Petit traité de management

-

Livres
220 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Vous vous intéressez au management, parce que vous le pratiquez au quotidien, parce que vous l’étudiez ou encore parce que vous vous interrogez sur ce qui fait la réussite ou l’échec de certaines décisions en organisation ?


Les principaux personnages et événements des sept premières saisons de la série Game of Thrones vous sont familiers ?


Ce petit traité de management est fait pour vous. À travers une étude approfondie des actions, des intentions et des perceptions de Daenerys Targaryen, Tyrion Lannister et Jon Snow, nous vous proposons de découvrir les trois grandes logiques managériales : le management charismatique, le management technique et le management organique.


Comment Daenerys, Tyrion et Jon émergent-ils comme dirigeants ? Comment incarnent-ils chacune de ces trois logiques managériales ? Quels sont la puissance et les dangers associés à ces trois formes de management ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 31
EAN13 9782376872788
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0105€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Collection «Pratiques d’entreprises»
Petit traité de management
Pour les habitants d’Essos, de Westeros et d’ailleurs
Marine Agogué et Cyrille Sardais
136 boulevard du Maréchal Leclerc 14000 CAEN
© 2019 LesÉditions JFD inc. / Editions Management et Société (version papier : 978-2-37687-277-1)
© 2019. EMS Editions Tous droits réservés. www.editions-ems.fr
ISBN : 978-2-37687-278-8 (Versions numériques)
Selon la prophétie, les dragons viennent toujours par trois.
Drogon, Viserion, Rhaegal.
Selon le fondateur de la sociologie, les sources de légitimité sont au nombre de trois.
Le charisme, la raison, la tradition.
Selon ce petit traité de management, trois personnages de Game of Thrones incarnent parfaitement chacune des trois sources de légitimité.
Daenerys, Tyrion, Jon.
Introduction
Table des matières
Première partie. Daenerys, Tyrion et Jon : trois lé gitimités singulières
Chapitre 1. Miracles et charisme, socle du managemen t charismatique : l’émergence de Daenerys I. Exprimer ses désirs, jusqu’à refuser l’ordre établi II. Accomplir des miracles III. Réactualiser le pouvoir charismatique IV. La consolidation Conclusion
Chapitre 2. Compétence et position formelle, socle du management technique : l’émergence de Tyrion I. Développer son savoir et faire la preuve de ses compétences II. Sans insigne, point de salut III. D’un insigne à l’autre Conclusion
Chapitre 3. L’expérience, socle du management organ ique : l’émergence de Jon I. S’intégrer à un collectif II. L’expérience et le sacrifice comme piliers du management organique III. Incarner les valeurs du collectif Jon Snow et la Garde de Nuit Jon Snow et le Peuple Libre Jon Snow et le Nord Conclusion
Deuxième partie. Tyrion, Daenerys et Jon : trois logiques managériales spécifiques
Chapitre 4. Optimiser, changer ou préserver le mond e ? Le « planifier » à la lumière des trois logiques Introduction I. Optimiser le monde ; changer le monde ; préserver le monde Tyrion et la bataille de la Néra Daenerys et la bataille de Meereen Jon et la bataille du Mur II. Le plan formel ; la vision inspirante ; la raison d’être collective Le plan formel du management technique La vision inspirante du management charismatique La raison d’être collective du management organique III. Les limites Les limites du « planifier » charismatique Les limites du « planifier » organique Se retrouver à contre-emploi Conclusion
Chapitre 5. Structurer, fusionner ou rassembler ? L ’« organiser » à la lumière des trois logiques Introduction I. Structurer ; fusionner ; rassembler Bronn et Tyrion
Jorah et Daenerys Tormund et Jon II. Le contrat ; la dévotion ; le serment Le contrat du management technique La dévotion du management charismatique Le serment du management organique III. Les limites Les limites de l’« organiser » technique Les limites de l’« organiser » charismatique Les limites de l’« organiser » organique Conclusion
Chapitre 6. Exécuter, improviser ou interpréter ?Le « diriger » à la lumière des trois logiques Introduction I. Exécuter ; improviser ; interpréter Le procès de Tyrion aux Eyrié Le procès de Daenerys à Vaes Dothrak Le procès de Jon à Châteaunoir II. Les directives précises ; le discours galvanisant ; le jugement responsable Les directives précises du « diriger » technique Le discours galvanisant du « diriger » charismatique Le jugement responsable du « diriger » organique III. Les limites Les limites du « diriger » technique Les limites du « diriger » charismatique Les limites du « diriger » organique Conclusion
Chapitre 7. Appliquer, briller ou tout donner ? Le « contrôler » à la lumière des trois logiques Introduction I. Appliquer ; briller ; tout donner Tyrion et Oberyn Daenerys et Daario Jon et les Frères de la Garde II. La mesure de performance ; la reconnaissance du chef ; le contrôle social La mesure du management technique La reconnaissance du management charismatique La pression sociale du management organique III. Les limites Les limites du « contrôler » technique Les limites du « contrôler » charismatique Les limites du « contrôler » organique Conclusion
Conclusion Le métissage des logiques de management La relativité de la légitimité Sansa ou la logique du métissage
Annexe méthodologique et théorique Comment nous avons travaillé
Remerciements
Introduction
1 « Je vous l’assure, siéger sur le trône est un millier de fois plus difficile que de le conquérir . »
Robert Baratheon, roi des Sept Couronnes
Dans des contrées bien éloignées des nôtres, au cœur d’une épopée livresque imaginée par le romancier George R. R. Martin dans sa demeur e de Santa Fe, une petite fille naît un soir de tempête. Une tempête comme le pays de We steros en a rarement connu. Cette petite fille, héritière déchue, n’a plus rien que ce nom transmis par son père, le roi du pays, qui vient de mourir, assassiné par ses enn emis. Quelques années plus tard, aux frontières de son pays natal, la petite fille est d evenue une femme en tout point extraordinaire, réunissant derrière elle une armée de fidèles venus de toute part pour suivre celle dont le nom s’allonge de nombreux qual ificatifs. Pendant ce temps, au centre de Westeros, un deuxième personnage émerge, garant de la bonne tenue du royaume, organisant grandes batailles et financement de mari ages, incarnant les fonctions qui lui sont octroyées comme conseiller principal du roi, h abilité à prendre des décisions au nom de ce dernier. Alors que la renommée de l’une s e forge et que l’autre endosse diverses fonctions, dans les grandes plaines du Nor d, émerge une troisième figure emblématique rassemblant nombre de partisans. Lui, bâtard de son état, ne porte pas le nom d’une illustre maison. Pourtant, ses actions, l ui valent d’être élu par ses pairs, puis quelque temps plus tard, d’être choisi comme roi, p ar un autre groupe de partisans.
Daenerys Targaryen. Tyrion Lannister. Jon Snow.
La sérieGame of Thronespar la, à ce jour mise en images au cours de sept saisons chaîne HBO, pourrait se lire comme une vaste fresqu e politique où s’affrontent, dans des élans de conquête, différents prétendants au Trône de fer. On pourrait ainsi y voir une illustration des diverses stratégies permettant de gagner des batailles, et éventuellement la guerre. Après tout, la trame narrative est imagi née par un féru d’échecs et recèle des ruses et autres stratagèmes permettant d’avancer de s pions, de saisir des châteaux, de berner son ennemi. Mais, comme le dit dès les premi ères scènes Robert Baratheon, alors roi des Sept Couronnes, exercer le pouvoir es t mille fois plus difficile que de le conquérir. Et nos trois protagonistes ne sont pas ( que) des conquérants. Ils sont aussi là pour gouverner. Tyrion veut assurer la prospérité d e Westeros. Jon tient à garantir la pérennité de la mission de la Garde de Nuit, à savo ir la survie des êtres humains. Et même Daenerys, qui entame initialement une démarche de conquête, le concède : «Je ne laisserai pas ceux que j’ai libérés redevenir de s esclaves. Je ne prendrai pas la route 2 pour Westeros – je ferai ce que font les reines : je gouvernerai».
Daenerys Targaryen. Tyrion Lannister. Jon Snow.
Trois personnages remarquables aux styles si radica lement différents que leurs actions, au fil des saisons, sont l’occasion de voir s’oppos er trois incarnations singulières de ce qu’est diriger un collectif, et d’apporter trois ré ponses bien distinctes mais complémentaires à la question : pourquoi choisit-on librement d’obéir ?
Cette question, Max Weber, considéré comme l’un des pères fondateurs de la sociologie, a tenté d’y répondre il y a déjà un siècle. Mais po urquoi donc les humains acceptent-ils d’obéir ? Des considérations matérielles peuvent l’ expliquer : obtenir un salaire, une récompense ; éviter une punition ; se soumettre à l a force ou la menace. Cependant, et même les pouvoirs les plus brutaux l’ont compris, c ela ne suffit pas, expliquait Max
Weber. Du moins, pas dans la durée. Peut-être parce que le problème de la contrainte, ou de la rémunération, c’est que l’obéissance risqu e de disparaître dès que ces dernières s’affaiblissent. Et qu’une obéissance qui ne se fon de que sur la peur ou l’intérêt risque de déboucher sur un engagement minimal de celui qui ob éit. Il en est tout autrement d’une obéissance librement consentie. Sauf que, pour l’ob tenir, encore faut-il que la personne qui obéit croit en la légitimité de celui à qui ell e obéit. Voilà ce qu’a sans doute omis l’autre grand personn age de la sérieGame of Thrones. Car Daenerys, Tyrion et Jon ne sont pas les seuls à incarner une position de direction au travers des saisons de la série : il en est un quat rième, incontournable – et que les scénaristes ont eu la gentillesse de ne pas prématu rément décapiter ou faire embrocher par une flèche – sur lequel on ne peut faire l’impa sse : Cersei Lannister. Après tout, après sept saisons, c’est bien elle, Cersei Lannist er, Première de son Nom, qui siège sur le Trône de fer comme reine de Westeros. Mais voilà , à la différence de Daenerys, Tyrion et Jon, Cersei n’est pas suivie par un collectif qu i décide de son plein gré d’endosser ses ordres. Pour elle, gouverner n’est pas une question d’être légitime, et elle l’explique clairement à différentes reprises : «Tu veux être la Main du roi ? Tu veux gouverner ? C’est ça, gouverner : être allongé sur un lit de ma uvaises herbes, les arracher par la 3 racine, l’une après l’autre, avant qu’elles ne t’ét ranglent !; « » La seule façon de 4 s’assurer de la loyauté de tes gens, c’est qu’ils a ient plus peur de toi que de l’ennemi» ; 5 «Je choisis la violence».Mais la violence n’est pas le seul élément sur lequ el Cersei s’appuie. Ainsi, dans la digne lignée des enseignem ents de son père, elle utilise pour arriver à ses fins des moyens que l’éthique de notr e société contemporaine rend condamnable : outre la violence, elle mobilise à de nombreuses reprises la manipulation ou encore la corruption. Il est certain que l’analyse des actions de Cersei Lannister serait riche en enseignements ; pour autant, ce qui fait la force d ’un dirigeant, c’est bien la libre volonté des gens qui décident de le suivre. Et à ce titre, les choix délibérés de Cersei dans sa position de dirigeante l’éloignent considérablement d’un exercice légitime du pouvoir ; mais ils nous permettent aussi de positionner plus clairement ce qui fait de Daenerys, de Tyrion et de Jon des cas passionnants sur lesquels se pencher. D’un côté donc, Cersei, et l’exercice du pouvoir fondé sur l’absence de lég itimité, à grand renfort de coercition, de manipulation et de corruption. De l’autre, Daenerys , Tyrion et Jon qui chacun s’appuie sur une – et une seule – des formes de légitimité.
Figure 1. Les sources de l’obéissance non librement consentie