permettre, au contraire, une approche plus efficiente de la traduction, visant à en expliquer les processus y compris les plus littéraux. Cet ouvrage aborde le sujet sous trois orientations : "linguistique", "socioculturelle" et "intertextuelle et transesthétique".

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Informations

Publié par
Date de parution 13 septembre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782336880938
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection Traductologie Directeur : Mathieu Guidère La collectionTraductologiepublie des ouvrages qui traitent des questions de la traduction et de l’interprétation dans une perspective multilingue, interculturelle et intersémiotique. Elle s’intéresse à toutes les problématiques qui concernent les traduc teurs dans l’exercice de leur métier et les spécialistes du langage dans l’analyse des traducti ons. Elle est ouverte à toutes les approches théoriques et méthodologiques, appliquées à tous types de textes traduits. Elle se donne un double objectif : d’une part, promouvoir des recherches actuelles menées sur la traduction écrite, orale et audiovisuelle ; d’autre part, publier des jeunes chercheurs dont les travaux mériteraient une plus large diffusion. Les études t raductologiques sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive les recherches interdisciplinaires susceptibles d’éclairer la complexité d’un domaine au contact des langues et en mutation constante. Que l’on se réfère aux sciences du langage, à la linguistique, aux sciences sociales ou encore à l’histoire des idées et des mentalités, il s’agit de révéler la richesse et la diversité des approches actuelles des phénomènes liés à la traduction et à l’interprétation dans un monde globalisé et interconnecté. La collection Traductologie est dotée d’un comité s cientifique et d’un comité éditorial qui examinent de façon anonyme les travaux soumis. La p ublication des travaux acceptés n’est soumise à aucune contribution financière des auteurs. Déjà paru Patrice Larroque,Essai de grammaire contrastive anglais-français, 2019. Guillaume Astrid (dir.),Idéologie et traductologie, 2016. Guidère Mathieu,Traductologie et géopolitique, 2015.
Sous la direction de Michaël GREGOIRE et Bénédicte MATHIOS TRADUCTIONS ET CONTEXTES, CONTEXTES DE LA TRADUCTION Nouvelle édition
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr EAN Epub : 978-2-336-88093-8
Introduction
« […] context is more than a set of previously specified discrete variables that have an impact on the knowledge of a language and a person’s ability to use it. Context and language are considered to be in a mutually reflexive relationship, such that language shapes context as much as context shapes language. » (House, 2006). Ce volume collectif est issu des séminaires de 2012 s’étant tenus à Clermont-Ferrand dans le 1 cadre de l’axe « Dynamiques interculturelles » de la Maison des Sciences de l’Homme, mais aussi de l’appel à contribution lancé en 2016 conjointeme nt par les laboratoires LRL (Laboratoire de recherches sur le langage, EA 999) et CELIS (Centre de recherches sur les littératures et la sociopoétique, EA 1002). Trois grandes orientations qui éclairent la question centrale des contextes en traduction s’en dégagent : une orientation « linguistique » proposant une typologie au sein de laquelle dialoguent théories et pratiques traductol ogiques telles que la retraduction, la trahison, l’auto-traduction et de la non-traduction, une orientation « socioculturelle », visant à éclairer les contextes de production et de réception des textes et œuvres traduits, une orientation « intertextuelle et transesthétique », prenant en compte l’impact de s œuvres littéraires, artistiques et plus généralement culturelles sur le texte et ses traductions. Aborder les contextes en traduction semble créer un éloignement et un écart de la lettre du texte à traduire, et donc un écart des questions traductolo giques propres à la langue et au texte. Or la prise en compte du ou des contextes ne peut-elle être con sidérée au contraire comme une approche efficiente de la traduction, visant à en expliquer les processus, y compris les plus littéraux ? Pour répondre à cette question, la richesse des théories traductologiques existantes (cf. Moya, 2004) n’a d’égal que les pratiques de traduction qui ne cadrent pas nécessairement – ce sur quoi s’accordent les théoriciens – avec l’une ou l’autre de ces théories, lesquelles font néanmoins avancer la complexe définition de la traduction. Or, la théorie linguistique, la théorie de la traduction « dynamique », la théorie interprétative, les théories polysystémiques, pragmatiques, duskopos et autres, conduisent, dans leur complémentarité, à repenser continuellement le rôle du texte et celui du contexte au sein du travail de traduction. La notion de contexte est centrale lors du travail de traduction. Quelle que soit la méthode de traduction retenue, le traducteur, même s’il se revendique « sourcier », doit s’intéresser à différentes acceptions du contexte, ce terme se déclinant à la fois comme source d’éléments culturels et langagiers en provenance de diverses époques et influant sur l’écriture, et comme cible (composée du lectorat, des éditeurs), qu’elle soit contemporaine de la production du texte ou qu’elle appartienne à des époques ultérieures. Mais le contexte, s’il est partout autour de la production et de la réception du texte traduit en constitue aussi le cœur, notamment par le biais de l’intertextualité, mais aussi par le biais des éléments de culture imprégnant les différentes étapes de la traduction et de sa réception. Sera entendu comme contexte tout ce qui relie le texte-source au texte-cible en tant que processus, tout ce qui fait le contexte au sens inspiré decontextuslatin d’« assemblage et de réunion » (TLFi, sv.contexte), c’est-à-dire la construction d’un premier texte par un auteur donné, puis sa « mise en 2 lien » avec un second texte, à savoir le texte-cible, l’ensemble constituant une « contexture » propre à la nouvelle unité augmentée que forment le texte source et sa ou ses traductions. Ainsi, la traduction se contextualise dès sa production, et en fonction de sa (et/ou ses) réceptions, étapes dont traitent ces chapitres. Parmi les différents types de traduction dont il sera question dans ce livre, la retraduction notifie de façon diachronique des contextes de réception di vers justifiant de nouvelles traductions, en fonction des époques de réception. L’auto-traductio n, vient pour sa part ancrer le processus de traduction dans celui de l’écriture elle-même, réfléchissant notamment sa capacité à la variation et pensant la réception de l’œuvre par diverses cultures. La non-traduction est quant à elle capable de démontrer à quel point l’écriture est en elle-même proche d’un travail de traduction ou, sous certaines conditions, d’un travail sur l’impossibilité de traduire. En effet, le choix de ne pas tradu ire une langue est une prise en compte, d’une certaine manière, de l’intraduisible, grand thème
traductologique, et également de l’inutilité de traduire décidée par l’auteur du texte source, que complète la réflexion sur la traduction comme trahison, reconsidérée dans un chapitre de ce livre et vue, non comme une perte, mais comme un apport. Les propositions faites autour de cette typologie, tendent à démontrer qu’il n’y a pas de vraie sépara tion entre texte et contexte ; la procédure traductologique cibliste pourrait fort bien ne pas s’opposer à une procédure sourcière ou du moins, 3 sous certaines conditions, la compléter . C’est la pierre que cet ouvrage souhaite apporter à l’édifice des études traductologiques à travers l’ensemble des contributions issues d’horizons scientifiques différents, qu’ils soient linguistiques, littéraires, voire historiques ou civilisationnistes. Les chapitres de cet ouvrage sont donc distribués, en fonction des axes présentés plus haut, comme suit : dans un premier volet, c’est l’écriture et la traduction du texte lui-même qui sont à la source d’une typologie traductologique induisant une perspective contextuelle et « contexturelle » selon la définition donnée. Le chapitre abordant la question de la retraduction, traitée parJean-René Ladmiral, pose de façon précise et définitive la question du contexte comme déclencheur à l’infini de la traduction, comme si chaque époque suscitait, notamment pour les « classiques », la nécessité d’une nouvelle traduction, les précédentes étant ju gées obsolètes, anachroniques et donc illisibles. C’est dans ce cadre que l’écriture ou la lecture d’ un texte classique est totalement rattachée aux différentes versions qui au fil du temps dénotent des interprétations différentes apportées par chaque époque. C’est comme si le texte source variait avec ses traductions qui prennent alors la valeur d’interprétants, le texte source (et parfois sa traduction canonique) demeurant le même et donc point de référence (sauf version d’origine non attestée et elle-même variable). Les traductions successives réinventent d’une certaine façon le texte source, à l’image de l’analyse critique, cette dernière constituant un travail préalable à une traduction fiable, non nécessairement « fidèle » au sens littéral du terme. Concernant cette question de la « fidélité » en traduction, la notion de « traduction-trahison » est revisitée parNicolas Froeliger. Après avoir défini les multiples origines historiques et les différents regards qui sont portés sur la trahison au fil du temps, sachant que la notion reste vivace en dépit des concepts de « contrainte », de « paramètre », d’ « équivalence », qui viennent se substituer techniquement à elle et dénotent l’impact du contexte, l’auteur de ce chapitre défend une forme de « valorisation » de la trahison non comme « soustra ction » mais comme « ajout » culturel au bénéfice du rayonnement du texte-source : « la simple existence d’un texte d’arrivée permet au texte de départ (et au-delà, à la culture dont il est l’expression) de se réfléchir », écrit-il. L’auto-traduction et la non-traduction abordées res pectivement par Aina López Montagut et Claude Duée sont du ressort de l’auteur « source » : elles rapprochent jusqu’à les superposer texte et contexte de traduction. Dans ce cas traduire (ou « non traduire »), qui signifie s’inscrire dans un contexte, équivaut à écrire. PourAina López Montagut, l’auto-traduction, que l’on peut considérer, écrit-elle, comme « un original » est « une traduct ion et en même temps une écriture, terme à interpréter comme une création ou une réécriture », certaines modalités de l’autotraduction pouvant aller de l’ajout à la suppression, à la substitutio n, à la réécriture, voire aux réécritures, comme dans l’exemple étudié, celui de Carlo Coccioli, auteur e n italien et auto-traducteur en deux langues, l’espagnol et le français. Ainsi, écriture et traduction étant inséparables, la traduction n’est pas moins inséparable du contexte, lequel est donc au cœur de l’écriture et de sa réception, et non seulement en tant qu’impact sur la traduction. Dans le cas étudié parClaude Duée, le contexte de la guerre civile, de son vécu et de ses représentations littéraires, induit chez l’auteur la nécessité narrative de ne pas traduire, car le roman pris comme exemple,Pas pleurer, de Lydie Salvayre, où intervient le récit en « fragnol » (mélange de français et d’espagnol) de sa mère, réfugiée de la guerre civile, constitue « un espace de revendication et de quête d’une iden tité, de la mémoire, et de la transmission culturelle, de réappropriation de l’Histoire et de l’histoire de Montse, de reconstruction identitaire de cette dernière et de sa fille ». Certains passages écrits en « fragnol », ne peuvent être traduits ; en effet, conformément au projet de l’auteur du texte- source, « la non-traduction ne signifie pas incompréhension, mais intercompréhension », d’autant plus que « le sujet prend corps dans une énonciation qui est signifiance, dans une oralité qui devient oraliture ». Cette typologie revisite donc quatre modalités part iculières de la traduction ; retraduction, trahison, auto-traduction et non-traduction se répo ndent et se complètent en ce sens qu’elles envisagent les limites de l’exercice de la traduction : tout est finalement possible sous condition, et le traducteur se conçoit autant comme passeur que comm e co-auteur, à des degrés divers, ce qui
module le risque ou la chance de trahison – concept aux connotations historiques et morales fortes, comme le rappelle Nicolas Froeliger –, voire en valide la nécessité. Dans une seconde partie, Gerda Hassler, Friederike Spitzl-Dupic, José Reyes, Richard Ryan, s’appuyant sur des méthodes alliant linguistique et didactique, démontrent, sur des champs traductologiques d’« application » ou encore pragmatiques, à quel point les contextes de production et de réception influent sur les choix de traductio n et leurs modalités de diffusion. En lien avec l’histoire, le chapitre deGerda Hasslerune réflexion sur une situation collective propose e particulière, à savoir l’impact de la diffusion du français dans le Berlin du XVIII siècle ayant « mené à de nombreuses traductions et actes d’interprétation, […] communication interculturelle entre les français nouvellement arrivés et la population alle mande », les deux langues conservant « respectivement des empreintes du français ou de l’allemand ». La traduction, dictée par un contexte socio-historique particulier, a donc un fort impact, développé dans le chapitre, sur l’évolution de ce contexte. Toujours dans l’aire germanophone, se pose la probl ématique des contextes de la traduction à partir de l’étude desPrincipes de grammaire générale mis à la portée des enfants, de Sacy, ouvrage e e du XVIII siècle traduit du français vers l’allemand par Vater au début du XIX siècle et analysé par Friederike Spitzl-Dupic. Elle démontre que ce travail va au-delà de l’exercice de traduction, cette dernière devenant « un réel lieu de discussion et d’échanges scientifiques » permettant au traducteur de « poursuivre une réflexion sur la théorisation de la valeur sémantique des formes et expressions verbales » caractérisant les « grammaires générales » en usage à l’époque. La traduction est, dans ce cas précis, l’occasion d’un enrichissement du savoir transmis et d’un apport scientifique essentiel à la connaissance des langues et des fondements du langage. La traduction journalistique, dont traiteJosé Reyes, est particulièrement impactée par un contexte social, politique, culturel, économique, auquel s’ajoute la part de transmission pédagogique dans laquelle l’auteur inscrit ce type de traductio n, ce qui lui permet de revendiquer un traducteur « médiateur interculturel » susceptible de provoquer un « dialogue interculturel » notamment en défendant la nécessité d’« affronter les problèmes de traduction des expressions phraséologiques », que l’auteur de ce chapitre considère comme des « pierres de touche de la traduction littéraire et journalistique », vu la part d’intraduisible et donc le rôle du contexte qu’elles mettent en évidence, en dépit « des normes et conventions particulières dictées par les journaux qui limitent le rôle du traducteur professionnel ». De même, la traduction en anglais d’articles traitant des sciences exactes, abordée parRichard Ryan, est soumise à un contexte éditorial poussant à la standardisation, à savoir la traduction en anglais des travaux scientifiques, et évinçant d’une manière paradoxale l’anglais général au profit d’un anglais «lingua francarnée’, qui mouvante mais consensuelle, hors sol […], ‘désinca n’appartient plus aux locuteurs natifs, qui de ce fait ne sont plus les arbitres incontestés de son bo n usage », l’article déclinant le rôle de tous les ac teurs de la chaîne éditoriale et les étapes d’un « travail collectif » de traduction et de diffusion d’articles scientifiques. Ces quatre chapitres informent de contextes où s’exerce la traduction de façon apparemment cadrée et sans « surprise », avec une finalité pratique de diffusion des mots du quotidien, des savoirs, des médias ; en réalité, ces analyses permettent de mesurer l’ampleur de la capacité des contextes à agir sur les textes. Si la contexture constituée du lien entre texte source et texte cible n’a finalement rien d’automatique, elle s’étend bien au-delà de la lettre du texte source, parmi les différents acteu rs de la réception et de la diffusion du texte, à des époques et dans des sociétés très différentes, allant même jusqu’à participer à leurs évolutions. Dans une troisième partie, les impacts littéraires, artistiques, et culturels induisent de se rapprocher plus étroitement encore du texte source pour y retrouver paradoxalement le ou les contextes – souvent modifiés et réécrits – impactant l’écriture mais aussi l’exercice de la traduction. C’est un questionnement littéraire qui émane du cha pitre écrit parJuan de Dios Torralbo Caballero, proposant une analyse translationnelle de l’unique traduction par Jesús Serrano-Reyes de e e The Unhappy mistake, une nouvelle anglaise du XVII siècle publiée au XVIII siècle, et dont l’auteur reste sujet à débat. S’appuyant notamment sur les « translation studies » d’A. Vidal-Claramonte, la « polysystem theory » de I. Even-Zohar et G. Toury, la « Manipulation School » de
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