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The american Experience

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Description

A l’heure de la mondialisation, les Etats-Unis restent la première puissance économique mondiale, malgré les succès des grands pays émergents.


Plus de 770 000 Français sont salariés de filiales de groupes américains. Cet ouvrage leur est d’abord destiné, ainsi qu’à tous ceux qui travaillent directement ou indirectement avec des Américains.


En s’appuyant sur des exemples concrets, étayés par les recherches universitaires récentes, il décrit les pratiques de travail dans les entreprises américaines. Bien que les Américains aient le contact facile, leurs pratiques peuvent apparaître rapidement déroutantes pour les Européens, et en particulier pour les Français.


L’ouvrage propose un parcours en trois étapes : apprendre, comprendre, et agir.Les 35 années d’expérience de l’auteur en matière d’entreprises américaines aideront le lecteur à mettre toutes les chances de son côté pour réussir avec les Américains. La lecture de l’ouvrage l’aidera à réaliser que les échecs dans les relations d’affaires franco-américaines ne sont pas essentiellement dus à des problèmes de compétences, mais surtout d’adaptation culturelle.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 10
EAN13 9782847694246
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

THE AMERICAN EXPERIENCE

A mes enfants, Juliette et Raphaël,

Avec tous mes remerciements à mon épouse Françoise, pour sa relecture
attentive et ses précieux conseils.

Pour contacter l'auteur :
jeanfrancoislami@aol.fr
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COLLECTION « PRATIQUES D’ENTREPRISES »
DIRIGÉE PAR LUC BOYER

THE AMERICAN
EXPERIENCE

Travailler autrement
et efficacement avec les Américains

JEAN-FRANÇOIS LAMI

17, rue des Métiers
14123 CORMELLES-LE-ROYAL

er
Le code de la propriété intellectuelle du 1juillet 1992 interdit
expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit.

© Éditions EMS, 2012

Nous rappelons donc qu’il est interdit de reproduire intégralement ou
partiellement sur quelque support que ce soit le présent ouvrage sans
autorisation de l’auteur, de son éditeur ou du Centre français d’exploitation du
droit de copie (CFC) 3, rue Hautefeuille, 75006 Paris (Code de la propriété
intellectuelle, articles L.122-4, L.122-5 et L.335-2).

ISBN : 978-2-84769-408-6

SOMMAIRE

PREAMBULE...........................................................................
INTRODUCTION ......................................................................

PARTIE 1 – APPRENDRE LES PRATIQUES D’ENTREPRISES.....
CHAPITRE 1 – APPRENDRE COMMENT LES AMERICAINS
TRAVAILLENT.............................................................................
1. Apprendre à être attentif aux détails. Préparation des réunions ..
2. Apprendre à être attentif aux comportements sociaux............
3. Apprendre à éviter la nuance et l’ambiguïté ...........................
4. Apprendre à êtrefriendly, amical, aimable .............................
5. Apprendre à être positif ........................................................
6. Avoir la culture du résultat et des faits pour convaincre.
Être pragmatique .....................................................................
7. Se fixer des objectifs, s’adapter, s’engager ............................
8. Suivre en permanence sa performance, être évalué ...............
9. Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. Importance
de la parole dite ......................................................................
10. Relation au temps ..............................................................
11. Droit à l’erreur ...................................................................
12. Apprendre à respecter les processus établis ........................
13. Aimer leteamwork.............................................................
14. Vacances et maladie ..........................................................
15. Attention aux discussions extra-professionnelles,
aux sujets tabous ....................................................................
16. Etre mobile ........................................................................
Questions pratiques et mots clés relatifs au chapitre 1...............

CHAPITRE 2 – LES NOUVELLES TENDANCES .........................
1. Télétravail...........................................................................
2. Travail en réseaux ................................................................
3. Autres tendances .................................................................

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6

THE AMERICAN EXPERIENCE

4. De l’influence du 11 septembre 2001 sur le mode de gestion
des entreprises américaines.....................................................
Questions pratiques et mots clés relatifs au chapitre 2...............

79
87

PARTIE II – COMPRENDRE LES PRATIQUES D’ENTREPRISES .89
CHAPITRE 3 – COMPRENDRE LES DIFFÉRENCES CULTURELLES
MAJEURES............................................................................. 91
1. Lire les principaux auteurs spécialistes du management
interculturel .............................................................................95
2. Comprendre et tolérer les différences culturelles....................98
3. Paternalisme, protectionnisme, puritanisme et individualisme .100
4.In God we trust. Comprendre l’imprégnation religieuse.
Code moral de l’entreprise........................................................106
5. Comprendre le rôle du nationalisme latent............................ 110
6. Comprendre le rôle des communautés ..................................111
7. Comprendre la relation avec la hiérarchie ..............................115
8. Comprendre les solidarités. Réviser prudemment ce que l’on
croit au sujet du rapport à l’argent ............................................119
9. Comprendre comment travailler au sein d’une société
judiciarisée. Différences importantes entre Etats. Décentralisation .127
10. Raisonnement inductif, raisonnement déductif .....................132
11. Comprendre le rôle symbolique de l’entrepreneur ................134
12. Comprendre comment mieux communiquer.........................135
Questions pratiques et mots clés relatifs au chapitre 3............... 139

CHAPITRE 4 – COMPRENDRE NOS BLOCAGES LES PLUS
IMPORTANTS..........................................................................
1. Comprendre nos réflexes antiaméricains pour les éliminer.....
2. Proscrire les idées reçues et les jugements de valeur.............
3. Comprendre les contradictions et les accepter .......................
4. Améliorer sans relâche sa connaissance des Etats-Unis .........
Questions pratiques et mots clés relatifs au chapitre 4...............

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163
165

SOMMAIRE

7

PARTIE III – AGIR.................................................................... 167
CHAPITRE 5 – IDENTIFIER SES FORCES ET LES CULTIVER..... 169
1. Première force, parler la langue ............................................171
2. Deuxième force : être patient pour se faire reconnaître comme
professionnel ...........................................................................174
3. Troisième force : être plus rapide et plus efficace.................. 175
4. Quatrième force. Etre réactif en cas d’échec. Accepter ses
erreurs et rebondir................................................................... 177
5. Cinquième force : tenir dans la durée................................... 178
6. Sixième force, mettre en valeur notre connaissance des USA..179
7. Septième force, utiliser nos capacités de synthèse,
de modélisation et notre esprit créatif. Innover........................... 180
8. Huitième force : ne pas hésiter à s’appuyer sur ce que
les Américains reconnaissent comme positif en France ..............184
9. Neuvième force : Convaincre de la richesse des diversités
culturelles. Etre un leader interculturel.......................................184
10. Dixième force : vos propres forces.......................................187
Questions pratiques et mots clés relatifs au chapitre 5............... 188

CHAPITRE 6 – MAITRISER SON COMPORTEMENT
ET ETABLIR UNE STRATEGIE ..................................................
1.Where there is a will, there is a way......................................
2. Abandonner l’arrogance française, abandonner nos
complexes d’infériorité ou de supériorité. Etre humble
(mais pas trop).........................................................................
3. Ne pas s’opposer aux complexes de supériorité. Ne pas imiter
les défauts. Se comporter en ambassadeur interculturel.............
4. Savoir être enthousiaste et entreprenant. Ayez confiance
en vous !.................................................................................
5. Adapter le style de management. Etre à l’écoute...................
6. Adopter les codes sociaux, se « couler » dedans. Décrypter
les codes. Stratégie du cheval de Troie.....................................
7. Valoriser notre apprentissage de l’histoire et
de la culture américaines........................................................

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193

195

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203

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8

THE AMERICAN EXPERIENCE

8. Analyser vos forces, vos faiblesses, les menaces et
les « opportunités ».................................................................
9. Bâtir sa stratégie .................................................................
10. Construisez votre carrière ...................................................
11. Elargissement à d’autres cultures .......................................
Questions pratiques et mots clés relatifs au chapitre 6...............

CONCLUSION : ET POURQUOI PAS UN PEU DE PASSION ?......
INDEX DES MOTS CLES OU EXPRESSIONS POUR REUSSIR
AVEC LES AMERICAINS ..........................................................
NOM DES ENTREPRISES CITÉES DANS CET OUVRAGE...........
BIBLIOGRAPHIE ......................................................................

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233
237

PREAMBULE

Je suis allé très souvent aux Etats-Unis. J’ai compté mes voyages jusqu’au
trentième. J’ai abandonné ce comptage devenu fastidieux par la suite. J’ai
travaillé avec des multinationales comme avec des PME. J’ai fait plusieurs
séjours dans les universités, certaines prestigieuses comme Northwestern
University à Chicago (Kellog School) ou le MIT de Boston, ou bien encore la
Tuck School of business à Dartmouth dans le New Hampshire. Je connais
les grandes villes de la côte Est, mais je connais également très bien les
régions rurales du Midwest, le “Heartland”, le cœur des USA. J’ai
énormément parlé et travaillé avec des Américains de tous les milieux, venant de
nombreux Etats. J’ai rencontré des ouvriers et des patrons, des citadins
et des ruraux, des universitaires et des sans grades, des gens de toutes
les origines ethniques et de toutes les conditions. Je pense donc pouvoir
affirmer que j’ai une assez bonne connaissance du peuple américain et
de la façon dont ce peuple envisage ses rapports au travail. Cet ouvrage
est donc principalement conçu pour faire partager une expérience, tout en
délivrant quelques conseils.

INTRODUCTION
Pourquoi travailler autrement ?

A l’heure de la mondialisation il est devenu impératif d’apprendre à
travailler avec des personnes venant de tous les horizons, appartenant à
toutes les cultures, et parlant toutes sortes de langues. Aux Etats-Unis les
formations dans ce domaine se développent actuellement à une vitesse très
importante. On ne compte plus lescultural sensitivity trainings(formations
à la sensibilité culturelle), lesintercultural trainings, les séminaires
consacrés à la façon de travailler avec des gens très différents (building inclusive
workplaces, mot à mot « construire des lieux de travail intégrateurs »), et
les réunions sur la nécessité de bâtir des équipes multiculturelles(diversity
teams). Lire ce livre devrait vous permettre de travailler autrement et
efficacement avec les Américains, de mettre toutes les chances de votre côté
pour signer des contrats, de coopérer avec des Américains quel que soit
votre secteur d’activité, de réussir votre carrière dans une société
américaine. Si vous êtes dirigeant d’une filiale française d’une société
américaine, il doit vous arriver de vous demander pourquoi beaucoup de cadres
français de votre entreprise sont moins à l’aise dans les réunions d’affaires
que leurs collègues américains. Ce livre devrait vous aider à
comprendre qu’il ne s’agit pas forcément d’un problème de compétences, mais
d’adaptation culturelle. Dans les grandes entreprises, les managers qui
sont considérés comme les plus talentueux sont ceux qui sont ouverts
aux autres cultures, qui sont sensibles à ces sujets. Eux seuls peuvent
diriger avec succès des équipes internationales, et eux seuls sont capables
d’avoir une vision globale et holistique des affaires. Tous les cursus de
MBA sérieux intègrent maintenant un volet international qui demande aux
étudiants de suivre des cours dans des pays très différents. Il est illusoire
de lutter contre la mondialisation, elle est inéluctable à l’époque d’internet
et des voyages intercontinentaux de masse. Mais afin qu’elle fonctionne
pour le bien de tous, elle doit être respectueuse des cultures, et il faut donc
des gens formés pour cela. Il faut mettre les cultures en synergie et non

16

THE AMERICAN EXPERIENCE

pas les opposer, ou vouloir qu’une culture s’impose de façon autoritaire à
une autre. Les grandes entreprises d’aujourd’hui doivent faire face à des
problèmes interculturels extrêmement difficiles à résoudre.

Pratiques d’entreprises. C’est un fait avéré que 50% des
échecs des joint-ventures sont dus à des incompréhensions
culturelles qui amènent très rapidement à des destructions
de valeur. Des réussites sur le plan technique tournent
parfois en catastrophes à cause de ce type de problèmes,
et du fait du manque de travail d’intégration post-fusion.
“The cultural incompatibility is the single largest cause of
lack of projected performance, departure of key
executives, and time consuming conflicts in the consolidation of
business”(Bijilsma-Frankema K., 2002).

Le vocabulaire évolue très rapidement. Dans un monde globalisé on parle
de moins en moins de sociétés multinationales, car l’étymologie du mot
suppose qu’au sein de l’entreprise existe une collection de nationalités
qui sont juxtaposées et qui gardent leur identité sans réellement travailler
le plus efficacement possible ensemble, mais on parle de plus en plus de
sociétés globales, ce qui présuppose une fusion des cultures, des moyens
mis à disposition pour travailler, et des méthodes de travail. Or la fusion
des cultures ne peut s’entendre que dans un cadre de compréhension et
de respect mutuels.

Pour nous Européens, travailler avec des Américains paraît plus aisé que
de travailler avec des Chinois, des Indiens, ou des Japonais car la culture
américaine dominante est bien évidemment une culture occidentale dont
les racines sont européennes. Au premier abord, c’est tellement facile
que beaucoup de cadres vont jusqu’à nier les différences culturelles,
pensant que le management des entreprises répond seulement à des
normes universelles. Les gens parlent volontiers et semblent très ouverts,
les relations sont sans formalisme apparent. Tout semble aisé au pays du
easy going. Néanmoins, et c’est une banalité pour quiconque s’est frotté
un peu aux habitudes de travail américaines, on est très vite désarçonné

INTRODUCTION

1

7

par la façon dont les Américains travaillent. Si l’on n’y prête pas garde,
on peut se retrouver hors jeu très rapidement quand on ne comprend pas
les différences de pratiques. C’est un Américain lui-même qui le dit,
l’anthropologue Edward T. Hall (1990, p. 175) : “Americans tend to ’tailgate’
other people”. Les Américains ont une fâcheuse tendance à faire passer
les non Américains à l’arrière-plan dans le cadre du travail. La
communication peut vite devenir froide, glacée, et aussi inexistante qu’entre les
personnages de certains tableaux du peintre réaliste américain Edward
Hopper. Si l’on doit travailler avec des Américains, il faut donc se préparer.
Travailler avec les Américains se travaille,telle pourrait être notre formule.
Rien n’est gagné d’avance, tant nos façons d’agir sont différentes.

L’Amérique, c’est le monde de la compétition, où en théorie chacun a
ses chances et où le meilleur gagne. Chacun sait cela. Et en tout premier
lieu c’est vrai dans le monde du travail. Pas d’hypocrisie ou de
fauxsemblant : il faut travailler dur, il faut gagner, dominer, dans l’entreprise,
à l’université, partout, si l’on veut faire carrière, ou du moins si l’on veut
progresser significativement dans sa carrière. Idem si l’on veut
développer ses affaires, ou imposer ses idées : la compétition peut être féroce.
Les valeurs dominantes de l’Amérique, conduisent les Américains à être
durs en affaires, mais derrière cette attitude il y a l’idée de la nécessaire
struggle for life, de progrès continu, et de récompense des efforts fournis.
Il faut travailler beaucoup pour atteindre le succès, avoir des résultats. La
valeur travail est essentielle à leurs yeux. L’Amérique est « cette ruche
uniforme dont le travail est toute la poésie » comme l’écrivait dès la fin du
e
XIX sièclel’écrivain-journaliste F. Gaillardet (1883, p.5). Selon la formule
connue, l’Américain travaille pour exister, c’est ce qui donne un sens à
sa vie, alors que le Français travaille pour vivre, pour subsister. De plus
l’Américain ne méprise pas le travail manuel, peu valorisé en France.
Le système est conçu pourfavoriser– avec bien des imperfections – les
plus courageux et les plus talentueux. Cela peut paraître injuste à nos yeux
de Français, imprégnés depuis l’enfance par la devise « liberté,égalité,
fraternité », mais c’est ainsi. Et dans ce système, lorsque l’on est étranger,
il faut se montrer encore plus talentueux et encore plus courageux que les
natifs du pays, du fait des handicaps que nous pouvons cumuler :
handicap de la langue, handicap de la perception que les Américains peuvent
avoir de nous, handicap culturel tant nos cultures – au sens sociologique

18

THE AMERICAN EXPERIENCE

du terme – sont différentes. Donc, travailler avec des Américains suppose
que l’on parvienne à dominer ces handicaps. Il faut au moins parvenir à
apprendre leurs pratiques et à comprendre les différences culturelles qui
existent entre nos pays si l’on veut réussir une carrière brillante ou
développer ses affaires. Sinon l’Américain sera assez facilement dominateur,
comme le Français peut être arrogant, et il dénigrera facilement le travail
de l’autre d’une façon indirecte, parfois un peu hypocrite. Pire, il
engrangera des succès là où vous n’aurez que des échecs.

Tout ceci est encore renforcé depuis les attentats de 2001. Les
Américains sont en permanence sur la défensive, voire sur l’offensive, y
compris dans le domaine du travail, et en particulier vis-à-vis des étrangers.
De plus, après la crise financière de fin 2008, suivie de la profonde crise
économique de 2009, tout est devenu plus intense, plus dur, plus rapide.
Il est donc essentiel, de mettre toutes les chances de son côté et d’être
extrêmement performant pour réussir en tant que Français. Mais
lorsque l’on y parvient, le travail avec les Américains est passionnant, voire
enthousiasmant. La capacité d’innovation de ce pays, son avance dans
nombre de domaines, et la cordialité de ses habitants sont
d’incomparables facteurs de motivation.

Si l’on prend comme point de départ de cette étude les exemples
extrêmes de réussites professionnelles qui jalonnent l’histoire des Etats-Unis,
telles celles de John D. Rockefeller Senior, fondateur de la Standard Oil
Company en 1870 jusqu’à Steve Jobs, le charismatique fondateur
d’Apple, tous les deux partis de rien et ayant fondé des empires, on s’aperçoit
que ces hommes avaient au-delà de leurs aptitudes managériales et de
leur capacité à innover, une volonté de réussite, une ambition, et une
soif sans limite de dominer la compétition. Cet état d’esprit, au cœur du
mythe américain, façonne toujours les attitudes au travail de tous ceux qui
veulent réussir(Shape behaviors)même si le rêve américain a été un peu
écorné au cours des crises répétées depuis 2009. Mais il en a vu d’autres
ce rêve, lors de la crise de 1929 par exemple ! Quel Américain ne s’est-il
pas dit un jour en son for intérieur, même passagèrement, « moi aussi
je dois pouvoir y arriver, à mon niveau, puisque ce pays et cette société
me le permettent » ? Dans leurs œuvres philanthropiques également les
grands noms du capitalisme américain sont ambitieux et veulent
domi

INTRODUCTION

1

9

ner, être les premiers. Prenons comme seul exemple parmi de nombreux
autres celui de l’immense centre culturel et commercial Rockefeller
Center à New-York, construit par l’héritier John Davison Rockefeller Jr, qui
comprend dix-neuf tours construites en plein Manhattan entre 1929 et
1939 en style art déco (trente-neuf artistes y ont travaillé), incluant des
salles de spectacle comme le Radio City Music Hall, des cinémas, des
magasins, des restaurants, des journaux…

Or gagner une compétition est avant tout un processus intellectuel. Il faut
d’abord conceptualiser le niveau de maîtrise que l’on souhaite avoir sur le
cours des choses pour ensuite pouvoir espérer gagner. Beaucoup disent :
en Amérique il faut simplement avoir des résultats car ce pays a la culture
du résultat. C’est vrai. Mais comment obtenir puis faire reconnaître ses
résultats ? Tout simplement en modélisant la façon d’y parvenir, en ayant
une stratégie clairement établie en vue de cela. C’est finalement l’objet
de cet ouvrage : comment réussir sa carrière ou bien dans ses affaires
en travaillant avec des Américains ? Il s’agit bien plus que de gérer
simplement les différences interculturelles. Il s’agit, une fois les différences
culturelles maîtrisées, c’est-à-dire apprises et comprises – étapes
indispensables –, d’établir une stratégie de réussite. Au fur et à mesure de
la progression de l’ouvrage, la nature des conseils évoluera. Précis et
techniques au début, ils seront plus destinés à provoquer la réflexion par
la suite, et enfin devraient permettre d’agir concrètement.

Le premier temps de l’approche que nous proposons consiste donc à
apprendre les habitudes de travail, en fournissant beaucoup d’exemples
concrets et de conseils pratiques. Mais apprendre n’est pas suffisant : on
peut apprendre comme des perroquets, sans comprendre. Trop de cadres
français font ainsi. Ils apprennent quelques pratiques américaines sans
vraiment comprendre pourquoi les Américains agissent de telle ou telle
façon. Dans ce cas, ils ne peuvent pas arriver à être vraiment en
empathie avec eux, et ne peuvent obtenir que des succès limités car ils n’ont
qu’une maîtrise partielle des différences culturelles.
Donc, dans un second temps, nous essaierons de comprendre
pourquoi les pratiques sont différentes et tenterons d’expliquer comment
progresser dans la maîtrise du management interculturel à l’intérieur du
cadre franco-américain. Nous identifierons certains des principaux freins

20

THE AMERICAN EXPERIENCE

culturels à l’établissement de relations de travail normales, et en premier
lieu les freins majeurs en France que sont l’antiaméricanisme et les
préjugés qui viennent de loin et dans lesquels nous baignons en permanence.
Une fois ces deux étapes franchies (apprentissage et compréhension), le
troisième temps de l’étude sera consacré au passage à l’action. Il
consistera à identifier nos propres forces et faiblesses, étape préalable et
indispensable à la mise en place d’une stratégie de réussite. Nous verrons
comment définir une stratégie comportementale plus précise, adaptée à
sa propre activité, aux lieux, aux circonstances, pour parvenir au succès
recherché. Apprendre, puis comprendre, pour enfin agir, tel est le plan de
cette étude.

L’apprentissage ne relève que d’une méthode et d’un ensemble de
recettes techniques, finalement relativement faciles à acquérir. Il est nécessaire
in finealler au-delà des codes et des conventions. Travailler avec des
personnes issues d’autres cultures, qui ont d’autres usages, peut être
comparé à une épreuve sportive par étapes, ou bien à une course d’obstacles.
Le premier obstacle est la négation ou l’ignorance complète de la culture
de l’autre, qui conduit fatalement à l’échec (voir à ce sujet les travaux de
Milton Benett, 2007). Ce premier obstacle peut vous faire d’autant plus
trébucher que bon nombre d’Américains ont aussi un mode de pensée qui
nie les différences culturelles, tout du moins pour ceux qui sont les moins
diplômés ou qui ne sont jamais sortis de leur pays. Si des deux côtés on nie
les différences culturelles, je pense que l’on va droit à l’échec. Il va donc
falloir vous adapter et contourner l’obstacle. Mais parfois, selon vos
dispositions et votre parcours personnel, vous pourrez sauter quelques étapes
pour aller plus directement à l’essentiel. Au bout du compte, il faut parvenir
à se remettre en cause, à questionner sa propre culture, à abandonner
une vue purement ethnocentrique des affaires. Les différences culturelles
qui nous imprègnent sont des barrières au développement d’une relation
de travail harmonieuse. Pour les franchir, on doit être lucide, mais aussi se
passionner pour l’Amérique et les Américains. Les Américains ont aussi
besoin d’être compris et appréciés. Ce sera là notre conclusion.

La difficulté méthodologique de ce type d’exercice réside dans le fait qu’il
faille généraliser les commentaires en fonction du plus grand nombre,
alors que les Américains sont loin d’être uniformes dans leurs façons de

INTRODUCTION

2

1

vivre et de travailler (par exemple, la fracture entre les conceptions
républicaines et démocrates n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui depuis
extrêmement longtemps). Dans un pays aussi diversifié, il y a un risque
à faire cela. Mais en même temps, ce pays ne fait qu’un. Pour rappelE
Pluribus Unum(« un à partir de plusieurs », qui fait référence aux treize
premiers Etats ayant décidé de ne former qu’un seul pays) est la devise
des USA depuis 1776. Cette unité revendiquée autorise donc certaines
généralisations. Une autre difficulté tient à la temporalité des
recommandations. Elles correspondent à l’état actuel de la société américaine qui
possède une incroyable aptitude à changer vite. En regardant des films
en noir et blanc des années trente ou quarante, on s’apercevra que
beaucoup de conseils aujourd’hui applicables ne l’auraient pas été à
l’époque, et ne le seront probablement plus dans vingt ans. Pour ne prendre
qu’un exemple, mais pas le moindre, la ségrégation existait aux USA au
vingtième siècle et n’existe plus aujourd’hui. Et donc les comportements
vis-à-vis du racisme au travail ont énormément changé. L’Amérique n’est
plus celle que l’on nous a enseignée à l’école, n’est plus celle des films
que l’on a pu voir et des livres que l’on a pu lire. C’est aussi pour cela
qu’il faut apprendre à travailler « autrement » avec les Américains : il faut
se débarrasser de ses préjugés, qui viennent de loin, qui la plupart du
temps ne sont pas ou ne sont plus pertinents, et qui donc risquent de
nous conduire à l’erreur.

Ce travail n’est pas une recherche, c’est le partage d’une expérience.
C’est très différent. L’avantage d’une telle démarche est qu’elle s’appuie
sur un long vécu, qui vient en premier lieu de l’intérieur des entreprises,
et qui a été vérifié auprès de multiples personnes dans divers milieux.
C’est undeep divecomme l’on dit aux USA, mot à mot une « plongée
profonde », dans le monde des entreprises américaines, avec beaucoup de
recommandations très concrètes. L’inconvénient, c’est que l’on s’expose
sur certains points à être battu en brèche par une autre expérience,
chaque expérience étant unique. A contrario, un travail de recherche de type
universitaire, plus étayé sur le plan théorique, peut certainement
mettre plus solidement en lumière les tendances structurantes de la vie des
entreprises américaines, mais interprétera la réalité de l’extérieur comme
à travers un microscope, et prodiguera beaucoup moins de conseils
pratiques, les universitaires de par la nature de leurs travaux craignant à

22

THE AMERICAN EXPERIENCE

juste titre de citer des exemples qui ne seraient pas toujours vérifiés dans
la vie pratique. En fait les deux voies sont complémentaires et présentent
des synergies importantes une fois combinées entre elles. C’est le mérite
de certains universitaires et de certains praticiens de vouloir rapprocher
les deux. C’est pourquoi, même si notre approche est d’abord empirique
et assumée comme telle, elle essaie le plus souvent possible d’éclairer et
de recouper les constats et les observations de terrain à la lumière des
travaux de quelques grands auteurs sociologues, anthropologues,
historiens, écrivains, essayistes et spécialistes du management interculturel.
Dans certains cas ce rapprochement n’est pas fait, l’observation répétée
in situne recoupant pas forcément les affirmations des théoriciens.

Ce travail cherche à faire une synthèse. Néanmoins, ce qui est applicable
dans certains milieux professionnels ne l’est pas systématiquement dans
tous et la synthèse est parfois délicate. On sait que l’on n’agit pas de la
même façon dans une banque, dans une usine automobile, et à
l’université. Ceci est également vrai en France bien sûr. Les personnes qui
travaillent avec des « raiders » ou destradersde Wall Street trouveront
beaucoup de conseils trop angéliques. Au contraire ceux qui travaillent
à l’université, dans des organisations religieuses ou humanitaires,
risqueront de les trouver trop cyniques. Même chose en ce qui concerne
les différences ethniques et sociales : on ne travaille pas tout à fait de
la même façon avec des WASP(White Anglo-Saxon Protestants), des
yuppies et des ouvriers, des « latinos » et des asiatiques… La culture
WASP est néanmoins toujours dominante malgré la montée des autres
communautés, et modèle les comportements. Nous nous sommes donc
efforcés de trouver des caractéristiques communes et transversales aux
différents métiers, aux différents Etats, aux différentes pratiques. Enfin,
tout ceci doit être ajusté avec intelligence en fonction des individus, du
contexte professionnel, du degré d’internationalisation et de centralisation
des entreprises, et des circonstances.

PARTIE 1
APPRENDRE
Apprendre les pratiques d’entreprise